9.5.18

LE SINGE VERT 06

CHAPITRE UNIQUE

COLLIGNON HARDT VANDEKEEN




LE SINGE VERT

DER GRÜNE AFFE


T O M E V I
« QUI EST-CE QUI VA VOULOIR ACHETER ÇA ? » 60 - 3

696.Bientôt ce serait fini. Mais quand il se demandait : pourquoi au juste meurs-tu ? Il ne trouvait pas de réponse.
Arthur Koestler “Le Zéro et l'Infini”
La Fiction grammaticale – II

...Devisant un jour avec un de mes amis, lequel s'était délecté d'un de ces ouvrages dont je suis l'auteur de renommée universelle, j'eus l'écarquillante surprise de l'entendre proférer, en toute innocence : Mais qui est-ce qui va vouloir acheter ça ? Tel quel. D'accord il s'est repris. L'air “second degré”, ironique, consterné. Mais tout de même, il l'avait dit. Même si j'ai appris par la suite qu'il sortait d'un entretien privé avec un artiste obsédé par son propre rendement. Ça lui avait échappé. Comme ça. Brut de décoffrage. Sans enduit, sans vaseline.
Bien sûr j'eus beau jeu, comme disait Anne (1461-1522), de lui remontrer qu'il y avait de bien pires conneries, et qui trouvaient preneur. Mais le Ver tarauda en moi sa Galerie : “...acheter ça!” Ainsi donc, d'un mot (d'enfant) superbe, monstrueux, désintéressé, gratuit (pour le coup), tout à trac, le fin fond (du trou du fion) d'une époque m'avait-il été dévoilé, exhibé, sans fard, avec l'impudence (toute proportion gardée), au sein d'une œuvre géniale (mon ami est très cultivé, très intelligent) – d'une bordée carrément antisémite de Céline : “...vouloir acheter ça !” Ou si vous appréciez la comparaison, tout comme ces bancs de sable dont Virgile (Qui ça ? - Ta gueule, va faire du rap) – entrevoit les tourbillons lorsque la vague immense se fend – dehiscet – jusqu'à eux.
Mon ami, mon propre ami, de la façon la plus ingénue, la plus naïve, la plus spontanée, la plus pure, avait livré le fin mot de la plus ébouriffante, de la plus décadentielle turpitude contemporaine. Ainsi donc une œuvre, quelle qu'elle fût, grande ou petite – là n'est pas la question – circonstancielle ou issue du plus profond, du plus douloureux de l'âme – et Dieu sait que celle-ci, ce que celle-ci m'avait coûté d'approfondissement, de raclage jusqu'à l'os de moi-même (Noubrozi, l'histoire intime de mes rapports avec mon père) – à quelque partie de l'art qu'elle appartînt, musique, peinture, dont les rapports puants avec l'argent, la Cote (que certains orthographient “la côte”, comme les bœufs, les incultes), le Mmarché, sont désormais admis, partie prenante de l'estime, de l'estimation qu'on en peut faire, du prix, pour parler cul, qu'on y peut mettre, une œuvre, littéraire cette fois, ne tirait sa justification, sa valeur, qu'à proportion du mouvement de coude nécessaire et suffisant pour extraire son portefeuille, et en tirer le montant d'un prix d'achat. A quelle profondeur d'abîme, quelle science énorme et résolument ignoble, au sens de manquant de noblesse, quelle vilenie, de “villain”, le paysan, le pèsant, le glébeux, repose, gît, s'incruste, se sertit, s'illustre, s'incarne ce véritable mot d'enfant, d'enfant du siècle où nous sommes : Qui est-ce qui va vouloir acheter ça ? Fallait-il que mon ami (car il est hors de question que notre Amitié pâtisse, soit affectée le moins du monde par ce renvoi, par ce rot, par ce pet, cette diarrhée, cette souillure) (cette giclure d'instinctive lucidité (ils appellent cela de la lucidité) – l'ami n'ayant fait fonction que de réceptacle à ce trait véritablement de génie, du puant Génie de toute une Epoque) eût été perméable à, imprégné de, possédé, envoûté, incubé, par l'ignominieux mercantilisme qui imbibe toute action, toute velléité de pré-action dans tous les domaines artistiques : avant de prendre le pinceau ou la partition, il nous faudrait donc désormais et à tout jamais, en fonction d'une déshonorante et bâtarde notion de ce progrès déjà fustigée par Baudelaire, que tout artiste se demande, préalablement à toute sincérité : Qui est-ce qui va bien vouloir ACHETER ÇA ?
Leiris va s'imaginant que “toutes les choses ont un prix” ; il s'en fait un scrupule. Il s'assimilerait volontiers à un torero, qui “risque sa vie, le coup de corne, l'émasculation”. Nous sommes en 1945, pleine époque du magistère de Sartre. Fallait-il là aussi que l'époque fût simple, simpliste, et les remords vivaces, pour qu'on s'imaginât que l'artiste dût être en permanence responsable. Imagine-t-on cela de nos jours – qui ont tout de même cela de bon : décréter, que dis-je : baver (c'est Sartre qui pérore) – que Flaubert, que Baudelaire (du haut de sa petite chaire de professeur du Havre) étaient responsables, entendez-vous, responsables - ce dernier même après sa
mort - des massacres de la Commune, parce qu'ils n'avaient rien fait pour les empêcher ! -Voir l'affiche de Bernard-Henry Lévy (que j'admire par ailleurs) : “Qu'avez-vous fait pour la Bosnie ? Rien !” Douloureuse imposture... Et Leiris in fine de découvrir, le bon apôtre, ou de feindre de découvrir, l'inanité de la littérature (A quoi sert...) - écris, “saint” Michel, écrit, et ferme donc ta gueule de saumon... Et pourtant vous voyez on l'a bien acheté, le livre de poche de Monsieur Leiris... Le Singe Vert ? Ça ne s'achète pas. Ça n'évite pas les conflits sociaux. Ça ne sert rigoureusement à rien. C'est banal, même. C'est là, ça se jette, ça s'ignore. Ça crève d'orgueil, assurément. Mais c'est son problème.
Pas le vôtre. J'espère. Tiens, la preuve que je n'en ai rien à foutre, de la valeur marchande, ni même de la cohérence et de l'engagement : au mépris de toutes les règles de composition de revue,
NOUS CHANGEONS TOUT A FAIT DE SUJET. CHAPITRE DEUX. Certains s'imaginent sans doute (bon, personne ne me lit ; je vais dire “je” ; “une certaine partie de moi”) - ...s'imagine sans doute que je suis à fond opposé au port du voile par ces dames. MAIS une autre partie de moi (allez : de vous) (jouons sur les deux tableaux ; les adversaires (où vois-tu des adversaires ? ...nous te sommes tout acquis, par Toutakis ! - mettons les adversaires que je me suscite y jouent bien, eux, sur les deux tableaux : quand je parle des autres, c'est tout imaginaire ; j'invente ! mais que je parle seulement de moi : je vanitise ! Ils ont donc toujours raison, ces cons de bourrins d'Aûûûûtres...) ) - une autre partie donc de qui vous voudrez SERAIT POUR, TOUT A FAIT POUR le port du voile. Cette autre partie, que j'appellerais l'Islamiste, ou bien mieux : le Frustré, tiendrait “à peu près ce langage”:
“La vue d'une belle femme suscite en moi (dirait-il) le désir de la prendre dans mes bras, de la convaincre, de la posséder, puis de l'aimer, de souffrir, de vivre avec elle pour le restant de mes jours. Il s'agit de bien autre chose, de bien plus que de la posséder physiquement (la petite secousse). Mais d'abord de cela, en effet. Les hommes (que je prétends représenter à moi seul) sont ainsi fait (dirait-il) : d'abord la contemplation (dès que tu regardes uen femme à présent, elle te renvoie à la gueule un beau méprisQu'est-ce qu(il me veut ce connard ?), puis la douceur, puis la possession mutuelle (qu'on l'appelle “pénétration” ou “englobement”). Mais ces êtres de prétention, de raideur, de fermeture (les Phphphâmes), de regards détournés, de sentiment intense de sa supériorité (masquant l'embarras ? je n'en ai rien à foutre, je suis un Frustré) ne font que m'exciter la rage. NOUS CHANGEONS TOUT A FAIT DE SUJET. CHAPITRE TROIS (c'est quoi ce torchon ? - Ta gueule...)
LE CHAT FANTÔME DE COMBOURG, postface
J'avais écrit (tout comme vous) toute une twipotée de womans coincés dans mon gwand placaw lââ-dis donc. Et je les relis. Enculé c'est pas triste. C'est mauvais ! C'est mauvais ! Incohérent, pédant, avec de gros paragraphes bien compacts, imprimés à la va comme j'te pousse. C'est terrible de se relire. Au moins aussi terrible que le petit bruit de l'œuf dur sur le comptoir en zinc. Voilà : j'ai visité le château de Combourg. Et tout le temps de la visite, j'ai été pris d'une folle envie d'intervenir dans le laïus de la guidesse, qui nous parlait du fameux chat fantôme (vous savez, on vous montre le squelette d'un pauvre chat coincé dans le mortier au XVIIIe siècle pendant Dieu sait quels travaux de réfection.) Et moi je pouffais de rire sans oser prendre la parole : ce chat était en réalité une chatte, portant un collier de diamants autour du cou, c'est pourquoi on l'avait appelée “La Chatte aux Brillants”, merde elle est bonne merde merde...
Je n'ai pas osé. Si l'un d'entre vous pouvait se lancer, s'il vous plaît, rien que pour moi : vous allez visiter le château de Combourg (...) - bon j'arrête. J'avais donc imaginé (à quoi tient l'inspiration) un gnome, qui monterait sur un chat, comme à cheval. Puis je l'ai rapetissé, lui donnant cette fois les dimensions d'une puce. De chat. C'est vachement gros une puce de chat ; proportionnellement, sur un homme, la taille d'une musaraigne. Alors il lui arrive toutes sortes de choses dont tout le monde se fout – vous en lisez, vous, de la fiction ? j'entends contemporaine, française. Vous non plus ? Qu'est-ce que vous voulez que ça leur foute, aux lecteurs, les élucubrations d'un gogol sur une puce de chat... Alors qu'il y a le Moyen-Orient, Mahmoud Abbas, Hollande, tout ça, tellement plus graves et tout et tout pour notre avenir. Et passionnant .Seulement la situtation internationale, en général, je m'en fous. Nationale aussi d'ailleurs. Tiens par exemple : je croyais que Sarkozy était un surhomme, le futur sauveur de la Francez : patatras, le voilà qui veut construire des mosquées avec l'argent de l'Etat... Eh meeeerde !
Notez que ce serait pour des églises je trouverais ça aussi con. A-BAS, A-BAS, TOUTES-LES-RELIGIONS ! C'est vrai, on ne parle jamais des incroyants ! Nous aussi on est respectables ! Bref ! LE CHAT FANTOME DE COMBOURG ! C'est le titre ! Nous connaissons ce fantôme qui selon C. - ”C”, pour Chateaubriand, tout le monde a compris – parcourait les venteux escaliers du château de “C“ - bourg damné (“con-bourg”), où les châtelains manquaient de richesse. Ce revenant, ce fantôme, fut capitaine, et coula en octobre 1655 au large de Saint-Malo avec sa cargaison de diamants (rien que ça). Borgne et unijambiste, affligé d'un souffle court. Sa jambe de bois, made in Brasil, faisait retentir les voûtes. UN CHAT l'accompagnait, qu'on oyait miauler sinistrement : meurrrhâououüüüh ! Le capitaine disparut un jour (j'aurais bien mis “disparaissa”, mais je ne suis pas sûr que tout le monde aurait vu la faute) - dans quelque repli de l'éternité, ce qui est typique d'un roman mal foutu : on pose un personnage intéressant, et comme on ne sait pas quoi en faire, hop, à la trappe, dès la première page. Il est vrai que c'eût été un héros ultra-convenu ; il n'empêche ! “Tout fut abandonné au chat” (c'est lui qu'on montre aux visiteurs en effet, avec ses mâchoires béantes jusqu'à la démantibulation, témoignant d'une mort atroce dans le mortier ; Jeann Cocteau portait une mentonnière sur son lit de mort (la super-contre-pub pour Co-Re-Ga) ; quelle panique pour les visiteurs, si la bouche ouverte et malodorante du Poète...) - savez-vous qu'en des temps reculés, pour qu'un château, une ville, fussent imprenables, un homme était fondu dans l'intérieur des murs ? agonie atroce, mais imparable.
Un clochard se fit ainsi prendre dans un chantier souterrain de Paris : vingt ans plus tard son squelette voûté déboula sans crier gare, without shouting station, d'une alcôve de ciment sec. Bref, ça incohère un max : un capitaine (c'est toujours comme ça, dans mes euh romans: un personnage disparaît, comme si je devais tuer le père avant de m'y mettre).
Le chat, je vais en faire un vrai, un vivant, contemporain de François-René. Un chat chevauché (dirait Giscard) par un gnome appelé Briand, qui mesurera un mètre quatre-vingt dix (“leurs mètres sont plus petits que les nôtres”), avec des yeux rouges et des cheveux rouges, un gnome qui se grattait le crâne “sous un épais bonnet pointu de couleur rouge” (c'est dans le texte). Description du chat : une vieille chatte revêche et rhumatisante ; qui ne peut se passer la patte qu'au-dessus de l'oreille droite. La chatte à Briand. De plus en plus drôle. On dirait du Roubaud. Une vieille chatte acariâtre (pas “Hortense”...) qui capture les mulots.
Quand il voit ça, le gnome frémit. Son front se ride. Sa bouche sinue. Il a un cheveu sur la langue: le français, l'allemand, l'anglais, deviennent méconnaissables. Sa barbe rase couvre sur le menton un champ de dartres douloureuses. Le corps du gnome a des culottes trop grandes, et des bas rouges collants. Tout ce qu'il y a de plus gnome. Ses bras furent jadis très musclés : il avait confectionné une bride perdue sous les poils, et le chat comme les rennes tournait à droite quand on
tirait à gauche et lycée de Versailles. A cinquante ans, le nain a considérablement rapetissé (qu'est-ce que je vous disais) (mais je ne sais plus si je l'ai dit). Nous ne saurions dire s'il a pris du ventre, ne l'ayant vu que sur son chat. Les fesses enfin, les roubignolles de l'avorton appartiennent au domaine conjectural. Supposons-lui le postérieur marbré d'escarres, et quelque sexe ordinaire. Pour se coucher, le gnome ôte son bonnet. Ses cheveux rouges se déroulent. Il se peigne et fait sa prière : Seigneur pardonnez les péchés que je vais commettre. Et le chat bave en secouant la tête ; mais le petit cornac tient bon, serre les jambes, s'agrippe. Il faut un certain équilibre, un aplomb, un sacré toupet, pour prier un Dieu plus petit que le nôtre. Le nain range ses bottillons dans l'oreille du chat, tant qu'il ne secoue pas la tête.
La chatte donc s'appelle L'Hextrine. Ne pas dépasser la dose prescrite. Pour faire sa toilette du soir, le gnome dit : “L'Hextrine, lèche-moi !” et c'est ce que la bête fait. C'est chiant, non ? De toute façon un peu plus, un peu moins... Il y en a bien qui crient au génie devant les textes de Jacques Roubaud (et un ami, un !) Adoncques le chat / la chatte L'Hextrine s'ébat dans les couloirs du château de C. , aussi bien que dans la grande pièce du bas, où marchait de long en large le père de François-René, ex-négrier ruiné par l'abolition de la traite, en chemise de nuit. Blanche. Les héritiers l'ont coupée d'un mur (la grand-salle). Le château est carré, c'est majestueux, avec quatre tours : au Nord, au Sud, à l'Est et à l'Ouest.
D'autres châteaux présentent une aile perpendiculaire au milieu exact d'un grand corps de logis. On appelle ça un château en T. Pour ce soir, L'Hextrine et Briand n'ont pas envie d'abandonner la protection des murailles (question d'être chiatique, vous avez Dannemark qui n'est pas mal non plus dans le genre) : il fait froid, le vent souffle – hououou ! - et les quatre girouettes grincent. Le gnome sur le chat prend ses quartiers de nuit. C'est à la Tour Nord, où se trouvait la chambre du Jeune Homme ; si le fils, les nuits de grand vent (souvenez-vous–ouh-ouh) manifestait
(t'moi l'nœud) quelque inquiétude, son père lui disait Monsieur le Chevalier aurait-il peur ?
Le gnome n'avait pas peur. Je vais vous raconter une anecdote sur Combourg (non ! non! Pitié ! - Ta gueule.) Etrange ville que Combourg. Osons le mot : antipathique. Du vivant de Chateaubriand, un ramassis de bicoques sentant le Phûmier, de paysans sans joie et purinolâtres. Et c'est dans le parc du château qu'Allah fin du siècle dernier je fis la connaissance d'une rousse des “Lions de Juda” sans “s”. Cette femme m'aborda lisant sur un tronc d'arbre, où s'étant assise à ma droite elle sentit soudain la présence du Christ “ouha putain je me sens pénétrée PAS VOUS ? - Ben non.” Elle s'est mise à murmurer des prières incoimipréhensibles (“incompréhensibles”) en me tenant la main.
Je me suis crus entrepris (c'était en 88) (aucun rapport) : fatale erreur ! Je l'ai invithée dans un salon du même, je lui ai placé dans la bouche des morceaux de pâtisserie piqués sur une fourchette à dessert ! Et quand j'ai repris le train, la Lionne de Juda est restée sur le quai, la tête tournée, indifférente à mes signes d'adieu ! je m'en souviendrai de mes dragues... Tenez Combourg (pour en revenir...) - de nos jours, c'est en venant de la gare une longue avenue sans caractère, avec des bâtiments 1905-1910 jusqu'au château, où l'on vend les cartes postales.
N'importe quel nain qui se respecte avec une belle chatte pas trop pourrite ferait de ce bourg miteux une ville enchantée ! Quand le nain se réveillera, Combourg tremblera ! Revenons en 1786 (c'est embrouillé, non ? ...le gnome et L'Hextrine vivent en 1786. Le jeune vibran de Chateau-Quieuton a 18 ans à tout casser. S'il n'y avait pas le chat, le gnome voyagerait à tire-larigo. Sans lui cependant, il ne pourrait pas plus vivre qu'une puce isolée. Vous voyez ça d'ici, une puce isolée ? Hmmm? Briand est le parasite de ce chat ; il n'en saute à bas que pour s'y raccrocher fiévreusement sitôt que la bête esquisse un mouvement. Hein que c'est nul à gerber ? Les rêves du gnome sur son chat sont de trois sortes : les Souterrains, les Greniers, les Cimetières. Les rêves lui permettent de se livrer aux délices de l'anachronisme : par exemple il débouche sur un quai de métro à Tel-Aviv, mal éclairé, bondé d'une foule Mossad.
Les lumières tressautent : une rame passe tout éteinte, cahotante, comble-bourrée-bourrée ; on pressent que passé le premier virage immédiat du tunnel, c'est l'eau qui attend, bien haute, clapotante ; nul ne pourra s'en sortir. Et tu vas nous entrôler longtemps avec tes conneries, dis, tu vas la fermer ta gueule ?
Bon ben tant pis on s' arrête là , on ne va pas en chier une pendule , amis romantiques , bonsouaiaiaiaiaire ...

