13.1.18

Le texte débarré

LUCAIN « LA PHARSALE » 01 14 (02 11) 64 04 24 1


Plongé dans les arcanes de la Pharsale, je prends note des convictions du jeune Lucain, suicidé sur ordre en l'an 64, et neveu de Sénèque. Il s'engage du côté de Pompée, adversaire de César. Il penche pour le Sénat et le rétablissement de la république romaine, alors que règne Néron. Ça se paye très cher. Cependant Pompée possède quelques torts. Celui de fuir, d'abord, sous des prétextes stratégique : on pense au repli sur la Loire, puis sur l'Adour… Celui d'avoir un fils, aussi, Sextus, qui consulte en Thessalie la sorcière Erichto. C'est le passage obligé : les sorcières font ceci, accomplissent cela, renversent les lois de la nature et des dieux : la terre cesse de tourner sur ses pôles, et s'alourdit jusqu'au bas du ciel.
Les dieux mêmes sont donc obligés de plier à leurs lois. Mais en faisant cela, Erichto la Hérissée attirera sur Pompée les foudres de Fortuna, de Fatum, du Destin, de l'Anangkè, entité devant laquelle s'abaissent même les Supérieurs de Là-Haut. Tout humain, toute puissance céleste s'inclinent devant ces charmes sacrilèges. Mais celui en faveur duquel s'est exercée cette magie maudite se voit disqualifié, abandonné des Dieux à la fois et de la Chance : il meurt, il crève, il se fait décapiter. La tête de Pompée sera montrée à César, qui se courrouça pour de bon et non par feinte. Il n'hésitera pas à châtier les Égyptiens, ces traîtres blasphémateurs. Il faut toujours se mettre du côté de ceux que favorise le Sort.
Pourquoi irions-nous mourir pour des idées, de mort lente ou rapide. Pourquoi ne pas moi-même inverser mes valeurs en ces temps qui s'annoncent troublés. Pourquoi blâmer Ionesco père, qui passa des pronazis aux staliniens ? Ici s'intercale une rêverie, entre le doute et le cynisme. Lucain, Cicéron, hésitaient entre César et Pompée, car Julius remportait toutes les victoires (sauf à Dyrrhachium), et tout le monde, c'est faiblesse humaine, éprouve de l'admiration pour le vainqueur. « La cause victorieuse plut aux dieux, mais pour la vaincue, Caton» - Victrix causa deis placuit, sed victa Catoni – chant I, vers 1, abondamment glosé. Mais au chant VI, le fils Pompée se permet d'ébranler jusqu'aux lois de la nature : « des cadavres ont fui leur couche », traduction Ponchont, qui poursuit comme ceci : « Elle enlève du milieu des bûchers les restes fumants des jeunes gens et leurs ossements brûlants », fous-leur la paix, salope.
Les Romains crémaient leurs corps. C'était aussi dégueulasse qu'à Varanassi. Les débris sautaient à travers les crépitements, et ça puait la chair rôtie, mêlée à la merde bouillie. Les sorcières se glissaient dans les nuées répugnantes des bûchers, et se faisaient poursuivre à coups de balais ou de tisonniers. « Kalpasinôn » est un hapax relevé dans le manuscrit magique de la « Bibliothèque Nationale publié par Wellesley », et si vous voulez le savoir, c'est à la « page 81, ligne 1437 ». Notre Bibliothèque a fait peau neuve, les manuscrits de la réserve seront plus facilement accessibles au public – ah oui ? plus qu'une heure d'attente au lieu de deux ? Mais si « kalâsinôn » devait se lire « karpasinôn », avec un rhô ? Il ne s'agirait donc plus d'une urne funéraire (un peu tard pour retirer des os de la « karpê », l' « urne »), mais de charbons. Et ces charbons proviendraient « d'une gaze fine, (fournie par es bandelettes qui servent à envelopper les momies) » - notre annotateur nous renvoie, si nous voulons prolonger sa digression jusqu'à plus soif, au nommé Fahz, vous savez, celui qu'il a cité plus haut, voyez donc les pages 42 sqq, « et suivantes » !
...Passons. Nos sorcières subtilisent « la torche même que tenaient les parents et les morceaux du lit sépulcral d'où volait une noire fumée ». C'est terrible. On ne profane pas ainsi un cadavre, n'est-ce pas, surtout sous le nez de ses parents. On mourait tôt, à Rome. C'était le bon temps. Les sorcières faisaient périr les jeunes gens, et volaient leurs ossements. C'est pas bien, pas bien du tout. Pétrone s'est bien moqué de ces terreurs en carton-pâte. « Elle[s recueillent les vêtements qui tombent en poussière et les cendres qui conservent l'odeur des membres ». Bon appétit à tous.
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Quelques massacres plus tard, alors qu'il n'y a pas eu de massacre, pas encore, mais c'est dans l'air, voici Jules César haranguant ses troupes, en multipliant les obscurités. Il incite à frapper au visage, même son père dans les rangs ennemis. Il pousse les hommes au massacre, dans une orgie de mort donnée, de mort reçue, réinterprétée par nous comme une maladie mentale, avec des tripes qui jaillissent partout, alors qu'auparavant, c'était là que gisait la gloire, qu'il fallait redresser dans ses robes de sang. Nous sommes devenus pusillanimes, la moindre cervelle fait verser notre vomi, nous avons connu les batailles éparpillant les corps, même des morts, sans gloire ni respect. 14-18 nous a guéris, mais à quel prix, nous autres occidentaux.
