7.10.07

Singe vert 69 Condamnation


Le singe vert numéro 69 - lxix
Der grüne Affe
rédac-chef imprimeur Collignon Bernard
4 avenue Victoria
Impératrice puritaine britannique
33700 MERIGNAC
COURRIEL : colber1@wanadoo.fr
blog
http:// singevert.blogspot.com
La petite citation à sa mémère :
765 : Le plaisir esthétique naît de coïncidence entre l'œuvre d'art et le rêve ; c'est une affaire entre l'esthète et l'œuvre d'art et non entre l'esthète et l'artiste.
Philippe JULLIAN
Oscar Wilde
singe vert 69 SOMMAIRE 3
LES RISQUES DU METIER là tout de suite
la souris et le cuisinier de Gaël Ferret Komlekap

LES RISQUES DU METIER
Rien n'a varié d'un bout à l'autre de ma carrière. Le stock de vannes était constitué dès le début, dès la puberté. A ceux qui me disaient "Vous avez de l'esprit" je répondais "Non, de la mémoire". A présent je regrette certaines vannes que j'aurais pu faire, mais qui n'ont plus de public à présent. Mélancolie. Et si je passais à la troisième personne ? Des visages... Des taches blanches levées vers moi... En ce temps-là, les élèves étaient blancs. Ouais, humour.
Fausses brimades
Marmande : "Je ne suis pas si con que VOUS en avez l'air". J'avais un petit garçon, fils de prof de français au collège voisin. Très vif, frétillant, ravi. Son père vient me voir : Comment puis-je améliorer l'orthographe de mon fils ? - Ben si vous n'y arrivez pas vous-même comment voulez-vous que j'y arrive moi ?
Andernos : quand ils se plaignent de trop de devoirs : "Fallait pas naître".
"Ta gueu-ll-e..." Gâchis ou pas gâchis ? « Je suis comme une truie qui doute... » Qu'est-ce qui m'est arrivé ? Prof... Je me tâte, je me pince : c'est bien moi. Professeur de l'enseignement secondaire. Tous ces souvenirs sont-ils réellement les miens ? quelle guerre ? gagnée ou perdue ? Où est passée ma civilisation ? Où est passée ma vie ? Qu'est-ce que j'ai laissé passer ? « Rigolez, rigolez de ma connerie ; ça vous évitera de pleurer sur la vôtre » : je l'ai sortie les derniers temps, mais dans un brouhaha, une seule qui s'est tournée vers les autres : « Vous vous rendez compte de ce qu'il vient de vous casser, là ? »
Je m'ennuie, très vite. De plus en plus tôt dans l'année je n'ai que ce moyen de lesréveiller, de les réveiller : des vannes. Plates, scabreuses. Très vite. Même avant la Toussaint. « Vous êtes tous là à me regarder avec vos yeux en anus de mouche". La fille Braillon, à Chauffignac, d'un bout à l'autre de la classe : « Je vous emmerde ! - Torchez-vous mon amie, torchez-vous." Tout le monde s'est foutu de sa gueule. Il faut savoir répondre, aux élèves, du tac au tac. Sinon t'es foutu. Le Principal appelait ça « Les cours à la C. » (je m'appelle « C. »). La fille Braillon s'imaginait aussi que le but d'une femme, c'était de rendre un homme heureux. Je lui disais « Détrompez-vous ! » J'étais féministe à l'époque. Je le suis resté. Pas comme Ségolène. Ségolène fait beaucoup de tort aux femmes. Les hommes vont encore s'en prendre plein la gueule. Je vote Ségolène. En sixième j'annonce une série de lectures sur le thème des femmes. Toute la 9rçons et filles comme un seul homme : « Quoi, encore ! ». J'aimais bien les filles.. Y'a qu'les filles qui m'intéressent... Elles sont franches. De la sixième à la première, pas plus.