JE SUIS FACHO

697 SEULE LA PURETE DES MOYENS PEUT JUSTIFIER LES MOYENS A. KOESTLER LE ZERO ET L'INFINI
“La fiction grammaticale” II
AVIS A LA POPULATION : Les opinions de là-dedans ne vont pas plaire à tout le monde. Arrêtez-vous ici. Je vous aurai prévenus.

Je suis facho.
Comme ça ce sera dit.
Marre des procès d'intention. Je suis facho. Je vous dis ça parce que je reviens de faire les courses, tous les samedis bobonne et moi on va au Mutant, rien que des produits belgo-espagno-portuguech, on ne va tout de même pas acheter français en se foutant le porte-monnaie à plat, merde, y n'ont qu'à faire des lois moins cons. Ce que je veux dire, c'est que j'ai les moyens d'être facho : le ventre plein et le frigo itou. JE SUIS UN BEAUF FRONCTIONNAIRE RETRAITE (tiens, j'ai écrit “front”, trop beau le lapsus, je le laisse...) (Allez, on se défausse : je déteste les gros porcs qui veulent rétablir l'interdiction de l'avortement, la peine de mort, la délation généralisée, le révisionnisme voire le négationnisme, et foutre tout le monde à la porte à crever de faim sans allocation chômage : OK ?) - mais à part ça, JE SUIS FACHO.
Rendez-vous compte : j'approuve Georges Bush, ouah le salaud, l'enculé ! J'approuve Sharon, ouah le pédé, le Feuj ! Ah ! Les braves journalistes frustrés de leur petit bain de sang ! On a voté en Irak ! 95 % de la population qui est contre, et 60% qui vont voter au péril de leur vie ! Cherchez l'erreur ! On me gueulait dessus : la démocratie ne s'importe pas à coups de bombes sur la gueule ! C'est un processus ! Un processus ! Je réponds : Moi l'nœud. Comment a-t-on fait en Bochie, en Japonie ? On leur a foutu des projectiles sur la tronche, on a rasé Dantzig, Hambourg, Dresde et Mannheim, Hiroshima et Nagasaki, et sans se gêner, allez hop, une grande rasade de démocratie et de dénazification, chez les deux peuples d'ailleurs, parce que c'est bien joli de pleurer sur les morts de l'atome, les femmes, les réfugiés et les petits nenfants, mais savons-nous que le Japon souffrait d'un régime aussi cinglé que celui d'Adolf ?
Ah non ça ne se dit pas, ça Monsieur ! Les néo-nazes qui manifestent à propos du bombardement de Dresde, ils ont bonne mine : c'est à cause d'eux que Dresde a été rasée – MAIS ! MAIS ! J'aimerais, moi, qu'il y ait une manifestation d'Humanistes, parfaitement, pour protester contre le fait que ces jours-là, les Américains d'abord à 10 000 mètres, puis les Français (tiens, ça n'est pas mentionné dans le bulletin d'information, ça !) , puis pour finir, pour bien tout achever, les Anglais, se sont déshonorés à bord de leurs avions, dénazification ou pas, en faisant 35 000 morts civils, autant de déshonneur qu'à Hiroshima, ils se sont ravalés au même niveau que les nazis, parfaitement.
OU BIEN on a bien fait dans les deux cas, OU BIEN on s'est déshonorés dans les deux cas... Qu'est-ce que c'est que ce “deux poids deux mesures”... ! Autrement dit, ceux qui manifestent à propos de Dresde... CE NE SONT PAS LES BONS MANIFESTANTS. L'ennui est que les humanistes, pardéfinition, restent dans leurs pantoufles, tandis que les néonazis, par définition aussi, foutent la merde... Les femmes et les enfants, bien sûr ! Il y a toujours des femmes et des enfants ! Je ne sais plus qui a dit (Russel, je crois : éclairez ma vessie) que “Toute guerre était de toute façon infiniment pire que les maux qu'elle prétendait guérir”... “Les Ricains, il fallait pas qu'ils y aillent !
- Oui mais ils y sont maintenant : qu'est-ce qu'on fait ? - Ouah, putain cong, y fallait pas qu'i-z-y aillent ! - Oui mais ils y sont maintenant : qu'est-ce qu'on fait ? - Oauh con, mais fallait pas qu'ils y aillent !” (on voit que mes interlocuteurs n'étaient pas en panne d'arguments ; difficile de discuter avec des adversaires aussi intelligents, aussi subtils). Ils ont fini par lâcher qu'il ne fallait pas faire d'élection, que ça ne pouvait pas se passer comme ça, qu'il y avait une infinité de démocraties, que l'américaine n'était pas forcement la meilleure (pardon, pardon : tout sauf Saddam, mec...) - et qu'il était urgent (pour changer) d'attendre.
Ben voilà. Soixante pour cent de votants. Ça ne ramènera pas la paix. Mais c'est déjà ça. Mes discuteurs, il leur faut tout tout de suite. Le beurre, l'argent du beurre, le sourire de la crémière et l'anus du mitron (c'est vulgaire, hein...) On va d'abord faire les élections. On verra après. “Oui, mais que tout le monde il n'est pas d'accord” - bon, qu'est-ce qu'il y a en face ? Des tireurs ? Des Zarkaoui, qui égorgent les prisonniers bien lentement, qui tuent d'autres Irakiens ? Moi ça me gonfle d'entendre parler de “Résistants” : où est-ce que vous avez vu ça, vous , des résistants qui tirent sur leur propre peuple ?
Réponse : en Grèce, bon, d'accord, on ne va pas finasser, dans ce pays-là c'étaient les communistes et les anti-communistes qui se tiraient sur la gueule, pendant que les SS buvaient leur bière sur l'Acropole en se foutant de leurs chetrons – tirer sur les collabos ? Même en France on n'a pas osé. Sur n'importe qui dans la rue ? Ah, le beau second terme d'alternative ! ...Les talibans ! La charia ! Oh, les braves et courageux résistants qui s'attaquent aux femmes journalistes et qui jouent aux martyrs ! Oh, la belle démocratie qu'on défend là ! “Mais Môssieur je n'ai jamais dit que j'étais pour les attentats sanglants !” (au harem, “”sans glands”). IL N'Y A PAS QU'EUX !” Suit en vitesse
la leçon de morale archi-usée, que c'est de l'amalgame, que les opposants ne sont tout de même pas tous des terroristes, qu'il y a des Irakiens bien tranquilles, certes ! certes ! Mais la majorité silencieuse (60 % de votants, je répète), on ne l'a jamais vue se bouger le cul pour quoi que ce soit. C'est bien pour ça qu'on l'appelle “majorité silencieuse”. Il y a des conneries à la télé, elle regarde les conneries ; il y a du Racine, elle regarde le Racine ; on lui dit ci, elle dit ci ; on lui dit ça, elle dit ça.
Ce n'est pas de ces gens-là pépères tranquilles que nous devons nous préoccuper, mais des petites minorités qui foutent le bordel et le feu et le sang. L'histoire, et les catastrophes (“L'Histoire : ce boulet sanglant que traîne l'humanité”, Hugo) – ce sont toujours les minorités agissantes, les hommes intelligents, et les vrais cons assassins, qui s'y sont mis ! Dans le bon sens, que seraient devenues les idées de Jaurès s'il n'y avait eu que des votants, et pas le bonhomme, son charisme, son génie ? Dans le mauvais sens, que seraient devenues les idées d'Adolphe H. (pas Adèle, non, va coucher) – s'il n'y avait pas eu des millions d'admirateurs et surtout trices pour lui emboîter le pas de l'oie ?
Total au final, comme disent les fins stylistes (“la cerise sur le gâteau”, “c'est vrai que c'est vrai que”, “tout à fait”, “la réponse du berger à la bergère”, mdr), le peuple, Monsieur tout le monde, l'arabe-le-juif-le chrétien bien tranquilles, eh bien quand il n'y a que des médiocres il vote, quand il vote, et tout ronfle. Le vote n'a rien arrangé ? Pourquoi, ça a arrangé quelque chose, le vote, toute proportion gardée, cheux nous en France ? Et c'est pour ça qu'il ne faudrait plus voter ? Prendre le fusil par exemple ? Mais quand il y a une personnalité qui gueule, géniale (Jaurès) ou diabolique (Adolf) ou machiavélique ta mère (Saddam), le peuple acclame !
Il a ses faiblesses le peuple ! Il aime ce qui fait du bruit ! ce qui le sort de son apathie! Parce qu'il s'ennuie, le brave populo ! Paralysé de bonne conscience et de morale ! Comme disait je ne sais plus qui, “avec Hitler, au moins, on est sûr de ne pas s'ennuyer!” - ça c'est claiaiaiair, Mensch... LES BONNES CAUSES SE GAGNENT TOUJOURS AVEC DE MAUVAISES RAISONS – ça doit être de Nietzsche, ça... Ksss ksss... Facho de Singe Vert... On va te casser la tronche... Le peuple, c'est comme moi : tous un ramassis de cons. J'aime bien Sarkozy, parce qu'on le voit... vous voyez où j'en suis descendu ?
En revanche Douste-Blazy qui s'agite beaucoup ces temps-ci, il peut bien montrer son cul, je me détourne pour me le boucher. Le nez. Où en étais-je ? “Boucher” : ceux qui tuent en Irak sont des bouchers. Les Ricains aussi ont fait de la boucherie ; c'était pour la bonne cause. Il y a des guerres justes, et des guerres injustes. A condition qu'on ne les fasse pas avec ma peau, parce que je suis lâche, et si ça détruit mes arguments tant mieux. Je suis désolé. On n'a pas voulu faire la guerre à Hitler en 38, on a eu la honte ET la guerre.
Fallait négocier peut-être ? Envoyer des petits papiers ? “C'est pas bien ce que vous faites, Monsieur Adolf... Vilain, Adolf...” - allez, seulement 3 camps d'extermination, juste un million de Juifs, il faut savoir faire des concessions – vous gerbez ? Moi aussi. Hitler, on lui est rentré dedans, on aurait dû le faire plus tôt. Il y a les femmes et les enfants. Ben oui. Les Alliés ont bombardé les foules dépenaillées de Dantzig. Ah ils ne criaient plus Heil Hitler, les Allemands. Mais j'en ai marre des pacifistes. Ce sont les mêmes qui ne voulaient pas bombarder les batteries serbes autour de Sarajevo : “Ce serait ajouter la guerre à la guerre”.
Il y en a qui sont allés jusqu'à dire que c'étaient les Bosniaques qui bombardaient leur propre marché, pour faire des victimes et apitoyer la communauté internationale ! Crevez, Bosniaques, mais c'est nous qu'on est des pacifistes, na ! Et ceux qui montrent les exactions de la prison d'Abou Ghrabi, ils n'excitent pas à la guerre peut-être ? Salauds d'Américains ! Bêêê ! Bêêê ! Mais les exécutions avec les cris terrorisés de ceux dont on scie la gorge, bien lentement, pourquoi est-ce qu'on ne les montre pas ? Ce serait de l'incitation à la haine raciale ? Peut-être. Mais qu'on cesse également de montrer des photos d'exactions uniquement du côté américain. Ou on montre tout, ou on ne montre rien. J'ai des solutions pour tout, je vous dis. Oh, les braves résistants intégristes ! Il faut les comprendre vous savez, ils ont bien souffert les pauvres, à cause de ces salauds d'Américains. Vous croyez que ça m'a fait marre cettet émisison des Guignols qui montraient des soldats américains atteints par le mal du pays et la nostalgie, échangeant leurs souvenirs des States en dégommant pour se distraire et négligemment, sans y penser, des marionnettes-enfants-irakiens avec la même saloparde cruauté que carrément les Einsatzgruppen derrière le front d'Ukraine ?
Vous croyez que les Ricains, c'est des SS ? Il est vrai qu'on voit bien des étoiles de David surchargées de la croix gammée... Ah on gerbe beaucoup dans ce numéro, je vous avais prévenus de ne pas le lire... A ce compte-là, question Sarajevo, Staline a vachement bien fait de ne pas venir au secours du ghetto de Varsovie, ça aurait ajouté la guerre à la guerre. Et puis des juifs en moins, quelle aubaine... Vous gerbez ? Moi aussi, bis. Total ce sont tout de même bien les avions de l'OTAN qui se sont enfin décidés à désencercler la capitale de la Bosnie, après trois ans d'agonie. Pacifistes égalent salauds ? Parfois oui. J'en ai peur. Afghanistan, pareil. “Ils n'ont pas tout libéré, l'insécurité règne à 10 km de Kaboul, le pavot se recultive en masse” - oui mais : sur100 km², les femmes peuvent circuler sans voile, les filles vont à l'école, les avocates ont rouvert leurs cabinets. Toujours le coup du beurre, de l'argent du beurre... Les Ricains ont fait du mal, ont fait du bien. Je refuse de les charger de toutes les saloperies de la terre. Même en Indonésie dites donc, il paraît qu'ils n'avaient pas le droit de distribuer des secours. Ah on leur a vite fait sentir qu'ils étaient des salauds même en distribuant de l'eau potable, même en étant les plus efficaces sur leterrain : vite, remballez-moi ces secours de saligauds ! Il est vrai que Condoleezza s'est emmêlé les pinceaux en parlant du tsunami comme d'une “merveilleuse occasion” pour les USA de se rattraper..
Vous en connaissez, vous, des intentions pures ? Mais de là à dire bientôt que c'est la faute des Amerloques s'il y a eu le tsunami... Oui, bon, le Pacifique est équipé de détecteurs de vague, et pas l'Océan Indien, l'Océan des pauvres... S'il n'y avait pas les Américains, “Si les Ricains n'étaient pas là” comme chante l'autre brême, il n'y aurait plus d'Israël non plus. Vous avez remarqué comme c'est calme depuis que Mahmoud Abbas est à la tête des Palestiniens, et régulièrement élu ? Vous avez remarqué qu'une fois de plus ce sont les Braves Résistants Palestiniens qui auraient bien envie
de remettre ça ? Vous avez remarqué que depuis la construction du fameux Mur de la Honte, des dizaines de vies ont été épargnées, il n'y a plus d'attentats ? “On nous les cache “: ben voyons! Avec ça que les journalistes de là-bas qui pullulent comme des termites vont laisser passer le moindre attentat ! Nous les connaissons, vos fameux arguments : “On nous cache qu'il y a des camps d'extermination en Israël, c'est qu'il doit y en avoir ! On nous cache qu'il y a des armes de destruction massive en Irak, c'est fou ce qu'il doit y en avoir (fallait pas qu'ils y aillent, oh : eh ! tu nous l'a déjà fait) – on nous cache, vain guiou ! qu'il y a des chevaliers du Moyen Age en armure qui occupent l'intérieur de la lune, c'est bien la preuve qu'ils s'y trouvent ! Bon ! Il n'y a plus d'attentat... Dommage n'est-ce pas. Et plus de chefs bien actifs côté pépères-terroristes - y a pas qu'eux ! Y a pas qu'eux ! - oui mon con, mais il y a une bonne partie de la population qui est d'accord avec eux, en particulier les parents qui trouvent normal que dans les écoles de petites filles se trouvent affichés au mur les portraits des dingues assassins qui se faisaient sauter avec les petites filles israéliennes pour la plus grande gloire du peuple martyre, le palestinien ça va sans dire.
Oui parfaitement, je l'ai entendue cette brave femme qui disait que les petites filles juives (merde, il fallait dire “israélienne”) étaient les victimes de la politique de Sharon ! Les intellectuels souvent hélas de goche ne sont pas contents, mais (la formule n'est pas de moi , je la reprends) Israël a gagné la guerre contre l'abjection. Heureusement j'arrive après la bataille, tout le monde commence enfin à raisonner droit, à se dire qu'aucune cause ne justifie les attentats. VOUS NE POUVIEZ PAS Y PENSER PLUS TOT ? ...que les terroristes souillaient automatiquement (allez, on va parler au passé...) la cause qu'ils prétendent défendre en descendant au-dessous de la plsu répugnante bestialité ?
Les Ricains (“Salauds ! Salauds ! Bêêê, bêêêêê !”) s'arrangent pour ramener tout le monde sur un terrain de discussion en vue de la paix - ça donne, dans le journal local : “Les Américains multiplient les effets d'annonce ! “ Ah les salauds ! Ah les hypocrites ! Ils font la tournée des popotes en France, pour qu'elle s'associe aux efforts de paix au Moyen -Orient (oui, en envoyant des soldats... qui seraient peut-être bien mieux à leur place qu'en Cote-d'Ivoire ou au Togo...) - dans la même feuille de chou, “Les Américains tendent la main !” Oh la bonne perfidie ! À la fois “pour se réconcilier”, et “pour mendier” ! C'est qu'on ne se laisse pas inflencer comme ça, dans les petites rédactions de province ! On a sa fierté !
Tenez, regardez leur fameux débarquement : ça n'a rien arrangé du tout ! Ils n'auraient pas bombardé les villes côtières de Normandie, ça aurait fait des victimes en moins, et on pouvait toujours s'aragner avec l'Occuapant ! Ça aurait pu aller mieux avec les successeurs d'Hitler ! A BAS LA GUERRE ! A BAS LA GUERRE ! Ratiocinateurs de salon ! Qui veulent le retour des réfugiés Palestiniens en Israël ! Mais ce sont les Juifs les réfugiés... “Le retour aux frontières de 67 !” Vous ne voyez pas que cet Etat ne serait pas défendable, stratégiquement parlant (sauf avec un mur, tiens, c'est bizarre.) Savez-vous que la route Tell-Aviv / Haïfa fut construite sous les tirs ennemis ? On tirait sur les ouvriers ? Sur les rescapés de la Shoah ? Aucun dirigeant musulman n'est venu célébrer la libération du camp d'Auschwitz. Savez-vous pourquoi ? “Il n'y a aucun holocauste à commémorer, vu l'holocauste que subit en ce moment sans arrêt le peuple palestinien en Israël” - je rêve ! Où çà, un holocauste ? Vous savez le sens des mots, dans vos palaces ? Pas un dirigeant arabe pour se rendre compte que si Hitler avait éliminé les Juifs, les Arabes étaient les prochains sur la liste ?
...Après avoir servi d'auxiliaires (c'étaient des suppléants marocains) pour fusiller 144 otages à Mussidan, courant 44... On ne leur apprend donc pas ça, dans les écoles de certains pays, qu'à Auschwitz c'est l'humanité entière qui a été déshonorée ? Les musulmans ne feraient-ils donc pas partie de l'humanité ? Où est-il écrit que de commémorer l'Holocauste signifiait approuver la politique d'Ariel Sharon ? Je disais “je suis pour” : nuance... J'aurais pu le dire plus tôt moi aussi... Je ne viens pas là en brûlot de guerre, qui suis-je ? Je ne suis au courant de rien ? “Je n'y suis pas allé”, SUR LE TERRAIN, POIL A RAFFARIN ?
