16.11.12

Divagations plus ou moins houellebecquiennes

Cette nuit, 28 janvier, Saint Charlemagne, j'ai rêvé de mes cours, à Beulac, mais avec des potaches de Grénolac, deuxième cycle. J'étais dans les couloirs, bousculé par la foule, et je me demandais si j'assurais tels cours ici ou là, les deux horaires se chevauchant. Je descendais un escalier où de tout son long gisait un arbre déraciné par la tempête, et je m'exclamais : « Tiens ! Lebranchu ! » ( ministre communiste) - élèves de rire complaisamment, sans avoir tout compris. Ai-je été si lâche de me confronter chaque heure avec une bande de jeunes ? « Tu sais pas tu sais pas tu sais pas », gueulait sur son blog un certain journaliste qui lui, s'y était frotté, aux grands de ce monde... En vérité les anecdotes se multiplient, et je ne parviens plus à reconstituer ce que j'ai véritablement enseigné à tous ces gens. « Mais c'est pas des vrais ! » protestais-je instinctivement, « pas des vrais ! » - je m'aperçus trop tard que le fils de mon interlocuteur était présent, alors âgé de 18 ans - écœuré. Vannes antireligieuses Beulac : J'avais un élève bigot, Freitag. Je psalmodiais à son intention, à tout propos et hors de tout propos : “Célébrons le mystère de la fo-o-o-âââ” (d'après un prêtre belge, chauve, qui m'avait demandé, chez les Norel, de lui réciter « l'acte de fo-a » ; foutu accent ; je me demande si cette famille Norel ne serait pas descendue d'anciens juifs convertis, d'où leur piété ostentatoire ; je me souviens que tout le monde a récité la prière avant de se coucher, à genoux à même les tommettes roses de la cuisine ; après quoi je suis allé coucher avec mon camarade, et nous avons fait des concours de pets. Ensuite, j'ai dû me relever en pleine nuit pour vider dans la cour, face au fumier non moins puant, le contenu d'un pot de chambre plein à ras bord, découvert croupissant depuis des jours sous la grande armoire. Même ainsi, il me fut impossible de me rendormir, en raison de la puanteur persistance - les années 50, c'était quelque chose....) Revenons à Samstag, Alsacien bigot : « Monsieur, me dit-il, vous répétez cela hors de tout contexte : il est facile évidemment de se moquer. » Un jour je l'ai bien embobiné : “Le Christ a pris sur lui tous les péchés du monde n'est-ce pas ? - Oh oui M'sieur, oui M'sieur. - Mais alors, il était surchargé de péchés comme le plus grand pécheur du monde ? - Oui M'sieur, parfaitement. - Mais qui est le plus grand pécheur du monde ? N'est-ce pas Satan ? - Bien sûr M'sieur, Satan, exactement. - Mais alors - c'est Satan que l'on a crucifié...” Il se mit à hurler : "Hérétique ! hérétique !" La salle était pli-ée... "Mais c'est qu'il m'enverrait au bûcher ce con-là ! - De grand cœur monsieur, de grand cœur!" Tout le monde se marrait. « Monsieur C., chaque fois que je dis le nom de mon établissement, on me demande de vos nouvelles - vous n'êtes tout de même pas le seul enseignant de mon établissement ! » Mais si, Monsieur le Principal, mais si... Un petit Ardéchois brun du bouc, bien sec. Il s'est fait épouser par l'intendante, qui avait essayé tous les principaux avant lui. Ensuite, Mme la Principale hantait les couloirs de « son » établissement, intervenant à tout propos. Un adulte de plus sur place, la plupart s'en félicitaient - au diable les mauvaises langues – qui depuis se sont tues.
X J'aurai vécu les derniers temps de liberté. A présent, il ne nous reste plus, en France (j'en suis persuadé) qu'à dispenser les cours sur internet ; quelques perfectionnements, et nous y sommes : plus de problèmes de discipline ou de je ne sais quelle insertion au monde. Nous vivrons enfin dans un monde virtuel, celui que déplorent tous les sociologues estampillés, et le monde réel sera en proie à la loi du plus fort, comme il le fut et le sera toujours, car le plus intelligent, le plus beau, le plus habile, etc., sont bien aussi, dans leur catégorie, les plus forts, quelques bêlements éperdus que puissent bien moduler nos idéalistes, prêts à filer un croc-en-jambe à n'importe lequel de leurs adversaires dès qu'on a le dos tourné... Et lorsque j'en aurai marre d'essuyer des coups de feu dans la rue, je retournerai chez moi, bouclerai la porte à triple tour, et m'allongerai devant mes écrans, pour ouïr un concert ou baiser une femme virtuelle, tellement plus commode que les poisons qui nous emmerdent. Un monde de l'illusion et de violence ? eh bien ce sera vrai, palpable, pour tous, dehors. Et nous ne vivrons plus dans ce monde de sperme et de sang (de ce mélange nous naissons, disait Aristote) - plus de naissances, plus de morts. Et nous nous clonerons à l'infini, heureux d'être débarrassés de la vie – savez-vous ce que c'est que l'enfer quotidien d'un frustré sexuel ? Imaginez-vous seulement de quoi vous vous moquez, ô Forts d'entre les Forts ?

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