Dès dix-sept ans, elles mettent leur masque de Bonne Femme. C'est fini. Elles te sortent toutes la langue de bois : « Oh mais pour faire l'amour il faut que je sois très, très amoureuse ! » - pour te toucher, t'es amoureuse de qui ? (pensais-je ! oulàlà ! pensais-je !) Une partenaire de 28ans m'a dit (pas une ancienne élève ; je n'aurais jamais supporté) : « Oooooh ! Mais c'est pas la même chooooose ! ». C'est qu'elles porteraient plainte ces connes. Peut-être même bien maitenant, rien qu'en me lisant... Il ya du fric à se faire, pensez, avec ma retraite... Tu sais ce qu'il y a d'emmerdant quand tu es prof ? C'est que toute ta vie tu te fais traiter de fainéant et de privilégié...
Tu sais, les fameuses 18 heures par semaine, qui te laissent épuisé comme si t'en avais fait 36... Ce n'est pas les copies qui épuisent, c'est le DON DE SOI. A 100 %; à 99%, les élèves le sentent, ils ne t'écoutent déjà plus. Et les vacances ? ELLES NE SONT PAS PAYEES. Nous sommes payés sur 10 mois, divisés par douze. Ça vous la coupe, ça ! On ne le sait pas dans les chaumières, ça... « Ouais mais vous êtes bien payés ». Bon, j'ai fait bac plus 6, bac plus 8, excusez-moi d'avoir fait des études, j'aurais pas dû, c'est sûr, j'vous demande bien pardon... Qu'est-ce qu'ils sont devenus tous mes élèves... Garçons et filles... Tous ces gens de 43, 45 ans, et qui ont sombré dans l'immense melting-pot de l'Oise... C'est grand, l'Oise...
« M'sieu, j'ai fini ! - Tirez la chasse. » Dès la sixième, systématique... Ça passait pour une audace folle... A l'époque... "Vous avez été légendé, Monsieur, légendé ! » - on m'a sorti ça au salon du livre de Bordeaux – enfin, ce qu'il en reste – il est vrai qu'on a le tramway maintenant... « Maman, c'est vrai que le Juppé il va revenir au gouvernement ? - Ta gueule... » Et ce collègue qui
vient me dire du mal de Machinchose et de Sprouwski, trois grands quarts d'heure, appuyé au montant du stand sans s'asseoir (quel souffle !) et sans rien m'acheter. Et cette autre ravagée du clito qui vient me dire que je ne repasse toujours pas mes chemises (c'est vrai) ; amoureuse, mais sans le dire : on est une femme ou on ne l'est pas... juste une allusion 22 ans après... Ça c'est la femme... Typique... et c'est ça qu'il faut “respecter”, je suppose ?
Et pas un élève pour se faire dédicacer mon premier livre... Vous croyez que ce serait vraiment une bonne idée de les faire chercher sur internet ? de passer une petite annonce ? ...voir si j'ai servi à quelque chose ? ...si ça a vraiment existé ? avec un bon dix tonnes d'apitoiement ? Tenez, je pète par la bouche. Sans arrêt. Surtout quand je me baisse. "Heureusement qu'on sait qu'il est intelligent, sans ça quelle vulgarité..." Concours de faux pets. On se lasse avant moi. Des élèves me pourrissent la classe. Forcément. Je l'ai cherché. Des profs comme moi, je te les mettrais au mur, et TA-TA-TA-TA. Pour peu que l'association du Pétrel Mazouté me repère, je suis bon (ton Coluche » : « Ouais, euh... comme ça, le Monsieur, il a le nez au milieu de la figure, aloors ouaiaias, vous comprenez, pour les enfants, ça fait pas propre, on dirait une bite, s'ou voulez, alors ouais, comme ça, le mec, je propose la peine de mort. ».
Et je chantais : « Parademarsch, Parademarsch, der Kaiser hat ein' Loch im Arsch ! » Ça veut dire : « Marche de parade, l'Empereur a un trou au cul » - on me dit : « Pourquoi « l'Empereur » ? tout le monde »! Je rectifie : « Der Kaiser... von Preuszen ! » Ils sont écœurés ; on ne dit pas « von » mais « zu » : « zu Preuszen », « pour la Prusse ». Plus tard : « Un fusil, c'est fait pour fusiller ! Une mitraillette, c'est fait pour mitrailler ! Un canon, c'est fait pour canonner ! Et un tank... » Tout le monde s'esclaffe. « Pourquoi riez-vous ? A quoi pensez-vous ? - Ouais, euh, à mort le prof, ouais, fusillé, étouffé sous le cul de toutes les merdes familles... » - Bande de petits vicieux ! » Hurlements de rire.