Mais qui est-ce qui y est allé, mes beaux raisonneurs ? Auriez-vous donc plus d'informations que moi ? Et quand bien même ? Cela suffirait-il à rester les bras toujours croisés, à réfléchir, et à laisser tout se faire ? Je commence à fatiguer, là ; j'ai soufflé le chaud et le froid, j'ai été nuisible, j'ai fait passer tout cela comme une simple explosion de colère, ce en quoi je suis nuisible deux fois paraît-il selon Péguy : car ce ne sont pas les hésitations, les contradictions, que retiendront les lecteurs : ce sont les images excitant à la défiance et à la haine. Pourtant je refuse de considérer qu'il y ait d'un côté ceux qui ont raison et de l'autre ceux qui ont tort.
S'il y avait des gens qui ont raison et des gens qui ont tort, ça ferait belle lurette que tous les problèmes seraient réglés sur terre. J'ai réagi selon mon cœur, ou mes nerfs, ou ma connerie, et j'essaye (nous essayons!) ensuite de les revêtir des oripeaux de la raison argumentative... J'espère que la date de parution ou de réception de ce numéro coïncidera avec une période d'accalmie, de trêve, de paix précaire ou définitive. Je veux bien me faire couvrir de boue pour avoir simplement voulu faire parler de moi en hommage à mon petit nombril. Mais ce que j'aimerais, c'est entraîner tout le monde dans mon petit pot de chambre, en faisant reconnaître à tout le monde que chacun aime bien, finalement, se trouver en point de mire, à condition que ce ne soit pas dangereux ; c'est ce que disait Camus dans La Chute.
Lui aussi préférait l'Algérie de sa mère. Mais non je ne me compare pas à camus. Je ne suis pas Cristo, moi, qui compare ses saloperies aux sonates de Mozart. Toujours est-il que ça fait crapoteux de ma part, n'est-ce pas, toutes ces rétractations, ces palinodies, ces “moi c'que j'en dis”, ces tortillements du cul d'après-chier – cette vulgarité surtout mon Dieu, cette vulgarité ! A QUOI
ÇA SERT ! Alors je conclus, je persiste et je signe : Moi, Singe Vert, je préfère les Ricains et les Juifs. Enfin, certains Américains et certains Juifs. J'aimerais bien dire certains Arabes aussi. Quand ils auront enfin compris Auschwitz...
Qu'est-ce que vous voulez que j'y fasse...
“CRISE ET RENIEMENTS” 62 – 20
698 . Mais où était la Terre Promise ?
Existait-il vraiment un pareil but pour cette humanité errante ?
Arthur Koestler
“Le Zéro et l'Infini” - “La fiction grammaticale”
“CRISE ET RENIEMENTS”
Incipit “Va te faire enculer - Qui dit ça ? C'est pas moi crie l'enfant pas moi nimoinimoi crient les autres - poil au Nîmois - “vos noms !” Térence insiste “carnets scolaires ! - on les a pas zapazapa - Ton sac ! tu donnes ! vos noms ! - on les dit pas dipadipa Vie quotidienne de prof ô salonnards - ô salonnards “Je vois le Proviseur.” Le Proviseur mange (“Il est midi, Monsieur Elliott”), un mois de congé UN. On ne va pas se laisser conchier. Il a tort d'avoir une langue de charretier {dit l'Administration) “Il ne faut pas vous étonner après cela...” (“que...”) ...Souvenez-vous du jour où Térence Elliott descendit dans la cour avec un plein porte-manteaux à la main comme une lance “gourou-gourou” faisait-il “gourou-gourou” en brandissant le porte-manteaux c'était pour rire les élèves s'écartaient ça fait tièp Monsieur l'Inspecteur, je me serai bien marré tout de même pense-t-il (autre incident “Page 140 - On n'a pas la même édition. - Le-cours-est-commencé-depuis-vingt-minutes” et ta trousse dans la gueule ) - je voudrais voir dit-il je voudrais voir (les salonnards) - la scène repasse en boucle en mieux en plus posé (souffle harmonieux, regard ferme, dos droit - l'angoisse dissimulée plus la grâce du clown, la boutade, à point nommé, cassant l'Agresseur.
Lettre reçue : “Monsieur J'étais un garçon craintif, vous m'aurez oublié je viens de voir au cinéma Le Cercle des Poètes vous étiez ce prof éveillant j'ai voulu vous exprimer ma reconnaissance” - voici un entretien avec le PROVISEUR : “Monsieur Terence, je vous convoque pour vous avertir. Les parents ne sont pas contents. Du tout du tout. Vous ne vous habillez pas comme il faut. Votre braguette est ouverte. Vous ne parlez pas comme il faut.” ...Mes Gros Mots, bon titre ; à étoffer. Deuxième entretien : “Monsieur Terence Elliott, Je vous ai convoqué pour vous engueuler. Vous ne prenez pas mes avertissements au sérieux. Vous parlez toujours de cul.” Tout petit mon oncle me faisait répéter TROU DU CUL répète après tonton TROU DU CUL. (A dix ans, le plus mal embouché du village.) Voici la lettre que me remet le supérieur du proviseur (voie hiérarchique) : “(...) vous avez dit bitte et couille. Vous connaissez mon sentiment à ce sujet.” JE DELIVRE MES ELEVES DE LEURS TENSIONS ! VOUS VOUS FOUTEZ DE MA GUEULE ? dit le Supérieur du Principal. Il n'y a pas que des plaintes écrites. Toute la colonie française bruit de vos exploits.Vous faites perdre de l'argent à l'établissement. Mettez-vous à ma place ! (air connu) – prenez un congé, Monsieur Elliott, cela vaudra mieux pour tout le monde, prenez du Normisson, prenez du Lexomil, vous repartirez d'un bon pied, HOP-HOP ! (Hop Hop...) - il y a tout de même des choses, Monsieur Elliott, qu'on ne dit pas devant les jeunes filles - même si elles le font, et avec usure – mais il n'empêche, Monsieur Elliott, à cet âge incertain où l'on s'interroge sur son corps - elles en parlent à leurs parents comprenez-vous – pourquoi se mettent-elles à rire ? Freud, dans Le Mot d'esprit... - Laissez là Freud, votre rôle est d'enseigner... - ...de troubler, de troubler ! - ...selon le programme, Monsieur Elliott, le programme, prenez donc un bon congé - qu'en penses-tu Magdadalena ?
Ma femme dit : “Réfléchis”. C'est ne rien dire. Je toucherai toujours mon bon salaire. Tu vas tourner en rond dit-elle. Je réponds “Le chef et le sous-chef savent s'y prendre : “malade ! ...pas responsable !” - et c'est précisément ce que je sens, impossible de me vexer. - Repose-toi Terence dit Magdalena. Tu trouveras beaucoup de choses à faire. Nous allons tout repeindre en blanc chez nous. Je pense que c'est très con comme occupaton. Les meubles au centre avec des bâches. Les murs dégarnis de leurs cartes postales et le sol garni de journaux. Je repeins les moulures et les arêtes, Magda passe le rouleau.
A midi pile pique-nique sur les tréteaux, ça sent la peinture, on boit du dix degrés dans des gobelets plastique, Magdalena n'a pas de maquillage. Son cou ressemble à Hébuterne, Jeanne, peinte par Modigliani et suicidée enceinte. Elle dit, Magdalena, que l'appartement sera plus clair. Toujours étroit, mais blanc : “Ça repousse les murs. - Et toujours aussi bruyant” dit Terence. “Ferme la fenêtre” dit Magdalena. Quelle idée d'habiter là, quelle idée, dix ans que ça dure Il ne reste plus qu'à disposer la table, l'armoire et le lit, autrement. “Ça change !” - Non, justement - c'est un tout petit appartement de deux pièces avec la cuisine en pan coupé. Magdalena reçoit ses patients rue Johnstown. Elle dit de pose{r] {son] manteau ici. Psychiatre, pas de sot métier ! chez moi, dit-elle, j'ai tout repeint en blanc. - Qu'est-ce que vous voulez que ça me foute dit un vieux monsieur (une thérapeute ne doit rien révéler de sa vie privée) - “vous êtes en effet ici, Monsieur Schtroumpf, pour vous soumettre à un test ; dessinez un village. - - Elémentaire ! dit Monsieur Schtroumpf, je sais d'avance que si je dessine en premier lieu l'église, ou la mairie (...)” - Magdalena laisse dire - c'est le discours du patient, dans les faits, qui le piège.
Dans l'armoire de son cabinet, elle conserve des masques, certains confectionnés par les patients – de loin les plus horribles. “Essayez celui-ci.” Schtroumpf a choisi le Chien. Magdalena règle du bout du pied sous le bureau l'intensité de la lumière. Le choix des masques prend beaucoup de temps. Les femmes de cinquante ans hésitent à n'en plus finir. “Madame, dit la psychiatre, nous avons tout le temps.” L'une d'elles choisit le drill : singe au museau rouge et vert. L'autre élit sur photo l'homme le plus sympathique (“ressemble à mon défunt mari”, “pourrait être mon fils” - à l'envers on lit : “condamné pour viols”) - ...”s'il y a un fichier de femmes, pour les hommes ? - Tout est prévu.
Tout le monde veut son test “à l'homo”, “pour voir”. Térence connaît toutes les ruses. Sa photo n'y figure pas. Fin de la présentation professionnelle du couple. Même après son congé Térence est insulté. Le Proviseur lui dit “Cette fois c'est votre faute”. Magdalena ne peut soigner son mari (obstacle déontologique) La femme réconfort de l'homme : sauf en psy. Mister Elliott se sourit dans la glace : “Autrefois, elles n'avaient pas de métier; nous avons changé tout cela “. Il s'allonge sur sa moquette, “une, deux, trois, inspirez.” Plus un café noir “Aux Funérailles d'Antan”, place B., tous les moyens sont bons. “Principe” dit Magdal : ne jamais revenir sur un échec. - Ainsi, dit Térence, (il joint le geste à la parole) je tourne sur la tempe (il imite Terzieff) – le bouton “Joie-de-Vivre”, et ça marche.” (Le Bonnet de fou de Pirandello).
Térence adore Terzieff. Magdalena rappelle à son mari l' “excellent contact” dont il jouit avec les ados. “Une chance à ne pas gaspiller”. Je n'ai pas besoin de jurer comme un charretier pour me faire aimer (à répéter cinquante fois toutes les deux heures) - Staline était ordurier. Détail historique. Térence aime passionnément son traitement psychologique. Il se qualifie d' “étudiant demeuré”. Autour d'eux bruit la rumeur des ivrognes et des machines à sous. Térence tend la main au-dessus du guéridon, serre très fort le poignet de Magdalena, que ferait-il sans Magdalena. Jamais
ils ne dépassent trois clopes à la file. Térence dit qu'il “aime bien discuter avec [elle]”. Faire aussi beaucoup d'exercice. Je hais l'effort physique ; l'idée même de mon corps. “Etends les bras. Respire. Ecarte les jambes, respire. - Et toi ? dit-il. - Nous ferons (dit-elle) du vélo, de la natation, de la marche – Térence, sèchement : Je n'ai pas de temps à perdre - “L'esprit et le corps ne font qu'un” dit-elle - c'est des corvées répond-il dont l'effet bénéfique s'effrite sitôt qu'on cesse de s'oxygéner, d'où cette remarque : de même qu'il ne faudrait qu'étudier la Torah, et encore étudier la Torah, de même il ne faudrait être que sportif, juste sportif.
Magdalena tente une autre approche : “Nous ne voyons jamais personne.” Il faut dire que la Cité du Purgatoire (leur domicile) se prête peu aux fréquentations, voire aux voisinages : des immeubles bas, allongés dans leurs briques rouges sur un terrain boueux, venteux... “Quittons ce désert”, dit Magdalena. Quittez ces bois, vous ferez bien [“Le Loup et le Chien”]- à vrai dire chacun d'eux vit sous un véritable déluge de contacts sociaux : patients de psy, potaches de prof. Un trop plein. Une hémorragie. Une diarrhée. Un déluge de diarrhée. De retour du travail il leur faut s'isoler, s'allonger, se reprendre – quant à recevoir... à être reçus... à écouter, parler, répondre - ils étouffent, certes ! Au cœur du Dédale Rouge alias Cité du Purgatoire (pour mémoire) – ce sont les lieux mêmes qui suintent d'inquiétude dit Térence (trop d'élèves habitent la cité, déversant leurs sarcasmes anonymes par les fenêtres ouvertes sauf l'hiver, le bienfaisant hiver.
C'est pourquoi aussi contre toute logique il veut rester ; Magdalena ne jurant plus que par B., port du Midi, où résident famille, amis - je préfère souffrir ici, seul, dignement. dit Térence qui se revoit, jadis, étudiant, à B., au Fac Mother où il reviendrait boire du lait fraise (je suis abstinent). “Je peux” dit Magdalena “rouvrir un cabinet rue J. [quartier des médecins] ; mon père médecin fournira l'argent.” Près de Paris, Cité du Purgatoire, Térence descend la pente et prend le train de banlieue, puis marche dans la Capitale (je prends mon exercice) “Tu ne visites même pas” dit “les expos” mais Térence affectionne Pari où l'air est plus vif dit-il, où j'ai l'impression qu'un jour il se passera quelque chose un peu comme un tirage de loto en province même pas de loto.
“Tu es un provincial” dit-elle. Arrive un jour de brouillard Cité du P. Les immeubles flottent, les angles s'adoucissent, la vue blanche porte à trois mètres. Térence marche avec soulagement : ni vu ni reconnu. Par temps clair je ne peux sortir de chez moi. Térence croit fermement que sous les fronts de quinze ans ne clapote que du fiel. Il est dur d'être enfant Cité du Purgatoire. Des cons formant barrage devant le bureau de poste. Jadis il était jeune. Peureux. Pas accepté dans les bandes.
Il restait seul. A l'instant il voudrait leur casser la gueule. Baisser les épaules marcher droit ! mais il baisse la tête, il lève les pieds.
Ce sont les autres qui se tournent, qui sont gênés. Le pain. Les cigarettes. Les vélomoteurs au point mort. Doux bruissement. Juste de l'embarras, ce n'est rien, l'épaule au niveau de l'oreille, l'émotion sans doute, la baguette au-dessus du cabas. Térence trébuche il est mal habillé. Une pièce tinte sur le trottoir : Goo-oo-ood morning, Mister Elliott ! Dès qu'il a tourné le dos la Nuée glapit ! s'il se retourne il est foutu... Il se redresse. Démarche im-pec-cable. Tous les trois jours goo-oo-ood morning goo-oo-ood evening de très loin, de très haut – béni brouillard, béni brouillard. Il ne faut pas frapper les enfants. Ça ferait du bien. Puis les hyènes. Ça recommencerait, plus haut, plus fort – je ne tremble plus – je respire à fond. Une fois tout de même l'un d'eux s'est pris toute la largeur d'un bouquin sur la gueule – c'est pas moi – qu'y gueulait – c'est pas moi – j'ai répondu. Pour se valoriser Térence a rédigé une Thèse sur Shelley (Percy Bysshe), correspond avec Oxford, Boston (Mass.), avec un tarif, un pèse-lettre (pas de queue au bureau de poste) ; la boîte aux lettres d'ici s'encastre dans un renfoncement. Terence prend les petits pas chinois dans l'herbe et dépose à l'abri son courrier dans une autre boîte lointaine ; le long du chemin les vitres renvoient son image droite et digne.
Ce lundi la poste a muré le renfoncement, les jeunes sont partis. Il descend de voiture et pousse un caddie de supermarché. Je ne veux pas être vu.. Magdalena dit On se fout de te voir ou non. Il se sert dans les rayons. Il fait bien attention aux rencontres. Il croit entendre des rires, il remonte les épaules, il opère un savant détour. Pour son tabac il passe par l'arrière ; ces derniers mois les buis ont bien poussé. Prendre le pain avant sept heures. Magdalena est fille de Rachel. (Rachel = belle-mère de Térence). Elle habite à B. rue Jonas. Bourgeoise et bohème, en ce temps-là aime les fleurs, les grands foulards et une affiche de Mucha.
Elle a quantité de livres et de bibelots, pas d'homme (séparée de corps depuis 10 ans) et le couvre-lit de percale orange à motifs mauves : Mickey dix-huit fois répété. Magdalena lui rend visite ; sa mère donc lui offre une toque : “Tu la porteras cet hiver! - Je ne veux pas d'affaires volées. - C'est plus fort que moi, dit la mère. La fille psychiatre observe que sa mère trie ses vêtements sur le lit chaque fois qu'elle la visite : “Maman a des goûts de perroquet. - Tu ne comprends rien à l'Art. - Jette ça” disent-elles. Dans une heure Magdalena reprend le train. Rachel n'est pas le vrai nom de sa mère, qui sollicite tous les metteurs en scène pour remonter sur les planches. Elle s'intéresse à la politique, chacun l'aime et lui confie des tracts ; quand il lui prend des bouffées catholiques, elle fréquente les associations paroissiales. Plus un grand nez en tremplin de ski, le sien. Souvent elle médite, longuement, dans une espèce d'éblouissement. Pour compléter le tableau familial, Magdalena possède une fillette de deux ans : Chloé. Dans l'ordre, Rachel, Magdalena, Chloé. “R.M.C., “Radio Monte-Carlo” dit Rachel. Au loin prospère le cabinet privé de la psychiatre. Tous les dimanches à 10 h Magdalena téléphone à sa mère (tarif économique) “Je suis restée seule” dit Rachel. “Ta sœur Vivette emménage dans les trois pièces restées libres” jeune fille de quinze ans chaudement recommandée par le Secours Catholique.
Elle s'habille très chic. Je ferai de son appartement un joyau.” Pour les vacances Térence et sa femme reviennent chez Rachel à B. Je leur suis très reconnaissante dit-elle à Vivette de leur assiduité. La petite Chloé pousse bien. A Pâques et pour la faire marcher (“Je suis grand-mère !”) Rachel place ses grands pieds sous les siens ; 41 c'est grand pour une femme. Je la vois toujours souriante. Rachel écrit dans son journal qu'elle atteint la Grande Maturité, par le “plaisir des choses terrestres” : “Il vaut mieux que je me suicide”. “Allô je n'ai plus de nouvelles” téléphone Magdalena. “C'est à toi de téléphoner, ma fille” répond Rachel. - Tu trouves toujours un prétexte pour passer ton tour, ma mère.
- J'ai acheté un chien. - Comment? - Je l'ai détesté d'emblée. - Rends-le ! - Il aboie au moindre bruit. - Tu es complètement folle. - Tu n'as jamais pu supporter ta propre mère.” Elle ajoute qu'elle a réussi sa vie ; qu'il n'y a pas eu la moindre lubie dans son existence ; qu'elle a été l'artiste la mieux payée dans “Les Vignes du seigneur” en 79. Magdalena demande si “[elle va] inscrire [s]on chien au parti.” - Je ne peux plus faire de politique, avec le chien. - Tu exagères ! - Depuis que vous êtes partis, je n'ai plus envie de voir personne.
- Je connais ton discours par cœur. - Allô ? ... Allô !...