De vraies lavettes. De vrais hommes. Depuis nous nous ululons d'un radeau à l'autre. César s'exprimait dans la langue de Lucain. Ce n'étaient plus les phrases sèches et bien argumentées. Le lecteur, et non pas l'auditeur, pataugeait parmi les fautes des copistes médiévaux. Max Ponchont souffrait. Remplaçait locasset par locassès. Admirez à présent, jeunes gens d'Amérique et vieillards
d'Europe, inclinez-vous sur les textes vénérables : « Si le sort avait placé (locassses ou locasset ? kss kss…) dans ces sanglantes fureurs de Mars autant de gendres de Pompée, autant de prétendants à la domination de leur pays, ils ne se jetteraient pas au combat d'un élan si précipité ». César était le gendre de Pompée. Il souhaitait ardemment la domination de son pays. Deux déterminations farouches : tuer beau-papa, et prendre sa place au-dessus de Rome. Eh bien ! Sa harangue, incohérente et furibarde, a transformé ses soldats en brutes totales : ils sont plus gendre que le gendre, plus aspirants dictateurs que l'aspirant dictateur. Ils vont se ruer contre la mort, entre Romains, sur d'autres Romains renforcés d'Arméniens.
C'était le but du jeu. Par de grands braillements précieux, amener l'autre à l'état de transe, pour qu'il n'y ait plus qu'envie de tuer. Le général devait stimuler ses troupes,  et l'on a vu César jadis haranguer sur le front même de la bataille, alors que le combat était déjà engagé. Les règles veulent que l'adversaire aussi, également romain, ait droit à sa harangue symétrique . Harangue de Pompée. Ce sera noble et geignard. Pompée veut la pais. C'est le gardien des institutions. Il ne cesse de fuir devant la force, afin de recruter des alliés. Il va déplorer. IL doit se soumettre à son destin. D'après Lucain, tous déjà connaissent leur sort. Pompée exhortera à bien mourir, selon les destins, avec résignation morose ou fière.
Lançons-nous dans ces dorés marécages : « Lorsque Pompée voit que les bataillons ennemis sortent en ligne droite, uidit ut hostiles in rectum exire cateruas / Pompeius… - en ligne droite, et non « vers son rectum », ô crétins, « que les dieux, sans accorder à la guerre aucun délai, l'ont décidée poir ce jour-là, il a froid au cœur » : quoi ! Depuis le temps que tu fuis, gros lâche ? à qui feras-tu croire que tu recherches des alliés orientaux ? Pompée, homme sensible, humain, Chirac des Romains ? Le voici tout gelé, la diarrhée fait verglas sur ses cuisses ? Il est perdu. La cause devient conséquence, la conséquence devient cause. Il doit être vaincu parce qu'il est déjà vaincu, il est déjà vaincu parce qu'il doit l'être : « et pour un si grand chef avoir tant peur des armes, c'était un présage ».
Pompée, tu eus de la chance. Tu as triomphé des pirates, certes, jadis, beau, glorieux, dans l'Adriatique. Mais tes victoires ont été préparées par Lucullus, que tu as limogé pour prendre sa place, juste au moment de récolter ses lauriers. Tu as été flatté. Tu es gras, mou et veule. Il te reste à fuir en pleutre, afin de faire pleurer dans les chaumières. On ne se souviendra plus de ton nom. César ne sera plus que la risée des albums d' « Astérix ». Mais c'est toi que soutiennent Caton et Lucain. Au nom des principes républicains que tu incarnes. Et tu n'incarnes plus rien du tout, depuis la lutte de Marius et Sylla. Marius n'est plus qu'un pauvre homme chez Pagnol. En ce temps-là, on tuait. Xxx 64 04 25 XXX
Je suis du côté de Pompée. Nos descendants exalteront les vertus des talibans, qui eux, au moins, savaient taillader et saigner. « Puis il refoule ses craintes et s'avance sur son coursier superbe «  (« cheval » dit le latin, mais en français, ça fait bourrin). Tiens bon, Général ! Il ne te reste plus que le courage d'être lâche. Tu survivras. Tu fuiras plus loin. Au lieu de passer aux Perses, où nul ne fût venu te chercher, tu t'es replié sur l'Égypte, pour recruter, mais on te coupera la tête (autant le savoir), et tu ne rouleras plus de projets dans ta tête) – question : Pompée pouvait-il faire autrement ? Devait-il se soumettre aux talibans, à la soldatesque de Jules ? Nos ancêtre auront disserté tant de fois ! Pompée prend la parole, car la mort peut attendre : ouvrira-t-il son discours en déplorant la déloyauté de son adversaire ? Dira-t-il « C'est trop injuste ! » - non : « le jour que réclamait votre virilité, la fin des guerres civiles, que vous avez cherchée, se tient devant vous. » Bien, optimé ! « Déversez toutes vos forces », éjaculez un bon coup contre ce con. « C'est la dernière tâche qui reste au glaive »,, « au fer », dit le texte – mais le même mot signifie, aussi, « être frappé ».
