7.4.16

Le Singe vert n° 105


SINGE

VERT  N° 105

Rédacteur -imprimeur-
diffuseur

HARDT KOHN-LILIOM DIT
COLLIGNON
4 AVENUE VICTORIA
33700 MERIGNAC
courriel colber1@free.fr

Oeuvres consultables sur
IN LIBRO VERITAS ("Kohnliliom")
BLOGS : romnestras, hautetfort
et
 singevert.blogspot.com
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en ukrainien
(zelenyy mavpy)
Citation 1223
Six heures. Enfin, Dieu merci, allait disparaître cette lourde chaleur dont autrefois je me plaignais avec Albertine, et que nous aimions tant. La journée prenait fin. Mais qu’est-ce que j’y gagnais ? La fraîcheur du soir se levait, c’était le coucher du soleil ; dans ma mémoire, au bout d’une route que nous prenions ensemble pour rentrer, j’apercevais, plus loin que le dernier village, comme une station distante, inaccessible pour le soir même où nous nous arrêterions à Balbec, toujours ensemble. Ensemble alors, maintenant il fallait s’arrêter court devant ce même abîme, elle était morte. Ce n’était plus assez de fermer les rideaux, je tâchais de boucher les yeux et les oreilles de ma mémoire, pour ne pas voir cette bande orangée du couchant, pour ne pas entendre ces invisibles oiseaux qui se répondaient d’un arbre à l’autre de chaque côté de moi, qu’embrassait alors si tendrement celle qui maintenant était morte. Je tâchais d’éviter ces sensations que donnent l’humidité des feuilles dans le soir, la montée et la descente des routes à dos d’âne. Mais déjà ces sensations m’avaient ressaisi, ramené assez loin du moment actuel, afin qu’eût tout le recul, tout l’élan nécessaire pour me frapper de nouveau, l’idée qu’Albertine était morte. Ah ! jamais je n’entrerais plus dans une forêt, je ne me promènerais plus entre des arbres. Mais les grandes plaines me seraient-elles moins cruelles ? Que de fois j’avais traversé pour aller chercher Albertine, que de fois j’avais repris au retour avec elle la grande plaine de Cricqueville, tantôt par des temps brumeux où l’inondation du brouillard nous donnait l’illusion d’être entourés d’un lac immense, tantôt par des soirs limpides où le clair de lune, dématérialisant la terre, la faisant paraître à deux pas céleste, comme elle n’est, pendant le jour, que dans les lointains, enfermait les champs, les bois avec le firmament auquel il les avait assimilés, dans l’agate arborisée d’un seul azur.
PROUST  ALBERTINE DISPARUE



4 avenue Victoria
33700 MERIGNAC                Date du cachet de la poste




                    Messieurs, et surtout j'imagine, dans la profession,            
                    Mesdames,


    Je suis un vieux con. Je vous présente
        LE SINGE VERT
    en allemand
        DER GRÜNE AFFE
   
qui est un recueil de véritables conneries que j'ai pensées, que j'ai réunies, qui ne correspondent à rien de ce qui s'édite, aussi je ne vous envoie même pas d'enveloppe et vous pouvez détruire le manuscrit après vous l'être passé dédaigneusement de main en main, j'ai travaillé dans l'édition alors je sais comment ça se passe, inutile de me faire du baratin. De toute façon j'ai 4 ans et demi ce qui est bien trop tôt pour éditer.
    Je n'ai pas la prétention comme certains changeurs d'altitude de vous démontrer comment il faut faire pour trouver le bonheur et la réussite. Mon père n'a pas plongé au cœur des océans mais au cœur de la connerie humaine grâce à son métier d'instituteur de campagne, et mon grand-père n'a pas voyagé dans la stratosphère sauf avec du pastis, il était simple ivrogne chef de gare ce qui n'arrange rien. Je parle des Palestiniens, de France Musique(s), de ce qui se passe dans le cercueil après la mort, bref, que des choses où je ne connais rien et qui ne peuvent pas vous intéresser.
    Ben je vais vous saluer respectueusement, et je rejoins ma femme devant la télé.
    Ah, au fait, ça fait longtemps caca tr'ans-et-demi, j'ai dépassé le stade de la provocation, ne vous trompez pas d'étage, merci. Qu'on soit poli ou non de toute façon ça ne change rien. Moi ce qui m'amuse, c'est de renflouer les postes en achetant des timbres.

            Un vieux con, 
Hardt Kohn-Liliom Vandekéen

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BERNARD  COLLIGNON        COURS DU SOIR


    A onze heures du soir Gretel sort en promenade. Son quartier alterne chantiers, terrains vagues, palissades. Les grues dardent leurs bras clignotants. C'est le coupe-gorge. Si le Vieux savait ça il hausserait son épaule valide. Il se réjouirait en dedans.  Gretel clopine entre les fondations béantes. Au coin des rues déjà tracées les rôdeurs se concertent. Gretel porte un gros sac gris bourré de pelotes de laine T'aurais plus d'emmerdes que de pognon Gretel sourit - au bout d'une barrière et d'une place anonyme s'étire une enseigne rouge sous dix étages vides. Gretel guette la fermeture du Taxi-Club. Jusqu'à ses pieds le néon répand ses braises pâles ; sur l'asphalte passent les ombres déformées des buveurs. A minuit l'enseigne s'éteint soudain, le grésillement s'interrompt sur les bruits ressuscités de la ville au loin. Sous un petit porche sombre un barman roule deux poubelles dans un renfoncement, laisse tomber dans sa poche un trousseau d'acier S'il fait tout à fait noir je lui parlerai l'ombre vacille dans sa direction en souriant au vide, étriqué dans un petit complet de velours élimé - pardon monsieur pardon - je vous aborde en pleine rue n'allez pas penser - dès qu'une femme aborde un homme n'est-ce pas tout de suite on s'imagine - il ne cesse pas de sourire voyez comment je suis habillée - juste "en cloche " - le manteau marron, la voilette, la vieille souris qui longe les murs.

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