25.11.11

La relève du matin, exercice

Il y a l des textes parfaitement cisel s, dans cette langue pr cise et pr cieuse de l' poque, faire p…amer par la beaut de leurs envol es. D j la patte de Montherlant, dans cette disjonction un peu syst matique de l'ant c dent et du relatif, dans ces ruptures de phrase par une soudaine injonction imp rative, par un gros mot tranchant sur le champ s mantique - bref, l'audace dé jà . Du grand style à venir, en v érité .

Mais on me permettra de rester plus r éservé sur les extases vé cues par notre grand pé dé raste semi-athé e face aux profils angé liques des petits chanteurs de cantiques, sur les dissertations concernant la grâce et le souffle suspendu - je m'empresse de rectifier le modeste tir : Montherlant n'a pas caché son extrême m fiance pour le dogme et ses manifestations.

Mais il fut bien contraint de penser dans le moule catholique des bons Pè res qui l'é levè rent. La faç on de voir catholique est merveilleusement et dangereusement cohé rente, elle fournit un cadre sublime, dit-il, bien commode, dirais-je, la pensé e, la contraignant à rouler sur des rails enrichissants, sous-entend-il, par les gauchissements incessants de la dialectique qu'elle implique.

Les plus clairvoyants paragraphes sont pr écis ment consacré s à la voie é troite de la vocation p dagogique chez ces religieux priv s de paternit alors que chacun les nomme "P ère". Est magistralement analys ée cette fonction chez les catholiques de cré er de la crise chez l'adolescent, garç on bien sûr.

L'adolescence est une maladie, soignons le mal par un autre mal : le sens du pé ché, le sens du remords, le sens de la pureté , de la confession, de la p énitence, de la grâce. Rien de mal, mais au contraire tout le subtil, tout l'affiné , dit Montherlant, peut sortir de ce travail de patiente sculpture.

Nul mieux que lui non plus n'a mieux cern l'amour et la douleur de ces ma…itres qui voient en fin d'ann e leurs chers enfants partir ingratement, eux qu'ils ont form s, tourment s parfois, partir vers la vie ou la guerre. "Avoir lev un enfant pour le voir mourir la guerre", dit le choeur plor des m res, "est bien malheureux". "N'est-il pas plus malheureux encore, dira en substance Montherlant, de les avoir lev s pour qu'ils se d gradent dans la vie ? "

Ce qui n'emp…eche pas de se conduire comme Monsieur Tout-le-Monde. Qu'on cesse donc de faire grief aux auteurs de n'avoir pas v cu toujours selon les id es. Ils ne sont pas responsables de l'inspiration qui leur est venue. Nous sommes tous des grands creux o souffle l'esprit.

Qui croyons-nous donc être ? Nous sommes des trous du cul. L'Esprit souffle où il veut. Flat spiritus ubi vult.

L'on comprendra donc sans difficult la perplexit o me jette un tel ouvrage, "‹La Rel ve du matin‹". C'est quelque chose de tr s noble, d' minemmenet rattachable l' poque, tant historique que stylistique : le titre voque avec suffisamment de grandeur le renouvellement des g n rations, h las pr sent es comme fran aises, catholiques et guerri res. Il s'y trouve des pages sublimes sur le r…ole ingrat du P re enseignant, sur la puret des profils d'anges chantant dans les man canteries.

C'est irr prochable. D j se profilent les leitmotive de Montherlant, et en particulier le juv nisme : le point d' quilibre atteint treize ans pour les gar ons se rompt ensuite pour sept ans de temp…etes, avant de se pourrir dans un long …age adulte. Nous avons l le point de d part, l'un des points de d part de cette adulation de la jeunesse qui mena au fascisme et au stalinisme pour …etre gentil.

C'est cette adulation de la jeunesse qui a men tra…iner dans la rue de vieux birbes chinois d nonc s par des petites filles pures de neuf ans, qui reprochaient aux professeurs de les fl trir pr matur ment avec toute leur science de vieillards, et autres fariboles. M fiez-vous de l'adoration des jeunes corps, elle est aussi dangereuse que celle des barbons. M fiez-vous en bref de toute adoration.

Et s'il nous fallait un t moignage suppl mentaire, sachez que Montherlant lui-m…eme comme l'accoutum e ne s'est pas priv de notes adventices, ne pouvant marcher sans b quilles

justificatives. Il lui faut sans cesse des garants affirmant que son oeuvre prend bien assise dans le r el, n'est pas loign e des sentiments catholiques, pr sente toutes les garanties d'honn…etet intellectuelle et sexuelle, car il a toujours t accus d'…etre un truqueur.

Il se r fugie donc dans l'affirmation que la litt rature n'est qu'un truquage, en quoi il n'a pas tort. De plus quoi de plus normal que de d nigrer son oeuvre de jeunesse : il e…ut voulu, dit-il, tout effacer, puisqu'il est impossible de tout refaire - m…eme cinq ans de distance, car tr s t…ot il eut un regard critique sur ses exaltations de coll ge.

Dernier tour enfin du prestidigitateur Montherlant, c'est de dire que la litt rature n'est que n ant, comme le reste. Montherlant est un grand noyeur de poisson, qui je ne peux, nous ne pouvons donner tort, puisqu'il s' chappe sans cesse dans le m taphysique incontr…olable.

C'est donc un livre ("‹Le Rel ve du matin‹") qu'il fallait avoir crit, mais qu'on peut se dispenser de lire. Il serait pourtant dommage de ne pas l'avoir lu, car c'est une pierre non n gligeable dans l' difice chronologique - et dat - de l'esprit humain. Quant aux extraits, en voici :

’/ Lecture des pp. 94 97 /
 

 

 

 

 

 

 

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