« La dernière tâche » : avant la paix, ou avant la mort ? « ...et une heure unique entraîne les peuples » - lesquels ? vers où ?
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De retour des origines (années 9-13), nous revenons aux origines (vers VIII, 116 sqq) : La Pharsale a battu son plein, les os se sont entrechoqués sur le champ de bataille (Schlachfeld, « champ de massacre »), et désormais le peule de Mytilène, capitale de Lesbos, s'adresse à Pompée : « Ta défaite n'a pas de refuge plus assuré que nos murailles » - « Nulles murailles ne sont plus aptes à ce qu'on se glisse dessous nulla (…) subeunda magis sunt - pour toi qui es vaincu ». Pompée va donc « se glisser sous » les murailles de Mytilène, se protéger sous elles ou derrière elles. Le grand vainqueur de tout ce qui bouge se blottit sous les ailes de la mère poule reconnaissante. « Accepte les trésors de nos temples et l'or de nos dieux » : lesMytiléniens n'iront pas jusqu'à rendre un culte à Pompée, bien qu'il ne soit pas absurde d'adorer une victime : que faisons-nous d'autre avec notre Christ, ou les Égyptiens avec Osiris, et Wotan aussi fut vaincu, car celui qui fut écrasé surpassa ses écraseurs :: Napoléon surclassa les épiciers qui l'avaient démembré à Waterloo, et ressuscita pour toujours. Pompée devient la victime la plus noble, inspirant plus de respect que le brutal Jules César. Le treize devient porte-bonheur. L'or est enlevé aux dieux pour orner le front et les tempes du Grand Vaincu. Toute symbolique est réversible, allant jusqu'à tirer se force de cette contradiction même, en vertu du principe selon lequel « l'exception confirme la règle », et c'est ainsi que je surpasse Quignard en chiotterie.
Calasso et Quignard, Pascal et Roberto, dont les fioritures défient le réveil du lecteur, autrement dit l'endorment. Ô rhétorique antique de merde. Limites des grandeurs latines. Inoxydables flagorneries de Mytilène, pays des moules (nécessairement lesbien). Ô divin foutoir des méninges, sauteuses de vers, accumulatrices d'erreurs sans non et de broderies sur le vide : « Toutes choses peuvent espérer les faveurs du vainqueur, mais ces choses-ci, ces évènements-ci, tiennent du crime ». Ne peuvent donner que le crime dont elles dégoulinent, et non pas des faveurs.
Ou encore : toutes les murailles, toutes les villes, recevront les faveurs du pardon, les nôtres sont déjà coupables depuis longtemps. Accueillir Pompée ne saurait culpabiliser davantage une ville, une île, que les Destins ont déjà marquées de culpabilité. Reste à se demander pourquoi plus particulièrement Lesbos vis-à-vis de César : « Lucius Licinius Lucullus emporte la ville d'assaut ; à cette occasion, Jules César y gagne une couronne civique", merci Wikipédia, dénomination ridicule, au savoir encyclopédique. César déteste Lesbos, c'est ainsi, Pompée a rebâti Mytilène. César peut-être bien déteste les îles parce qu'elles lui résistent..
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Crève, mon pays bien-aimé. Jamais La Pharsale ne m'aura semblé plus proche dans ses lamentations qu'à présent, lendemain du premier tour des présidentielles, de voir un Macron si proche du pouvoir emparé. Ainsi dut penser l'élite républicaine à l'heure où les troupes romaines s'entredéchiraient, à Pharsale puis sur les terres africaines. XXX 64 04 30 XXXCaton d'Utique, devant son surnom posthume au lieu même de son suicide, devait bien tragiquement se lamenter dans une situation bien pire que toutes celles que nous avons connues, à l'exception de la lutte des Armagnacs et des guerres de Religion. Car l'histoire de notre siècle est à l'ancienne ce que la pantoufle est au soulier de marche. Ainsi la France tombe-t-elle dans la veulerie, la plus abjecte, tandis que Rome se préparait à rayonner sur le monde par la dictature militaire. Caton plus tard d'Utique parviens donc, après sa tempête dans les Syrtes, aux rivages apaisés de la Tunisie, près du Chott el-Djérid, séparé de la mer par un simple lido.
Notre Lucain si tôt disparu relâchera sans doute ses rênes par un petit coup de rêverie facile, avec des brises et des accents de triton bucoliques. L'armée des pompéiens pourra se reposer avant son dernier massacre. Puis ce sera les nobles ululements de Caton avant son sang répandu, sur les temps qui ne reviendront plus. Imaginons que notre petit pays surmontera comme toujours ses épreuves coupe-jarrets. Un fleuve nommé Léton, silencieux, puise l'oubli aux sources infernales, ut fama, comme le dit la renommée. Ce fleuve s'appelait le Léthé, loin sous la terre, et les pales des morts s'y baignaient pour obtenir l'amnésie, avant de se réincarner en surface. Le moindre potache autrefois savait cela, mais à présent le seul fait que je puisse le mentionner me confère une auréole d'érudition.
