29.10.12

Alain J. et Michèle D.

Elle s'appelle Michèle Delaunay : tel est le titre du DVD, signé Dominique Blanchard, qui accompagne l'ouvrage paru en 2007 aux Editions du Bord de l'Eau : cette phrase fut prononcée pour compléter les dires d'un journaliste, qui commentait une défaite d'Alain Juppé, « battu par sa concurrente ». Mais le nom de la concurrente, ô vil courtisan ! n'apparaissait point. Aussi quelqu'un de l'assistance, indigné, compléta l'information : « Elle s'appelle Michèle Delaunay » - c'est un comble tout de même que le nom du vaincu éclipse le nom du vainqueur. Oui, c'est la fille de M. Delaunay, qui fut préfet de région en Aquitaine.
Mais cela ne suffit pas à fonder une « dynastie », car l'élection eut lieu tout à fait démocratiquement, selon les mérites de chacun. Or les mérites de M. Juppé, à en croire ce livre intitulé quant à lui L'éphémérité durable du blog , sont minces. Michèle Delaunay – je vous avais promis une grande histoire d'amour, c'en est bien une, mais à l'envers – tenait et tient encore sans doute un blog, un journal informatique si vous préférez, où elle consigne jour après jour ses impressions et activités politiques, c'est-à-dire publiques, et certains de ses états d'âme, certaines de ses réflexions, d'ordre privé. Avec pudeur, car c'est destiné à être lu par le plus grand nombre d'électeurs. Un blog, c'est éphémère. Un clic, et l'on efface tout. C'est perméable aussi : les lecteurs peuvent déposer leurs commentaires. Une démocratie participative peut ainsi se manifester, du moins, s'ébaucher. C'est bien ainsi que l'aurait appliquée Ségolène Royal, si les votes lui eussent été favorables – ce qui ne veut pas dire, contrairement à ses détracteurs, « gouverner à coups de sondages », sous-entendu « d'internet ». Ces participations citoyennes quotidiennes, l'éditeur a voulu les rassembler, et les publier, afin qu'il demeurât un témoignage de cette période mouvementée, pour Bordeaux et pour notre pays, entre fin 2006 et fin 2007, période qui vit à la fois le retour de M. Juppé à la mairie de Bordeaux, et la mésaventure électorale de Ségolène Royal : le triomphe de l'esbroufe et de l'insolence sur les valeurs morales, nous dit en substance Michèle Delaunay. Cette dernière, membre du Conseil Municipal, a pu expérimenter le dédain, voire le mépris, où notre grand timonier tient les élus de l'opposition, les traitant cavalièrement, avec la finesse et la modestie qui le caractérisent. Applications du « deux poids deux mesures », mesquineries, avanies, vexations, peu de choses auront été épargnées aux socialistes bordelais. La circonscription de Mme Delaunay incluant le Grand Parc, vous imaginez la condescendance avec laquelle fut généralement traitée la population modeste, forcément négligeable (de petits employés, voire des ouvriers, peuh !) d'un tel quartier défavorisé. Forcément défavorisé, puisque négligé par l'administration. Ce sont des détails : arrivée de M. Juppé avec grand déploiement de voitures officielles et de policiers ; absence à peu près de bancs publics ; éclairage de miradors (« ces gens-là sont (potentiellement) dangereux ») ; piscine et bibliothèque sans grand entretien ni subventionnement. Moyennant quoi, le Grand Parc, où soit dit en passant je n'ai jamais entendu parler du moindre incident, devient en effet de plus en plus négligé, nous dit Michèle Delaunay. La piscine a enfin rouvert, si mes renseignements sont exacts. Et je sais que la municipalité actuelle ne manquerait pas, si elle avait du temps à perdre, de nous répliquer que tout a été fait pour les couches sociales qui, que, dont, etc. (le “repas des plus démunis”, une fois par an...) Or ce qui frappe Michèle Delaunay, c'est l'atmosphère (des conseils municipaux, apparemment péremptoires), ce sont les détails. L'auteur du blog exerce la profession de médecin cancérologue, et sait que les détails suffisent justement à empoisonner la vie des malades, surtout en fin de vies. Se déconnecter d'une vie professionnelle éprouvante en se consacrant à l'activité politique pourrait sembler paradoxal pour qui ne connaîtrait pas les attraits de l'altruisme. Or c'est l'altruisme précisément qui permet à l'auteur de passer de l'exercice de la médecine à la politique de la santé, comme il est logique, à la politique sociale, et à la politique en général, s'il était encore besoin de démontrer que les femmes ne se cantonnent pas nécessairement aux hôpitaux et à la puériculture. D'où, au cours des articles ici rassemblés, un panorama jour après jour, émietté mais finalement reconstitué, de l'actualité politique de la région et du pays tout entier. L'unité, le ciment, c'est l'altruisme, certes, mais aussi l'humour (même jaune), la culture, l'ouverture à l'autre, choses qui semblent aller de soi, mais pas forcément chez tous, suivez mon regard. Les détails, j'y reviens, c'est l'absence par exemple de sachets à déjections canines au Grand-Parc, alors que le Jardin Public possède une « allée du chien » (humour).

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