Parce qu'ils ont de l'humour, les drôles. Plus que leurs parents. Et le cours, il repartait au quart de tour, on a bien rigolé, maintenant on bosse... L'hiver on étouffe près du radiateur, maintenant les classes sont bien chauffées, il y en a partout des radiateurs... Toujours au premier rang j'ai un enrhumé fiévreux qui me fait ouvrir, refermer, rouvrir la fenêtre. Il me tousse dans la gueule. Je n'ai jamais été malade. Mais je sens un vieux gaz coulis qui me descend le rectum – allez on entrouvre la fenêtre, on lâche – et manque de pot, le petit coup de vent qui rabat tout vers l'intérieur. Et d'un seul coup d'un seul tous les cols roulés des garçons (c'était la mode des cols roulés) qui se remontent à la fois, tous les cache-cols du premier rang. Ah la vache... ah l'enculé... Admiratif quand même... Derrière la barrière de laine... On s'amusait dans mes cours, parfaitement, et j'étais respecté, aimé, c'est un tour à prendre, vous ne pouvez pas “juger” comme ça... Mais le grand moment, pour moi, c'est la cantine des profs. On ne peut pas se parler salle des profs : trop de pédagogues qui se prennent au sérieux, trop de mémères qui balancent sur leurs élèves leurs quintaux de couënne maternelle, comme si c'étaient leurs propres lardons. Et que ça tchatche, et que ça compare, et que ça suppute...
Non le truc vraiment marrant c'est la cantine. J'en rêve encore, des cantines ; des cours, jamais. Ou alors, c'est un cauchemar. Je raconte une fois (je l'ai inventée, mais tout le monde dira le contraire) : c'est l'histoire d'un grand con de puceau de paysan qui n'y est jamais arrivé avec les filles (je mime). Alors comme il garde les truies dans la prairie, il se dit : « Tiens, si je me faisais une truie ». Il baisse le falzar, et hop (je mime). A ce moment-là le patron fermier dans sa ferme il regarde sa montre : « Mais qu'est-ce qu'il fout? » Il va voir, il trouve le puceau en train de (je mime).
Il enlève sa pipe de sa bouche : « Ah le salaud ! » Il baisse à son tour le pantalon (je mime) et il s'encule le type qui gueule « Aaaaah !... » et le patron le lime bien à fond en décrétant (je mime) « C'est bien fait ! T'as qu'à pas faire aux truies c'que tu n'veux pas qu'on t'fasse ! » Alors on a ri. Après on me parlait de l' « Evangile selon saint C. » (je m'appelle C.). Ecris avec ton sang dit mon pote Pilpa. C'est au Lycée de Laon que j'ai compris la vie, qu'on m'a persécuté, que je me suis accouché, extirpé de moi. Je raccompagnais W. chez lui, avec sa plate face du fond des steppes de Pologne. J'étais amoureux des garçons autrefois je n'avais pas le choix, . écris avec ton sang, mon ami Pilpa ressemble au Scarabée Socrate en plus beau.
