20.11.11

Exercice de bonne tenue critique


Chers lecteurs, nous vous avions entretenus naguère de "HARRICANA" de Bernard Clavel, premier volet d'une saga intitulée "Le Royaume du Nord". Après le premier vient le deuxième, pas de surprise, il s'agit de "L'Or de la terre", excellent titre laissant entrevoir des visions de puissance.

Nous n'y retrouvons que très incidemment les héros du premier volume, installés dans un bourg qu'ils ont fondé, qui s'est agrandi. Non : dès le début est mis en scène un couple d'hommes, de qualités différentes, le mûr, plein d'expérience, et le cadet, apeuré mais désireux d'apprendre.

Or, c'est le cas de le dire, ces deux explorateurs sont à la quête du métal précieux. Ils prospectent dans une île au milieu d'un lac, loin de tout, et détectent le minerai sans prix. La même histoire, en somme, recommence : la construction d'un pays, grâce aux volontés de risque-tout.

Après les agriculteurs reconvertis au commerce, voici les chercheurs de la fameuse ruée vers l'or, référencés à Jack London que je lus fort longtemps auparavant, à Charlie Chaplin qui traita ce sujet avec sa bouffonnerie grave et hautement inimitable, à Curwood et à maints autres. Sujet bateau donc, mais toujours nouveau pour nous autres Européens pantouflards, je parle pour moi.

L'astuce pour un découvreur de mine est de résister à tous ceux qui veulent lui acheter sa concession à vil prix pour en tirer ensuite des bénéfices juteux qui passent sous le nez du précédent propriétaire comme un vulgaire immeuble de rapport de la rue David-Johnston.

Il y faut de la volonté, de l'huile de coude, de la brutalité ; de la finesse face aux accapareurs, du discernement dans le choix de ses équipes, du doigté dans le maniement de ces hommes, de l'autorité assise sur la chance donc du flair. Il y faut aussi l'art de la bonne entente face aux dissensions toujours présentes. L'auteur sait toujours mêler avec une surprise sans égale concernant son art de composer les chapitres instructifs et les chapitres narratifs. Il fait revivre chaque personnage au sein d'une structure historique exactement documentée, brosse de grands tableaux de foule et de comportements collectifs, sait aiguiser les antagonisme et varier les dénouements de crises partielles. Puis tout s'ordonne autour d'une idée morale : quand il y a trop de personnes dan sun certain endroit, trop de chercheurs et de creuseurs aux seuils de moralité diversement élevés, des frictions se produisent. Le "placer" - entendez le gisement - de nos héros est situé sur une île au milieu d'un lac, et sur la rive s'est créé un bourg attiré par la richesse comme un tas de mouches humaines par le miel bien doré.

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