Il en sera de même un jour quand un savant saura distinguer une faux d'une binette. Et dans la suite du texte, comme d'habitude, dunni fchkovavi, les niaiseries melliflues de l'Olympe nous englueront de leur bave convenue. Je suis un passeur des mondes, entre ignorance et rabâchage. « Il y a aussi le jardin des Hespérides, dont j'aurai bien juré pourtant qu'il se situait dans les Marais du Guadalquivir. J'apprends par la Source Empoisonnée (le Wikipedia des Pisse-Froid) que les fameuses Pommes dudit jardin n'étaient que des brebis bien teintes en or, et dont le nom grec signifiait « pommes » en latin. Comme il est passionnant d'apprendre quelque chose, pur les fascistes !
Lucain, nous dit la note, place les Hespéride « dans le voisinage de Bérénice » - celle de la mer Rouge, en vérité ? Mais enfin ces gens-là ne disposaient-ils donc pas d'informations plus précises ? Andalousie, Tunisie ou Ègypte ? Admettons paresseusement ces recherches ; Caton doit mourir par la porte haute de la mythologie ! Le temps présent regrette avec envie les splendeurs éteintes du passé ! L'arbre aux pommes est désormais « dépouillé de son feuillage » ! Si je m'attendais, en ce récit guerrier, à de tels repos convenus dégoulinant de nostalgie mièvre ! Ces attendrissements vont hélas de pair, chez ceux qui les apprécient, avec les déchaînements de cruauté les plus guerriers. Tu gagates, Lucain, sous la férule de Néron, regrettant ce passé mythique de la belle République bien saine et pacifique ! « Elle fut, la forêt d'or, avec ses rameaux chargés de fruits d'or et de fruits fauves (fulvo germine), et son chœur de vierges, gardiennes du bois radieux », putain de vierges, toujours présentes, « « et son serpent condamné à ne jamais fermer les yeux pour dormir, roulé autour des troncs ployés sous le métal étincelant ». Un ancêtre, ni plus ni moin, du Paradis Biblique, à cette différence, de taille, que le serpent païen défend son butin, tandis que le chrétien poussera Ève à consommer les fruits en question.
L'essentiel est qu'ils soient volés, comme la Toison d'Or ou le feu de Prométhée.
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PASTOUREAU « LE ROI TUÉ PAR UN COCHON »




Le roi tué par un cochon, c'est le titre, bien commercial, au Seuil, avec le contraste puissant du début et de la fin : « Le roi », « un cochon ». Pastoureau, c'est l'auteur, un érudit, une pyramide à la fois de graisse et de savoir, mais ne soyons pas grossophobe, surtout lorsqu'il s'agit de fils de Louis VI le Gros. Vous vous souvenez de lui, c'est de son règne que sont venus dans notre siècle Les visiteurs, Godefroy de Montmirail et son serviteur Jacquouille. Or ce roi de France, effectivement très gros, Ludovicus Grossus en latin d'époque, perdit son fils 813 ans avant mon anniversaire, le 13 octobre 1131. à l'âge de 15 ans. Et comment ? Par une chute de cheval au retour de la chasse, en plein Paris, où déambulaient alors les cochons comme de nos jours les Parisiens.
La ville et la campagne ne constituaient pas des territoires aussi nettement délimités qu'on ne pût rencontrer dans les rues des troupeaux ou des animaux divagants. Le porc s'introduisit entre les pattes et sous le ventre du noble coursier, le fils du roi chuta tête sur une pierre comme un vulgaire Schumacher, et mourut, à quinze ans. Immense deuil du roi Louis VI le Gros et de sa femme Adélaïde, funérailles grandioses, à St-Denis. C'était la première fois qu'on y enterrait un roi, depuis Pépin le Bref dit « Pépin le Bref », père du grand Charlemagne. Pourquoi ? Parce que les rois de France étaient majeurs à 13 ans, et que les pères proclamaient volontiers leur fils aîné successeurs d'eux-mêmes dès leur majorité, ainsi, pas de primaires, pas de campagne électorale, pas de brillants résultats : il existait donc deux rois, le roi de fait, qui gouvernait un tout petit territoire d'ailleurs, et le roi désigné, trop jeune, mais qui était sûr d'hériter du royaume.
Et celui qui s'était viandé de bourrin bénéficiait déjà de son caractère sacré, attesté par l'huile sainte pendant le sacre : une colombe l'avait apportée du ciel dans une petite fiole tout exprès, pour Clovis. Le dauphin Louis était roi, et, comme tel, devait être enterré avec ses ancêtres : ainsi le désirait l'abbé Suger, fondateur et réformateur de la cathédrale en question, où fut employé pour la première fois le « bleu de Chartres » dans les vitraux : nous devrions donc parler du « bleu de St-Denis ». Or ce jeune roi de France, sacré et consacré, tombe non pas sur un champ de bataille, mais par la faute d'un animal impur, diabolique, de façon « infamante », ce qui veut dire, à l'époque, déshonorante.