Quand ma femme m'exaspérait, me torturait chez moi, de plaintes, d'inerties, moi en classe je me défoulais, ce qu'il ne faut jamais faire évidemment, j'emmerdais mes disciples à fond, j'enchaînais vanne à vanne, sans que mes rugissements leur laissassent la moindre faille où glisser leur chahut, leur bordel, leur souk, je me chargeais de tout pour eux. Avec mon sang, avec mon jus de chaussettes qui me coule du cerveau par le fameux trou de Monroe qui régule le flux cérébral. Si vous ne lisez pas déchirez, déchirez, ne venez pas m'emmerder. Alors je vannais.Je vannais. Jamais
touché personne, effleuré personne. Je les respectais, mes élèves, profondément, comme on se respecte soi-même, y compris les filles, si fragiles, si exposées, si prêtes à se faire mettre par n'importe quel porc, qui les éclate et qui les jette, Allègre, Fourniret, l'un chassant l'autre. Parfois je les repérais, celles qui venaient de se faire dépuceler. Le lundi matin, je ne sais quoi de morne soudain dans le regard. Mais j'imagine peut-être. Celui qui touche à une fille, qu'on le sodomise en place publique, qu'on le laisse hurler là, perdant ses tripes. Qui est-ce qui va vouloir acheter ça, Pilpa, qui est-ce qui va vouloir acheter ça!
Je risque ma vie, moi : « Fasciste ! Fasciste ! Suborneur! Pédophile ! En prison, en prison !" Ou pire. Tout le premier trimestre avec une voix de Cage aux folles. En janvier, d'un seul coup, voix normale.... Un élève "Va donc eh gros pédé ! - Je ne suis pas gros..." "Cosette et le seau d'eau. - Comment ça s'écrit, M'sieu ? » Je veux faire trouver le mot "génie" : "Pensez à moi et à une marque de lessive – Omo, M'sieur!" J'engueule Negazzini parce qu'il brûle des rats dans une cage en fer « Mais m'sieu, c'est que des rats ! » Putain l'avoinée que je lui ai mise... Maintenant il travaille dans le pétrole. Ce que c'est que de nous. Une fois les élèves m'ont muré dans ma classe : j'ouvre la porte et je tombe sur un mur de moëllons, ils avaient transporté tout ça sans attirer mon attention.
Je descends dans la cour avec un énorme porte-manteau. Les élèves me fuient. Krzysch me dit : "Tu as des troubles comportementaux". A un Slovène qui lisait avec un accent épouvantable : "Eh ben mon cochon... Eh ben mon cochon... - Monzieur ! Che ne zuis pas fotre cochon !" Imitation du Belge bègue et pédé... Une performance ! Une autre, une autre : “Le Christ avait tous les péchés du monde sur lui, donc c'était Satan qu'on a crucifié.” Un élève bigot, que je voulais mettre en boîte, se met à hurler : "Hérétique ! Hérétique !" "Mais c'est qu'il m'enverrait au bûcher ce con-là ! - De grand cœur monsieur, de grand cœur !" » On s'étouffait de rire tous les deux, et la classe avec. « Ouvrez vos livres Allah page (tant)”
... Mais je n'ai jamais fait le moindre jeu de mots sur l'élève qui s'appelait Vandeputte... « Dupuis », en flamand... Et je disais toujours : « Au moins, grâce à moi, une fois par jour vous pouvez vous croire supérieurs". Ils approuvaient. On apprenait des tas de choses. Et souvent ce sont les élèves qui me ramassent : "Qu'est-ce qui est con, qui remue et qui pue ?" (je pensais : une classe de sixième) Les élèves : "C'est vous Monsieur !..." Allez une autre : "Je me parle toujours tout seul ;
comme ça je suis certain de ne jamais perdre mon temps avec un con." Un voix au fond : "C'est pas sûr..." “Monsieur, pourquoi vous devenez tout rouge quand vous gueulez ? C'est ridicule !” - plus jamais je n'ai élevé la voix. Dans cette classe. Mais j'ai été respecté comme personne, comme pas un mandarin mandarinant. Il y aun élève, avant d'être “réorienté” comme on dit, qui a tenu absolument à me serrer la main. Seulement voilà, je me suis tellement répété. Répété. Ré-pété. Je finissais par savoir ce que chacun allait dire. Moi, et eux. Alors j'ai pris ma retraite avec plaisir. Bien sûr n'est-ce pâââs, j'aurais dû remettre en question toute ma relation avec mes élèves, les considérer enfin comme des élèves, me faire vieillir d'un seul coup, et je n'en ai pas eu la force ni l'envie.