X

“... Je te passe maman. - C'est toi Vivette ?... reste à l'écoute. - Ici Rachel. Vous m'entendez ? Térence est avec toi ? J'ai acheté un revolver. (Si c'est pour tuer le chien.) “Pas du tout. Je ne manque de rien. Vous ne me manquez pas le moins du monde.” Terence s'agite sur son siège. Dans l'écouteur retentissent des aboiements frénétiques. Le gendre dépressif crie : “Ne jouez pas ! Je lève dit-elle mon revolver, à la santé, à la santé de... Mandrin ! silence quand je me tue ! - Ici Magdalena ! ici Magdalena ! Tu va cesser tes ravages im-mé-diate-ment !” Détonation, glapissements de chien dans l'écouteur - “Elle l'a raté” dit Terence.
Ils se regardent tous les deux extrêmement pâles, joignent le Commissariat “toutes les lignes sont pour le moment occupées - six minutes plus tard de B. un gradé leur annonce le suicide effectif de Rachel Bratsch “Le chien n'a rien, Madame Elliott” L'enterrement dit-elle se fera sans moi Je ne te demande rien Terence. Assurément : ils seront libres, passeront leurs vacances en lieu sûr, achèteront une maison vaste et neuve – la morte sape cependant tous les projets, par des cheminements inconnus. Magdalena commande deux billets de chemin de fer pour B. (une voisine gardera l'enfant) Je ne viens pas dit Terence au guichetier, est-il possible de ne prendre qu'une réservationje me déciderai au dernier moment le dernier moment c'est maintenant dit le guichetier Finalement Térence reste à quai. Derrière la vitre du TGV Magdalena fait des signes obscurs, j'aurais pu pense Elliott manifester moins d'égoïsme. Rachel s'installe près de lui toute morte dans le métro du retour, elle enlace aux siennes ses jambes d'artiste nous l'aurons si peu connue – je ne l'entendrai plus jacasser - combien pourra-t-il tirer de ses trois étages Quartier Jardin Public ? - récupérer Chloé chez la voisine - avec le magot légué par sa mère à lui en 84, plus les intérêts – mit den Zinsen, und den Zinsen der Zinsen.. - au téléphone Chloé sur les bras Térence demande comment s'est déroulée la cérémonie. “Avant de fermer le couvercle dit Magdalena j'ai coupé une mèche sur le front – Qui est venu ? Allô? Allô ? - Pas toi.” Le soir, l'enfant couchée, Térence apporte son plateau devant la télé, avec du vin et des biscottes, les pieds devant lui sur une chaise : j'ai des escarres au c ul.
Le lendemain Magdalena demande au bout du fil s'il s'ennuie. Non, je lis, je me promène. - Tu n'as besoin de personne ? - De toi – je plaisante - j'ai perdu ma belle-mère - je t'appelle du bistrot (ajoute-t-il) Rachelest restée là (sur l'estomac) et là (sur la tête). - Bois un coup dit un ouvrier. Fais du vélo ! - Je hais les coups de pédales. - Tu parles pas comme tout le monde, dit l'ouvrier ; va chez tes potes. - Tu m'inviterais, toi ? J'ai mes bouquins, j'ai la télé... - On ferme l'intello, tu rentres chez toi... - Pour voir ma morte ? - Tu fais comme tu veux mon n'veu...” Térence au téléphone : “Allô ? je te rappelle retour du café - Tu ne bois pas trop ?
- Et ta mère ? - Toujours morte, Térence...” Quand je boit, la morte se noie. Mais elle a plus d'un tour dans son cercueil . Le professeur Elliott (on l'avait oublié) ne songe plus à éviter ses élèves il dit j'ai pris un congé parce que je me suis fait traiter d'enculé. “C'est vrai m'sieur ? - Que je suis un enculé ? - Oh non M'sieur ! - Vot' femme M'sieur elle est gentille ; pourquoi qu'on la voit jamais? - Foutez-lui la paix, à ce naze.” Térence dit que non, qu'on ne le dérange pas, qu'il aime bien parler, qu'il voudrait une pression et trois Coca, il dit j'espère que je ne suis pas ridicule ? et les jeunes s'écartent précipitamment.
Nous avions donc dit huit jours de congé maladie. Joëlle reste seule assise au bistrot. Seize ans et demi, une bouche à fourrer deux queues - comment va ton stage ? - Toujours mieux qu'au lycée. - Aimerais-tu me désirer ?” Joëlle répond que si elle le désirait, il le saurait. Térence : Je ne sens pas les femmes. Plutôt je ne les pressens pas - les élèves, aux tables voisines, se mettent à rire, parce que Joëlle n'est pas une femme. Térence ajoute que si elle dit cela, c'est parce qu'elle le désire. Le barman n'en perd pas une. Vous avez apprécié mes cours ? - Superchiants. On se vouvoie ? Ma leçon passait par votre sourire. - Jamais remarqué.” Térence commande un bière pour caler le rhum. Joëlle refuse qu' “on se voi[e] ailleurs”. “J'habite chez mes parents. Je ne veux pas d'embrouille” tout le bar suit la conversation, invitation au cinéma, “Théorème”, “La Mort à Venise”, “C'est nul vos films.” Ils baissent la voix. Joëlle dit qu'il pourrait passer par la cour, mais dès qu'on éteint la télé, le chien se met à aboyer “tant que mon père n'est pas sorti lui foutre un coup de latte, il arrête pas de gueuler.” Elle s'en va.
Térence en congé se met au baby-foot avec une bande de cons qui le prennent pour un con. Il sort du café en titubant (cinq rhums). Le lendemain avec sa femme il visite une exposition Galerie FIGUREZ-VOUS, c'est une amie de Rachel morte qui organise l'expo, Joëlle dit : “Surpris de me voir ?” Magdalena je te présente une ancienne élève.” L'amie de Rachel s'appelle Renée, elle couve la grande Joëlle d'un œil louchon. “Le Colporteur” c'est le thème de l'exposition “C'est un jazzman sur la photo ? - Yes, Cole Porter. Très drôle. Il n'y a rien à boire ? L'amie de Rachel dit que non, à cause des verres qui se renversent sur les toiles.
Tout le monde déambule, Joëlle se laisser toucher Personne ne regarde Il la prend par les épaules et serre très fort. Magdalena signale à son mari les meilleurs tableaux : un Batelier couvert de portées, deux Pierrots papillotés de papiers, trois Barbiers, quatre Rabbins - “En tant qu'adjoint au Maire du IIIè arrondissement...” (discours) – J'étouffe dit Térence On ne peut plus respirer. Magdalena est à l'arrêt devent un buste de cuir rouge, sans tête, et la main de Térence sur la taille de Joëlle, seize ans et demi. Elle pense qu'ils ne craignent pas le ridicule. Quelqu'un lui demande si elle
couche avec l'organisatrice de l'exposition, Joëlle répond Pas du tout ! elle pourrait être ma mère ! Huit jours plus tard Térence parvient à la chambre de Joëlle ; une grande pièce tient tout le premier étage (le clebs est en promenade) (le chauffage par le sol – on se retrouve en bras de chemise) - collection de B.D. : C'est Druilhet ? - Première version. Maintenant il fait ceci. - Vuzz? - Exactement. Ici vous avez les Tardi. - Je peux voir ? Elle a du Bilal aussi. [Elle est] sûre que c'est [son] préféré. “Tous les intellos adorent Bilal.” Térence dit que c'est très bien, d'être intello. Le grand ami de Joëlle aussi est intello. Grand ami ou petit ami ? ...Vingt-trois ans, collectionne les portraits de Mussolini. Ne me le présente pas Vire tes shoes dit Joëlle, ça fait dix minutes que tu te tortilles les pieds. On va dire des conneries. Elle lui dit Tu prends le train en marche. Ils s'embrochèrent, elle était vierge.
Vivette, la sœur cadette, raconte la mort de Rachel, sa mère - il faut suivre : “Juste après le coup de feu, j'ai couru voir ; devant le corps tout chaud j'ai perdu la tête et j'ai raccroché le téléphone. La police m'a trouvée debout sur la chaise comme si les souris sortaient par la bouche. Je n'ai rien répondu questions je pouvais juste répéter qu'est-ce que je vais faire maintenant, qu'est-ce que je vais faire. Les flics répétaient Vous êtes hors de cause – vous comprenez quand on vous parle ? Fin du récit - Vivette fréquente un petit lycée de B. (Sud-Ouest) - dans l'appartement de la Morte elle enfile toutes les robes sur tous les mannequins de couturière elle fait un détour devant le téléphone, résultats scolaires en chute : “Mademoiselle Bratsch a subi un grave traumatisme. Nous ne pouvons l'admettre en classe supérieure.” “Mademoiselle Bratsch?... l'assistante sociale ! vous ne pouvez rester seule dans cet appartement – allô?... ” Vivette se déguise, apprend des rôles par cœur, passe la main sur le buffet, le coffre, les bras de fauteuil, le soir tombe derrière les rideaux représentant le cloître de Soria.
Jusqu'à deux heures du matin la télévision (...) - “nous sommes venus” disent les Héritiers “dès que nous avons su” pauvre Rachel si morte – “Bonjour cousin” – vingt-trois ans l'air satisfait, les cheveux ras. Vivette (quinze ans) ignore les usages. Tante Albertine Sœur de feue Rachel se fait d'autorité des cafés filtres à la cuisine, réflexions diverses : 1) le suicide est une aberration ; 2) quel sens du théâtre ! Elle est morte en vrai répond Vivette ; 3) elle avait tout le confort mais 4) elle vivait dans le désordre : “Il faudra se débarrasser des mannequins ; distribuer les tenues de scène “pour ne pas nourrir la déprime” ; je connais de bonnes adresses : “Brocanteurs Catholiques”, St-Renan.” Elle ajoute que Rachel “croyait peut-être moins en Dieu que nous le pensions” - “De famille”, dit le cousin (jeu de mots) sur quoi Vivette referme la boîte à sucres (c'est le sixième qu'il bouffe). “Tu n'auras pas besoin du secrétaire ni de la commode bretonne”. Le cousin ttrouve qu'elle serait mieux chez eux, à Morlaix. “Nous ne voulons pas te dépouiller” s'empresse la tante.
Ce que Vivette voudrait jeter c'est le grand lit où Rachel passait des après-midi entières. La cage du perroquet mort. Le portrait du grand-père. Magdalena va venir d'un train à l'autre. Ça part dans tous les sens une vie. La tante et le gros fils couchent sur place, à peine éveillés veulent tout bazarder- “des saloperies !” “Maman j'en ai ma claque de vivre dans un taudis de Morlaix. J'ai besoin de meubles. Mon matelas part en miettes, je ne dors plus depuis trois mois”, la tante propose de vendre l'immeuble “Qu'en penses-tu Vivette ?
- Je téléphone à Magdalena. - Toujours pas arrivée celle-là ? dit le cousin. Il s'appelle Ange, il croque du sucre. Les obsèques se passent bien. Tante Albertine repart à Morlaix. Magdalena dit après les obsèques “Vivette mon cabinet n'attend pas. Mes patients comptent sur moi. Cousin Ange te tiendra compagnie.” A peine sa mère morte qu'on vous pousse dans les bras d'un autre. Vivette dit à son cousin qu'il “ne dor[me] pas dans le lit de [s]a mère” dit Vivette, ils rangent leurs achats dans le frigo le cousin dit qu'il pleut autant à B.qu'en Bretagne, Vivette a pris en affection ces deux étages où sa mère a vécu où survivent les odeurs, les parfums, soudain il y avait cet Ange mal nommé aux petites oreilles, le syeux verts, un blouson râpé gisant désormais sur le lit “après tout” pense Vivette “c'est amusant”.
L'inattention du lecteur se déplace, un gros Ange prête attention à Vivette, quinze ans, qui se confient l'un à l'autre des lambeaux de souvenirs : ma mère” dit Vivette était croyante, pas du tout dit Ange, “elle s'est lavé les mains dans un bénitier, avec du savon apporté exprès ; quand le curé” etc. - Ma mère a joué l'Infante... - Pas du tout ! Avec ses moustaches elle faisait Flambeau de L'Aiglon. Mais on voyait ses seins (plus tard) – son engagement politique : juste des défilés, des fanfares... - Ange, trouve-lui tout de même quelque chose de bien !” Ange alors lui découvre un cœur d'or et des goûts exquis, des convictions progressistes. On peut tout dire sur ma mère dit l'Orpheline.
Lettre : “Chère Magdalena, cher Térence, Vous êtes partis si vite après l'enterrement. Térence n'a pas dit un mot. Tante Albertine est partie, je reste seule avec le cousin Ange, il parle de Rachel ma mère comme s'il l'avait mieux connue que moi. Au lycée on me regarde bizarrement ; à la maison le cousin m'aide pour mes devoirs et ne me quitte pas, il me fait la moral et nous passons d'agréables soirées, il est toujours d'accord pour les programmes télé. Il couche sur le divan et ferme sa porte à clef mais la mienne est perdue. L'assistante sociale m'a dit que j'habiterais bientôt chez vous, j'attends votre réponse pour me décider, je vous embrasse bien fort Vivette.” Dialogue : Ange et sa cousine se prennent les doigts sur le divan vert, Ange dit “Je ne suis pas beau, j'ai des grosses joues” Vivette répond qu'il se laisse pousser les cheveux, “Tu vois d'ici ma tête ?” dit-il, ajoutant “J'ai du ventre”, elle n'enlève pas sa main. “Veux-tu que je t'embrasse ?
- Caresse-moi dit Vivette. Et comme ils se font ils couchent. “Une seule fois” dit Vivette. La scène se déplace chez Térence (et Magdalena) sur un sofa plat recouvert d'indienne. Un mois s'est écoulé, nul ne prend de décision “ici c'est trop petit” disent-ils “pour loger Vivette”. Comme l'année scolaire touche à sa fin, Térence veut héberger sa belle-sœur orpheline qui “prend des risques”. - Tu ne penses qu'à ça” dit Magdalena. “Nous sommes ses seuls parents” répond-il. Magdalena s'anime, “pas question, Vivette est grande et s'en tire toute seule. - Se tire toute seule. - Connard. J'ai d'autres choses où me consacrer. Nous avons déjà tant de mal à vivre tous les deux.” - Térence la traite de psychologue. Vivette au téléphone : “...Je suis enceinte !” Magdalena : “Qu'elle vienne immédiatement !...immédiatement ! Pas toujours toute seule dit Térence, Vivette raccroche, elle se roule en boule sur le canapé jaune (rouge, bleu).
Cousin Ange est parti. Sans savoir. Elle voit Rachel, sa mère morte, se pencher sur elle dans son cauchemar, et lui offrir un petit cœur en céramique du Stand Socialiste. Magdalena sa sœur aînée de la Région Parisienne engueule Térence son beau-frère : “Elle s'appelle Joëlle, je sais tout Et alors ? Ça continue sur ce ton-là Bien la peine d'être psychologue (in petto) “Tout Gnampe ne parle que de vous” Voilà donc l'argument. “Gnampe”, c'est le surnom que l'épouse donne à ce bled pour l'abaisser – Térence ou le bled. “Elle a seize ans !” gueule la psy. “Tu aurais peut-être préféré que je la baise ici ?” D'un seul coup Magdaléna se met à pleurer, je ne la voyais pas comme ça, elle dit que Térence pouvait trouver des raisons, lassitude, inconscience, au lieu de fuir dans l'insolence, l'inhumanité Térence ne me regarde pas comme ça Elle avait besoin de moi. - Cette bâtarde, cette pourrie, etc. ?
- J'avais besoin d'elle. - Plus que de moi, etc. ? Tu dis que tu l'aimes pas de grossièreté jamais tu n'as été grossier avec moi - Je ne m'estime pas dit Térence je n'ai pas honte, sa femme se met à pleurer il la prend dans ses bras elle se dégage etc. On frappe c'est Vivette avec une valise dans chaque main (“La scène à faire”) les deux autres se font pleurer Vivette pose ses valises et s'abat sur le sofa les mains sur le ventre. “...Fatiguée froid faim...” etc. “Tu ne peux pas avoir mal maintenant” dit l'aînée “alors enlève tes mains merde”. Dialogue VIVETTE J'ai quinze ans !
MAGDALENA Tu vas me faire sauter ça tout de suite VIVETTE Je l'ai je le garde TERENCE Tu vois c'est à ta con de sœur aînée qu'il faut faire la morale VIVETTE Je repars là tout de suite ? MAGDALENA à TERENCE Ta pouffiasse est peut-être pleine aussi tant qu'on y est ? VIVETTE Qui c'est Joëlle ? TERENCE Et c'est ma faute aussi connasse si ma capote a crevé ? VIVETTE : se marre – MAGDALENA à VIVETTE, même jeu : Ton connard d'oncle a tringlé une connasse de seize ans VIVETTE Pourquoi y a un âge limite ? MAGDALENA On est mariés nous autres pauvre enclume VIVETTE J'ai quinze ans merde ! TERENCE Psychologue de mes couilles – suite du dialogue “Térence ? demande VIVETTE Térence ? MAGDALENA Il drague des putes de seize ans aux chiottes TERENCE Ta gueule VIVETTE C'est pour ça que vous m'avez fait venir MAGDALENA Tu vois connard elle te parle au neutre VIVETTE Je parlais de l'accueil pauvre tache TERENCE T'aurais préféré qu'on te laisse sur le trottoir ? MAGDALENA, gueulant : Je souffre merde TERENCE même jeu Nous aussi MAGDALENA bondit vers le téléphone TERENCE arrache le combiné pugilat, cris, reniements, VIVETTE rit pour la troisième fois j'ai oublié les deux premières.
Magdalena contre-attaque : C'est l'enterrement de Rachel qui t'excite, c'est ma mère morte tu n'as jamais pu la blairer t'es bien le seul il y avait foule à l'enterrement tu es reparti la veille tu as baisé juste à l'heure de l'enterrement comme si c'était sur le couvêêêêêêrcle TERENCE très calme “Richard III Acte I scène 2 – Comment ? - Rien - Tu es dégueulasse. - Tu es la fille de ta mère – Tout juste capable de bander à l'heure de l'enterrement VIVETTE SE MET A HURLER MOI AUSSI JE SUIS SA FILLE et je vous interdis de parler comme ça vieux salingues c'est moi la plus jeune moi j'ai fait un gosse avant toi qui c'est qui a découvert le corps en sang le flingue dans la flaque et les flics et leurs questions ton baiseur minable j'en ai rien à foutre et mon gosse tu le feras pas sauter ni celui-là ni le suivant “Réfléchis” dit Magdalena “C'est tout réfléchi” dit Vivette
Troisième attaque : “Tu vois dans quel état tu mets ma sœur tout ça pour une pute Retire ça Si tu ne m'avais pas niqué les nerfs tu es un monument d'égoïsme TERENCE “...d'inconscience, de fascisme...” MAGDALENA ...de muflerie machisme porcherie destruction ma sœur en épave t'aurais tué ma mère si t'avais pu TERENCE -te MAGDALENA suite (“froid comme un marbre pas
de cœur les hommes sont des salauds je te préviens Vivette”) VIVETTE Ça va me retomber dessus TERENCE Toi la fille-mère ta gueule VIVETTE Bon là je me casse TERENCE Reste reste – Magdaléna prend d'un coup le téléphone Allô Joëlle allô Psychologue siffle Térence Vous saviez dit Magdaléna vous saviez parfaitement que ma mère était morte – dans des conditions atroces – parfaitement – fait exprès – je suis Magdaléna Bartsch – vous avez forcé mon mari - parfaitement – QU'EST-CE QUE VOUS VOULEZ QUE ÇA ME FOUTE gueule l'amplificateur J'EN AI RIEN A CIRER (effet Larsen) Sa belle-mère c'est ma mère et ma sœur est enceinte C'EST PAS DE MOI crie l'amplificateur (effet Larsen) là normalement VIVETTE éclate de rire “Térence, tu es là ? c'est Joëlle dis-moi que tu m'aimes. Pas devant ma femme (Térence coupe l'ampli) tu as ta dignité dit-elle tu veux me la jouer à la dignité ? Tu restes calme pour ne pas l'imiter ? ... pour ne pas me faire de peine tu sais ce qui me fais de la peine ? ...pas la mort de Rachel, pas la grossesse – Tu me fais la morale Térence ? tu me fais – ta femme est encore dans la pièce ? ...Vire-la – VA TE FAIRE... – Tu dis ça parce qu'elle est là Térence, tu veux qu'elle croie qu'entre nous c'est que du cul ?” Joëlle dit qu'on se retrouvera, qu'ils se retrouveront, il dit au revoir Comment “au revoir” s'étrangle Magdalena Térence raccroche, se tourne posément vers elle : Et si tu téléphonais au cousin Ange, ma chérie ?
Fréquenter Joëlle est devenu périlleux. Changer de bistrot. Mettre des lunettes noires. Joëlle en robe de mai pas enceinte (plus enceinte ?) passe la porte du Bar Tétouan, commande une glace et Térence un café. Deux cafés. Trois. Pas de raison que ça s'arrête. Ils se touchent les mains. L'homme parle abondamment soudain. Joëlle mordille sa pistache, plisse les yeux - Magdalena demandera D'où viens-tu ? qui as-tu rencontré ? de quoi avez-vous parlé ? (de tout et de rien, le café, la gare, les collègues) Tu crois que mon métier me passionne encore Térence la confiance est morte Le ciel n'est pas plus pur que le fond de mon cœur toujours un vers de Racine à dire.
Térence et Magdalena se tendent les mains par-dessus les tasses jamais le soupçon ne s'éteint tout à fait c'est une banale histoire de conne, de prof à bout de souffle en pleine histoire de cul. Jamais le Proviseur n'a eu autant d'égards. Il fixe le prof dans les yeux : “J'aimerais regarder ailleurs”. Il penche sa grande tête blanche entre ses revers bleus. Du matin pour dix-sept heures il convoque Térence pour signer un document très neutre, l'Administré transpire en vain tout le jour, un vieux truc stalinien qui fonctionne bien. Les collègues font trois groupes : le premier composé d'hommes qui rient, serrent les mains parlent fort ; le deuxième de femmes offusquées, qui se détournent ou sont discrètes - le troisième des deux sexes inconséquents, distants ou empressés, froids ou bien souriants ; mais nul n'égale la sournoise maîtrise du chef. “Monsieur Elliott ? ...entrez vite.
- Je suis en retard. - Midi cinq, c'est bon. Passez le rideau ne bougeons plus” dit le photographe - dans un studio sans issue des grappes de spots éclatants sur leurs tringles, bruits de mâchoires du Nikon ; Joëlle soumise au rut objectif d' un petit homme gris changement de filtre - “repos”. Joëlle se déplie Envie de t'embrasser L'assistante alors les dirige derrière un paravent, un matelas sommaire – plaisir volé – danger - qui est-ce ? - sans écouter la réponse où sont tes parents ? –Tu ne les connaîtras jamais “Fin de la pause on pose “ - l'artiste a de l'esprit. Bon sang pense Elliott qui peut se satisfaire de ça ? (chez Magdalena/Térence une carte de Grèce couvre tout un mur au-dessus du réchaud. Térence ou Magdalena tracent au crayon des itinéraires. “Nous n'aurons jamais assez d'argent” dit-elle voyageons par procuration dit Térence. Ils boivent du café. “Je ne te vois plus” dit Magdalena Horaires de cantine dit-il (ou bien je distribue des tracts Rachel mère et belle-mère en a laissé 25 (vingt-cinq) kg) Magdalena s'étonne soudain de n'avoir pas d'enfants. Térence fait venir chez lui Joëlle pour donner des cours particuliers, portant sur : “Le monde extraordinaire des mannequins”. Il la saisit par les bras, la relâche, l'air vraiment tous les deux d'un élève et d'un maître prenant congé, Magdalena trouve cela assez fort de café : “Vous allez bien, Joëlle ? - Oui, Madame.” Rien de plus courant.