Les cochons, en ce temps-là, sont gris-noir. Leurs poils roses d'à présent, appelé des « soies », proviennent d'un ancien croisement intensif avec des races d'Asie. Le porc est un animal bouffe tout, jusqu'aux charognes. Il transpire peu, et se rafraîchit dans l'eau même sale et la COLLIGNON LECTURES « LUMIÈRES, LUMIÈRES » 25 04 17 8
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bouillasse. Autrefois, c'était un sanglier, un fauve noir, mal domestiqué, déterreur de racines. Le porc dépote même des cadavres, au point qu'il fallut rapidement faire des murs de clôture autour des cimetières, jusqu'en pleine capitale. Un animal sombre, diabolique, brutal, vorace, aux petits yeux qui voyaient mal, féroce, en un mot, impur. Et cela, pas seulement chez les musulmans et les juifs, mais chez les chrétiens, bien que ces derniers le consommassent volontiers, car c'était le seul animal mangeable, vu que les bœufs et les vaches, usés par les labours, ne fournissaient que de la viande âgée, dure, et peu appréciée.
Mais l'auteur, Michel Pastoureau, introduit ou rappelle une notion souvent négligée : le porc présente dans son anatomie une ressemblance absolument frappante avec le corps humain. C'est au point que les médecins de jadis, quand ils étudiaient l'anatomie, comme la dissection était interdite par l'Église, se rabattaient sur des dissections de cochons. Manger du cochon, c'est de l'anthropophagie, du cannibalisme permis. Les premiers polynésiens anthropophages assimilaient souvent la viande humaine à celle du cochon, et les survivants d'un accident d'avion dans les Andes ont confirmé en effet que notre chair avait le goût, à peu près, du bon gros vieux porc de nos fermes.
Et c'est de là que serait en partie venue cet ostracisme, cette interdiction, cette malédiction du porc, dans les trois religions monothéistes. Et le cochon de saint Antoine ? Il est purement légendaire. Antoine était un ermite d'Égypte, que l'on imagina ensuite européen et forestier, aux prises avec les démons et les sangliers. Puis certains moines, qui élevaient des troupeaux de porcs, car dans le cochon, tout est bon, imaginèrent de représenter leur saint patron en compagnie d'un mignon porcinet rosouillard et suprêmement affectueux. Position ambiguë du porc, donc, dans la symbolique d'un siècle vivant essentiellement sur les symboles. Le livre de Michel Pastoureau m'avait d'abord indisposé : d'un fait divers tragique, l'auteur avait monté tout un discours de remplissage, parlant de ce qu'était un cochon, de ce qu'était un roi, de ce qu'était le sacre, de ce qu'était une cathédrale nécropole royale débutante, et se permettait des digressions, des parenthèses dans les digressions et des commentaires dans les parenthèses.
J'avais tort, car en pratiquant de la sorte, notre auteur nous remet en honneur tout un pan de notre histoire, qui ne s'apprend plus en classe où les ministres préfèrent noyer les élèves et leurs enseignants dans l'informatique fourre-tout, en omettant d'enseigner l'histoire d'avant la Révolution, car l'histoire, ça ne seh a hien et c'est élitiste, fasciste et pédophile. Le livre est fondé COLLIGNON LECTURES « LUMIÈRES, LUMIÈRES » 25 04 17 9
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sur une documentation en latin qui ne sert à rien, fasciste, élitiste et pédophile, et en français du Moyen Âge, qui ne seh à hien, fasciste, pédophile, et qui n'inverse pas la courbe du chômage, et qu'est-ce qu'y a ce soir à la télé. Le fait même que le jeune roi se soit fracassé le crâne à cause d'un sale cochon qui faisait des cochonneries (autrefois c'était plutôt le chien, et surtout la chienne), devient prétexte à de longs développements historiques. En effet, à peine le dauphin Philippe mort, la royauté française, profitant de la présence du pape Innocent II en visite forcée en France (on l'a chassé de Rome, les riches aussi ont leurs soucis faut pas croire), sacre immédiatement le second fils, Louis, que l'on nomme aussitôt Philippe, comme son grand frère à peine refroidi.
La coutume était fréquente alors, et n'entraînait pas la névrose que l'on pense, ou du moins, peu importait dans le paysage psychique de l'époque. Il fallait affirmer qu'entre Philippe le mort et Philippe le cadet, le lien n'était pas rompu, le prénom restait le même, la dynastie se hâtait d'affirmer sa continuité et sa légitimité, tombeau royal, « le roi est mort vive le roi » Ce Philippe-là est déjà le frère de Louis VII, futur compagnon d'Aliénor d'Aquitaine et père de Philippe Auguste. L'auteur a beau jeu, comme dirait Anne, d'imaginer ce qu'eût été le sort du royaume de France si le malheureux prince n'avait pas subi cette mort de porc. Notre histoire eût été différente assurément, à moins qu'elle ne fût restée semblable, car lorsque la destinée doit arriver, elle arrive, et si un grand vent de connerie doit souffler sur la France, suivez mon regard, elle soufflera, mais nous faisons bien des histoires autour d'un cochon.
