14.1.12

Passerelle


Je relis, une fois de plus, les dernières lignes de l'ouvrage d'Anglade sur Sidoine Apollinaire - tout s'y retrouve, niaiserie, édification des foules, superstitions d'autour de sa mort ; piété populaire e tutti quanti. Saint évêque en pain d'épices. Prose d'Almanach du Puy-de-Dôme – mais il est préférable, assurément ! que les couches moyennes (jeunes cadres, infirmières) puissent avoir accès à la vie de Sidoine – quoique rien ne soit plus étranger à l'histoire que les “romans historiques”...

IV Avitus empereur sur la suggestion d'un roi barbare, ton historique.

Panégyrique VII, vers 546 : Si te sibi tota , leçon finalement adoptée, figurait dans les manuscrits T et F. “Le monde, traduit-on, languit prisonnier dans la Ville”- Rome étant prisonnière, le monde l'est aussi. Otage intra muros. J'ignore qui mourut avant l'ascension d'Avitus. “C'est ici que se trouve aujourd'hui la tête de l'Empire” - Toulouse? Avitus ne fut que proposé, prié par le roi wisigoth Théodoric. Nommé par les Barbares : « Nous vous en prions, montez sur ce tribunal” - sur ce tertre d'honneur où figure un trône, où s'assied le beau-père de Sidoine, à Ugernum, Beaucaire. Précisément, pour ne pas donner à l'élection d'Avitus le caractère d'une imposition de l'étranger, le représentant de la noblesse gauloise, Tonantius Ferreolus, relaie au nom des Gaules le souverain germanique : “Relevez l'Etat défaillant” - quand un Romains n'est plus capable de relever le gant, c'est un Arverne qui le fait. “Les temps présents ne demandent pas qu'un autre aime Rome plus que vous.” Il n'est donc pas question de séparatisme, ni de jeu personnel : c'est un Gaulois qui incarne Rome, unificatrice jadis de toutes les provinces.

Avitus s'interroge-t-il sur sa légitimité ? “N'allez pas vous imaginer que vous n'êtes pas à la hauteur du pouvoir.” S'agit-il de vaincre une prétendue modestie ? “Lorsque l'armée de Brennus (« Le Brenn », «Le Chef ») assiégea le mont Tarpéien, notre République, vous le savez bien, tenait alors tout entière dans la personne de Camille, ce vengeur prédestiné, qui recouvrit sous les cadavres ennemis les cendres fumantes de sa patrie.” Bouclage de boucle : Avitus, gaulois, sauve à cette fois la Ville que ses ancêtres, à l'origine de lRome, avaient voulu ruiner. C'est lui qui à présent endosse la stature de Camille, ancien antagoniste de son peuple. Flambeau loitain. A présent c'est Avitus, Gaulois, qui sauve l'Empire, et nul ne se l'imagine autrement qu'en pourfendeur d'ennemis.

Tant il est vrai que massacre est facteur de gloire et jouissance. Ensuite seulement vint la paix, et la législation, juste et puissante. - mais Rome n'a plus le souffle de coloniser qui que ce soit ; ses troupes, même fortifiées, forgées de contingents barbares, ne sont plus que patrouilles anémiées d'un bout à l'autre de l'Empire. Avitus mort, plus ou moins liquidé, Majorien prend la suite - autre illusion. Puis Anthémius, "le Fleuri", l'Intellectuel - j'en passe, et de pires.

PANEGYRIQUE D'ANTHEMIUS

Préface (chant I)

Exorde “C'est vous, Sire, Domine, que nos campagnes ont réclamé dans vos prières” - et c'est parti pour l'allégresse et le claque-fesses et tout le toutim du bric-à-brac olympique (à lire : "Les [Latins] croyaient-ils en leurs dieux ?") - seul atteint le lecteur celui qui raconte sa propre histoire, ce n'est pas le cas - le jour où je suis né se suicidait Néron, qualis artifex pereo ! quel artiste je péris !, eodem die 1315 galopaient vers tous les coins de France à la même heure les cavaliers devant coffrer tous les templiers sur ordre de Philippe, 1793 enfin le viol odieux des tombes royales de Saint-Denis livrées aux crachats de la populace, Louis XIV, Henri IV compris ; ce dernier reçut un soufflet avant de plonger dans la fosse commune. Exorde “C'est vous, Sire, que nos campagnes ont réclamé dans vos prières...”

Eloge de Lyon

Bordeaux, mon Lyon, m'est trop connue, déambulations molles, chaleurs touffues, délétères humidités de fins d'automnes. Bordeaux thanatopracte ma jeunesse momifiée, mon âge mûr, ma vie jusqu'à ma mort. Bordeaux se love autour de sa Chartreuse Nécropole, avec la tombe de Goya dont on n'a jamais pu récupérer la tête). Quant à Lyon, je n'y suis retourné qu'une fois, plus belle cité de France assurément devant Paris surfaite et sans âme - Paris n'est plus qu'un gigantesque, un puant hurlement de voitures. Et des connards qui le hantent ; un non-lieu urbain ; d'où surgissent, inhumains, disproportionnés, glacés et bouffis, ces monuments inaccessibles posés là comme autant de diamants boursouflés ceints d'interminables prairies à vaches – avec tout autour, toujours, le bouillon de culture de milliers de pots d'échappement.

Plus la moindre parcelle d'âme, plus la moindre trace de particule de souvenir d'ébauche d'atmosphère. Evoquer l'âme de Paris revient à encenser de vieilles nostalgiques hémorroïdes parfaitement rancies. Sans oublier la frime, la frime, la frime.

0 commentaires: