13.3.07

CRIS ET RENIEMENTS

DER GRÜNE AFFE NUMMER ZWEIUNDSECHZIG

LE SINGE VERT NUMERO SOIXANTE-DEUX




REDACTEUR DIFFUSEUR PATRON CHEF :



BERNARD COLLIGNON dit KOHN – LILIOM



4 avenue victoria impératrice britannique 33700 mérignac




COURRIEL COLBERT1@WANADOO.FR



Site : // singevert.free.fr


698 . Mais où était la Terre Promise ?

Existait-il vraiment un pareil but pour cette humanité errante ?


Arthur Koestler

“Le Zéro et l'Infini” - “La fiction grammaticale”



BERNARD COLLIGNON

CRISE ET RENIEMENTS 1



Incipit “Va te faire enculer - Qui dit ça ? C'est pas moi crie l'enfant pas moi nimoinimoi crient les autres - poil au Nîmois - “vos noms !” Térence insiste “carnets scolaires ! - on les a pas zapazapa - Ton sac ! tu donnes ! vos noms ! - on les dit pas dipadipa Vie quotidienne de prof ô salonnards - ô salonnards “Je vois le Proviseur.” Le Proviseur mange (“Il est midi, Monsieur Elliott”), un mois de congé UN. On ne va pas se laisser conchier. Il a tort d'avoir une langue de charretier {dit l'Administration) “Il ne faut pas vous étonner après cela...” (“que...”) ...Souvenez-vous du jour où Térence Elliott descendit dans la cour avec un plein porte-manteaux à la main comme une lance “gourou-gourou” faisait-il “gourou-gourou” en brandissant le porte-manteaux c'était pour rire les élèves s'écartaient ça fait tièp Monsieur l'Inspecteur, je me serai bien marré tout de même pense-t-il (autre incident “Page 140 - On n'a pas la même édition. - Le-cours-est-commencé-depuis-vingt-minutes” et ta trousse dans la gueule ) - je voudrais voir dit-il je voudrais voir (les salonnards) - la scène repasse en boucle en mieux en plus posé (souffle harmonieux, regard ferme, dos droit - l'angoisse dissimulée plus la grâce du clown, la boutade, à point nommé, cassant l'Agresseur.

Lettre reçue : “Monsieur J'étais un garçon craintif, vous m'aurez oublié je viens de voir au cinéma Le Cercle des Poètes vous étiez ce prof éveillant j'ai voulu vous exprimer ma reconnaissance” - voici un entretien avec le PROVISEUR : “Monsieur Terence, je vous convoque pour vous avertir. Les parents ne sont pas contents. Du tout du tout. Vous ne vous habillez pas comme il faut. Votre braguette est ouverte. Vous ne parlez pas comme il faut.” ...Mes Gros Mots, bon titre ; à étoffer. Deuxième entretien : “Monsieur Terence Elliott, Je vous ai convoqué pour vous engueuler. Vous ne prenez pas mes avertissements au sérieux. Vous parlez toujours de cul.” Tout petit mon oncle me faisait répéter TROU DU CUL répète après tonton TROU DU CUL. (A dix ans, le plus mal embouché du village.) Voici la lettre que me remet le supérieur du proviseur (voie hiérarchique) : “(...) vous avez dit bitte et couille. Vous connaissez mon sentiment à ce sujet.” JE DELIVRE MES ELEVES DE LEURS TENSIONS ! VOUS VOUS FOUTEZ DE MA GUEULE ? dit le Supérieur du Principal. Il n'y a pas que des plaintes écrites. Toute la colonie française bruit de vos exploits.Vous faites perdre de l'argent à l'établissement. Mettez-vous à ma place ! (air connu) – prenez un congé, Monsieur Elliott, cela vaudra mieux pour tout le monde, prenez du Normisson, prenez du Lexomil, vous repartirez d'un bon pied, HOP-HOP ! (Hop Hop...) - il y a tout de même des choses, Monsieur Elliott, qu'on ne dit pas devant les jeunes filles - même si elles le font, et avec usure – mais il n'empêche, Monsieur Elliott, à cet âge incertain où l'on s'interroge sur son corps - elles en parlent à leurs parents comprenez-vous – pourquoi se mettent-elles à rire ? Freud, dans Le Mot d'esprit... - Laissez là Freud, votre rôle est d'enseigner... - ...de troubler, de troubler ! - ...selon le programme, Monsieur Elliott, le programme, prenez donc un bon congé - qu'en penses-tu Magdadalena ?

Ma femme dit : “Réfléchis”. C'est ne rien dire. Je toucherai toujours mon bon salaire. Tu vas tourner en rond dit-elle. Je réponds “Le chef et le sous-chef savent s'y prendre : “malade ! ...pas responsable !” - et c'est précisément ce que je sens, impossible de me vexer. - Repose-toi Terence dit Magdalena. Tu trouveras beaucoup de choses à faire. Nous allons tout repeindre en blanc chez nous. Je pense que c'est très con comme occupaton. Les meubles au centre avec des bâches. Les murs dégarnis de leurs cartes postales et le sol garni de journaux. Je repeins les moulures et les arêtes, Magda passe le rouleau.

A midi pile pique-nique sur les tréteaux, ça sent la peinture, on boit du dix degrés dans des gobelets plastique, Magdalena n'a pas de maquillage. Son cou ressemble à Hébuterne, Jeanne, peinte par Modigliani et suicidée enceinte. Elle dit, Magdalena, que l'appartement sera plus clair. Toujours étroit, mais blanc : “Ça repousse les murs. - Et toujours aussi bruyant” dit Terence. “Ferme la fenêtre” dit Magdalena. Quelle idée d'habiter là, quelle idée, dix ans que ça dure Il ne reste plus qu'à disposer la table, l'armoire et le lit, autrement. “Ça change !” - Non, justement - c'est un tout petit appartement de deux pièces avec la cuisine en pan coupé.

Magdalena reçoit ses patients rue Johnstown. Elle dit de pose{r] {son] manteau ici. Psychiatre, pas de sot métier ! chez moi, dit-elle, j'ai tout repeint en blanc. - Qu'est-ce que vous voulez que ça me foute dit un vieux monsieur (une thérapeute ne doit rien révéler de sa vie privée) - “vous êtes en effet ici, Monsieur Schtroumpf, pour vous soumettre à un test ; dessinez un village. - - Elémentaire ! dit Monsieur Schtroumpf, je sais d'avance que si je dessine en premier lieu l'église, ou la mairie (...)” - Magdalena laisse dire - c'est le discours du patient, dans les faits, qui le piège. Dans l'armoire de son cabinet, elle conserve des masques, certains confectionnés par les patients – de loin les plus horribles. “Essayez celui-ci.” Schtroumpf a choisi le Chien. Magdalena règle du bout du pied sous le bureau l'intensité de la lumière. Le choix des masques prend beaucoup de temps. Les femmes de cinquante ans hésitent à n'en plus finir. “Madame, dit la psychiatre, nous avons tout le temps.” L'une d'elles choisit le drill : singe au museau rouge et vert. L'autre élit sur photo l'homme le plus sympathique (“ressemble à mon défunt mari”, “pourrait être mon fils” - à l'envers on lit : “condamné pour viols”) - ...”s'il y a un fichier de femmes, pour les hommes ? - Tout est prévu. Tout le monde veut son test “à l'homo”, “pour voir”. Térence connaît toutes les ruses. Sa photo n'y figure pas. Fin de la présentation professionnelle du couple. Même après son congé Térence est insulté.

Le Proviseur lui dit “Cette fois c'est votre faute”. Magdalena ne peut soigner son mari (obstacle déontologique) La femme réconfort de l'homme : sauf en psy. Mister Elliott se sourit dans la glace : “Autrefois, elles n'avaient pas de métier; nous avons changé tout cela “. Il s'allonge sur sa moquette, “une, deux, trois, inspirez.” Plus un café noir “Aux Funérailles d'Antan”, place B., tous les moyens sont bons. “Principe” dit Magdal : ne jamais revenir sur un échec. - Ainsi, dit Térence, (il joint le geste à la parole) je tourne sur la tempe (il imite Terzieff) – le bouton “Joie-de-Vivre”, et ça marche.” (Le Bonnet de fou de Pirandello).

