9.2.16

"Le roi se meurt", non sans mal

Tandis que les acteurs s'esbignent côté jardin, voici une autre troupe de médecins qui entre au galop, brandissant des éprouvette : "Nous avons vaincu la mort !" - etc, etc. - et ainsi de suite. Pièce glaçante dans son élémentarité. Jusqu'ici, en effet, nul ne peut le contester, les médecins crèvent comme les autres. Il nous reste à retrouver ces formules définitives sur la mort, "La mort est le manteau de cheminée où s'appuie le causeur dans les salons devant son auditoire", "La mort est le seul véritable sujet de tout écrivain", "Le dernier vrai combat c'est celui de la mort", "Le seul jugement dernier sera celui que vous aurez sur vous-mêmes au moment de mourir", c'était notre séquence "Remontons le moral des auditeurs".
    De plus, disait Epicure, "La mort n'existe pas, car une secone avant la mort vous êtes toujours vivant et une seconde après vous ne savez même plus que vous avez été vivant", ce qui est bien la chose la plus conne et la plus intelligente que j'aie jamais entendue. Il y a des bibliothèques sur la mort, sur le vie, sur le néant, sur Dieu et sur le prix des chaussettes. Ionesco a vécu. Comme il le dit, "le sel a fondu dans l'eau, mais depuis, l'eau est salée". Le fascicule que j'ai entre les mains date de mars 1968, l'auteur né en 1912 ( on dit 1909 à présent), donc Eugène était encore vivant et bien actif. Il est destiné aux bacheliers fascistes, capables de répondre à des sujets de dissertation plutôt ardus, comme de resituer Le roi se meurt par rapport à la totalité de son oeuvre, beau sujet d'Agrégation (mais les gouvernements de gauche comme de droite espèrent bien un jour supprimer ces diplômes contraire à l'égalité, n'est-ce pas).
    D'autres questions, en bas de page, interrompent la lecture (ou l'accompagnent, selon votre manière de lire) par des sujets de réflexion : rapprochements avec "l'autre côté du miroir", de Lewis Carroll à Jean Cocteau, rôle des femmes, l'une hostile, l'autre maternelle et guide du roi, telle Antigone guidant son père (qui est en même temps son frère). Oeuvre immense, qui n'aide pas à mourir, ni à vivre, qui est là, pour nous, à notre échelle. Revenons à Ionesco, Ionescu en roumain (il apprit cette langue après avoir su le français, vers ses douze ans). Il vécut en Mayenne. "Il en garde", nous dit Colette Audry, rédactrice de ce fascicule Larousse, "des souvenirs de campagne et de village qu'on retrouve dans une bonne partie de son oeuvre" - si peu connue en dehors de son théâtre.
    En 1925, il "retourne en Roumanie. Sa langue devient le roumain", langue magnifique d'ailleurs, un  peu comme de l'italien avec l'accent polonais, mais je m'égare dit l'Athénien. En 1929, "étudiant à Bucarest, il prépare une licence de français". Il aurait donc plutôt 20 ans. La date de naissance reste encore aujourd'hui imprécise. Et si l'auteur avait lui-même brouillé les cartes ? Au moins est-on sûr de la date de sa mort, en 1994. Les registres du  Moyen Âge mentionnent plus exactement les dates de décès, de naissance à l'au-delà, que les dates de naissance à l'ici-bas. Ils avaient peut-être raison : les seuls évènements de la vie, ce sont la naissance et la mort, "le reste, c'est du remplissage", encore San Antonio.     En 1930, Ionesco "écrit dans la revue Zodiac, en roumain. Il persévère en 1931 avec ses élégies "pour des êtres minuscules", les hommes, bien sûr, si remplis d'orgueil et si mortels. Il n'est pas absurde de rapprocher Ionesco de Cioran, autre roumain francophone. C'est le moment de glisser que notre auteur s'est vu étiqueter dans le "théâtre de l'absurde". Finalement, cette émission est à la critique ce que les Secrets d'Histoire de Stéphene Bern est à l'Histoire. Pourquoi pas. En 1634, Ionesco "fait paraître un recueil d'articles et des pages de jouornal sous le titre Nu ("Non")." "Oui" se dit "Da". Là se borne ma science. En 1936, "il épouse une étudinate en philosophie", dont nous ne saurons rien d'autre : la femme est l'avenir de l'homme, mais on n'est pas pressé.
    En 1937 le voici professeur dans un lycée de Bucarest, et en 38 "il obtient une bourse du gouvernement roumain pour aller faire une thèse à Paris sur les thèmes du péché et de la mort dans la poése moderne". "Héhé !" henniront les connaisseurs. A partir de là, notre biographie se fait elliptique. Disons que la brièveté inhérente à tout ouvrage scolaire permet de rester discret. Nous allons donc recourir à Wikipédia, que tout le monde déteste ("C'est américain... salauds d'américains...) mais que tout le monde exploite (fumiers d'Américains...)

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