29.1.12

Guerre et paix ?



C'est très précisément là que réside la contradiction contemporaine. Je ne suis pas venu apporter la paix, mais la guerre. Et ça, c'est dans l'Evangile. Fallait-il négocier avec Hitler ; marchander sur le nombre des camps et des Juifs à exécuter ; en laisser déporter 14 325 pour en sauver trois ou quatre ; ou le contraire. L'ennui, c'est que certains substituent Saddam à Hitler. Nuance. Ça ne se passe pas comme ça. On aimerait bien que l'honneur ne se négocie pas. Est-ce que vous vous figurez par hasard que qui que ce soit possède une ébauche de solution. J'ai le vertige. Tout notre raisonnement se réduit à céder au sentiment. Pascal. Qui ajoute il est vrai que “la fantaisie est semblable et contraire au sentiment, de sorte qu'on ne peut distinguer entre ces contraires. L'un dit que mon sentiment est fantaisie, l'autre que sa fantaisie est sentiment. Il faudrait avoir une règle”, etc. Que faire Docteur, dans des cas si salauds. Suivre la parole de Dieu. Donc la Bible ? qui voue les homos (je dis ça comme ça, ce ne sont pas les exemples qui manquent) - aux gémonies ? Je vous en demande une, de solution ?

Bien sûr que j'ai peur. Bien sûr que j'enverrais les autres se faire casser la pipe à ma place. Mais combien j'admire ceux qui n'ont pas eu peur. Non pas parce que “c'étaient des hommes”, mais parce qu'ils représentaient, qu'ils assumaient la définition même de la nature humaine, qui est le conflit. Ce qui ne veut pas dire que plus je fais la guerre plus je suis un homme. Enfin si. Evitons d'être un homme ? ...de cette façon-là ? - je déteste pourtant les superficialités niaiseuses, le catéchisme pour petits garçons et petites filles m'agace, ceux qui écrivent au minium “Morts pour rien” ou “Morts pour la peau” sur les monuments aux morts, croyant rendre justice à tous “ceux qui sont morts”, en réalité les insultent, les font mourir une seconde fois, en vérité ils les insultent et ils les souillent, en ce qu'ils ont eu la malchance d'incarner ce qu'ils avaient de plus véridiquement et de plus démoniaquement, si l'on y tient, caractéristique de l'Homme.

A moins que ce ne soit l'Homme d'Autrefois. Puisqu'il paraît que l' “humanisme est mort”. Puisque tous les... intellectuels ? - nous le cornent aux oreilles... Ils sont tellement sûrs d'eux-mêmes, les intellectuels... Les journalistes... Ce qui donnerait raison à Laudet, pour qui nous n'avons plus grand-chose en commun avec le “croyant brut” de la fin du XVe siècle... Vous permettez, j'ai tort, mais je reprends – où en étais-je ? Ah oui : Ils n'ont rien compris. Ils ne sont pas du même ordre. Les pacifistes. “Un massacreur de génie, Monsieur de Moltke, écrit Maupassant, a répondu un jour, aux délégués de la paix, les étranges paroles que voici: “La guerre est sainte, d'institution divine ; c'est une des lois sacrées du monde : elle entretient chez les hommes tous les grands, les nobles sentiments : l'honneur, le désintéressement, la vertu, le courage, et les empêche en un mot de tomber dans le plus hideux matérialisme.” Et Maupassant de poursuivre : “Nous l'avons vue, la guerre. Nous avons vu les hommes, redevenus des brutes, affolés, tuer par plaisir, par terreur, par bravade, par ostentation. Alors que le droit n'existe plus, que la loi est morte, que toute notion de juste disparaît, nous avons vu fusiller des innocents trouvés sur une route et devenus suspects parce qu'ils avaient peur. Nous avons vu tuer des chier enchaînés à la porte de leurs maîtres pour essayer des revolvers neufs, nous avons vu mitrailler par plaisir des vaches couchées dans un champ, sans aucune raison, pour tirer des coups de fusil, histoire de rire.

Voilà ce qu'on appelle ne pas tomber dans le plus hideux matérialisme.”

Vous voyez bien que ne nous ne sommes pas de dangereux bellicistes, nous autres de l'Est (ou Normands, Nivernais, Bitterrois) – mais c'est à nous, en premier lieu (justement), qu'il échoit, qu'il appartient, de reprendre, de mettre en exergue ces inscriptions, c'est à notre mémoire qu'il appartient à tout jamais de les graver sur les monuments aux morts. Les Anciens Combattants, écrit je crois Jules Romains, ne pouvaient pas supporter d'entendre parler de la guerre – Tais-toi. Tu n'y étais pas. Tu n'as pas le droit d'en parler – non plus qu'ils ne pouvaient s'empêcher d'en parler. Les deux. A la fois. C'est dans la mort reçue. Dans la mort donnée. Echangée. Non pas évacuée. Que se trouve la plus efficace, la plus épouvantable mais la plus efficace concélébration, exaltation, entre ennemis, entre amants, de la mort, de la haine et de l'amour que l'homme porte à l'homme dans l'exaltation de sa Condition Humaine ; la scène inaugurale du roman de Malraux passe par l'intromission charnelle d'une lame de poignard

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