Nous vous lisons un tantinet du texte, qui ratisse large, prend prétexte de tout pour atteindre le nombre de pages d'un volume vendable, mais, finalement, pour notre plus grande érudition :
«Si nous ignorons la date de naissance précise de ce second Philippe, sa vie nous est en revanche assez bien connue. Tout jeune, il fut destiné à l'état ecclésiastique et pourvu de nombreux bénéfice : abbé de Saint-Mellon de Pontoise, de Saint-Spire de Corbeil, de Notre-Dame d'Ėtampes, chanoine puis doyen de Saint-Martin de Tours. Adulte, il devient trésorier et doyen de Saint-Corneille de Compiègne – là même où son ancêtre Hugues Capet avait été proclamé roi de France en 987 – puis, protégé par le ministre Suger et la reine mère Adélaïde, archidiacre de Notre-Dame de Paris. En juin 1159, il fut même élu évêque de Paris mais, s'estimant indigne d'une telle charge, il laissa celle-ci à Pierre Lombard, auteur du célèbre livre des Sentences qui restera jusqu'au XVIe siècle l'ouvrage de référence pour tout étudiant débutant en théologie. Philippe mourut deux ans COLLIGNON LECTURES « LUMIÈRES, LUMIÈRES » 25 04 17 10
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ans plus tard, le 4 septembre 1161, laissant le souvenir d'un prélat fier de sa naissance – fils et frère de roi – mais pas toujours ennemi des biens de ce monde. » Eh oui, il existait un saint Mellon, premier évêque de Rouen, pensez-y pour le baptême de votre prochain garçon. Toujours est-il que ce Philippe dont nous parlons aimait bien saint Pognon : « À Compiègne notamment, en 1150, refusant la réforme de la vie canoniale voulue par le pape, il garda longtemps pour lui le trésor de l'église, l'une des plus riches du royaume.
« Que deux fils de Louis VI aient successivement porté le nom de Philippe – celui de leur grand-père – est important sur le plan dynastique. Désormais ce nom de baptême, autrefois inusité en Occident, entre définitivement dans le patrimoine anthroponymique de la famille capétienne, au même titre que Louis, Henri ou Robert. C'est là une nouveauté importante qui pendant de longues décennies va distinguer les Capétiens des autres familles régnantes d'Europe occidentale. Au Moyen Âge, pas de Philippe chez les Plantagenêts, rois d'Angleterre ; ni chez les dynastes de la péninsule Ibérique ou de Scandinavie. En Allemagne, un seul dynaste porte ce nom : Philippe de Souabe, fils de Frédéric Barberousse, assassiné en 1208 ; mais il n'est pas empereur, seulement roi des Romains (1198-1208). » Vous voyez que notre auteur tire vraisemblablement à la ligne.
Il pourrait ainsi, d'embranchement en embranchement, poursuivre des centaines de pages. Quant au mot « dynaste », qui signifie « souverain » ou « prince », il désigne un roi ayant un droit de succession. C'est aussi un gros scarabée d'Amérique du Sud, sans rapport avec la choucroute. Allons-y pour une nième digression, très loin du titre, mais qu'importe, finalement :
« En France, chez les Capétiens, l'apparition du prénom Philippe est liée, nous l'avons vu au premier chapitre de ce livre, au mariage du roi Henri Ier avec Anne de Kiev, princesse orientale, en 1051. C'est un nom d'origine grecque que le fils aîné du couple fut le premier à porter : il devient roi à la mort de son père et régna de 1060 à 1108 et passa à la postérité sous le nom de Philippe Ier. Lui-même donna ce nom à son troisième fils, Philippe comte de Mantes (1093 – vers 1135), prince agité, souvent en conflit avec son frère le roi Louis VI.
« À partir du XIIe siècle, la diffusion grandissante du nom Philippe chez les Capétiens élimina peu à peu celle du nom Henri, un nom par ailleurs largement donné, du XIIe au XVe siècle, dans la plupart des familles royales européennes. En France, au contraire, entre Henri Ier, né en 1009, et Henri II, né en 1519, il s'écoula un demi-millénaire » . Récacapipitulons : Henri Ier, COLLIGNON LECTURES « LUMIÈRES, LUMIÈRES » 25 04 17 11
PASTOUREAU « LE ROI TUÉ PAR UN COCHON »



Philippe Ier, Louis VI le Gros, Louis VII le Moine, Philippe II Auguste. Vous y êtes ? Avant que l'auteur ne nous parle des chaussures, car tous ces rois ont porté des chaussures, effectuons une petite plongée en apnée, à la poursuite des prénoms royaux : « C'est beaucoup et riche de significations : en ce domaine comme dans plusieurs autres – les regalia et la cérémonie du sacre, par exemple, ou bien les armoiries, comme nous le verrons plus loin – les rois de France veulent se distinguer des autres rois chrétiens. Ne pas faire comme les autres a longtemps été une image de marque de la monarchie française.
