16.12.11

Déclin d'Empire

Pour nous pénétrer de cette loi de succession qui tient à la nature, par extermination ou lent affaiblissement, il nous faudrait relire ces pages de Loyen sur la dessication, sur l'extrême fatigue, sur l'exténuation du Monde Antique, son incapacité à se renouveler, ses ressassements de poésie, ses conceptions mentales devenues si étroites, si pétrifiées : l'homme en effet retombe toujours sur les quinze ou vingt mêmes idées, chaque époque remodelant ainsi ses propres couvre-chef pris pour des pensers nouveaux (cf. Musil, L'Homme sans qualités ou mieux L'Homme sans particularités) (la particularité d'une génération desséchée consistant à courir de référence en référence, tel un berger sur ses échasses).

La seule reconnaissance de la divinité de chacun de nos gestes, s'inscrivant à mesure à tout jamais dans l'Infini, pourrait également confirmer, justifier, estampiller la justification de vivre. Nous éprouvons le besoin de ce bandeau colorié sur les yeux, de ces phosphènes. Restons conscients en permanence de ce lien qui nous rattache aux poussières d'étoiles ! Conscience plus poussière, certains parlent d'amour, le système sera clos. Je voudrais dire aussi l'admiration où me véhicule ma lecture à haute voix des magnifiques vers de Sidoine, resucés souvent de Virgile, guillochés, niellés de préciosités, ultimes coups de gorge d'un cygne moribond. Après Sidoine sombrera la littérature – faux : Cassiodore, Isidore de Séville et tant d'autres – mais rejetés par nos programmeteurs, nos écolâtres...

Il est vrai que les parlants n'étaient plus ceux qui écrivaient. Loin de moi le principe grotesque de certains éditeurs qui se figurent œuvrer pour la vérité vertueuse du témoignage en reproduisant la hideur de tout langage parlé contemporain dans les livres qu'ils publient, ce qui revient à se balader sur un terrain de rugby avc son petit vélo, alors qu'ils ne font qu'ajouter à la laideur du monde. Mais il paraît que c'est mauvais signe, quand une littérature n'est plus lue que par ceux-là mêmes qui la produisent. La littérature latine ou plutôt en latin se poursuivra pendant dix siècles et plus, lue par les seuls clercs, s'imaginant participer à la perpétuation de la gloire humaine (mais Erasme, Descartes) - comment dire à mes disciples “A soixante ans vous cueillerez enfin le fruit de tant d'études poussiéreuses : vous lirez le latin dans le texte !" – avec la traduction en regard...) - mais c'est plaisir de déclamer, Sidoine ou d'autres, même si le vieux grimaud que je suis ne comprend que vaguement.

C'est ainsi que Connolly révélait le fin du fin, le suprême échelon de science et de subtilité d'Oxford, Cambridge, Dublin : composer, au sortir de l'université, des vers latins ou grecs approchant de Tibulle ou de Théocrite. Les Germains et L'Eglise donc, en situation bien souvent conflictuelle, reprirent à hue et à dia les rênes de l'universelle Rome. S'engager au Dieu catholique, c'est donc reconstruire en soi l'Empire. D'où cette encombrante autorité papale, où Dieu succédait à l'Empereur de Rome. J'espère que l'unité se fera par d'autres voies que la Grande Armée, ou la Wehrmacht – pour cela seul j'aimerais connaître mon post mortem. Sidoine s'animait donc du même espoir lorsque Majorien accéda à l'Empire...

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