Je ne m'en suis pas donné les moyens comme dit la Sentence. Eh non. Eh non. Il m'a toujours semblé, à moi, que passer à l'âge adulte représentait une perte irréparable. Maintenant je suis là tout seul devant la mort, comme tout le monde, mais avec 18 ans dans le crâne et 80 dans le slip. C'est bien fait pour ma gueule. Mais j'ai rigolé, comme vous n'avez pas idée.
Laïcité
IL EST EVIDENT QUE LE SINGE VERT EPROUVE LE PLUS PROFOND RESPECT POUR CEUX QIU VIVENT LEUR FOI DANS LA PAIX, LA SERENITE, LE RESPECT DE L'AUTRE. LES GENS VISES CI-DESSOUS N'ONT RIEN A VOIR AVEC QUELQUE RELIGION QUE CE SOIT.
A Robert Redeker par Jacques Tarnero
vendredi 1er décembre 2006
C’est parce que le moment présent évoque une autre période de confusion des esprits que je me suis inspiré d’une ancienne lecture
Quand les talibans ont détruit les bouddha de Bamyan en Afghanistan, je n’ai pas protesté,
Je ne suis pas afghan,
Quand les talibans ont interdit les cerfs volants en Afghanistan, je n’ai pas protesté parce que je n’aime pas les cerfs volants
Quand d’autres islamistes ont mis une bombe à Bali contre la seule île bouddhiste en Indonésie, je n’ai pas bronché je ne suis pas bouddhiste,
Quand les GIA ont assassiné des journalistes en Algérie, je n’ai pas bronché, je ne suis ni journaliste, ni algérien
Quand d’autres islamistes ont égorgé des centaines de paysans algériens, je n’ai pas bronché, je ne suis pas paysan et toujours pas algérien.
Quand des islamistes ont décapité Daniel Pearl, journaliste juif américain, je n’ai pas bronché, je ne suis ni juif, ni journaliste, ni américain,
Quand Ben Laden a attaqué le World Trade Center, à New York, je n’ai rien dit car je ne suis pas capitaliste mais antilibéral, comme on aime être en France
Quand des islamistes ont assassiné un cinéaste Théo Van Gogh, je n’ai pas bronché parce que je n’aime pas les documentaires,
Quand les islamistes ont menacé des caricaturistes au Danemark, je n’ai pas protesté parce que je n’aime pas le dessin,
Quand les islamistes ont menacé un opéra de Mozart à Berlin, je n’ai pas protesté, car je n’aime pas
l’opéra, (il n'y a pas eu de menaces, NDLR)
Quand le Pape a fait des commentaires sur l’islam qui n’ont pas plu aux islamistes, je n’ai rien dit car je ne vais pas à la messe,
Quand des islamistes ont assassiné une religieuse en Somalie et brûlé quelques églises j’ai pensé que ça ne se serait jamais produit si le Pape ne les avait pas provoqués,
Quand une jeune fille a été lapidée parce qu’elle mangeait pendant ramadan, je n’ai rien dit parce que je fais moi-même un régime,
Quand un professeur de philosophie a été menacé de mort pour avoir dit des choses désobligeantes sur Mahomet, j’ai protesté….mais contre ce professeur… il avait exagéré, tout de même Il faut bien le dire
Quand des islamistes ont été invités au Forum Social Européen, à Paris puis à Londres, j’ai trouvé ça très bien, car je suis très ouvert sur les questions sociales et sur l’Europe,
Quand le président iranien dit que la shoah n’a pas existé, je n’ai pas protesté parce que je n’aime pas les idées reçues ni les vérités officielles,
Quand une jeune fille a été brûlée vive en banlieue pour avoir enfreint un code d’honneur, je n’ai pas bronché, car j’ai un grand sens de l’honneur et du respect des différences culturelles,
Quand les islamistes auront assassiné tous les juifs, toutes les femmes, toutes les jeunes filles, tous les journalistes, tous les bouddhistes, tous les américains, tous les israéliens, tous les philosophes, tous les cinéastes, tous les dessinateurs et tous ceux qui ne sont pas islamistes, je crois que je ne bougerai pas parce que je vois pas pourquoi je bougerai
D’ailleurs quand Hitler avait envahi la Tchécoslovaquie, en Europe on n’a pas beaucoup bougé
L’histoire en fait se répète, sauf que la seconde fois c’est pire que la première Surtout quand on y ajoute la bombe atomique.
