27.7.12

J'étouffe mais je ne m'ennuie pas

Le vigile armé fait glisser la grille et je marche au jugé sur huit cents mètres vers le ramdam ; débouchant au fond d'une cour d'hôtel où trois rappeurs macaques piétinent une grosse estrade en braillant
La eroina
Que ilumina
au-dessus d'un grouillement fébrile - ne pas montrer surtout mon short ni mon âge ça sent la baston grave partout sur des panneaux Aborto libre y gratis – Abolición de la policia y del ejercito – de la police et de l'armée plus du capitalisme asesino "contre tous racismes et xénophobies" - s'ils me repèrent moi le Français de 48 ans sûr que je me fais casser la gueule au nom de la tolérance et de la liberté entre Espagnols de souche et du même âge. Dans l'abominable bordel je demande une bière mais il faut retirer Dieu sait quel ticket de coopérative à je ne sais qui partout ça hurle je me passe de boire
Es total
Una maquina más
Para destruir
et poum-poum-poum et poum-poum-poum contre le capital hermanos et surtout dans la cour d'un trois étoiles qu'on était bien content de trouver, je regagne mon camp de bourges et le vigile au premier coup de sonnette me refait glisser la grille, je lui dis el rap ès une musica muy rudimentar mais il dort debout le pauvre homme. Ici les pancartes sur les pelouses avertissent de "ne pas faire de bruit après minuit", le garde pourchasse deux chats privés de concert mais pas moyen de pioncer sous ma tôle avec ce putain de tambourinage hasta las seis de la madrugada me dit l'homme et je sombre.
Le silence me réveille à six heures je branche la machine sur la prise de camping pour taper sur le siège avant ce texte immortel, vitre remontée sauf le passage du fil. Adios Elche címa de mi viaje. MURCÍA MURCIE chaleur calor à crever dès le matin catédral que je n'ai plus la force d'admirer, longue façade et longue route plate hasta Cartagéna Musée Archéologique : deux kilomètres à pied sans ombre "tout droit, tout droit' maisons quelconques maisons maisons comme dit l'autre Musée fermé à 14h il est moins vingt, billet en main je cours avec un autre aventurier entre les vitrines horizontales de débris néolithiques et romains et comme le gardien nous court après tantôt l'un tantôt l'autre pour tout fermer revenez tout à l'heure nous détalons tous deux sans avoir pu jeter le quart d'un œil sur la Sección Principal dédiée à Carthage et dans la rue du retour je vide trois Coca glacés tirés de trois distributeurs successifs. Belle ville et beau port, je gueule en faux hébreu sans capter la moindre attention des murs brûlants.
Les quais. Mí coche ombligal – ombilical - admirer l'eau, les grues, les cargos, dès que j'embraye un vieillard édenté de quarante ans vient me tendre la main por la guardia. "J'ai seulement un billet et vous le voudriez bien, mais j'aimerais bien le garder aussi. - Une cigarette ?" Pris d'une illumination j'avise au pied du siège avant la boîte intacte de préservatifs dont je n'aurais foutrement pas l'usage : "Ça ira ?" Il rigole, mon pouilleux, de toutes ses dents gâtées, court monnayer les capotes au tabac, il ne doit pas baiser des masses, ou alors sans préservatif. Et le soleil cogne. Mazarrón. Totana. Travaux routiers. Halte étouffante. Terrasse, bar bondé hurlant derrière.
Je lis Slaughter, billard et charcutages, psycho de gogolitos, style nul. Soudain de l'arbre pelé blanc devant ma table en fer surgit un concert de cigales : compact, symphonique - "les Anciens les trouvaient harmonieuses" - puis tout se tait d'un coup, puis deux solistes qui lancent un thème, deux autres, tutti. Puis moitié droite, moitié gauche, fortissimo tutti. Silence. Une cigale, deux, toutes, partie supérieure, partie du bas, puis tout imprévisible, mobile, mouvant, Symphonie mixte pour Homoptères cicadidés. Je repars affalé, titubant de chaleur au volant. Puerto de Contador o de Vertientes. Les buissons couvent du pécul, des Tampax, des têtes de poupée, tout autour d'eux la ouate du soleil blanc, chère Véra sur une carte, je monte à pied par les cailloux, retrouve un second souffle face aux trois monts de carton posés lointains juste au-dessus de l'olivette, l'ombre nappe et gobe les plis de la terre, j'énonce alors à haute voix les accidents du sol, les tournants du sentier, ce vieux bâtiment blanc au pied des pentes.
Au retour, bien loin au-delà, des tables plus vertes, plus fondues, Direction Grenade. Désert et crépuscule. Baza. Guadiz où pas une chambre n'est libre il ne me reste plus qu'à mourir le barman dit a Purullenas hay habitaciónes et je m'y couche sans rien voir des grottes troglodytes ni des noms prodigieux entassés sur la carte, mes murs grouillent d'images pieuses. En France où je téléphone personne ne répond, l'épouse est sortie par là haut, très loin dans la chaleur du nord, mes bières se succèdent devant la télé ès un film tan cómico pas tellement, le garçon bien d'accord m'offre una cerveza, dans ma chambre j'étouffe à peine aérée, tous les chiens commencent à gueuler de loin de près jusqu'à l'aube et pourtant je ne m 'ennuie pas.
Le lendemain je suis à Grenade immense bouchon riche idée de verdad les travaux fin juillet je n'avais qu'à rester chez moi ¡ TURISTAS FUERA ! je me gare avant le coup de chaud je monte jusqu'à l'Alhambra Le palais rouge et moi et moi. Château rouge en visite libre partout ça erre. Trois Arabes de 18 ans nez coupant teint furieux, anxieux, traqués, T-shirts fluo c'était à nous tout ça le temps passe camarades et tous les peuples ont fourmillé sur notre Terre, un Belge assis bourré au bar sous le soleil, Terrasses du Generalife admiration-fatigue-hébétude et l'eau qui coule en glougloutant dans le creux des rampes où je plonge la main, trois femmes voilées, opulentes, sont bien les seules à ne pas être déplacées ici pourriez-vous leur transmettre mon grand respect ¿ como se dice qué beso sus manos en arabe je baise vos mains - pousse-toi tu vois pas qu'on fait des photos – je comprends le chinois shiè-shiè m e r c i vraiment oui la plus belle construction humaine après Venise en plus sec superintelligent je devrais rappeler chacun de ces instant perdus dans la poussière.

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