Térence adore Terzieff. Magdalena rappelle à son mari l' “excellent contact” dont il jouit avec les ados. “Une chance à ne pas gaspiller”. Je n'ai pas besoin de jurer comme un charretier pour me faire aimer (à répéter cinquante fois toutes les deux heures) - Staline était ordurier. Détail historique. Térence aime passionnément son traitement psychologique. Il se qualifie d' “étudiant demeuré”. Autour d'eux bruit la rumeur des ivrognes et des machines à sous. Térence tend la main au-dessus du guéridon, serre très fort le poignet de Magdalena, que ferait-il sans Magdalena. Jamais ils ne dépassent trois clopes à la file.

Térence dit qu'il “aime bien discuter avec [elle]”. Faire aussi beaucoup d'exercice. Je hais l'effort physique ; l'idée même de mon corps. “Etends les bras. Respire. Ecarte les jambes, respire. - Et toi ? dit-il. - Nous ferons (dit-elle) du vélo, de la natation, de la marche – Térence, sèchement : Je n'ai pas de temps à perdre - “L'esprit et le corps ne font qu'un” dit-elle - c'est des corvées répond-il dont l'effet bénéfique s'effrite sitôt qu'on cesse de s'oxygéner, d'où cette remarque : de même qu'il ne faudrait qu'étudier la Torah, et encore étudier la Torah, de même il ne faudrait être que sportif, juste sportif.

Magdalena tente une autre approche : “Nous ne voyons jamais personne.” Il faut dire que la Cité du Purgatoire (leur domicile) se prête peu aux fréquentations, voire aux voisinages : des immeubles bas, allongés dans leurs briques rouges sur un terrain boueux, venteux... “Quittons ce désert”, dit Magdalena. Quittez ces bois, vous ferez bien [“Le Loup et le Chien”]- à vrai dire chacun d'eux vit sous un véritable déluge de contacts sociaux : patients de psy, potaches de prof. Un trop plein. Une hémorragie. Une diarrhée. Un déluge de diarrhée. De retour du travail il leur faut s'isoler, s'allonger, se reprendre – quant à recevoir... à être reçus... à écouter, parler, répondre - ils étouffent, certes ! Au cœur du Dédale Rouge alias Cité du Purgatoire (pour mémoire) – ce sont les lieux mêmes

qui suintent d'inquiétude dit Térence (trop d'élèves habitent la cité, déversant leurs sarcasmes anonymes par les fenêtres ouvertes sauf l'hiver, le bienfaisant hiver.

C'est pourquoi aussi contre toute logique il veut rester ; Magdalena ne jurant plus que par B., port du Midi, où résident famille, amis - je préfère souffrir ici, seul, dignement. dit Térence qui se revoit, jadis, étudiant, à B., au Fac Mother où il reviendrait boire du lait fraise (je suis abstinent). “Je peux” dit Magdalena “rouvrir un cabinet rue J. [quartier des médecins] ; mon père médecin fournira l'argent.” Près de Paris, Cité du Purgatoire, Térence descend la pente et prend le train de banlieue, puis marche dans la Capitale (je prends mon exercice) “Tu ne visites même pas” dit “les expos” mais Térence affectionne Pari où l'air est plus vif dit-il, où j'ai l'impression qu'un jour il se passera quelque chose un peu comme un tirage de loto en province même pas de loto.

“Tu es un provincial” dit-elle. Arrive un jour de brouillard Cité du P. Les immeubles flottent, les angles s'adoucissent, la vue blanche porte à trois mètres. Térence marche avec soulagement : ni vu ni reconnu. Par temps clair je ne peux sortir de chez moi. Térence croit fermement que sous les fronts de quinze ans ne clapote que du fiel. Il est dur d'être enfant Cité du Purgatoire. Des cons formant barrage devant le bureau de poste. Jadis il était jeune. Peureux. Pas accepté dans les bandes. Il restait seul. A l'instant il voudrait leur casser la gueule. Baisser les épaules marcher droit ! mais il baisse la tête, il lève les pieds.

Ce sont les autres qui se tournent, qui sont gênés. Le pain. Les cigarettes. Les vélomoteurs au point mort. Doux bruissement. Juste de l'embarras, ce n'est rien, l'épaule au niveau de l'oreille, l'émotion sans doute, la baguette au-dessus du cabas. Térence trébuche il est mal habillé. Une pièce tinte sur le trottoir : Goo-oo-ood morning, Mister Elliott ! Dès qu'il a tourné le dos la Nuée glapit ! s'il se retourne il est foutu... Il se redresse. Démarche im-pec-cable. Tous les trois jours goo-oo-ood morning goo-oo-ood evening de très loin, de très haut – béni brouillard, béni brouillard. Il ne faut pas frapper les enfants. Ça ferait du bien. Puis les hyènes. Ça recommencerait, plus haut, plus fort – je ne tremble plus – je respire à fond. Une fois tout de même l'un d'eux s'est pris toute la largeur d'un bouquin sur la gueule – c'est pas moi – qu'y gueulait – c'est pas moi j'ai répondu. Pour se valoriser Térence a rédigé une Thèse sur Shelley (Percy Bysshe), correspond avec Oxford, Boston (Mass.), avec un tarif, un pèse-lettre (pas de queue au bureau de poste) ; la boîte aux lettres d'ici s'encastre dans un renfoncement. Terence prend les petits pas chinois dans l'herbe et dépose à l'abri son courrier dans une autre boîte lointaine ; le long du chemin les vitres renvoient son image droite et digne.

Ce lundi la poste a muré le renfoncement, les jeunes sont partis. Il descend de voiture et pousse un caddie de supermarché. Je ne veux pas être vu.. Magdalena dit On se fout de te voir ou non. Il se sert dans les rayons. Il fait bien attention aux rencontres. Il croit entendre des rires, il remonte les épaules, il opère un savant détour. Pour son tabac il passe par l'arrière ; ces derniers mois les buis ont bien poussé. Prendre le pain avant sept heures. Magdalena est fille de Rachel. (Rachel = belle-mère de Térence). Elle habite à B. rue Jonas. Bourgeoise et bohème, en ce temps-là aime les fleurs, les grands foulards et une affiche de Mucha.

Elle a quantité de livres et de bibelots, pas d'homme (séparée de corps depuis 10 ans) et le couvre-lit de percale orange à motifs mauves : Mickey dix-huit fois répété. Magdalena lui rend visite ; sa mère donc lui offre une toque : “Tu la porteras cet hiver! - Je ne veux pas d'affaires volées. - C'est plus fort que moi, dit la mère. La fille psychiatre observe que sa mère trie ses vêtements sur le lit chaque fois qu'elle la visite : “Maman a des goûts de perroquet. - Tu ne comprends rien à l'Art. - Jette ça” disent-elles. Dans une heure Magdalena reprend le train. Rachel n'est pas le vrai nom de sa mère, qui sollicite tous les metteurs en scène pour remonter sur les planches.

