Sidoine, organisateur de la Résistance (aux Germains) : en quoi pouvait-elle consister en ces temps de désert généralisé ? où la campagne grouillait (tout est relatif...), où les villes ne dépassaient pas dix mille habitants ?
Les foules étaient-elles aussi denses qu'aujourd'hui ? Je vois dans “Cadfaël” de véritables bousculades : cela existait donc ? Une telle densité ? Le brigandage atteignit-il de telles proportions qu'il est dit chez Anglade ? Certains percepteurs privés faisaient-ils, est-ce vrai, régner la terreur en pillant les contribuables pour leur propre compte ? L'insécurité régnait-elle à ce point que nous ne pouvons imaginer ? Dans ce cas le message de l'Eglise ne brillait-il pas d'originalité, d'utopisme généreux ? Quel pourrait-être aujourd'hui l'équivalent, le pendant, d'un homme d'Eglise au Ve siècle ? Un organisateur des Restau du Cœur ? Je ne peux plus aujourd'hui me confiner à Sidoine Apollinaire. Il me faut migrer, avec chariots, chevaux, femmes, bagages et descendants, vers de nouveaux pâturages, lentement, de proche en proche : j'ai donc étudié une biographie de Clovis, une autre de Clotaire (Premier), où je fais connaissance avec Arcadius, petit-fils de Sidoine...
Lisant ce jour le panégyrique de Majorien, je déplore une fois de plus la stupidité des éditions, depuis l'Antiquité, relatant les derniers panégyriques avant les premiers, sous prétexte qu' “on a toujours fait comme ça”. Et nous revoici devant les flatteries habituelles aux impétrants de la magistrature suprême, où la cuirasse du guerrier se voit louer sans réserve, puisqu'elle permettrait de reconquérir la gloire évanouie. Mais Rome depuis bien longtemps n'était plus dans Rome, “les carottes étaient cuites” comme dit Raspail, dont “Le Camp des saints” fera sous peu figure d'œuvre la plus puissante de la fin du vingtième siècle ; et Rome s'effondra, par implosion. L'Europe ne peut pas plus hélas refonder une politique néocoloniale qu'elle ne pouvait remettre sur pied les Croisades même au XIVe siècle. Tous les jeunes Algériens ne pensent plus qu'à une chose : venir vivre en France. Il serait judicieux de persuader les Femmes du Tiers-Monde de s'abstenir de pondre comme elles le font. D'avoir tout de même autre chose à faire dans une vie que de torcher des chiards. Tel Palestinien de 37 ans se plaint d'avoir à franchir le mur de sécurité pour nourrir ses sept enfants – putain d'irresponsable de merde ! Est-ce qu'on fait sept enfants, lorsqu'on n'a pas de quoi les nourrir !
Et j'ajoutais : "faire sept enfants à une femme, c'est de l'assassinat à petit feu". (Cependant, l'amélioration du niveau de vie mène à la décroissance de la natalité, et non cette décroissance à cette évolution...) Roma bellatrix, Rome en guerrière, avec sa lance “ivre du sang des guerriers”, comment pouvait-on exalter à ce point le faculté de tuer. Faut-il que l'homme soit à ce point obsédé par son caractère éphémère pour désirer se substituer au destin par l'intermédiaire d'une lance transperçante (depuis "les naissances", nous n'avons pas changé de sujet) : les hommes ont envie de mourir, sinon, il y a bien longtemps que les guerres seraient abolies. Céline le dit. Or des sociétés entières (Sparte, la Russie stariste) se sont constituées sur le modèle et le fonctionnement militaires. Ce qui est le comble de la manie classificatrice, structurante.
Ce qui prouve que la mort est au cœur du désir de vivre, mais aussi que la propension purement humaine de classifier, par grades, décorations, tenues vestimentaires, ici rejoint la pulsion purement naturelle du massacre circulaire universel, toutes les créatures vivantes se détruisant l'une l'autre, selon quelque mystérieux dessein, celui de la Création. Les nécessités de la survie ont mené à la nécessité d'avoir à tuer, puis de tuer, perpétrant et perpétuant la tuerie purement naturelle : c'est ainsi que l'homme massacre sa propre espèce, se réfléchit sur lui-même, joignant la réflexion et le phénomène de réflexion, tandis qu'en même temps, refaçonnant la nature selon ses organisations militaires, il s'y conforme, cependant, à sa manière humaine. Majorien, Empereur, fut incapable de redresser l'Empire qui avait fait son temps : Rome, non plus que les autres puissances de ce temps, ne concevait pas de résurrection différente que la reprise en main militaire, partant, administrative, ordonnancée, restructurante, du territoire et du gouvernement romains.
Pourtant il fut du moins assassiné par ordre de Ricimer, jaloux de sa gloire, avant d'avoir pu commencer : au guerrier romain succédait, depuis plusieurs siècles déjà, le guerrier germain, plus désordonné certes, mais tout autant imprégné de ce formalisme caractérisant la pensée sauvage, autrement dit humaine.
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