8.10.12

Les réflexions du mollasson

Nous voici donc tenté d'un vibrant parallèle entre la Chute de l'Empire Romain (Decline and Fall...) et la petite époque où nous grouillons – en vérité, chaque siècle s'est cru à bout de souffle, complu à s'ériger en Suprême Ecroulement. Dont l'Homme se relève jusqu'ici, Hydre de Lerne : Georges Duby, en la magistrale introduction au Temps des Cathédrales, nous évoque une autre épouvante, celle de l'An Mil, à présent controversée, auquel succéda une floraison, une rare frénésie vitale. Souhaitons qu'un jour lointain, les érudits encore à naître restituent le monde où nous avons vécu – déliquescence, liquéfaction - n'y avait-il donc pas au Ve siècle de chrétiens virils ? comment les hommes étaient-ils sots ? quel était, dans ces ténèbres vacillantes, le visage de la sottise ? Y avait-il moins ou plus de violence ? Les citoyens du Bas-Empire adoraient en effet comme nous les braves Barbares purs et humiliés, ces émouvants crève-la-faim n'est-ce pas qui s'entassent jusqu'à nos grèves sur de mortels rafiots : au Ve siècle, déjà d'autres fuyards, femmes, enfants, bétail, et guerrier, sur le Danube gelé  ; ulcérés ensuite d'un tel "manque de considération" comme disent nos petites frappes de cités, de tant de rejets racistes, nos braves Ostrogoths émigrés se révoltèrent et levèrent les armes : cherchons ailleurs les ressemblances, vraies ou fausses, de cette époque à la nôtre. Mêmes réfugiés pourtant ; ravages de la bien-pensance, rejet de tout militarisme ayant fondé l'Empire de Rome et des Etats-Unis... Nous ne pouvons plus émettre à présent quelque opinion sur quelque sujet que ce soit sans aussitôt récolter sa diamétrale contradiction : mauvais effets de la démocratie ! comme si, disait Cocteau, la sottise s'[était] mise à penser ; triomphe du relativisme (manque de foi en Rome, en nous-mêmes, en nos valeurs de liberté devenues vecteurs de l'impérialisme) - une culture à bout de souffle, remâchant ses mêmes thèmes, exténuée, mythologie là-bas, ici dérision, incommunicabilité, autres sornettes ; et tout condamné sans recours, Droits de l'homme, christianisme, communisme, au nom de leurs échecs – alors que toutes les époques, toujours, vous le savez, sont d'ignorance ; que les Barbares l'emportent toujours - devons-nous pour autant laisser faire ? crever sous prétexte que de la mort rejaillit la vie, faire des vers, par exemple ? Jamais.

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