9.1.16

Du Maroc à ta bouche

62 07 15 B
    Avec T., au Maroc. Je reviens d'un guichet où une jeune femme m'a remis un ordinateur en forme d'équerre et de règle, pour que je cesse d'oublier un rapport quotidien de tous mes élèves à propos de leur situation avec la Sécurité Sociale. Je la remercie trop, elle me lance un regard lourd et excédé. En compagnie de Zink, transformé en T., au sommet d'un immense bateau, le paysage est vivement coloré mais nous  ne faisons que parler. Ses pieds sur mon giron évitent mon sexe. La fille qui nous a introduits là-haut vient nous rechercher : "Il faut bien qu'on se reproduise". Elle sourit d'un air entendu. Nous avions tant de choses à nous dire, ne nous étant pas revus depuis des mois : "Au Maroc de 14 à 18 ans, avec mes parents, ce n'était pas drôle".
    Quelques falaises, mer bleu turquoise. Nous avions négligé de regarder le paysage. Sur le pont, j'esquisse des rythmes arabes, une fatma devant moi marque le rythme avec son cul. Nous redescendons au bar. Le mec de Tarhe lui fait une violente scène de jalousie. Tarche hurle : "J'ai envie d'être aimé !" puis s'effondre, mais l'autre revient le chercher. Ils se redressent, prêts à se battre. Je dis : "Ca va être le Krav-Maga". Je passe mes bras entre eux deux en hurlant dans la langue d'Israël de cesser immédiatement : "Krav Maga ! sur la Torah ! Chalom !"  L'autre est un grand Martiniquais costaud. Je montre un grand courage. Ils ne se battent pas.
    Ensuite je suis remonté vers Tanger, d'où je repartirai en France.
   

62 07 22 A
    En retard au lycée. Le proviseur, qui parle avec Roussel en retard aussi, ne répond pas à ma main tendue. Je traverse la cour, remplie de quatre carrés de tombes d'élèves, qui rient tous l'un après l'autre du fond de la terre quand je passe. Je dis que c'est la tête qui ne va pas, mais que je tiens à continuer mon service. L'établissement occupe tout un village lointain, avec son clocher. Je ne connais ni mes classes, ni mes salles. Je n'ai rien préparé. 




62 07 24
   
Nous descendons d'une ville perchée. Grand restaurant. "Je veux que mon mari obéisse". Pour donner le change, je jargonne. Les plats sont très chers. Nous montons dans les étages : "Les sandalettes à la main !" Deux femmes installées près de nous saliront la nappe avec leurs chaussures. Mes mains sont surchargées, car je porte mes sandalettes. On nous parle d'Ehud Olmert, passé conseiller du gouvernement allemand.
    (...La France doit-elle conserver sa morale et devenir le dernier des Etats ?)

62 09 01
    Poussé à vélo par un gendre plus spontané que Christophe, je chante un rock endiablé, une longue mélopée à la Ribeiro. Je suis parti de mon HLM, genre Mohon, et je braille mes fausses paroles avec conviction. Ma voix couvre les musiques sortant, çà et là, des bars. L'ambiance est à la Révolution. Un orchestre et des choeurs à présent m'accompagnent. Sur les quais bondés les manifestants défilent, d'extrême droite. On a éteint l'éclairage public. "Christophe" et Sonia m'éloignent de chez moi, alors qu'il est plus de 19h (c'est la nuit). J'ai un peu peur. Ca gueule de partout. Les quais, toujours noirs de monde, sont bordés de vaisseaux sans éclairage, d'où l'on, sort, où l'on rentre.
    Le dernier cri est : "...que ta bouche, que ta bouche, que ta bouche"

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