Elle s'intéresse à la politique, chacun l'aime et lui confie des tracts ; quand il lui prend des bouffées catholiques, elle fréquente les associations paroissiales. Plus un grand nez en tremplin de ski, le sien. Souvent elle médite, longuement, dans une espèce d'éblouissement. Pour compléter le tableau familial, Magdalena possède une fillette de deux ans : Chloé. Dans l'ordre, Rachel, Magdalena, Chloé. “R.M.C., “Radio Monte-Carlo” dit Rachel. Au loin prospère le cabinet privé de la psychiatre. Tous les dimanches à 10 h Magdalena téléphone à sa mère (tarif économique) “Je suis restée seule” dit Rachel. “Ta sœur Vivette emménage dans les trois pièces restées libres” jeune fille de quinze ans chaudement recommandée par le Secours Catholique. Elle s'habille très chic. Je ferai de son appartement un joyau.” Pour les vacances Térence et sa femme reviennent chez Rachel à B. Je leur suis très reconnaissante dit-elle à Vivette de leur assiduité. La petite Chloé pousse bien. A Pâques et pour la faire marcher (“Je suis grand-mère !”) Rachel place ses grands pieds sous les siens ; 41 c'est grand pour une femme. Je la vois toujours souriante. Rachel écrit dans son journal qu'elle atteint la Grande Maturité, par le “plaisir des choses terrestres” : “Il vaut mieux que je me suicide”. “Allô je n'ai plus de nouvelles” téléphone Magdalena. “C'est à toi de téléphoner, ma fille” répond Rachel. - Tu trouves toujours un prétexte pour passer ton tour, ma mère. - J'ai acheté un chien. - Comment? - Je l'ai détesté d'emblée. - Rends-le ! - Il aboie au moindre bruit. - Tu es complètement folle. - Tu n'as jamais pu supporter ta propre mère.” Elle ajoute qu'elle a réussi sa vie ; qu'il n'y a pas eu la moindre lubie dans son existence ; qu'elle a été l'artiste la mieux payée dans “Les Vignes du seigneur” en 79. Magdalena demande si “[elle va] inscrire [s]on chien au parti.” - Je ne peux plus faire de politique, avec le chien. - Tu exagères ! - Depuis que vous êtes partis, je n'ai plus envie de voir personne.

- Je connais ton discours par cœur. - Allô ? ... Allô !...


X


“... Je te passe maman. - C'est toi Vivette ?... reste à l'écoute. - Ici Rachel. Vous m'entendez ? Térence est avec toi ? J'ai acheté un revolver. (Si c'est pour tuer le chien.) “Pas du tout. Je ne manque de rien. Vous ne me manquez pas le moins du monde.” Terence s'agite sur son siège. Dans l'écouteur retentissent des aboiements frénétiques. Le gendre dépressif crie : “Ne jouez pas !

Je lève dit-elle mon revolver, à la santé, à la santé de... Mandrin ! silence quand je me tue ! - Ici Magdalena ! ici Magdalena ! Tu va cesser tes ravages im-mé-diate-ment !” Détonation, glapissements de chien dans l'écouteur - “Elle l'a raté” dit Terence.

Ils se regardent tous les deux extrêmement pâles, joignent le Commissariat “toutes les lignes sont pour le moment occupées - six minutes plus tard de B. un gradé leur annonce le suicide effectif de Rachel Bratsch “Le chien n'a rien, Madame Elliott” L'enterrement dit-elle se fera sans moi Je ne te demande rien Terence. Assurément : ils seront libres, passeront leurs vacances en lieu sûr, achèteront une maison vaste et neuve – la morte sape cependant tous les projets, par des cheminements inconnus. Magdalena commande deux billets de chemin de fer pour B. (une voisine gardera l'enfant) Je ne viens pas dit Terence au guichetier, est-il possible de ne prendre qu'une réservationje me déciderai au dernier moment le dernier moment c'est maintenant dit le guichetier Finalement Térence reste à quai. Derrière la vitre du TGV Magdalena fait des signes obscurs, j'aurais pu pense Elliott manifester moins d'égoïsme. Rachel s'installe près de lui toute morte dans le métro du retour, elle enlace aux siennes ses jambes d'artiste nous l'aurons si peu connue – je ne l'entendrai plus jacasser - combien pourra-t-il tirer de ses trois étages Quartier Jardin Public ? - récupérer Chloé chez la voisine - avec le magot légué par sa mère à lui en 84, plus les intérêts – mit den Zinsen, und den Zinsen der Zinsen.. - au téléphone Chloé sur les bras Térence demande comment s'est déroulée la cérémonie. “Avant de fermer le couvercle dit Magdalena j'ai coupé une mèche sur le front – Qui est venu ? Allô? Allô ? - Pas toi.” Le soir, l'enfant couchée, Térence apporte son plateau devant la télé, avec du vin et des biscottes, les pieds devant lui sur une chaise : j'ai des escarres au c ul.

Le lendemain Magdalena demande au bout du fil s'il s'ennuie. Non, je lis, je me promène. - Tu n'as besoin de personne ? - De toi – je plaisante - j'ai perdu ma belle-mère - je t'appelle du bistrot (ajoute-t-il) Rachelest restée là (sur l'estomac) et là (sur la tête). - Bois un coup dit un ouvrier. Fais du vélo ! - Je hais les coups de pédales. - Tu parles pas comme tout le monde, dit l'ouvrier ; va chez tes potes. - Tu m'inviterais, toi ? J'ai mes bouquins, j'ai la télé... - On ferme l'intello, tu rentres chez toi... - Pour voir ma morte ? - Tu fais comme tu veux mon n'veu...” Térence au téléphone : “Allô ? je te rappelle retour du café - Tu ne bois pas trop ?

- Et ta mère ? - Toujours morte, Térence...” Quand je boit, la morte se noie. Mais elle a plus d'un tour dans son cercueil . Le professeur Elliott (on l'avait oublié) ne songe plus à éviter ses élèves il dit j'ai pris un congé parce que je me suis fait traiter d'enculé. “C'est vrai m'sieur ? - Que je suis un enculé ? - Oh non M'sieur ! - Vot' femme M'sieur elle est gentille ; pourquoi qu'on la voit jamais? - Foutez-lui la paix, à ce naze.” Térence dit que non, qu'on ne le dérange pas, qu'il aime bien parler, qu'il voudrait une pression et trois Coca, il dit j'espère que je ne suis pas ridicule ? et les jeunes s'écartent précipitamment.

Nous avions donc dit huit jours de congé maladie. Joëlle reste seule assise au bistrot. Seize ans et demi, une bouche à fourrer deux queues - comment va ton stage ? - Toujours mieux qu'au lycée. - Aimerais-tu me désirer ?” Joëlle répond que si elle le désirait, il le saurait. Térence : Je ne sens pas les femmes. Plutôt je ne les pressens pas - les élèves, aux tables voisines, se mettent à rire, parce que Joëlle n'est pas une femme. Térence ajoute que si elle dit cela, c'est parce qu'elle le désire. Le barman n'en perd pas une. Vous avez apprécié mes cours ? - Superchiants. On se vouvoie ? Ma leçon passait par votre sourire. - Jamais remarqué.” Térence commande un bière pour caler le rhum. Joëlle refuse qu' “on se voi[e] ailleurs”. “J'habite chez mes parents. Je ne veux pas d'embrouille” tout le bar suit la conversation, invitation au cinéma, “Théorème”, “La Mort à Venise”, “C'est nul vos films.” Ils baissent la voix. Joëlle dit qu'il pourrait passer par la cour, mais dès qu'on éteint la télé, le chien se met à aboyer “tant que mon père n'est pas sorti lui foutre un coup de latte, il arrête pas de gueuler.” Elle s'en va.

Térence en congé se met au baby-foot avec une bande de cons qui le prennent pour un con. Il sort du café en titubant (cinq rhums). Le lendemain avec sa femme il visite une exposition Galerie FIGUREZ-VOUS, c'est une amie de Rachel morte qui organise l'expo, Joëlle dit : “Surpris de me voir ?” Magdalena je te présente une ancienne élève.” L'amie de Rachel s'appelle Renée, elle couve la grande Joëlle d'un œil louchon. “Le Colporteur” c'est le thème de l'exposition “C'est un jazzman sur la photo ? - Yes, Cole Porter. Très drôle. Il n'y a rien à boire ? L'amie de Rachel dit que non, à cause des verres qui se renversent sur les toiles.

Tout le monde déambule, Joëlle se laisser toucher Personne ne regarde Il la prend par les épaules et serre très fort. Magdalena signale à son mari les meilleurs tableaux : un Batelier couvert de portées, deux Pierrots papillotés de papiers, trois Barbiers, quatre Rabbins - “En tant qu'adjoint au Maire du IIIè arrondissement...” (discours) – J'étouffe dit Térence On ne peut plus respirer. Magdalena est à l'arrêt devent un buste de cuir rouge, sans tête, et la main de Térence sur la taille de Joëlle, seize ans et demi. Elle pense qu'ils ne craignent pas le ridicule. Quelqu'un lui demande si elle couche avec l'organisatrice de l'exposition, Joëlle répond Pas du tout ! elle pourrait être ma mère !

Huit jours plus tard Térence parvient à la chambre de Joëlle ; une grande pièce tient tout le premier étage (le clebs est en promenade) (le chauffage par le sol – on se retrouve en bras de chemise) - collection de B.D. : C'est Druilhet ? - Première version. Maintenant il fait ceci. - Vuzz? - Exactement. Ici vous avez les Tardi. - Je peux voir ? Elle a du Bilal aussi. [Elle est] sûre que c'est [son] préféré. “Tous les intellos adorent Bilal.” Térence dit que c'est très bien, d'être intello. Le grand ami de Joëlle aussi est intello. Grand ami ou petit ami ?

...Vingt-trois ans, collectionne les portraits de Mussolini. Ne me le présente pas Vire tes shoes dit Joëlle, ça fait dix minutes que tu te tortilles les pieds. On va dire des conneries. Elle lui dit Tu prends le train en marche. Ils s'embrochèrent, elle était vierge. Vivette, la sœur cadette, raconte la mort de Rachel, sa mère - il faut suivre : “Juste après le coup de feu, j'ai couru voir ; devant le corps tout chaud j'ai perdu la tête et j'ai raccroché le téléphone. La police m'a trouvée debout sur la chaise comme si les souris sortaient par la bouche. Je n'ai rien répondu questions je pouvais juste répéter qu'est-ce que je vais faire maintenant, qu'est-ce que je vais faire. Les flics répétaient Vous êtes hors de cause – vous comprenez quand on vous parle ? Fin du récit - Vivette fréquente un petit lycée de B. (Sud-Ouest) - dans l'appartement de la Morte elle enfile toutes les robes sur tous les mannequins de couturière elle fait un détour devant le téléphone, résultats scolaires en chute : “Mademoiselle Bratsch a subi un grave traumatisme. Nous ne pouvons l'admettre en classe supérieure.” “Mademoiselle Bratsch?... l'assistante sociale ! vous ne pouvez rester seule dans cet appartement – allô?... ” Vivette se déguise, apprend des rôles par cœur, passe la main sur le buffet, le coffre, les bras de fauteuil, le soir tombe derrière les rideaux représentant le cloître de Soria.

Jusqu'à deux heures du matin la télévision (...) - “nous sommes venus” disent les Héritiers “dès que nous avons su” pauvre Rachel si morte – “Bonjour cousin” – vingt-trois ans l'air satisfait, les cheveux ras. Vivette (quinze ans) ignore les usages. Tante Albertine Sœur de feue Rachel se fait d'autorité des cafés filtres à la cuisine, réflexions diverses : 1) le suicide est une aberration ; 2) quel sens du théâtre ! Elle est morte en vrai répond Vivette ; 3) elle avait tout le confort mais 4) elle vivait dans le désordre : “Il faudra se débarrasser des mannequins ; distribuer les tenues de scène “pour ne pas nourrir la déprime” ; je connais de bonnes adresses : “Brocanteurs Catholiques”, St-Renan.” Elle ajoute que Rachel “croyait peut-être moins en Dieu que nous le pensions” - “De famille”, dit le cousin (jeu de mots) sur quoi Vivette referme la boîte à sucres (c'est le sixième qu'il bouffe). “Tu n'auras pas besoin du secrétaire ni de la commode bretonne”. Le cousin ttrouve qu'elle serait mieux chez eux, à Morlaix. “Nous ne voulons pas te dépouiller” s'empresse la tante.

Ce que Vivette voudrait jeter c'est le grand lit où Rachel passait des après-midi entières. La cage du perroquet mort. Le portrait du grand-père. Magdalena va venir d'un train à l'autre. Ça part dans tous les sens une vie. La tante et le gros fils couchent sur place, à peine éveillés veulent tout bazarder- “des saloperies !” “Maman j'en ai ma claque de vivre dans un taudis de Morlaix. J'ai besoin de meubles. Mon matelas part en miettes, je ne dors plus depuis trois mois”, la tante propose de vendre l'immeuble “Qu'en penses-tu Vivette ?

- Je téléphone à Magdalena. - Toujours pas arrivée celle-là ? dit le cousin. Il s'appelle Ange, il croque du sucre. Les obsèques se passent bien. Tante Albertine repart à Morlaix. Magdalena dit après les obsèques “Vivette mon cabinet n'attend pas. Mes patients comptent sur moi. Cousin Ange te tiendra compagnie.” A peine sa mère morte qu'on vous pousse dans les bras d'un autre. Vivette dit à son cousin qu'il “ne dor[me] pas dans le lit de [s]a mère” dit Vivette, ils rangent leurs achats dans le frigo le cousin dit qu'il pleut autant à B.qu'en Bretagne, Vivette a pris en affection ces deux étages où sa mère a vécu où survivent les odeurs, les parfums, soudain il y avait cet Ange mal nommé aux petites oreilles, le syeux verts, un blouson râpé gisant désormais sur le lit “après tout” pense Vivette “c'est amusant”.

L'inattention du lecteur se déplace, un gros Ange prête attention à Vivette, quinze ans, qui se confient l'un à l'autre des lambeaux de souvenirs : ma mère” dit Vivette était croyante, pas du tout dit Ange, “elle s'est lavé les mains dans un bénitier, avec du savon apporté exprès ; quand le curé” etc. - Ma mère a joué l'Infante... - Pas du tout ! Avec ses moustaches elle faisait Flambeau de L'Aiglon. Mais on voyait ses seins (plus tard) – son engagement politique : juste des défilés, des fanfares... - Ange, trouve-lui tout de même quelque chose de bien !” Ange alors lui découvre un cœur d'or et des goûts exquis, des convictions progressistes. On peut tout dire sur ma mère dit l'Orpheline.

Lettre : “Chère Magdalena, cher Térence, Vous êtes partis si vite après l'enterrement. Térence n'a pas dit un mot. Tante Albertine est partie, je reste seule avec le cousin Ange, il parle de Rachel ma mère comme s'il l'avait mieux connue que moi. Au lycée on me regarde bizarrement ; à la maison le cousin m'aide pour mes devoirs et ne me quitte pas, il me fait la moral et nous passons d'agréables soirées, il est toujours d'accord pour les programmes télé. Il couche sur le divan et ferme sa porte à clef mais la mienne est perdue. L'assistante sociale m'a dit que j'habiterais bientôt chez vous, j'attends votre réponse pour me décider, je vous embrasse bien fort Vivette.” Dialogue : Ange et sa cousine se prennent les doigts sur le divan vert, Ange dit “Je ne suis pas beau, j'ai des grosses joues” Vivette répond qu'il se laisse pousser les cheveux, “Tu vois d'ici ma tête ?” dit-il, ajoutant “J'ai du ventre”, elle n'enlève pas sa main. “Veux-tu que je t'embrasse ?

- Caresse-moi dit Vivette. Et comme ils se font ils couchent. “Une seule fois” dit Vivette. La scène se déplace chez Térence (et Magdalena) sur un sofa plat recouvert d'indienne. Un mois s'est écoulé, nul ne prend de décision “ici c'est trop petit” disent-ils “pour loger Vivette”. Comme l'année scolaire touche à sa fin, Térence veut héberger sa belle-sœur orpheline qui “prend des risques”. - Tu ne penses qu'à ça” dit Magdalena. “Nous sommes ses seuls parents” répond-il. Magdalena s'anime, “pas question, Vivette est grande et s'en tire toute seule. - Se tire toute seule. - Connard. J'ai d'autres choses où me consacrer. Nous avons déjà tant de mal à vivre tous les deux.” - Térence la traite de psychologue. Vivette au téléphone : “...Je suis enceinte !” Magdalena : “Qu'elle vienne immédiatement !...immédiatement ! Pas toujours toute seule dit Térence, Vivette raccroche, elle se roule en boule sur le canapé jaune (rouge, bleu).