Alors peut être faut il en finir avec ces incantations aussi vertueuses que vaines du « plus jamais ça»
Car « ça » est en marche, « ça » est en vue Et on ne pourra pas dire qu’on ne l’a pas vu venir…
Jacques Tarnero
Ce numéro, chiément cafardeux, s'achève sur un texte de FERRET KOMLEKAP
Soudain je vois une souris passer, toute petite et très rapide, comme une grosse poussière dans la tempête, elle va d'un dessous de cuisinière à un autre. Enfin j'en vois une, depuis le temps que je vois leurs petites crottes dans les assiettes, dans les plats, partout. Puis j'en vois une autre, plus rapide encore, je m'en amuse comme un enfant. Elles croient que le chat n'est pas là, et elles dansent. Encore une autre, c'est un véritable ballet. Un serveur passse la tête par la lucarne où les plats partent et où les assiettes reviennent, je l'aime bien lui, il fait son travail équitablement et reste agréable en toute circonstance... Il me dit pourquoi tu te marres ? Je lui dis qu'il y a des souris partout qui se baladent tranquillement.
Il me dit ha ça oui, y en a partout, même en salle. J'ai même vu un rat une fois, grand comme ça. Nous, tous nos sucres ils sont bouffés. Même, l'autre jour, y a un client qu'en a vu une. On lui a dit que c'était pour Halloween, parce que tu sais y avait les décorations pour Halloween. Ha ouais, je lui dis, et il vous a crus ? Je sais pas, et il se met à rire bruyamment. Lui qui m'avait paru bien jusque là, me semble bien bizarre soudain... à cause de ce rire, et de cette expression hystérique qui se donne à moi tout entier, presque pris de convulsions... comme si brusquement sa vraie personne avait déchir le masque professionnel. Mais, me dis-je, malgré son entrain trop poussé, il reste plutôt sympathique.
Puis il s'en va à ses occupations de serveur. Je me remets face à la valse des souris... je n'en vois plus une... tant pis. Je vais vider les poubelles. Tandis que je sortais le sac rempli de l'une d'entre elles, deux boules noirâtres sautent dans le fond de cette dernière. Immédiatement je pose le sac et scrute le fond des yeux. Je ne les vois pas... je vérifie qu'il n'y a pas de trou sur le côté par lequel elles auraient pu s'échapper. Non il n'y en a pas, alors je rescrute : la poubelle est vide, il n'y a qu'un petit bout de mouchoir dans un coin. Je m'approche et je me rends compte qu'une petite queue grise dépasse du mouchoir... je donne une petite tape dans la poubelle, aussitôt deux boules noirâtres s'élancent, sautent contre la paroi, tournent en rond, font demi-tour, se rentrent dedans, puis finalement retournent sous le mouchoir. Je rigole. Et je remets une petite tape... c'est reparti. Mais plus rapidement elles s'arrêtent, et regardent la paroi comme si elles voulaient comprendre. Puis elles se mettent à sauter et ressauter... mais elles n'arrivent même pas à la moitié. Je les regarde, comme je regardais les fourmis quand j'étais petit... elles sont toutes petites, toutes mignonnes, puis je me rends compte qu'elles ont l'air vraiment apeurées. Je me dis que je vais les libérer... et alors que je m'apprêtais à le faire j'entends du bruit du côté de la lucarne, ce doit être Boris.