Que veux-tu dire ? dit Térence. Je n'ai plus rien à confier, pourquoi m'aimes-tu ?” On n'a pas idée de poser des questions comme ça. Il adore aussi que sa femme prenne l'accent anglais. Joëlle trace au tableau d'appartement des silhouettes humaines, qu'elle recouvre de vêtements. Térence très inventif apporte au lycée son matelas gonflable et son duvet qu'il installe dans la réserve. Joëlle retourne au lycée, pas plus loin que la réserve ; il l'étend sur le matelas et la déshabille. Le soir après les cours les femmes de service s'interpellent dans les couloirs crépusculaires, leurs balais claquent. Les femmes de service vérifient les portes et clenchent un nombre incalculable de poignées. “Il y a quelqu'un ici. - Penses-tu ! - Je le sens, je te dis que je sens quelqu'un. - Qui veux-tu que ce soit ? - Je n'entends rien mais j'en suis sûre.” Térence incapable de résister pousse un hurlement épouvantable. Les femmes s'enfuient en poussant des cris de terreurs. Térence hoquette de rire et Joëlle l'engueule. Le proviseur se précipite de son appartement de fonction en s'essuyant la soupe sur les lèvres qu'il a grasses et molles et découvre au ras du sol ces deux cons nus entre les pieds de
chaises. Térence perd son emploi et chie sur le peuple. Ils sont invités à Morlaix par Ange et Albertine. Joëlle et Vivette sont du voyage. Il y a trop de personnages pour un texte aussi court et fade. Magdalena sur le siège avant découvre sa soumission dans un grand mouvement intérieur d'effroi. Pas de pardon pense-t-elle, son analyse psychologique tourne court. La grosse Albertine dit à son fils que [s'il] veu{t] capter l'héritage, [il] doi[t] [s]e montrer plus aimable avec [s]a cousine Vivette. “Je suis parti un peu brusquement” reconnaît Ange. “Invitons tout le monde. - Merci ma mère ô ma mère, vous êtes si bonne, mais comment les distraire ?
- Nous pique-niquerons dit-elle au pied des falaises, puis nous marcherons au sommet des falaises, puis nous embarquerons pour un tour en mer.” A la réflexion Ange s'angoisse.
Comment déterminer Vivette à l'amitié ? Elle est enceinte, tout de même ! A la fin du voyage Magdalena prend le volant. Le bébé s'accroche. Joëlle et Vivette se flairent sur la banquette arrière, on ne les entend pas c'est la radio de bord dit Térence à sa femme, Vivette demande à Joëlle (17 balais) Pourquoi viens-tu avec nous ? ...Tu n'as pas vu la mer depuis longtemps ?” Joëlle se tait. Devant ses yeux, les boucles et le dos du seul homme qu'elle aime. Vivette se demande ce que Térence son beau-frère peut bien trouver à cette fille ; elle se demande si Magdaléna reste aimable avec Joëlle ; si le couple des vieux s'aime encore.
Elles finissent toutes deux par s'absorber dans le paysage, à droite comme à gauche. Les voici boitillant à six au pied des falaises ; pieds tordus, galets, marée haute. Ciel froid en plein juin. Le pique-nique est prévu, on le fait. Ange à la dérobée regarde Joëlle, qui n'est pas enceinte. Térence a pris les devants, il porte le panier le plus lourd. La grosse Albertine suit. Joëlle ne lui est pas, non plus, présentée. On dégage un gros rond de galets pour s'asseoir sur le sable. “Plutôt frais” dit Magdaléna. Le gros Ange ouvre les pâtés. Qu'il est de bonne humeur, Térence ! tout ce qu'ils bouffent tous !
Assis en rond comme des yacks contre les vents. Vivette ne dira pas qu'elle est enceinte ; Ange ferait un mauvais père : trop de ventre. Les cirés qui frissonnent. Quelques touristes mieux couverts qui passent en faisant des signes amicaux. Albertine enfile deux sandwichs. “Au point où tu en es” dit Ange. Térence fait le boute-en-train. Tous excursionnent ventre plein au sommet des falaises. Des exclamations sont poussées sur la vue, sur les bateaux anglais qu'on voit. Térence dit “Les convois qu'on voit.” Il soutient Vivette dans les montées, Joëlle est aux prises avec la grosse Albertine qu'elle ne connaissait pas la veille, Magdaléna empêche le pourceau de tomber, c'est Ange. “Nous sommes les premiers” dit Térence à la sœur de sa femme (Vivette ; il faut suivre). “Vois-tu l'Angleterre ?
- Pas de si loin, Térence ! - Tu as souri, tu as dit mon nom. -Tu n'es pas le père, tonton.. Fous-moi la paix. - Qui va s'occuper de toi si le gros porc... - N'insulte personne.” Ils se rejoignent autour de la table d'orientation, se désignent les points de repère - “Tu es de bien bonne humeur Térence” observe Albertine en soufflant “Je me défends” dit-il, “je me défends”. - Dango, dit Vivette. Une fois redescendu tout le monde embarque sur le Trois-Couillons, des Frères Croche, affables, qui trimballent les touristes et leur enfilent des casquettes et des gants. Temps frais, noroît soutenu hors-saison. La bôme fauche au-dessus des têtes baissées parce qu'on remonte face au vent,
les frères Croche se mettent à chanter, on ne se dit plus que des conneries ou on s'isole avec un air profond, sur cris de vagues et sous l'embrun. Le Croche-barreur dit “Bizarre, le vent tombe”... “...Mais ce n'est rien M'sieurs-Dames” ajoute le frère. “On voit moins loin que tout à l'heure”, “La mer est grise”, “Redresse au vent””Quel vent ?”. La voile faseye” - “bat au vent” - Takapétéddan dit le cousin, bien atteint. “Nous avons fait les Glénans, dit le barreur. Mesdemoiselles, ne craignez rien.” “ce ne serait pas du brouillard qui tombe, là ?” observe Térence. “Bien sûr Monsieur, rien de plus normal par ici.” “A cette heure-ci ?” “A toute heure Monsieur ; Joël, va écouter le poste.” “Moi?” “Je parlais à mon frère, Mademoiselle” “Madame”.
Albertine éclate de rire. Le cousin Ange se tait, mais il lui semble soit qu'on tourne en rond, soit qu'on dérive. Albertine soupire “Mon Dieu mon Dieu”. On entend un grondement Les rouleaux Madame, c'est la mer qui descend. Oùsommes-nous ? En mer.” “Dement” dit Ange. “Ça se gagne” dit Vivette. Le frère barreur : “Calmez-vous, on en a vu d'autres, ceux qui paniquent vont dans la cambuse”. Vivette descend dans la cambuse. Quand elle s'est cognée trois quatre fois aux parois elle remonte sur le pont, l'avenir, c'est la vague suivante. Ange dit “Elles sont courtes mais bonnes”, toujours ce genre de jeux de mots, Térence ferme sa gueule.
Cependant le barreur aborda en pleine mer la Police Maritime, qui avait l'œil : “On vous suivait. Bouées de sauvetage... ? Trois en tout et pour tout ?” Térence : Qu'est-ce qu'elle leur a mis, la police ! Et puis (suite du récit), tout le monde s'était bien rendu compte que Vivette avait quelque chose dans le ventre, quand elle avait sauté lourdement sur la vedette des flics ; même qu'elle avait vomi en écartant les jambes ; Ange racontait pour sa part que tout le monde l'avait laissé sur la barque à voiles, aucun bras secoureur ne l'avait “euh... secouru ; et si j'étais tombé entre les deux bordages ? Ça se frottait, ça montait, ça descendait ! - Tais-toi, grand douillet de vaurien de merde, dis-moi plutôt de qui ta cousine est enceinte. - Je ne sais pas Maman. - Tu crois que c'est Térence ?” Ce dernier suffoque d'indignation. La scène se passe dans un salon, à Morlaix. Une belle promenade en mer en vérité, fort instructive. “Joëlle, tu ne peux pas croire cet abruti !” (disons qu'ils sont revenus de l'expédition bretonne ; disons qu'ils se retrouvent dans le studio de photographie, où le professionnel de la profession les a regardés s'ébattre, avec des yeux de veau, en échange du studio lui-même, pour toute la nuit.
Pour une fois le studio pour nous tout seuls ! - Térence, Vivette est enceinte, c'est de toi, oui ou non ? tu me promets que tu n'y es pour rien ?” Le torchon brûle sous les sunlights. “Que faisions-nous avec eux ? si tu savais ce que je me suis fait chier... J'ai voulu te présenter. On ne présente pas une passade ! ...tout le monde me dévisageait ! Sauf Magdalena ma femme . C'est ce qui m'a le plus gênée. Jamais je n'ai autant regardé le paysage. Est-ce que je sais moi ? Il s'emporte d'un coup. Térence dit-elle, je trouve cela très laid cette grossesse de Vivette à ma place C'est la meilleure (s'étouffe Térence) Tu veux être enceinte ? OK dit-elle on commence – qui va élever l'enfant-de-la-sœur-de-ta-femme? le poussah, “Ange” ? T'as vraiment la famille de blaireaux. Magdaléna déteste sa sœur tu entends- ? elle la hait, elle l'a complètement abandonnée après la mort de leur mère C'est ce que Vivette m'a dit en voiture Je l'élèverai comme un fils Fais-en donc un, avec ta bourge, avec moi – plus tard (c'est l'été) dialogue : “Tu m'aimes pour faire joli. - Je te désire dit T.
Fais-moi l'amour derrière les troènes – En pleine circulation ?” Ils le font. La caravane de Joëlle est un monde complet : cassettes, CD, revues de photos, dans un renfoncement la TV peinte en rouge “Mes parents” dit-elle “n'entrent pas ici”. Par un soir étouffant Térence étend ses membres nus et suants sur la couchette et comme ils n'ont pas encore bougé d'un poil c'est la télé qui se déclenche “Chaos à Moscou”, une brochette de vieux cons en casquettes militaires annonçant la destitution de Gorbatchev “pour raison de santé”, Térence couine d'indignation sous la petite coquille de plastique et Joëlle impassible se tourne pour mieux voir et dans la touffeur de la caravane ils baisent devant les généraux morts. “Térence tu penses à autre chose, Térence nous n'avons jamais qu'une heure au pifomètre devant nous, Térence la tolérance de ta femme me soûle – Térence ta femme d'occasion se fait chier. Marre de tes coups d'œil à ta montre, de baiser sur un quai de gare Je me demande pourquoi tu t'obstines à jouir Maintenant Térence tu dégages.
Correspondance (“six mois plus tard”) “Qu'est-ce que tu as besoin de m'écrire à présent? Tu veux “[m'] emmener au musée de Rouen ? au musée de Caen ? tu m'apprends quoi là le prof ? Chère Joëlle. Tandis que tout s'équivaut la vie passe (“il est égal d'aimer tel ou telle”) - te revoir, t'expliquer tout cela. Il parle de [la]serrer tendrement dans [s]es bras, de “passer dans l'instant” car la vie n'est qu'une suite d'instants. Térence et Magdalena, dialogue : “Je suis malheureux. - Quel sens de l'humour, Térence. - Je l'aime encore. - Je te préférerais grossier. - Je bande encore. - Tu es pathétique” - on allait le dire. “On ne badine pas avec l'amour d'Alfred ; de Musset” - montée en flèche de la fréquentation du cabinet Dr Magdaléna Bratsch. Qui affûte de nouvelles batteries de tests.
La nuit se chargea de couleurs criardes. “Térence, tu es devenu merveilleux. Tu ne regardes plus la télé, tu joues sur un pipeau des mélodies improvisées qui trouent le ciel nocturne.” Il escalade l'escabeau à roues qui mène aux rayonnages et feuillette, jusqu'à l'aube, les livres pour sa Thèse, il astique des dos de cuir. Il y a de la réconciliation bourgeoise dans l'air. Au lit – vingt nuits durant – ce sont des postures, des besoins, des retombées. Je t'aime, et je te passe les mains sur le corps. Ils se mordent les lèvres, ils se ferment les yeux, leurs doigts balbutient. Deuxième étape : trente jours, plus calmes : on se parle d'autres hommes, d'autres femmes.
On les ramène entre ses griffes, on les exalte, on les déchire. Ils sont “moins instruits” ; “ayant souffert” ; “si faibles” ; “aimant son métier, tendre avec ses enfants”. Térence et Magdalena ne reçoivent plus personne. Ils parlent d'eux-mêmes. De tous les amis, si nombreux ! Qu'ils vont revoir à B. Il y a du déménagement dans l'air (air... connu) - C'est faux (s'enflamme Térence). Nous n'avions pas, nous n'avons plus d'amis. - “Tu nous as ôtés à l'influence de Ma Mère...” (Magdalena récite) (“...car je vous ai fait sortir d'Egypte...”) - Invite tes patients ! - Ces malades ?” Il dit ne pas souffrir de solitude ; que c'est à elle de recruter, ici, en banlieue, des visiteurs.
. Elle répond qu'il s'est fait virer, qu'il n'a plus de collègues. Je déteste recevoir. - C'est le désert dit-elle - Si tu cesses de geindre dit-il les autres viendront. - Personne n'est venu. Il répète qu' [il] n'en souffre pas. Elle dit “et Joëlle alors ? ce ne serait pas la preuve que tu souffres,par hasard ? ” il répond Ta gueule. Au lit, le soir : “On en parle ou on le fait ? - Tu viens de répondre dit-elle. Le ton monte, la queue baisse. Le ton baisse, queue stable. Débat sur l'impuissance et la frigidité, les lesbiennes et les pédés. La pédophilie, la coprophagie, la zoophilie Le cunnilingus : “con, sent, suce”. Le point G nettement concurrencé dans la dernière ligne droite par l'onanisme digital. “On passe à d'autres orifices”. Tableau dirait Flaubert. Pas question qu'un gode mette les pieds ici (jeu de mots ne déridant pas l'atmosphère). Alors sommeil, tant bien que mal, main sur le sein, tête sur le ventre. Impossible de dormir tordu comme ça. Un demi-comprimé. Puis un, deux, d'autres denrées, survivance intermittente du sexe. Des nuits lourdes et réparatrices. L'entrain revient, les fonds baissent, dialogue : “Térence où vas-tu chaque nuit ? - Je ne dors plus. - Tu m'as réveillée – Tu l'étais déjà j'étouffe – Je suis de trop dit Magdalena. Si tu t'affales sur moi Magdaléna comment veux-tu que je respire. Térence est un fervent des programmes de nuit “Au lieu de me parler !” Je n'ai rien à te dire - Caresse-moi ! Tu ne réagis pas tu ronflais – suite : Magdaléna se fait abandonner chaque nuit Tes somnifères dit-elle et les tiens (“rétorqua-t-il”) - d'un commun accord ils arrêtent les somnifères. Tous les soirs Térence contemple sa nudité, son sexe allongé vers le bas Si nous partons d'ici je me tue. Térence éprouve une terreur panique à la simple idée de revenir à B. “Mais puisque ma mère est morte !” L'atmosphère... “Nous partons” traduit Magdaléna ; qui taquine : pas de suicide ? Ça va, ça va... Le couple s'offre une dernière et somptueuse promenade entre l'Opéra et la gare du Nord (impasse de Briare) et marchent jusqu'à l'extrême limite de leurs forces. Ils s'affalent dans un cinéma On ne voit pas un poil dit-il imbécile dit-elle c'est du soft, retour à B. Allô Joëlle ? - Que se passe-t-il ?
Nous repartons à B. Cela dit Joëlle ne me concerne pas. Il dit n'avoir pas passé un jour sans la regretter. Elle dit qu'il est remplacé. Si tu viens à ton tour à B. dit-il Magdalena te croira loin nous nous verrons sans qu'elle s'en doute. J'efface dit-elle tout ce qui s'est passé entre nous à l'exception de la Première Fois. Tu es en plein cauchemar Térence, tu vas te réveiller, Magdalena juste avant son départ liquide envoie chier sa clientèle, envisage à B. de reprendre ses cours de piano, d'en donner, de se refaire des amis, nous vivrons dans la misère prophétisa-t-il. Marchant à grands pas sur le plateau de J., Térence admire une dernière fois les champs de betteraves nordiques.
Il chante et se parle seul. A l'horizon le cercle lointain de son pays, avec ses brosses brunes et vertes. Quand ils arrivent à B. la maison de Rachel est comble. Meubles. Souvenirs. Mannequins et costumes. Leur barda prend place sous l'auvent de la cour. Dans un bureau bordélique Térence dispose des monceaux de manuscrits puisque la vie nous bâcle - bâclons-la. Magdalena se réjouit d'échapper enfin “à-la-solitude-où-nous-avons-vécu-en-région-parisienne”. Ils se querellent, il n'est plus temps, tu triomphes dit-il pas du tout dit-elle, pour moi les fantômes ne sont pas moins difficiles à affronter. Les amis les reçoivent à bras ouverts, pas un pour leur dire “on vous l'avait bien dit”. Voici des nouvelles de la famille : le gros Ange passe les cent kilos à vingt ans ; son enfance fut calamiteuse et son père en prison pour trois viols de fillettes “pardon, seize ans Monsieur le Juge seize ans pas plus – justement dit le juge, pas plus , et sa mère s'est suicidée, puis la sœur de sa mère l'a recueilli, la grosse Albertine (c'est de famille) qui l'a gâté. Les quatre murs de la chambre d'Ange sont garnis serré-serré de quatre rangs de rayonnages à disques mais c'est bien lui qui a fait j'allais l'oublier cet enfant à Vivette, quinze ans. “Térence” dit Magdaléna, “nous devons aider ce jeune couple” - Térence renâcle - “Je suis émue (ajoute-t-elle) de retrouver en eux les mêmes commencements que nous avions” - suivent des souvenirs confus. Comment ! dit Térence Ils sont très laids, je tremble pour l'enfant. Elle répète “Je t'en ai parlé ce qu'il nie. Je me fous dit-il d'être violent. “...et vulgaire ajouteMagdalena qui est le plus vulgaire dit-il de nous deux ? Tu m'as fait rompre avec Joëlle ! nous y voilà conclut-elle mais je te parle moi d'Ange de Morlaix. Il dit qu'il n'a rien à voir avec ce porc puis se souvenant que tous ceux qui attendent un enfant sont des vieux il pleure. Avec l'héritage dit Magdalena nous achèterons un appartement Il est hors de question que Vivette revienne s'installer dans cette maison méphitique – où le Gros Porc l'a violée - “ils s'y installeront en attendant” - en attendant ! reprend Térence en attendant !
- Térence, ta dureté (le deuil engloutissant Térence) (sur ses positions de repli). Ange venu par train (23 h), Vivette et lui affalés épuisés sur le lit de Rachel (Bartschinson) morte – à midi le Gros Porc s'empiffre et s'effondre devant le poste c'est gai dit Térence. Ange est musicien : n'est pas un métier - parle à Vivette -objectivement – comme à un chien, les vacances s'éternisent, les puces menacent (moquettes, recoins), la télé sourde, obsédante – Magdalena s'installe au rez-de-chaussée (“mon cabinet de consultations”), Térence lit-médite-écrit (s'ennuie ?) - des échos de querelles à travers le plafond (couple de vieux – attendent l'enfant).
Quelques échos du Vieux Couple : Joëlle (tooujours entre eux), soumission de Térence, la ville (sa laideur), la vie (son insanité), la clientèle (se reforme) le fœtus (pousse) – réflexions : “Qu'elle est belle Vivette ! - Sagittaire, ou Scorpion ? - Lui feras-tu apprendre l'allemand ? - Veux-tu un chauffe-biberon ? - Vous comptez rester combien de temps ? - Tu as peur d'accoucher ? - Vivette répond avec une grossièreté sans cesse accrue : “T'es con Ange, on ne va tout de même pas s'installer là-dedans” (“surveillances” dit-elle, “engueulades”, “allées et venues”, “taches dans les draps”).
Ange cède, le couple enceint fait ses valises rembarque à Morlaix “C'est Albertine qui vous comptera les taches dans les draps” hurle Magdalena sur le quai tout le monde s'est bien retourné sur le quai. Térence (quelle surprise!) refuse la nourriture tombe en dépression (la mort l'amour la grossesse tout ça) – ou se jette dessus (la nourriture) avec frénésie ne bande plus (qui s'en soucie ? - la dépression ça se mérite il faut être une femme je suppose. Térence s'alite, ferme les yeux, tout commence - vous savez ce que c'est, le tourbillon de mots et d'images, la tête qui se prend, les cimetières qui s'installent.- bref : Térence multiplie les séquences de 20 minutes (travail, repos ; travail, repos) d'où il ressort bri-sé. Voici d'autres états : souvenirs de voyages (petits budgets – petits trajets !), sa femme, sa sottise à lui. Il revoit : les sentiers du Lot-et-Garonne ; la crête du Pic Saint-Loup (Héraut) ; le tour à pied d'un champ de chaumes entre Saragosse et León par grand vent, l'harmonium déchirant de St-Savin-du-Gers et maintes sentes sous les bois (voilà, voilà enfin cet arrière-plan de passé que vous avez tant désiré) – il marche seul, ce sont les plus beaux souvenirs de sa vie, les exaltations les plus pures, sans Amazone et sans Tibet, ses ultimes instants de liberté, il en revient aux femmes. Muqueuses et marivaudages - avoir vécu si peu, en tomber là - tant de sommeil à présent - “Tout va bien” dit Vivette “Pourquoi m'appelez-vous ? Ange est aux petits soins, il m'ôte les obstacles, Albertine aussi, nous emménagerons à X. l'an prochain, petite fille prévue dans trois ans”.
Vivette raccroche. Sur son carnet neuf Térence en face de “Vivette” note inutilisable (en effet la communication suivante fit état d' “élan créateur”, du “bout de mes rêves” et même de “dynamisme”) - aussi reculée dit Térence qu'un bas-relief antique. Joëlle (vous savez ce que c'est) (revenue dans le circuit) lui reproche de “[s'] étaler dans la mollesse', de “stériliser tout”, “crapaud” lui dit-elle, “crapaud”, Térence raccroche : Magdalena que penses-tu de tout cela ? – De quoi ? - L'Histoire de Joëlle Comment ? Ce serait le titre - Ecoute-moi Térence, je suis une femme active et volontaire, je conçois mes tests moi-même, appelle ça Ma Mère Morte C'est mauvais dit-il – Ta gueule.” Plus tard : Je vois dit-il dans mon destin la main de Dieu Magdaléna dit “Tu plaisantes”Enfin merde dit-il je suis victime la chose est claire ! Victime des femmes !
- Ne rêve pas, Térence. Tu manques de caractère, Ence. - Ouah, la vanne.