Cousin Ange est parti. Sans savoir. Elle voit Rachel, sa mère morte, se pencher sur elle dans son cauchemar, et lui offrir un petit cœur en céramique du Stand Socialiste. Magdalena sa sœur aînée de la Région Parisienne engueule Térence son beau-frère : “Elle s'appelle Joëlle, je sais tout Et alors ? Ça continue sur ce ton-là Bien la peine d'être psychologue (in petto) “Tout Gnampe ne parle que de vous” Voilà donc l'argument. “Gnampe”, c'est le surnom que l'épouse donne à ce bled pour l'abaisser – Térence ou le bled. “Elle a seize ans !” gueule la psy. “Tu aurais peut-être préféré que je la baise ici ?” D'un seul coup Magdaléna se met à pleurer, je ne la voyais pas comme ça, elle dit que Térence pouvait trouver des raisons, lassitude, inconscience, au lieu de fuir dans l'insolence, l'inhumanité Térence ne me regarde pas comme ça Elle avait besoin de moi. - Cette bâtarde, cette pourrie, etc. ?

- J'avais besoin d'elle. - Plus que de moi, etc. ? Tu dis que tu l'aimes pas de grossièreté jamais tu n'as été grossier avec moi - Je ne m'estime pas dit Térence je n'ai pas honte, sa femme se met à pleurer il la prend dans ses bras elle se dégage etc. On frappe c'est Vivette avec une valise dans chaque main (“La scène à faire”) les deux autres se font pleurer Vivette pose ses valises et s'abat sur le sofa les mains sur le ventre. “...Fatiguée froid faim...” etc. “Tu ne peux pas avoir mal maintenant” dit l'aînée “alors enlève tes mains merde”. Dialogue VIVETTE J'ai quinze ans !

MAGDALENA Tu vas me faire sauter ça tout de suite VIVETTE Je l'ai je le garde TERENCE Tu vois c'est à ta con de sœur aînée qu'il faut faire la morale VIVETTE Je repars là tout de suite ? MAGDALENA à TERENCE Ta pouffiasse est peut-être pleine aussi tant qu'on y est ? VIVETTE Qui c'est Joëlle ? TERENCE Et c'est ma faute aussi connasse si ma capote a crevé ? VIVETTE : se marre – MAGDALENA à VIVETTE, même jeu : Ton connard d'oncle a tringlé une connasse de seize ans VIVETTE Pourquoi y a un âge limite ? MAGDALENA On est mariés nous autres pauvre enclume VIVETTE J'ai quinze ans merde ! TERENCE Psychologue de mes couilles – suite du dialogue “Térence ? demande VIVETTE Térence ? MAGDALENA Il drague des putes de seize ans aux chiottes TERENCE Ta gueule VIVETTE C'est pour ça que vous m'avez fait venir MAGDALENA Tu vois connard elle te parle au neutre VIVETTE Je parlais de l'accueil pauvre tache TERENCE T'aurais préféré qu'on te laisse sur le trottoir ? MAGDALENA, gueulant : Je souffre merde TERENCE même jeu Nous aussi MAGDALENA bondit vers le téléphone TERENCE arrache le combiné pugilat, cris, reniements, VIVETTE rit pour la troisième fois j'ai oublié les deux premières.

Magdalena contre-attaque : C'est l'enterrement de Rachel qui t'excite, c'est ma mère morte tu n'as jamais pu la blairer t'es bien le seul il y avait foule à l'enterrement tu es reparti la veille tu as baisé juste à l'heure de l'enterrement comme si c'était sur le couvêêêêêêrcle TERENCE très calme “Richard III Acte I scène 2 – Comment ? - Rien - Tu es dégueulasse. - Tu es la fille de ta mère – Tout juste capable de bander à l'heure de l'enterrement VIVETTE SE MET A HURLER MOI AUSSI JE SUIS SA FILLE et je vous interdis de parler comme ça vieux salingues c'est moi la plus jeune moi j'ai fait un gosse avant toi qui c'est qui a découvert le corps en sang le flingue dans la flaque et les flics et leurs questions ton baiseur minable j'en ai rien à foutre et mon gosse tu le feras pas sauter ni celui-là ni le suivant “Réfléchis” dit Magdalena “C'est tout réfléchi” dit Vivette

Troisième attaque : “Tu vois dans quel état tu mets ma sœur tout ça pour une pute Retire ça Si tu ne m'avais pas niqué les nerfs tu es un monument d'égoïsme TERENCE “...d'inconscience, de fascisme...” MAGDALENA ...de muflerie machisme porcherie destruction ma sœur en épave t'aurais tué ma mère si t'avais pu TERENCE -te MAGDALENA suite (“froid comme un marbre pas de cœur les hommes sont des salauds je te préviens Vivette”) VIVETTE Ça va me retomber dessus TERENCE Toi la fille-mère ta gueule VIVETTE Bon là je me casse TERENCE Reste reste – Magdaléna prend d'un coup le téléphone Allô Joëlle allô Psychologue siffle Térence Vous saviez dit Magdaléna vous saviez parfaitement que ma mère était morte – dans des conditions atroces – parfaitement – fait exprès – je suis Magdaléna Bartsch – vous avez forcé mon mari - parfaitement – QU'EST-CE QUE VOUS VOULEZ QUE ÇA ME FOUTE gueule l'amplificateur J'EN AI RIEN A CIRER (effet Larsen) Sa belle-mère c'est ma mère et ma sœur est enceinte C'EST PAS DE MOI crie l'amplificateur (effet Larsen) là normalement VIVETTE éclate de rire “Térence, tu es là ? c'est Joëlle dis-moi que tu m'aimes. Pas devant ma femme (Térence coupe l'ampli) tu as ta dignité dit-elle tu veux me la jouer à la dignité ? Tu restes calme pour ne pas l'imiter ? ... pour ne pas me faire de peine tu sais ce qui me fais de la peine ? ...pas la mort de Rachel, pas la grossesse – Tu me fais la morale Térence ? tu me fais – ta femme est encore dans la pièce ? ...Vire-la – VA TE FAIRE... – Tu dis ça parce qu'elle est là Térence, tu veux qu'elle croie qu'entre nous c'est que du cul ?” Joëlle dit qu'on se retrouvera, qu'ils se retrouveront, il dit au revoir Comment “au revoir” s'étrangle Magdalena Térence raccroche, se tourne posément vers elle : Et si tu téléphonais au cousin Ange, ma chérie ?

Fréquenter Joëlle est devenu périlleux. Changer de bistrot. Mettre des lunettes noires. Joëlle en robe de mai pas enceinte (plus enceinte ?) passe la porte du Bar Tétouan, commande une glace et Térence un café. Deux cafés. Trois. Pas de raison que ça s'arrête. Ils se touchent les mains. L'homme parle abondamment soudain. Joëlle mordille sa pistache, plisse les yeux - Magdalena demandera D'où viens-tu ? qui as-tu rencontré ? de quoi avez-vous parlé ? (de tout et de rien, le café, la gare, les collègues) Tu crois que mon métier me passionne encore Térence la confiance est morte Le ciel n'est pas plus pur que le fond de mon cœur toujours un vers de Racine à dire.

Térence et Magdalena se tendent les mains par-dessus les tasses jamais le soupçon ne s'éteint tout à fait c'est une banale histoire de conne, de prof à bout de souffle en pleine histoire de cul. Jamais le Proviseur n'a eu autant d'égards. Il fixe le prof dans les yeux : “J'aimerais regarder ailleurs”. Il penche sa grande tête blanche entre ses revers bleus. Du matin pour dix-sept heures il convoque Térence pour signer un document très neutre, l'Administré transpire en vain tout le jour, un vieux truc stalinien qui fonctionne bien. Les collègues font trois groupes : le premier composé d'hommes qui rient, serrent les mains parlent fort ; le deuxième de femmes offusquées, qui se détournent ou sont discrètes - le troisième des deux sexes inconséquents, distants ou empressés, froids ou bien souriants ; mais nul n'égale la sournoise maîtrise du chef. “Monsieur Elliott ? ...entrez vite.