« Revenons au nom Philippe et observons qu'à partir du milieu du XIIe siècle, celui-ci se diffuse progressivement et abondamment dans toute les branches de la famille capétienne. Dans la branche aînée, celle qui occupe le trône, il est désormais réservé au fils aîné du roi une génération sur deux, alternant avec le nom Louis. L'usage s'est en effet établi de porter le nom du grand-père ». Il en était ainsi dans toutes les familles de France et dans tous les pays, monsieur Pastoureau. Heureusement, j'ai personnellement échappé à Eugène et à Gaston. Merci maman merci papa. « Mais parfois, l'alternance est rompue parce que ce fils aîné meurt avant son père : se succèdent alors deux Louis ou deux Philippe. Ainsi, au XIIIe siècle, Louis IX succède à Louis VIII en 1226 parce que son frère aîné, Philippe, est mort dix ans plus tôt ; de même, en 1285, Philippe IV succède à Philippe III parce que Louis, l'aîné, est mort avant son père, en 1276 (voir en annexe le tableau généalogique des Capétiens). Notons par ailleurs que les neuf premiers enfants du roi Louis VIII et de la reine Blanche de Castille, tous nés avant 1223, furent en France les premiers enfants royaux qui connurent leur grand-père, Philippe Auguste mort à cette date. »
Mais trêve de regalia ou insignes royaux tels que sceptres et autres brimborions, que les ploucs historiens se plongent avec des lys (évidemment) dans cet ouvrage passionnant et chiant, Le roi tué par un cochon, de Michel Pastoureau, éditions du Seuil.
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Paul VEYNE « PALMYRE »



Paul Veyne est ce très vieux savant aux yeux décalés, dus à la fusion in utero de crânes jumeaux, ce qui lui donne un visage fascinant, et, nous n'oserions l'affirmer, une finesse d'érudition peu commune. Son ouvrage Palmyre, sous-titré L'irremplaçabe trésor pour sa réédition, réalise l'exploit de vulgariser sans tomber dans le vulgaire, façon Stéphane Bern, mais ne soyons pas méchant : tout un chacun peut se promener dans son ouvrage et dans sa ville sans avoir l'impression de préparer une thèse, ni celle de feuilleter un Paris-Match, le choc des photos, le poids des paupières, mais ne soyons pas cruels. Palmyre fut l'objet de destructions de la part de Daesh, qui n'est pas une marque de lessive mais un détergent fanatique islamiste.
Noter que Palmyre à présent s'appelle Tadmor, ce qui est encore pire que Tas d'Chair, mais ne soyons pas misogynes. Paul Veyne a trouvé indispensable, après les destructions opérées, et les tas de morts qui furent exécutés dans le petit théâtre de la ville, de proposer des illustrations en un cahier central antérieur aux démolitions, sans les confronter à des photographies de ce qu'il en reste à présent, ce qui aurait excité certaines ardeurs, faussement vengeresses. Il mentionne cependant le conservateur des lieux, torturé, puis exécuté à 83 ans. Pourkvâ ? brâmait le roi Arthus dans l'infect Lancelot de Richard Gere. Oui, pourquoi ? La réponse (partielle, car comment pourrait-on révéler une réponse totalement satisfaisante) figure en fin de volume, comme un rajout peu rajoutant : ce n'est pas uniquement pour détruire des temples antérieurs à l'Islam.
C'est aussi pour marquer son territoire, pour indiquer de façon violente l'opposition systématique de tout ce qui rappelle l'Occident : « L'Occident est un péché », « Boko Haram ». Nous adorons les vestiges antiques, nous en prenons un soin extrême, nous les emportons dans nos musées où ils seront bien mieux traités qu'en plein air à la merci des intempéries, voyez aussi note ambiguïté à ce sujet : les frises du Parthénon doivent-elles revenir en Grèce ? Donc, tout ce que respecte l'Occident, et avec eux les Moyens Orientaux ; nombreux, compétents, dévoués, doit être assassiné et jeté bas. En effet, le petit théâtre romain de Palmyre a servi de macabre et dérisoire décor pour les exécutions de prétendus traîtres, et Jupiter, ou Zeus, savent qu'il n'avait pas été conçu pour cela.
Maintenant que nous avons l'un des fins mots de l'énigme, nous pouvons parler des origines de cette ville : atteinte trop tard par le génie grec ou hellénistique (ce qui signifie, à peu près, grec dilué, affaibli, répandu, presque abâtardi), et peu touchée par le romain, sauf dans les circonstances officielles, car tout de même, la ville faisait partie de l'Empire de Rome. Mais, en COLLIGNON LECTURES « LUMIÈRES, LUMIÈRES » 64 05 02 13
Paul VEYNE « PALMYRE »



périphérie, au point d'avoir suscité un mouvement sécessionniste : grâce à la reine Zénobie, comme Zobi mais avec ène, et à son mari, et à son fils, car elle n'avait pas la haine du zobi. Aurélien l'empereur s'en empara et mit fin en 272 à cette séparation, qui englobait jusqu'à l'Égypte. À Palmyre, on parlait le palmyréen, qui est une variante de l'araméen. L'araméen était de l'hébreu non classique lui aussi, mais la ville n'était pas juive : elle en comportait, et les laissait tranquilles, pour l'excellente raison que c'était un carrefour frontalier extrêmement cosmopolite. Simplement, l'araméen, postérieur à l'hébreu, était la langue véhiculaire la plus répandue, à cette époque, en cet endroit, en bordure du désert bédouin, arabophone.