"DE LA DEMOCRATIE" 63
Y

699. En un temps infini, toute chose arrive à tout homme. Par ses vertus passées ou futures, tout homme mérite toute bonté ; mais également toute trahison pour ses infâmies du passé et de l'avenir. Ainsi, dans les jeux de hasard, les nombres pairs et impairs tendent à s'équilibrer ; ainsi s'annulent l'astuce et la bêtise, et peut-être le grossier poème du Cid est-il le contrepoids exigé par une seule épithète des Eglogues ou par une maxime d'Héraclite. La pensée la plus fugace obéit à un dessein invisible et peut couronner, ou commencer, une forme secrète. J'en connais qui faisaient le mal pour que le bien en résulte dans les siècles à venir ou pourqu'il en soit résulté dans les siècles passés... A cette lumière, tous nos actes sont justes, mais ils sont aussi indifférents. Il n'y a pas de mérites moraux ou intellectuels. Homère composa L'Odyssée; aussitôt accordé un délai infini avec des circonstances et des changements infinis, l'impossible était de ne pas composer, au moins une fois, L'Odyssée. Personne n'est quelqu'un, un seul homme immortel est tous les hommes. Comme Corneille Agrippa, je suis dieu, je suis héros, je suis philosophe, je suis démon et je suis monde, ce qui est une manière fatigante de dire que je ne suis pas.