- Je suis en retard. - Midi cinq, c'est bon. Passez le rideau ne bougeons plus” dit le photographe - dans un studio sans issue des grappes de spots éclatants sur leurs tringles, bruits de mâchoires du Nikon ; Joëlle soumise au rut objectif d' un petit homme gris changement de filtre - “repos”. Joëlle se déplie Envie de t'embrasser L'assistante alors les dirige derrière un paravent, un matelas sommaire – plaisir volé – danger - qui est-ce ? - sans écouter la réponse où sont tes parents ? –Tu ne les connaîtras jamais “Fin de la pause on pose “ - l'artiste a de l'esprit. Bon sang pense Elliott qui peut se satisfaire de ça ? (chez Magdalena/Térence une carte de Grèce couvre tout un mur au-dessus du réchaud. Térence ou Magdalena tracent au crayon des itinéraires. “Nous n'aurons jamais assez d'argent” dit-elle voyageons par procuration dit Térence. Ils boivent du café. “Je ne te vois plus” dit Magdalena Horaires de cantine dit-il (ou bien je distribue des tracts Rachel mère et belle-mère en a laissé 25 (vingt-cinq) kg) Magdalena s'étonne soudain de n'avoir pas d'enfants. Térence fait venir chez lui Joëlle pour donner des cours particuliers, portant sur : “Le monde extraordinaire des mannequins”. Il la saisit par les bras, la relâche, l'air vraiment tous les deux d'un élève et d'un maître prenant congé, Magdalena trouve cela assez fort de café : “Vous allez bien, Joëlle ? - Oui, Madame.” Rien de plus courant.

Que veux-tu dire ? dit Térence. Je n'ai plus rien à confier, pourquoi m'aimes-tu ?” On n'a pas idée de poser des questions comme ça. Il adore aussi que sa femme prenne l'accent anglais. Joëlle trace au tableau d'appartement des silhouettes humaines, qu'elle recouvre de vêtements. Térence très inventif apporte au lycée son matelas gonflable et son duvet qu'il installe dans la réserve. Joëlle retourne au lycée, pas plus loin que la réserve ; il l'étend sur le matelas et la déshabille. Le soir après les cours les femmes de service s'interpellent dans les couloirs crépusculaires, leurs balais claquent. Les femmes de service vérifient les portes et clenchent un nombre incalculable de poignées. “Il y a quelqu'un ici. - Penses-tu ! - Je le sens, je te dis que je sens quelqu'un. - Qui veux-tu que ce soit ? - Je n'entends rien mais j'en suis sûre.” Térence incapable de résister pousse un hurlement épouvantable. Les femmes s'enfuient en poussant des cris de terreurs. Térence hoquette de rire et Joëlle l'engueule. Le proviseur se précipite de son appartement de fonction en s'essuyant la soupe sur les lèvres qu'il a grasses et molles et découvre au ras du sol ces deux cons nus entre les pieds de chaises.

Térence perd son emploi et chie sur le peuple. Ils sont invités à Morlaix par Ange et Albertine. Joëlle et Vivette sont du voyage. Il y a trop de personnages pour un texte aussi court et fade. Magdalena sur le siège avant découvre sa soumission dans un grand mouvement intérieur d'effroi. Pas de pardon pense-t-elle, son analyse psychologique tourne court. La grosse Albertine dit à son fils que [s'il] veu{t] capter l'héritage, [il] doi[t] [s]e montrer plus aimable avec [s]a cousine Vivette. “Je suis parti un peu brusquement” reconnaît Ange. “Invitons tout le monde. - Merci ma mère ô ma mère, vous êtes si bonne, mais comment les distraire ?

- Nous pique-niquerons dit-elle au pied des falaises, puis nous marcherons au sommet des falaises, puis nous embarquerons pour un tour en mer.” A la réflexion Ange s'angoisse.

Comment déterminer Vivette à l'amitié ? Elle est enceinte, tout de même ! A la fin du voyage Magdalena prend le volant. Le bébé s'accroche. Joëlle et Vivette se flairent sur la banquette arrière, on ne les entend pas c'est la radio de bord dit Térence à sa femme, Vivette demande à Joëlle (17 balais) Pourquoi viens-tu avec nous ? ...Tu n'as pas vu la mer depuis longtemps ?” Joëlle se tait. Devant ses yeux, les boucles et le dos du seul homme qu'elle aime. Vivette se demande ce que Térence son beau-frère peut bien trouver à cette fille ; elle se demande si Magdaléna reste aimable avec Joëlle ; si le couple des vieux s'aime encore.

Elles finissent toutes deux par s'absorber dans le paysage, à droite comme à gauche. Les voici boitillant à six au pied des falaises ; pieds tordus, galets, marée haute. Ciel froid en plein juin. Le pique-nique est prévu, on le fait. Ange à la dérobée regarde Joëlle, qui n'est pas enceinte. Térence a pris les devants, il porte le panier le plus lourd. La grosse Albertine suit. Joëlle ne lui est pas, non plus, présentée. On dégage un gros rond de galets pour s'asseoir sur le sable. “Plutôt frais” dit Magdaléna. Le gros Ange ouvre les pâtés. Qu'il est de bonne humeur, Térence ! tout ce qu'ils bouffent tous !

Assis en rond comme des yacks contre les vents. Vivette ne dira pas qu'elle est enceinte ; Ange ferait un mauvais père : trop de ventre. Les cirés qui frissonnent. Quelques touristes mieux couverts qui passent en faisant des signes amicaux. Albertine enfile deux sandwichs. “Au point où tu en es” dit Ange. Térence fait le boute-en-train. Tous excursionnent ventre plein au sommet des falaises. Des exclamations sont poussées sur la vue, sur les bateaux anglais qu'on voit. Térence dit “Les convois qu'on voit.” Il soutient Vivette dans les montées, Joëlle est aux prises avec la grosse Albertine qu'elle ne connaissait pas la veille, Magdaléna empêche le pourceau de tomber, c'est Ange. “Nous sommes les premiers” dit Térence à la sœur de sa femme (Vivette ; il faut suivre). “Vois-tu l'Angleterre ?

- Pas de si loin, Térence ! - Tu as souri, tu as dit mon nom. -Tu n'es pas le père, tonton.. Fous-moi la paix. - Qui va s'occuper de toi si le gros porc... - N'insulte personne.” Ils se rejoignent autour de la table d'orientation, se désignent les points de repère - “Tu es de bien bonne humeur Térence” observe Albertine en soufflant “Je me défends” dit-il, “je me défends”. - Dango, dit Vivette. Une fois redescendu tout le monde embarque sur le Trois-Couillons, des Frères Croche, affables, qui trimballent les touristes et leur enfilent des casquettes et des gants. Temps frais, noroît soutenu hors-saison. La bôme fauche au-dessus des têtes baissées parce qu'on remonte face au vent,

les frères Croche se mettent à chanter, on ne se dit plus que des conneries ou on s'isole avec un air profond, sur cris de vagues et sous l'embrun. Le Croche-barreur dit “Bizarre, le vent tombe”... “...Mais ce n'est rien M'sieurs-Dames” ajoute le frère. “On voit moins loin que tout à l'heure”, “La mer est grise”, “Redresse au vent””Quel vent ?”. La voile faseye” - “bat au vent” - Takapétéddan dit le cousin, bien atteint. “Nous avons fait les Glénans, dit le barreur. Mesdemoiselles, ne craignez rien.” “ce ne serait pas du brouillard qui tombe, là ?” observe Térence. “Bien sûr Monsieur, rien de plus normal par ici.” “A cette heure-ci ?” “A toute heure Monsieur ; Joël, va écouter le poste.” “Moi?” “Je parlais à mon frère, Mademoiselle” “Madame”.

Albertine éclate de rire. Le cousin Ange se tait, mais il lui semble soit qu'on tourne en rond, soit qu'on dérive. Albertine soupire “Mon Dieu mon Dieu”. On entend un grondement Les rouleaux Madame, c'est la mer qui descend. Oùsommes-nous ? En mer.” “Dement” dit Ange. “Ça se gagne” dit Vivette. Le frère barreur : “Calmez-vous, on en a vu d'autres, ceux qui paniquent vont dans la cambuse”. Vivette descend dans la cambuse. Quand elle s'est cognée trois quatre fois aux parois elle remonte sur le pont, l'avenir, c'est la vague suivante. Ange dit “Elles sont courtes mais bonnes”, toujours ce genre de jeux de mots, Térence ferme sa gueule.