J'y vais rapidement, comme un enfant qui veut montrer son trésor : Viens voir, y a deux souris au fond d'une poubelle. Ha ouais, me dit-il partageant aussitôt mon excitation. Il arrive, et les deux souris sont retournées sous leur abri de misère. Je lui dis elles sont sous le mouchoir, tu vas voir. Mais je n'ai pas le temps de mettre une petite tape qu'il arrache le mouchoir et le jette. Les deux souris reprennent leur course. Ha ouais, dit-il, y a deux souris ! vraiment tout excité. Il me dit tu vas voir on va leur faire faire un petit tour de manège. Ouais vas-y, je lui dis en rigolant. Il prend la poubelle de ses deux main, et commence à la faire doucement balancer de droite à gauche... Puis comme tout à l'heure il se met à rire de plus en plus fort.
Et à mesure que son rire grandit, il secoue la poubelle de plus en plus vite, de plus en plus violemment. Soudain j'entrevois uen lueur étrange dans ses yeux. J'entends les souris frapper contre les parois comme la boule d'une cloche que l'on secoue. Je lui dis arrête ! tu vas leur faire mal. Il continue un peu et s'arrête. Il rit toujours, toujours aussi étrangement, et la lueur n'a pas disparu. Il me dit, t'en fais pas c'est solide ces petites bêtes-là. Elles font juste un petit tour de space moutain. Je regarde au fond de la poubelle, en effet, les deux souris secouées galopent encore. Tu vas voir, me dit-il. Il ne rit plus, mais la lueur s'est intensifiée... Il prend fermement la poubelle, et se me à la secouer de bas en haut. Le rire reprend, il crie space mountain ! Et comme tout à l'heure, se met à rire de plus en plus fort en remuant la poubelle de plus en plus violemment. Je lui dis arrête!mais je crois qu'il ne m'entend pas. Soudain, comme au ralenti, je vois une souris en l'air, en apesanteur, et qui doucement se remet à tomber... Puis une deuxième, puis elles retombent en prennant de la vitesse, et Poc ! Et poc ! Et re-poc ! Poc poc ! Je les vois en l'air, et je les entends s'écraser au fond. Je regarde son visage, je reste subjugué... Il rit toujours aussi fort. Son visage me fait peur... il est comme traversé d'une extase extrême, tordu par la joie, et ses deux yeux brillent intensément, ils sont tout entiers dans la lueur, ronds, comme deux opales renfermant tout le sadisme du monde.
Je suis vraiment effrayé. Puis il s'arrête. Il prend par la queue une souris au fond, et la monte devant son visage. Elle pend, parfaitement immobile... Ha, t'avais raison, me dit-il, elle saigne du nez, celle-là. Je ne dis rien, absorbé par son visage toujours aussi terrifiant, le rire en moins. Puis il la laisse tomber... il la regarde un moment, et se met à la mimer, à mimer l'agonie, se recroqueville, crispe ses doigts, argh... D'un coup se reprend et passe sa jambe dans la poubelle, en disant d'un ton sec : Faut l'achever ! A peine ai-je le temps de me retourner, dégoûté, que j'entends un craquement, assez long, suivi d'un rire, assez fort. J'ai envie de vomir. Je me retourne, il n'est plus dans la poubelle, la lueur a disparu, je ne dis pas un mot, sous le choc.
Il s'en va. Je regarde à l'intérieur : au milieu il y a comme une pizza rouge et noirâtre, et dans un coin l'autre petite boule qui tremble. Je les regarde. Puis de la lucarne, la voix professionnelle de Boris m'interpelle : ça y est, ils ont tous fini de manger, tu peux t'y mettre. J'y vais, il me dit : Faut leur donner à manger...du pain, ah non, mieux, je vais leur donner un petit bout de fromage. Je ne dis rien, et me mets à frotter. Une fois rhabillé, je passe devant la poubelle et regarde une dernière fois dedans... il y a un gros bout de gruyère à côté de la souris écrasée, et dans un coin il y a toujours l'autre, immobile. Elle ne tremble plus. Je me fais payer, et m'en vais. Sur mon vélo, je me dis que Boris est le genre d'homme qu'il vaut mieux ne pas croiser en temps de guerre... Et maintenant que j'ai écrit tout ça, je me dis que moi en temps de guerre, je pourrais être un putain de collabo. Trop passif... trop lâche oui !
Cette journée fut donc, malgré moi, instructive.
Gaël FERRET

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