Jorge Luis BORGES
L'Aleph – L'Immortel – IV

De la démocratie -

Je vous en foutrais moi de la démocratie... Vu ce qu'ils sont capables de faire, les peuples, quand on s'avise de leur proposer comme ça tout de go les deux couilles dans le même sabot le vrai jeu de la démocratie véritable entre les pattes. Ils en font des conneries. Hitler élu par le peuple (avec un scrutin truqué, OK, OK, si on ne peut plus délirer...); le FIS qui a failli passer en Algérie (des milliers de morts, OK, OK, vous êtes pas marrants) ; les cocos qui reviennent dans les pays de l'Est ; Milosevic, tiens, élu par le peuple aussi ce con ; le maire de Téhéran élu démocratiquement, femmes comprises.
LE PEUPLE EST CON. LE PEUPLE ESTCON. FAITES PASSER (je ne sais pas où je vais, là ; vous croyez que je me la tiens sous mon petit clavier azertyuiop, ma solution ?) - le peuple est con et j'en suis un autre, moi aussi je fais partie du peuple. Seulement moi je ne me prends pas pour un souverain ("le-peuple-souverain" poil aux reins). Le peuple si tu l'interroges coco tu sais parfaitement ce qu'il va te répondre : les bougnouls dehors, les pédés au bûcher (devinette : quel est le député homo qui a eu la saloperie de porter une pancarte ainsi rédigée LES PEDES AU BUCHER tel quel dans une manif de vieux beaufs ? On le dit ? On le dit ? Tout le monde le connaît, et il n'est pas de Pau).
Plus le rétablissement de la peine de mort EN PUBLIC et de la torture EN PUBLIC, même que ce sera le papa-de-la-petite-victime qui TOURNERA LA GEGENE, retenez-moi je jouiiiiis ! Je vais vous en donner moi des exemples de la connerie du peuple, j'entends le peuple sans instruction, le peuple qui ne sait rien en croyant tout savoir (attention, attention : platonisons ; il y a deux sortes d'ignorants (je récite) : celui qui ignore et qui sait qu'il ignore, et celui, infiniment plus nombreux ! Qui ignore ! Et qui croit qu'il sait ! Rien à voir avec les diplômes ! Vous comprenez, peuple lecteur ?
...C'est le peuple rédacteur qui vous cause ! Trois exemples : le bistrot qui jouxte le théâtre du Petit Trouduc. Je suis président du Trouduc (ça ne vous étonne pas). Le metteur en scène a maintes fois ouvert son théâtre gra-tui-te-ment aux prolos du coin. Vous croyez qu'il y en aurait eu un seul pour avoir ne fut-ce qu'une seule fois poussé les portes du théâtre ? Par pure et simple curiosité ? Que nenni. Ça n'est pas curieux, le peuple. Comme jadis l'aristocratie, ça sait tout sans avoir rien appris. Comme ils disent "y a pas besoin d'avoir lu quoi que ce soit pour savoir que les pédés, c'est dégueulasse". Le voilà, le niveau du peuple... Et les prolos du comptoir continuent à se torcher au Ricard : le théâtre, c'est bon pour les gonzesses, engculé...
J'entends encore l'intonation du pompier de garde au Théâtre (encore !) à qui un collègue demandait : "Mais qu'est-ce que c'est que toute cette foule ? Qui est-ce qui passe donc aujourd'hui ? - Oh tu parles, c'est juste les enfants des écoles, pour du Molière !" Il fallait entendre la voix méprisante du pompier, il débectait "Molière" comme on aurait dégueulé un glaviot. "Ce n'était que Molière !" La voilà, la culture du peuple : le mépris de la culture. Troisième exemple, le plus terrible de tous.
J'étais en coulisse, avant une représentation de ballet. Un jeune homme de quinze ans, costumé en pharon, petite jupette, deux kilos de maquillage et jambes rasés, se répétait les mouvements de son entrée en scène – petit battement sur le tibia - mort de trac et de résolution farouche. A côté de moi un machiniste et son petit garçon de dix ans, qui contemplait mon pharaon Touth-Ankh-Ostume, spectacle hautement incongru pour lui, et se demandant, en toute bonne foi, s'il fallait rire, ou bien admirer. Il s'est tourné vers son père, un brave con d'électricien en bleu de travail. Le regard bref que cet homme a transmis à son fils était un concentré de tout ce que le mépris le plus venimeux peut éjaculer – DANSEUR EGALE TAPETTE – voilà ce que hurlait, littéralement, ce répugnant, ce haineux clin d'œil, vous savez, cette fameuse transmission intergénérationnelle.
Et le petit garçon, douleur ! porta enfin sur le jeune danseur le seul regard conforme aux convenances de son sale milieu, plein d'une condescndance méprisante envers cette espèce de lopette qui se maquillait et se rasait les poils pour tortiller du cul sur scène. Tu seras un homme, mon fils. La voilà, la culture du peuple, bande de démocrates, et je n'en ai jamais vu d'autre. Le mépris, la haine farouche pour tout ce qui sort tant soit peu de l'ordinaire, de tout ce qui ne ressemble pas à nous autres les vrais gens d'en bas, que je conchie en longues rafales de merde...
Bien sûr, il y a aussi la foule qui se presse aux récitals de musique classique de Nantes. Je sais bien que je dis des conneries. Mais pas que des conneries. Que voulez-vous, si je ne me sentais pas pessimiste et désespéré, je me prendrais encore plus pour un pauvre type. Et ça aussi, c'est ma connerie à moi. Il faut hululer. Les optimistes sont des imbéciles. Puisque je vous le dis. Plus tu hurles à la cata, plus tu es intelligent, plus tu te montres intello. Ben oui quoi – y a un souci ? (euh... petite perfidie... ce ne seraient pas plutôt les petits-bourgeois qui se précipitent aux récitaux de Nantes ?) ...Donc immastur euh imperturbablement, je poursuis : le résultat du référindum car on prononce "in" et non pas "an", bande de latinistes ratés (ça-ne-sert-à-rien-le-latin, c'est-fasciste, refrain du Peuple) pour moi représente le triomphe du populisme le plus abject.
Vous m'attendez au tournant n'est-ce pas. Vous attendez que je vous dise :"La troisième partie consacrée aux mises en application d'une politique économique n'avait rien à faire dans un texte fondateur" et autres radotages, bon, je le dis, de toute façon, constitution ou pas, cela faisait longtemps que c'était appliqué. Ça venait là comme un cheveu sur la soupe. Certes. Mais vous croyez franchement qu'on nous avait consultés ? - Contradiction ! Voilà maintenant que tu te plains de n'avoir pas été con sus l'thé ! - Eh oui braves gens, il ne faut consulter le peuple que pour lui donner l'illusion d'être libre ! "Il faut donner au peuple l'illusion d'être libre", c'est de Napoléon, grand démocrate s'il en fut. Le peuple n'a le droit d'être consulté que s'il est absolument de mon avis. Le voilà mon mot final. - Ah que bouffon ! - Ah que ta gueule. Je vais vous faire un aveu : je ne comprends rien à l'économie. Mais alors rien du tout. Les économistes non plus d'ailleurs, mais eux, ils croient comprendre. Moi qui suis du peuple, je ne comprends rien et je le sais. Toujours ça de su. Mais il fallait voter le texte en l'état. Avoir le courage de sa civilisation. L'Occident est fondé sur le profit, sur la compétition, sur l'injustice, et l'exploitation. Si on n'avait pas exploité le peuple, il n'y aurait ni Versailles ni cathédrales. Encore des trucs qui ne servent à rien, diraient mes ivrognes ("qui servent à rien", on va pas s'encombrer d'une particule négative, merde alors).
Et quand on n'est pas d'accord ? - Eh bien l'émeute, mon pote ! La sacro-sainte émeute avec des macchabées et tout ! Et puis on change de riches, on change de pauvres, et on recommence dans dix, vingt, cinquante ans ! Il est bon à ça le peuple : se faire opprimer, ou se faire tuer sur les barricades. C'est vachement beau. La fonction du peuple est l'esthétisme. Pas l'efficacité (quand je vous ai dit que j'étais con, vous n'êtes pas déçus, vous ne viendrez pas me reprocher de faire les choses à moitié).
Parce que la civilisation d'en face, celle de la justice pour tous et de la liberté pour tous, ce n'est pas celle de l'Europe. C'est la civilisation des naïfs. Des niais, qui n'ont pas encore compris qu'après l'échec du communisme (des millions de morts), du cambodgisme (des millions de morts), du maoïsme (des millions de morts) , du christianisme, parfaitement, du christianisme, des millions de morts, là aussi, les fameuses idéologies de la fraternité, de l'égale répartition des biens, de l'égalité et autres farivernes et baliboles ne sont capables, n'ont jamais été capables et se préparent j'en ai peur à ne pas plus être capables à l'avenir que dans le passé de sauver l'humanité, mais oui bien de joncher le sol d'innombrables cadavres.
Autrement dit non seulement cons mais cruels. Alors maintenant (le coq-à-l'âne n'est qu'apparent) je me gratte la tête jusqu'à l'osquipute, tout le monde gueule, ou tout le monde bave, devant Sarkozy. Ne le jugeons pas sur son seul histrionisme, il a tout de même été le seul à empêcher la dérive fondamentalisme du musulmanisme en France, à esquisser un contrôle sur les lascars qui s'en réclament, autrement dit à les niquer, malgré tous leurs renâclements... . Il y a des choses que je n'admettrai à aucun prix ("Ouais, tu te prends pour qui là, t'es tout seul dans ta petite revue de merde et tu trépignes dans ton coin. - Ta gueule, tu trépignes dans l'autre.") : c'est de justifier ou de vouloir justifier les barbaries commises par des saligauds au nom du tiers-mondialisme me semble excessif. (Au fait, pourquoi passer quasiment sou silence les 54 morts du 16 juillet à Bagdad (30 secondes aux infos et on n'en parle plus) alors qu'on honore les 54 de Londres ?
Réponse : un Anglais vaut 10 Irakiens ? Ou quoi ?) (Et vous verrez qu'il y en aura encore pour dire que les enfants massacrés du 15 juillet sont des victimes de l'action américaine ! Sa-lauds d'Américains ! Sa-lauds d'Américains !) Titre du Nouvel Obscène : "La contagion de Bagdad" ! Ah bande d'enfoirés ! Les poseurs de bombes, ce sont de braves résistants, hein ? Putain quand un avion se plantera sur la tour Montparnasse, on va les entendre piauler, nos commentateurs avec leurs plumes dans le cul ! Aucune excuse aux scieurs de gorges. J'ai toujours été contre la peine de mort.
Même à supposer que des hommes d'affaires américains auraient indirectement provoqué la mort de bébés africains ce n'est pas une raison pour tuer aveuglément dans les grandes capitales occidentales. Encore et toujours ce mot de Stéphane Zweig : "Celui qui tue un homme pour défendre ses idées ne défend pas ses idées, il tue un homme." Telle est ma devise. Hommage à Blair, qui veut combattre les "idées", les "idéologies" de ces gens-là. BLAIR, PRIX NOBEL DE LA PAIX. SANTO SUBITO ! SANTO SUBITO ! Quant aux solutions envisagées par les idéalistes, alter- ou tiers-mondialistes, elles sont fort sympathiques, tout à fait gavrocho-villepines, mais elles relèvent d'une perspective à vingt ou trente ans, ou immédiate mais révolutionnaire, d'où inefficacité et bain de sang, ou révolution et bain de sang.
D'après Calvin, "Les bonnes idées ne poussent qu'arrosées avec du sang" - c'est du moins une phrase que Balzac lui prête. Eh bien non merci. On sort d'en prendre. Pour l'instant, là, immédiatement, au jour d'aujourd'hui du quotidien de to-day, c'est, Sarkozy, ou quelqu'un qui applique ses idées et ses procédés, le seul valable. S'indigner d'une expression ("nettoyer au Kärcher") dix fois plus qu'on ne s'est indigné de la mort d'un gosse de onze ans est une honte. Ça me rappelle très exactement ceux qui ne voyaient pas mon message pédagogique (ouaf ouaf ouaf !) et qui ne savaient dire que "Monsieur Vandekéén y dit des gros mots maman, oh que c'est vilain."  Voilà, même niveau de conscience critique. Je veux qu'on arrête de tuer des gosses et de vendre de la chnoufe.
Et qu'on ferme Sangatte – vous auriez peut-être voulu qu'on en ouvre dix autres ? Et quand il y aura plus de Pakistanais que de Chtimi de Dunkerque à Boulogne, qu'est-ce que vous ferez bande de nazes ? Une petite balade la nuit après dix heures ? . Certes, assurément, bien sûr,of course, of horse et de ch'val, les socialistes et autres ont d' EXCELLENTS PLANS dans une perspective d'avenir lointain MAIS LA, MAINTENANT, qu'est-ce qu'on fait, Messieurs les rêvasseurs ?  ...on peut toujours espérer que le terrorisme (oui, bon, juste avant je parlais d'immigration clandestine, ce n'est pas la même chose) s'arrêtera de façon inexpliquée, comme c'est arrivé en Algérie (la victoire du gouvernement ?
Ah oui tiens donc ? Pourquoi pas notez.) Mais je préférerai toujours mille fois une société à l 'Américaine, avec ses injustices révoltantes, à une société à la taliban où c'est "ferme ta gueule ou on t'égorge (lentement, en enregistrant les cris)". Les tiers-mondistes généreux me semblent se précipiter avec la dernière naïveté vers les coutelas(on en a même vu juchés sur des épaules et brandissant une banderolle en braillant Allah ou akbar...) - bande de petits rigolos ! Vous serez les premiers à tomber sous le couteau, comme les Girondins furent les premiers à étrenner le couperet ! On ne me fera pas croire que les égorgeurs défendent les pauvres petits narabes à sa mémère qui n'ont rien fait et qui sont de pauvres victimes à son pépère.
La solution Allah misère du monde ? STOPPER LA SURPOPULATION. Eduquer les filles, faire en sorte que l'on cesse de se reproduire comme des hamsters dans les milieux ignares et surpeuplés. Vive Malthus. Je ne dis pas vive l'eugénisme, mais ce n'est pas passé loin. Dans la foulée qu'on noie les Palestiniens - sous des tonnes de pognon, je vous ai bien eus, qu'on les envoie au Yémen, en Lybie, n'importe où, avec des maisons de onze pièces et trois piscines, et ils nous foutront la paix. D'ailleurs on se demande dans quel état elles seront leurs maisons au bout de dix ans, elle va être belle la bande de Gaza quand ils auront enfin expulsé tous les juifs (tiens ? on ne parle pas de purification ethnique ? ) - pour en revenir à Sarcophage - Poil au Zizi, si on ne veut pas
de lui, je serais plutôt alors carrément pour une disparition de l'Etat français (anglais, allemand...) et une direction collégiale et technocratique à partir de Bruxelles, puisqu'on en est déjà là en fait...
Qui suis-je, moi, je te le demande, pour émettre des opinions sur tout et sur rien... Qu'est-ce que j'y connais, en économie... J'en suis aux plans quinquennaux de Staline, tiens, c'est te dire ! Tout le monde fonctionnarisé, plus de grèves, plus de chômage ! ou alors, des coopératives partout, à la "Lip". Le seul argument qui me retienne encore avant de tomber en prières devant les genoux de Sarkozy (donc à plat ventre) c'est qu'il m'a tout l'air de préparer un véritable bordel social, avec autant de chomeurs que d'habitants, style 1929, avec des hordes de clodos qui parcourent les rues en sonnant aux portes pour voir s'il n'y a pas un stère de bois à scier... Au vingtième qui sonne, je tire, et un flic viendra nous embarquer tous... Franchement j'hésite... Le bazar social en échange de la sécurité fliquière... Voyez-vous j'ai cessé de croire en l'homme du jour où j'ai vu arriver dans mes classes des élèves plus cons que la génération d'auparavant.
A quoi avait-il donc servi que nous instruisissions leurs prédécesseurs dans les idées de la liberté ? Pas foutus de s'en servir de la liberté... Même des filles qui réclament le voile et la suppression de la mixité... Sauf pour dire qu'il ne faut ni prof ni instruction, là pour ça ils sont tous d'accord. Depuis quatre mille ans. L'école est chiante, disent-ils. TU PARLES D'UN SCOOP ! Les journalistes ont besoin de sérieuses séries de coups de pied au cul. Ne t'en fais pas, lecteur, là où je suis, qu'est-ce que tu veux que je puisse faire, rien du tout, je serai bientôt un petit vieux qui bave sur son fauteuil. Vivement les infos... Il est 19 h 44. Ne pas rater la météo, avec ses présentatrices à la noix à faire retomber toutes les érections... Et tous en chœur sur l'air du Maréchal : "Sarkozy, nous voilàààà,
       Devant toi le sauveur de la France 
La patrie renaîtraaaaa
Sarkozy Sarkozy nous voilàààà..."
    Du-ce ! Du-ce ! Du-ce ! Putain la couche que je me tiens...    