Tout ce que Paul Veyne va nous dire dans ce mince et riche opuscule de 144 pages, aux éditions Albin Michel se fonde sur les études archéologiques : inscriptions (épigraphie), débris de poteries, jetons, ex voto, plaques commémoratives. Assez peu, je crois, sur les manuscrits . Les temples présentent des particularités à la fois palmyréennes, grecques tardives et latines, un petit peu, avec des colonnades, mais une entrée sur le côté. La société est régie par la pyramide sociale ordinaire, l'économie par une circulation financière particulière à nos antiquités, mais aussi à notre Moyen Âge plus tard : une imposition excessive, mais une redistribution généreuse par la volonté des riches seigneurs et des riches bourgeois, ce qui nous semble, à nous, un peu bizarre tout de même, aléatoire et paternaliste.
À préciser qu'il en était de même à peu près partout en ces époques lointaines. Au-dessus planaient les dieux. À Rome ou Athènes, ils étaient sans lien réel avec les humains, sauf lors des sacrifices, qui était surtout pour les braves gens l'occasion de bonnes grillades, pour une fois : les dieux n'étaient pas présents, et savaient se contenter des ossements et de la graisse, beurk. À Palmyre, les dieux font partie du festin,, représentés par un prêtre bien déguisé. Les visages des bas-reliefs, humains ou divins, sont représentés, ici, en face, comme plus tard à Ravenne et Byzance. Et la religion descendait parmi nous, miaou. Ca mord, ça griffe, c'est La Clé des Ondes. Les palmyréens donc, du moins les fascistes élitistes pédophiles, vénéraient des idées abstraites, et en faisaient des dieux.
Ils savaient que ces dieux n'en faisaient qu'un, même s'ils les représentaient sous les traits d'Athéna et de Zeus, ils vénéraient même une déesse de la guerre, arabe et forcément pré-islamique, Allât, vierge et chasseresse. Mais il donnaient à tous ces dieux, en coexistence pacifique, un nom palmyréen. Ils le gravaient tantôt avec un nom, tantôt avec un autre, en grec. Une curiosité COLLIGNON LECTURES « LUMIÈRES, LUMIÈRES » 64 05 02 14
Paul VEYNE « PALMYRE »



wikipédique à présent me chatouille la curiosité, pour apprendre à mes trois auditeurs et demi dont ma femme qui a intérêt à ne pas se faire engueuler à mon retour, la façon dont cette ville, étape caravanière, s'est fait déserter au milieu des sables syriens (ne pas confondre avec Pétra, en Jordanie). Apprenons donc que cette grande plaque tournante commerciale, située sur la route de la soie, était devenue ville de garnison, alors que les alentours s'étaient transformés en vague steppe, disputées entre les Arabes et les Perses. Le déclin arriva sous l'empire ottoman, et au XVIIIe siècle, ce n'était plus qu'un village dont seul le centre était habité, derrière une muraille plus ou moins efficace.
Certains mauvais esprits, dont je m'empresse de dire que je n'ai jamais été, objecteront que le cosmopolitisme a du bon, que nous devrions accueillir les civilisations qui se présentent pour partager joyeusement avec nous nos cultures, comme les cosaques sur les Champs Élysées en 1815, les Prussiens en 1870, les Prussiens en 1914, les Prussiens en 1940, et les joyeux artificiers qui se font sauter en l'air en Occident pour le plus grand plaisir des yeux, des oreilles et des tripes. Mais certains esprits chagrins ou complètement cons pourraient en prendre ombrage, et nous clorons là le chapitre des bonnes grosses vannes vaseuses, pour laisser la parole à notre guide, Paul Veyne. Il nous dit qu'à première vue, le temple de Bêl, désormais remplacée par une pissotière illustrant les mérites du multiculturalisme, rassurait le touriste fasciste et pédophile.
« Mais, à seconde inspection, l'édifice choquait : on découvrait que c'était le sanctuaire bizarre d'un dieu étranger. L'entrée monumentale ne s'ouvrait pas sur le devant, comme il eût été logique : elle était placée de façon saugrenue sur un des longs côtés. Tout en haut, l'édifice était hérissé de créneaux (cahier central, ill. 4 et 5) comme on n'en voyait qu'en Orient ( Temple de Bêl, détruit pas l'État islamiste le 3 août 2015). Et il avait des fenêtres ; un temple ave des fenêtres, comme en ont les maisons des humains, c'était du jamais vu. Le comble était qu'au lieu d'avoir le toit à deux pentes de tout sanctuaire, il était couvert d'une terrasse, et les maisons aussi. » Quand on ne veut pas être surpris, on reste chez soi. « Dans ces régions, on montait manger sur les terrasses, on y banquetait, on y priait la divinité, au risque d'en tomber, comme il arriva à un jeune homme selon les Actes des Apôtres.
« Décidément, l'étranger en avait assez vu et son sens de la normalité était choqué : dans l'Empire romain, ou plutôt gréco-romain, tout était uniforme, architecture, habitation, langues COLLIGNON LECTURES « LUMIÈRES, LUMIÈRES » 64 05 02 15
Paul VEYNE « PALMYRE »




écrites et écritures, vêtements, valeurs, auteurs classiques et religiosité, de l'Écosse au Rhin, au Danube, à l'

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