4.2.16

Le Singe Vert 98, deux premières pages


LESINGEVERTN
o
98
Rédacteur Hardt KOHN-LILIOM dit Collignon
Août 2015
EWERKED DALEN EN TAMASHEQ
dergruneaffe.hautetfort.com— kohnlili.blogs.sudouest.fr— singevert.blogspot.com
OEUVRES EN LIGNE SUR IN LIBRO VERITAS
1 MA VIE QUI N’INTERESSE PERSONNE1.1 COLLIGNON :Hier à onze heures, je travaillais, à n’en point douter. Mon travail consisteà écrire des conneries, qui seront lues par des cons désœuvrés, car je fais la
même chose que tous : s’en remettre à la postérité, qui ne saura plus lire,
puisqu’elle ne me lira pas. Il s’agissait de retranscrire mes rêves, et de broder
autour d’eux. Cette fois-ci, je suis en Espagne et je longe un haut grillage
derrière lesquels se pressent des enfants gitans. Plus tard viendra un chien
furibond, qui se sectionnera la patte à force de se jeter contre les mailles. Le
titre de ces élucubrations est Nox perpetua, faisant allusion au Lux perpetua
de la Messe des Morts. Autant de connaissances qui sombreront, à l’instar
des lois burgondes de Gondebaud, père de Clotilde à ce qu’il me semble.
De même, le titre rageur de mon recueil actuel fait référence au surnommé
"Vérité", président de l’A.A.A., Association des Auteurs Autoédités, et non
pas des Alcooliques Anonymes, l’un n’excluant pas l’autre. Un de ces petits
péteux des éditions ayant fait observer à ce brave homme que nul ne s’inté-
resserait jamais aux "Mémoires de Monsieur Vérité", ce dernier, piqué au vif
et croyant sans doute frapper un grand coup, décida de publier à ses propres
frais, et de fonder une vénérable association. J’ai tenu entre les mains de tels
ouvrages, dépourvus bien entendu de toute promotion. Et peux garantir
que le déchet en est considérable. À peu près autant que chez les éditeurs
patentés, dont la modeste industrie (inférieure en chiffre d’affaires à celle
des casseroles) ne fut pas le moins du monde ébranlée. D’ailleurs, le livre
est revenu à la mode, car c’est un cadeau modique et intelligent. Même le
numérique ne compromet pas la vente de livres. Il faut vendre. La littéra-
ture, c’est, aussi, du commerce. Et nous sommes allés relever le courrier, où
j’ai reçu, longtemps après, une lettre postée de La Rochelle où j’avais cru
spirituel de remplacer "rue Condorcet" par "rue Con d’Orsay" (je ne pouvais
pas écrire la "rue Fabius", quoiqu eje le pensasse profondément). Peut-être
pourrai-je remettre ce pli entre les mains de Java, la destinataire. Mais nous
la voyons peu en ce moment. Et ce fut l’après-midi, période de bouleverse-
ments, période de taxi pour les pauvres retraités qui n’ont que ça à foutre.
D’abord, malgré tout, un plaisir : le magasin "Cultura", où, nos descendant
l’apprendront, nous commîmes maints larcins, en particulier le dernier Houel-
lebecque, ce qui ne ruinera personne, et surtout pas son auteur : Soumission
profitera de la conjoncture pour s’envoler sur les records de vente. Je pense
2que Houellebecque est un grand auteur, malgré son style de roman de gare
où excelle Amélie Nothomb, "sans pouce".N’était servi que dans des gobelets 
de carton, bénéficiant d’un goût de
carton. Mon auguste femme acheta une toile et plus, et me fit longtemps poi-
reauter, au point de lire le journal de Siné, "paraissant les premiers mercredis
de chaque mois". Il suffit de tirer le journal de son tourniquet, de gagner un
fauteuil de skaï, et de lire presque tout sans payer. Une femme se pencha pour
en lire le titre, et m’adressa un large sourire complice de gauchiste à gau-
chiste : mais je ne suis pas gauchiste. Je poursuis mes habitudes de lectures
frondeuses, mais nul n’est plus que moi devenu défenseur de l’ordre établi,
ayant expérimenté que les anarchistes, communistes et autres amoureux fous
de l’humanité sont les plus conformistes de tous ; conformistes autrement,
mais conformistes. Ils ne tolèreraient pas mes manies, bien moins que l’ac-
tuelle société paraît-il décadente, où je me fonds aisément dans les miasmes
ambiants. Et je suis rentré chez moi. Et je suis allé chercher mon petit-fils
(car j’ai une famille, comme tout citoyen qui se respecte), afin de le ramener
chez lui. Nous avons discuté, mais pas toujours : il faut laisser des temps de
répit entre deux dialogues, sinon, le dialogue devietn obligatoire, et lassant.
Tout le monde sait cela. Pas moi. Cela m’est venu depuis très peu de temps,
car j’aurai mis toute ma vie à mûrir, avant de mourir. Et quand on laisse
reposer la pâte et parler le partenaire, on apprend des choses. Qui aurait
pensé par exemple que ledit petit-fils se fut confié au point de comparer les
baisers de ses amours et conquêtes ? Je seais gêné qu’il m’entretînt de détails
plus précis. Mais une telle confiance m’étonne : ma femme en a la primeur, et
moi la "secondeur", la deuxième main. Comment fait ce jeune homme pour
considérer les femmes avec cette rationalité ? Il trouve "mignonnes" les confi-
dences d’amour qu’elles lui font, alors que pour ma part, j’étais impressionné,
comme une révélation divine : les femmes me semblaient si inaccessibles, sur-
tout aux sentiments ! Dans quel abandon n’ai-je pas vécu ! Lui, non. Pas du
tout. Il est "normal". Et puis, je suis revenu seul, à mon volant, variant les
musiques selon mes tics, un morceau à la fois, ou un indicatif radiophonique,
sans plus. Il fallait me rendre à cette fameuse conférence de Zemmour sur son
excellent "Suicide français". Elle commençait à vingt heures à l’Athénée mu-
nicipal, et je me trouvais coincé dans une forte circulation. Qu’est-ce qu’un
indécis ? Celui qui veut absolument faire porter la responsabilité, la culpabi-
lité de toutes ses décisions sur un autre, et l’épouse se trouve à cet égard dans
une position privilégiée : il faut lui téléphoner du volant, lui demander si elle
veut que je fasse étape à la maison, refuser, puis accepter, puis refuser, puis
accepter "mais pas longtemps !" Désorienter l’autre à tout prix, le mettre en
porte-à-faux, décréter que son ton de voix ne correspond pas à sa sincérité,
voilà
1.3 COLLIGNON : ONZE HEURES
un sport où certains esprits faibles, autrement appelés "emmerdeurs", sont
passés maîtres. "Juste le temps d’un café-yaourt", avec une pomme dans la
poche pour la route. Il fait nuit, je rate deux rues, là-bas, "en ville", et me
retrouve dans les lacets du parking en hauteur de la rue Victor Hugo, sur les
fossés comblés du vieux Bordeaux. Et, vite, vite, à pied vers l’Athénée. Peu
de monde. Pas de monde du tout, même. Deux gardes municipaux en fin de
poste qui s’en vont, bavardant sereinement. Trois pelés et un tondu devant
les portes qui devraient, théoriquement, être assiégées : "La conférence est
annulée, on vient de poser l’affiche depuis 5mn."

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