Cependant le barreur aborda en pleine mer la Police Maritime, qui avait l'œil : “On vous suivait. Bouées de sauvetage... ? Trois en tout et pour tout ?” Térence : Qu'est-ce qu'elle leur a mis, la police ! Et puis (suite du récit), tout le monde s'était bien rendu compte que Vivette avait quelque chose dans le ventre, quand elle avait sauté lourdement sur la vedette des flics ; même qu'elle avait vomi en écartant les jambes ; Ange racontait pour sa part que tout le monde l'avait laissé sur la barque à voiles, aucun bras secoureur ne l'avait “euh... secouru ; et si j'étais tombé entre les deux bordages ? Ça se frottait, ça montait, ça descendait !

- Tais-toi, grand douillet de vaurien de merde, dis-moi plutôt de qui ta cousine est enceinte. - Je ne sais pas Maman. - Tu crois que c'est Térence ?” Ce dernier suffoque d'indignation. La scène se passe dans un salon, à Morlaix. Une belle promenade en mer en vérité, fort instructive. “Joëlle, tu ne peux pas croire cet abruti !” (disons qu'ils sont revenus de l'expédition bretonne ; disons qu'ils se retrouvent dans le studio de photographie, où le professionnel de la profession les a regardés s'ébattre, avec des yeux de veau, en échange du studio lui-même, pour toute la nuit. - Pour une fois le studio pour nous tout seuls ! - Térence, Vivette est enceinte, c'est de toi, oui ou non ? tu me promets que tu n'y es pour rien ?” Le torchon brûle sous les sunlights. “Que

faisions-nous avec eux ? si tu savais ce que je me suis fait chier... J'ai voulu te présenter. On ne présente pas une passade ! ...tout le monde me dévisageait ! Sauf Magdalena ma femme . C'est ce qui m'a le plus gênée. Jamais je n'ai autant regardé le paysage. Est-ce que je sais moi ? Il s'emporte d'un coup. Térence dit-elle, je trouve cela très laid cette grossesse de Vivette à ma place C'est la meilleure (s'étouffe Térence) Tu veux être enceinte ?

OK dit-elle on commence – qui va élever l'enfant-de-la-sœur-de-ta-femme? le poussah, “Ange” ? T'as vraiment la famille de blaireaux. Magdaléna déteste sa sœur tu entends- ? elle la hait, elle l'a complètement abandonnée après la mort de leur mère C'est ce que Vivette m'a dit en voiture Je l'élèverai comme un fils Fais-en donc un, avec ta bourge, avec moi – plus tard (c'est l'été) dialogue : “Tu m'aimes pour faire joli. - Je te désire dit T. - Fais-moi l'amour derrière les troènes – En pleine circulation ?” Ils le font. La caravane de Joëlle est un monde complet : cassettes, CD, revues de photos, dans un renfoncement la TV peinte en rouge “Mes parents” dit-elle “n'entrent pas ici”.

Par un soir étouffant Térence étend ses membres nus et suants sur la couchette et comme ils n'ont pas encore bougé d'un poil c'est la télé qui se déclenche “Chaos à Moscou”, une brochette de vieux cons en casquettes militaires annonçant la destitution de Gorbatchev “popur raison de santé”, Térence couine d'indignation sous la petite coquille de plastique et Joëlle impassible se tourne pour mieux voir et dans la touffeur de la caravane ils baisent devant les généraux morts. “Térence tu penses à autre chose, Térence nous n'avons jamais qu'une heure au pifomètre devant nous, Térence la tolérance de ta femme me soûle – Térence ta femme d'occasion se fait chier. Marre de tes coups d'œil à ta montre, de baiser sur un quai de gare Je me demande pourquoi tu t'obstines à jouir Maintenant Térence tu dégages.

Correspondance (“six mois plus tard”) “Qu'est-ce que tu as besoin de m'écrire à présent? Tu veux “[m'] emmener au musée de Rouen ? au musée de Caen ? tu m'apprends quoi là le prof ? Chère Joëlle. Tandis que tout s'équivaut la vie passe (“il est égal d'aimer tel ou telle”) - te revoir, t'expliquer tout cela. Il parle de [la]serrer tendrement dans [s]es bras, de “passer dans l'instant” car la vie n'est qu'une suite d'instants. Térence et Magdalena, dialogue : “Je suis malheureux. - Quel sens de l'humour, Térence. - Je l'aime encore. - Je te préférerais grossier. - Je bande encore. - Tu es pathétique” - on allait le dire. “On ne badine pas avec l'amour d'Alfred ; de Musset” - montée en flèche de la fréquentation du cabinet Dr Magdaléna Bratsch. Qui affûte de nouvelles batteries de tests.

La nuit se chargea de couleurs criardes. “Térence, tu es devenu merveilleux. Tu ne regardes plus la télé, tu joues sur un pipeau des mélodies improvisées qui trouent le ciel nocturne.” Il escalade l'escabeau à roues qui mène aux rayonnages et feuillette, jusqu'à l'aube, les livres pour sa Thèse, il astique des dos de cuir. Il y a de la réconciliation bourgeoise dans l'air. Au lit – vingt nuits durant – ce sont des postures, des besoins, des retombées. Je t'aime, et je te passe les mains sur le corps. Ils se mordent les lèvres, ils se ferment les yeux, leurs doigts balbutient. Deuxième étape : trente jours, plus calmes : on se parle d'autres hommes, d'autres femmes.

On les ramène entre ses griffes, on les exalte, on les déchire. Ils sont “moins instruits” ; “ayant souffert” ; “si faibles” ; “aimant son métier, tendre avec ses enfants”. Térence et Magdalena ne reçoivent plus personne. Ils parlent d'eux-mêmes. De tous les amis, si nombreux ! Qu'ils vont revoir à B. Il y a du déménagement dans l'air (air... connu) - C'est faux (s'enflamme Térence). Nous n'avions pas, nous n'avons plus d'amis. - “Tu nous as ôtés à l'influence de Ma Mère...” (Magdalena récite) (“...car je vous ai fait sortir d'Egypte...”) - Invite tes patients ! - Ces malades ?” Il dit ne pas souffrir de solitude ; que c'est à elle de recruter, ici, en banlieue, des visiteurs.

. Elle répond qu'il s'est fait virer, qu'il n'a plus de collègues. Je déteste recevoir. - C'est le désert dit-elle - Si tu cesses de geindre dit-il les autres viendront. - Personne n'est venu. Il répète qu' [il] n'en souffre pas. Elle dit “et Joëlle alors ? ce ne serait pas la preuve que tu souffres,par hasard ? ” il répond Ta gueule. Au lit, le soir : “On en parle ou on le fait ? - Tu viens de répondre dit-elle. Le ton monte, la queue baisse. Le ton baisse, queue stable. Débat sur l'impuissance et la frigidité, les lesbiennes et les pédés. La pédophilie, la coprophagie, la zoophilie Le cunnilingus : “con, sent, suce”.

Le point G nettement concurrencé dans la dernière ligne droite par l'onanisme digital. “On passe à d'autres orifices”. Tableau dirait Flaubert. Pas question qu'un gode mette les pieds ici (jeu de mots ne déridant pas l'atmosphère). Alors sommeil, tant bien que mal, main sur le sein, tête sur le ventre. Impossible de dormir tordu comme ça. Un demi-comprimé. Puis un, deux, d'autres denrées, survivance intermittente du sexe. Des nuits lourdes et réparatrices. L'entrain revient, les fonds baissent, dialogue : “Térence où vas-tu chaque nuit ? - Je ne dors plus. - Tu m'as réveillée – Tu l'étais déjà j'étouffe – Je suis de trop dit Magdalena. Si tu t'affales sur moi Magdaléna comment veux-tu que je respire. Térence est un fervent des programmes de nuit “Au lieu de me parler !” Je n'ai rien à te dire - Caresse-moi ! Tu ne réagis pas tu ronflais – suite : Magdaléna se

fait abandonner chaque nuit Tes somnifères dit-elle et les tiens (“rétorqua-t-il”)- d'un commun accord ils arrêtent les somnifères. Tous les soirs Térence contemple sa nudité, son sexe allongé vers le bas Si nous partons d'ici je me tue. Térence éprouve une terreur panique à la simple idée de revenir à B. “Mais puisque ma mère est morte !” L'atmosphère... “Nous partons” traduit Magdaléna ; qui taquine : pas de suicide ? Ça va, ça va... Le couple s'offre une dernière et somptueuse promenade entre l'Opéra et la gare du Nord (impasse de Briare) et marchent jusqu'à l'extrême limite de leurs forces. Ils s'affalent dans un cinéma On ne voit pas un poil dit-il imbécile dit-elle c'est du soft, retour à B. Allô Joëlle ? - Que se passe-t-il ?

Nous repartons à B. Cela dit Joëlle ne me concerne pas. Il dit n'avoir pas passé un jour sans la regretter. Elle dit qu'il est remplacé. Si tu viens à ton tour à B. dit-il Magdalena te croira loin nous nous verrons sans qu'elle s'en doute. J'efface dit-elle tout ce qui s'est passé entre nous à l'exception de la Première Fois. Tu es en plein cauchemar Térence, tu vas te réveiller, Magdalena juste avant son départ liquide envoie chier sa clientèle, envisage à B. de reprendre ses cours de piano, d'en donner, de se refaire des amis, nous vivrons dans la misère prophétisa-t-il. Marchant à grands pas sur le plateau de J., Térence admire une dernière fois les champs de betteraves nordiques.

Il chante et se parle seul. A l'horizon le cercle lointain de son pays, avec ses brosses brunes et vertes. Quand ils arrivent à B. la maison de Rachel est comble. Meubles. Souvenirs. Mannequins et costumes. Leur barda prend place sous l'auvent de la cour. Dans un bureau bordélique Térence dispose des monceaux de manuscrits puisque la vie nous bâcle - bâclons-la. Magdalena se réjouit d'échapper enfin “à-la-solitude-où-nous-avons-vécu-en-région-parisienne”. Ils se querellent, il n'est plus temps, tu triomphes dit-il pas du tout dit-elle, pour moi les fantômes ne sont pas moins difficiles à affronter.

Les amis les reçoivent à bras ouverts, pas un pour leur dire “on vous l'avait bien dit”. Voici des nouvelles de la famille : le gros Ange passe les cent kilos à vingt ans ; son enfance fut calamiteuse et son père en prison pour trois viols de fillettes “pardon, seize ans Monsieur le Juge seize ans pas plus – justement dit le juge, pas plus , et sa mère s'est suicidée, puis la sœur de sa mère l'a recueilli, la grosse Albertine (c'est de famille) qui l'a gâté. Les quatre murs de la chambre d'Ange sont garnis serré-serré de quatre rangs de rayonnages à disques mais c'est bien lui qui a fait j'allais l'oublier cet enfant à Vivette, quinze ans. “Térence” dit Magdaléna, “nous devons aider ce jeune couple” - Térence renâcle - “Je suis émue (ajoute-t-elle) de retrouver en eux les mêmes commencements que nous avions” - suivent des souvenirs confus. Comment ! dit Térence Ils sont très laids, je tremble pour l'enfant. Elle répète “Je t'en ai parlé ce qu'il nie. Je me fous dit-il d'être violent. “...et vulgaire ajouteMagdalena qui est le plus vulgaire dit-il de nous deux ? Tu m'as fait rompre avec Joëlle ! nous y voilà conclut-elle mais je te parle moi d'Ange de Morlaix. Il dit qu'il n'a rien à voir avec ce porc puis se souvenant que tous ceux qui attendent un enfant sont des vieux il pleure. Avec l'héritage dit Magdalena nous achèterons un appartement Il est hors de question que Vivette revienne s'installer dans cette maison méphitique – où le Gros Porc l'a violée - “ils s'y installeront en attendant” - en attendant ! reprend Térence en attendant !

- Térence, ta dureté (le deuil engloutissant Térence) (sur ses positions de repli). Ange venu par train (23 h), Vivette et lui affalés épuisés sur le lit de Rachel (Bartschinson) morte – à midi le Gros Porc s'empiffre et s'effondre devant le poste c'est gai dit Térence. Ange est musicien : n'est pas un métier - parle à Vivette -objectivement – comme à un chien, les vacances s'éternisent, les puces menacent (moquettes, recoins), la télé sourde, obsédante – Magdalena s'installe au rez-de-chaussée (“mon cabinet de consultations”), Térence lit-médite-écrit (s'ennuie ?) - des échos de querelles à travers le plafond (couple de vieux – attendent l'enfant).

Quelques échos du Vieux Couple : Joëlle (tooujours entre eux), soumission de Térence, la ville (sa laideur), la vie (son insanité), la clientèle (se reforme) le fœtus (pousse) – réflexions : “Qu'elle est belle Vivette ! - Sagittaire, ou Scorpion ? - Lui feras-tu apprendre l'allemand ? - Veux-tu un chauffe-biberon ? - Vous comptez rester combien de temps ? - Tu as peur d'accoucher ? - Vivette répond avec une grossièreté sans cesse accrue : “T'es con Ange, on ne va tout de même pas s'installer là-dedans” (“surveillances” dit-elle, “engueulades”, “allées et venues”, “taches dans les draps”).

Ange cède, le couple enceint fait ses valises rembarque à Morlaix “C'est Albertine qui vous comptera les taches dans les draps” hurle Magdalena sur le quai tout le monde s'est bien retourné sur le quai. Térence (quelle surprise!) refuse la nourriture tombe en dépression (la mort l'amour la grossesse tout ça) – ou se jette dessus (la nourriture) avec frénésie ne bande plus (qui s'en soucie ? - la dépression ça se mérite il faut être une femme je suppose. Térence s'alite, ferme les yeux, tout commence - vous savez ce que c'est, le tourbillon de mots et d'images, la tête qui se prend, les cimetières qui s'installent.- bref : Térence multiplie les séquences de 20 minutes (travail, repos ; travail, repos) d'où il ressort bri-sé. Voici d'autres états : souvenirs de voyages (petits budgets – petits trajets !), sa femme, sa sottise à lui. Il revoit : les sentiers du Lot-et-Garonne ; la crête du Pic Saint-Loup (Héraut) ; le tour à pied d'un champ de chaumes entre Saragosse et León par grand vent, l'harmonium déchirant de St-Savin-du-Gers et maintes sentes sous les bois (voilà, voilà enfin cet arrière-plan de passé que vous avez tant désiré) – il marche seul, ce sont les plus beaux souvenirs de sa vie, les exaltations les plus pures, sans Amazone et sans Tibet, ses ultimes instants de liberté, il en revient aux femmes. Muqueuses et marivaudages - avoir vécu si peu, en tomber là - tant de sommeil à présent - “Tout va bien” dit Vivette “Pourquoi m'appelez-vous ? Ange est aux petits soins, il m'ôte les obstacles, Albertine aussi, nous emménagerons à X. l'an prochain, petite fille prévue dans trois ans”.

Vivette raccroche. Sur son carnet neuf Térence en face de “Vivette” note inutilisable (en effet la communication suivante fit état d' “élan créateur”, du “bout de mes rêves” et même de “dynamisme”) - aussi reculée dit Térence qu'un bas-relief antique. Joëlle (vous savez ce que c'est) (revenue dans le circuit) lui reproche de “[s'] étaler dans la mollesse', de “stériliser tout”, “crapaud” lui dit-elle, “crapaud”, Térence raccroche : Magdalena que penses-tu de tout cela ? – De quoi ? - L'Histoire de Joëlle Comment ? Ce serait le titre - Ecoute-moi Térence, je suis une femme active et volontaire, je conçois mes tests moi-même, appelle ça Ma Mère Morte C'est mauvais dit-il – Ta gueule.” Plus tard : Je vois dit-il dans mon destin la main de Dieu Magdaléna dit “Tu plaisantes”Enfin merde dit-il je suis victime la chose est claire ! Victime des femmes !

- Ne rêve pas, Térence. Tu manques de caractère, Ence. - Ouah, la vanne.



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