"SARKO" 64

700 Toute destinée, pour longue et compliquée qu'elle soit, comprend en réalité un seul moment : celui où l'homme sait à jamais qui il est. Jorge Luis Borgès
L'Aleph – Biographie de T.I. Cruz

Ce numéro a été réalisé grâce aux dons substantiels des associations suivantes, recueillies par les soins experts d' Anne Jalevski artiste peintre :

  • U R L A - Union Radicale des Loucheurs Atrabiliaires
  • A L P V – Association Libérale des Papistes Variqueux
  • C L M B M – Cercle lucratif des menageres beglaises méritantes
  • B C C L G – Bordel Caritatif des Connards du Lot-et-Garonne
  • S S M P – Section Sécurisée des Marins Pétomanes
  • C A Q F S – Comité Analphabète Qualifié Fossile Solidaire
  • A T P F B – Amicale Théocratique des Prolétaires Fistulés du Bulbe
  • C A T T P – Centre Aéré des termites Totalitaires et Pédérastiques
  • S H M A – Société Hérétique des Mandarins Anarchistes
  • A S R F I – Association Synchrone Régressive des Faussaires Ithyphallliques
  • U I C B P – Union IdiosyncraSique des Conspirateurs begues de papouasie
  • A L P V P – Amicale Laïque des putes verolees patibulaires
  • I M A Gs Constipés du Goître – Intersyndicale des Moouchards Abonnés au Gaz
  • G I B C – Groupe Interfédéral des Bites Calamiteuses
  • F I A C G – Fédération Intersidérale Anachronique des Constipés du Goître –-
    I M A G - Intersyndicale des Moouchards Abonnés au Gaz
  • A T F C – Amicale Thérapeutique des Fêlés de la Cafetière
  • U F C B – Union Fédérative des Craquelés du Bulbe
  • C L C B C Q – Consortium Libidineux des Bègues Cacochymes Quinteux
  • U C P B – Union des Constipés Priapiques BoiteusAD
Pas d'ironie. Vive Sarkozy. Je vais encore me faire traiter de facho. C'est vite lâché, "facho", ça dispense de réfléchir, j'ai même eu un connard qui me traitait d'Hitler, sur un forum, "discussion libre", qu'ils disaient, à condition d'être du même avis que tout le monde. Quand on ne sait plus quoi dire on dit "Hitler", n'importe quoi, tout de suite le niveau de la discussion. Il y en a même qui tout de suite vont chercher "pédophile", ça déclenche aussitôt le réflexe hystérique d'élimination physique comme on écraserait une merde à pattes. M'en fous. Il y va sur le terrain lui, Sarkozy, se faire caillasser.
J'ai même peur qu'il lui arrive un pépin sérieux. Pas comme les ministres de l'Education Nationale (qu'elle crève) qui ne tiendraient pas une heure devant des petits sixièmes bien teigneux de banlieue. Tout le monde y va de son petit commentaire banal, tout le monde dit n'importe quoi, moi aussi, pourquoi je serais le seul à fermer ma gueule, vous croyez qu'on a atteint le niveau zéro de la connerie, erreur, j'ai même entendu (Là-bas si j'y suis, pour une fois qu'Alzheimer me laisse citer mes sources, "Venez sauver notre civilisisation pourrie et à bout de souffle" carrément venez nous violer on vous attend avec le tube de vaseline.
J'entends dire que ces petits connards de casseurs "sont l'énergie de la France", que c'est dommage de gaspiller son énergie comme ça", vas-y donc habiter ces braves quartiers au lieu de te pavaner dans tes chemises rose pâle, vas-y te faire tripoter dans les cages d'escalier, et quand on se mettre à égorger "nos fils et nos compagnes" (c'est ridicule, hein, la Marseillaise, c'est cruel, mais les petits casseurs, ça c'est des citoyens, ça, c'est admirable, ça, c'est de l'énergie" et de la jeunesse à tout casser) – écoutez le micro-trottoir, le degré zéro du journalisme, pour voir un peu jusqu'à quel degré de connerie on peut dégringoler.
Comme on m'a dit à la cellule Picasso en 78, "On n'a pas besoin d'intellectuel au PC putaing cong engkülé" oui je sais on a vu le résultat (78, péché de jeunesse). Justement en ce moment je n'arrive plus à être intellectuel. Il faut agir, c'et tout, au moment de recevoir un coup de poing sur la gueule ce n'est plus le moment de faire le croquis du poing. Quoi que je dise ça aura déjà été dit cent fois. Le temps que vous receviez ça, l'actualité aura tourné. Encore que. On va encore ne rien faire, et la prochaine fois ce sera pire, on va vous les saccager vos Champs-Elysées... On entend de tout en ce moment à la radio, à la télé (j'ose plus écrire "Allah radio, Allah télé", on ne peut plus rien dire maintenant). Les gens, Monsieur Dukon, ne sont jamais contents. Vous avez bien entendu, jamais, jamais, jamais. On laisse faire ? Tout le monde gueule au laxisme. On réprime ? Tout le monde gueule au néo-nazisme. On tend la main ? Tout le monde se met à gueuler, ceux qui veulent tendre la main plus le cul, plus ceux qui ont peur de se faire arracher un doigt. Je me souviens qu'au moment de l'instauration du RMI ça braillait dans tous les coins, surtout du côté des bénéficiaires, qui trouvaient que "ce n'était pas assez, on se fout du monde, qu'est-ce que vous voulez faire avec une somme dérisoire pareille" – eh, avant, espèce de con, c'était rien du tout. Zobi. Peau de balle. Alors ta gueule. Quand on a instauré la vignette, tous les buralistes se sont mis à gueuler , "C'est pas notre rôle, on n'a pas que ça à foutre, on est débordé", et quand on l'a supprimée, ils se sont mis à gueuler : "Ouais, ça nous ampute notre revenu, c'est une honte, personne ne veut plus secourir les petits vieux" – les petits vieux ils t'emmerdent,ils te balancent leurs poches à sonde à la gueule.
Bande de bourrins. Peuple. Qui mélange tout. (Je suis découragé, parce que j'aimerais bien être original. Fin de l'éclair de lucidité). Je suis révolté. J'ai peur. Le mot le plus employé : "je". Comme d'hab. Premières réactions : "ces voyous", "cette racaille", ce coup de téléphone de mémé à Là-bas si j'y suis de Pierre Mermet (pubis repetita placenta), c'était marrant, parce qu'on entendait japper le roquet à l'arrière-plan "c'est encore trop bon pour eux, la racaillle, qu'elle disait la mémé, c'est de la vermine, oui !" - vas-y, moque-toi. Si tu es mémé à chienchien prise dans la rue, tu te fais tabasser ? violer ?
"Bah soupirait la centenaire,
Qu'on pût encore me désirer
Ce serait extraordinaire
Et pour tout dire inespéré") (Putain on viole le chien) ("Brassens", qui connaît encore ça chez les Nycthémères, "oiseaux vivant aussi bien le jour que la nuit") - ah ! la vaillante révolte que voilà ! – mais c'est pas marrant mon vieux, toujours rester chez soi toute seule avec son clébard, ses souvenirs et son déambulateur au 5è étage... On vous verra en pépé-mémé, bande de gauchistes bien-pensants... Asperger d'essence dans un bus ? Je ne veux pas hurler avec les loups, et pourtant je le fais. Je me suis hurlé de rire en lisant un article facho "Il faut envoyer l'armée ; n'est-elle pas réquisitionnée parfois pour ramasser les ordures ?" Wawawawa ! Le gros rire pas propre ! Je ne veux pas bêler avec les "On vous avait bien dit", qui ont toujours une solution dans leur poche avec leur mouchoir par-dessus, "Fallait faire ci", "fallait faire ça" – on fait quoi maintenant, là, maintenant, que la banlieue brûle ? Là d'un seul coup ils ne savent plus quoi dire, ils ne feraient pas mieux. Si Sarkozy démissionne ? La racaille (je maintiens) aura gagné. Si les Américains s'en vont de l'Irak ? Les terroristes auront gagné, les juifs peuvent prendre leur prochain train plombé. Mon Dieu toutes les explications idéologiques, les pauv's jeunes par-ci, les pauv's défavorisés par-là, tu le veux ton coup de batte sur ta face de clown blanc ? Attends attends, de plus en plus fort : la bonne femme qui dit qu'elle comprend qu'on lui ait brûlé la voiture, qu'elle va s'en racheter une autre, où est-ce qu'ils sont allés la dégotter celle-là les connaaaaaards de la télévision ?
J'ai eu la même connerie au téléphone dans mon bureau. Trois jours plus tard, re-téléphone : "Ah ben merde, mon assurance elle marche pas !" - bien fait connasse, vive la révolution. Parce qu'il y en a dans le courrier du Nouvel Obs (qui vire Figaro-Madame ces temps-ci), il parle de Quatorze-Juillet ! Les émeutiers du Quatorze Juillet ils avaient quelque chose dans la tête en 1789, et pas cinquante-trois mots de vocabulaire avec un doigt d'honneur !... Et l'autre qui me dit qu'elle excuse les gestes désespérés, moi aussi je suis désespéré, qui est-ce que j'ai pillé, boxé, violé ?
Personne. Vous voyez bien que je suis facho. Je propose pour ces énergumènes de mes deux la déchéance de la nationalité française, comme je ne sais plus quel parlementaire épinglé dans le Nouvel Obs (ça ne se fait plus depuis Vichy, la déchéance, m'en fous, la situation n'a rien à voir avec Vichy, c'est comme ceux qui parlent de langage insultant et guerrier avec "couvre-feu", "alors que leurs ancêtres ont été eux aussi des victimes du couvre-feu", on confond tout, ça n'est tout de même pas le 17 octobre 1961, je peux vous établir des tables de correspondance entre n'importe quoi et n'importe quoi d'autre, va donc te mettre dans la trajectoire d'une boule de pétanque lancée à pleine pogne espèce de chialard droitdelhommiste de mes fesses), reconduite au pays d'origine, même après trois générations. On les fout trois semaines dans un coin paumé, misérable, du Mali ou du Burkina-Faso, ils vont voir leur douleur ces petits cons.
Pas un troquet, pas un ordinateur, pas une paire de Nike, rien à foutre, rien à bouffer, tu parles à une meuf t'es mort toute la tribu sur le dos - "ouais mais chez eux y a pas de centres". Tiens, je me marre : les gouvernants vont rallouer des allocations aux associations de banlieue pour canaliser l'ardeur de nos petits jeunes. Ils vont construire des dojos, des maternelles pour bien les réincendier, avec mon argent, il ne faut pas se décourager, ah bon. Voilà j'en suis là. Aucune pitié, aucune. Pour des antisémites pas la moindre parcelle de pitié ou de compréhension. Les familles dont les jeunes déconnent, voilà qu'on parle de les aider maintenant ! Vas-y mon fils, brûle la bagnole, ça va doubler nos allocs. Je sais, il va y avoir une assistante sociale qui viendra faire la morale et dispenser des cours d'éducation d'enfants, pourquoi pas d'ailleurs, j'en frémirais d'attendrissement si j'avais encore un frémissement à foutre en l'air. Putain je ne m'occupe plus que de moi, je ne pense plus qu'à moi, je vous parle comme ça, au cas où vous me ressembleriez... "Donnez-nous du boulot et on arrête de casser " - quel boulot ? Ils ne savent rien foutre, ils ne veulent rien foutre ! "Et comment tu vois ton avenir ? - Moi je suis bien comme je suis." (Tel quel, ouï à la télévision)(Visage caché, pas fou le révolutionnaire) - tu engagerais un "jeune" – pardon : un voyou – dans ton entreprise ?
Tu leur donnerais du travail à ces gens qui ne foutent rien depuis l'école primaire, dont la devise est "nique ton chef", qui vont comparer leurs revenus modestes à ceux que procure le trafic de chnouf ? ...Alors voilà ça s'est calmé. Ils vont remettre ça à Noël, brûler des voitures, charmante coutume strasbourgeoise. Et on trouvera encore des gens pour se solidariser avec ces salopiauds, qui tuent les quinquagénaires au pied de leur réverbère ou de leur vide-ordures ? N'est-ce pas messieurs les journalistes toujours immaculés, qui dites "jeunes" systématiquement ? Ce qui fait que désormais les jeunes, au vrai sens du terme, se solidarisent avec les jeunes voyous, nuance ?
J'ai envie de me rencoigner au sommet de ma tout d'ivoire en évitant d'écouter les vagues de merde qui la battent à marée haute, en bas des marches... Tant qu'on ne vient pas m'empêcher de lire... Je dois faire une étude sur les fêtes religieuses monothéistes.. Enlevez-moi tout ça, chrétiens, musulmans... Tous aussi cons les uns que les autres. Il est temps que la race humaine ait fait son temps. Vive les clones. Vive Houellebecque, il écrit comme un pompier soûl, mais il dit les choses justes. Au dehors mon chat pas frileux bouffe ses croquettes. Il s'enfuit dès que je l'approche.
C'est ça ma réalité. Mon chachat. Et le premier qui lui fait du mal à mon chachat, je l'étripe. Attends attends, mon gendre (de banlieue !) m'envoie une idée super : pourquoi ne trouve-t-on que des jeunes de douze à quinze ans ? Réponse : ce sont des anciens caïds qui font tout le boulot, incendies, caillassages. Et on envoie les petits par-devant , comme chez les voyous. Les petits jeunots, la police est obligée de les relâcher. Et ça repart. Pas de pitié. Qu'est-ce que c'est que cete époque qui veut remédier à tout, résorber tout le chômage, toute la délinquance ? On est chez les témoins de Jéhovah parole ! le lion mangera dans la même gamelle que la gazelle, le violeur fera faire des promenades aux colonies de vacances, depuis le début de l'humanité il y a la pègre, il y a Caïn et Abel, de quoi vous mêlez-vous de tout vouloir arranger ? Moi, jeter de l'huile sur le feu ? Et que font donc ceux qui dénigrent systématiquement l'Education Nationale en la décrivant comme une fabrique à chômeurs et à injustice ? Trahison je vous le dis, trahison complète des intellectuels ! Il n'y a que Sarkozy qui puisse nous tirer de là, et non les rêveurs à deux balles qui disent ce qu'il aurait fallu faire il y a vingt ans, qui annoncent des résultats mirobolants et la paix sociale universelle pour dans vingt ans, et qui sur le moment enverraient les flics et les pompiers au casse-gueule comme tout le monde !
Ces fameux jeunes tabassés paraît-il, combien de fois ont-ils provoqué les flics, les ont-ils traités d'encuclés de ta race et de nique ta connasse de mère ? En admettant que Sarkozy ait été provocateur (et nosu allons y revenir), qui justifiera l'immense disproportion de la réplique ? Si quelqu'un est assez mal embouché pour me traiter de fils de pute, il ne récoltera que mon mépris, ou un vocabulaire approprié, à la rigueur une grosse baffe, mais pas l'incendie de sa voiture ou de son magasin. D'autre part j'apprends (dans le Nouvel Obs) que Sarkozy ne faisait que reprendre les propos d'une bonne femme qui le hélait depuis son balcon : "Vous allez nous en débarrasser, de cette racaille ?" - ça n'a surtout tpas été montré à la télé ça.
On a préféré le cadrage serré, en bousculade, avec un beau montage de plans bien haletants, pour faire de l'audience. Et personne n'a jugé bon de montrer l'entretien de Sarkozy avec des "jeunes" ordinaires, qui l'appelaient Monsieur le ministre, bien contents d'être écoutés... C'est la télé qui crée l'événement, ce sont les journalistes qui cette fois-là (et il y en a eu d'autres) ont foutu la pagaïe. Quand on voit ce que disent les journalistes étrangers sur Paris qu'ils présenteraient bientôt comme la banlieue de Bagdad, je ne vois pas pourquoi nos journalistes à nous seraient les seule puceaux purissimes de l'histoire.
Attends, plus fort : un copain me dit que si la drogue circule dans les quartiers, c'est la faute des gangs de Bretons et d'Auvergnats... d'abord, on ne réussira jamais à détruire les réseaux de trafics en tout genre, il y en a toujours eu une tripotée, ne demandons pas l'impossible, et l'éradication de tout mal sur la terre tant qu'on y est. Mais rien n'empêche de les enrayer tant que faire se peut, pour que tout de même la France ne devienne pas la Colombie ou la Jamaïque. Quant aux Bretons et Auvergnats – c'est quoi ce délire ? Pourquoi pas les Corses ? les Marseillais ? Tiens, pourquoi pas les Juifs ?
C'est vrai, ça, il y avait longtemps qu'on n'avait pas accusé les juifs ! Ces accusations pseudo-ethniques dégagent une fois de plus ce relent gauchiste bien connu, délétère mais tenace, de l'antisémitisme. On n'ose plus avec les Juifs. Alors, les Ardennais, les Alsaciens, les Bengalis... cuit-cuit ! Putain le jeu de mots laid ! ("jeu de mollets", ouaf, ouaf, hi hi hi hi !) (tler).Ce n'est plus drôle de discuter avec qui que ce soit maintenant. Tu entends toutes les conneries qiu passent à la télé ou dans le courrier duNouvel Obs (attends, il y en a un qui parle de bagnole comme luxe qu'on ne peut pas s'offrir : je ne savais pas que les smicards payant leur tuture à crédit vivaient dans le luxe).
On ajoute le stupre et la fornication, et on n'en parle plus. Les gens m'écœurent. Je fais partie de ça, moi ? J'ajoute mes conneries aux leurs, moi ? Putain. Je vais partir début décembre je ne sais pas pour où, je ferai des exercices de mort dans ma chambre, je veux y arriver pur. Ce sont des exercices de vide, de méditation, de mise au point et de compréhension rétrospective, et de totale liberté de ne rien faire, de voir jusqu'où je peux aller dans la mélancolie constructive. Vu le budget, ça m'étonnerait que je dépasse Tulle ou Ussel. Allez joyeux Noël. Le Singe Vert ne paraîtra plus avant.
C'est que ça coûte la peau des fesses mes envois. Passez-moi des timbres. Passez la monnaie. Ça se termine toujours comme ça, qu'est-ce que vous croyez...


  • "FONCTIONNAIRES" 65
712 : Tennyson a dit que si nous pouvions comprendre une seule fleur nous saurions qui nous sommes et ce qu'est le monde. Il a peut-être voulu dire qu'il n'y a aucun fait, si humble soit-il, qui n'implique l'histoire universelle et son enchaînement infini d'effets et de causes. Il a peut-être voulu dire que le monde visible nous est donné otiut entier en chaque représentation [...] Les cabalistes opinèrent que l'homme est un microcosme, un miroir symbolique de l'univers ; tout le serait, d'après Tennyson.
Jorge Luis BORGES
« L'Aleph » - « Le Zahir »

"LES FONCTIONNAIRES"

Les pages qui suivent sont dépourvues de la moindre qualité littéraire ; puériles, fausses, racoleuses, d'une mauvaise foi révoltante, constituant un véritable ramassis de vulgarités ordurières. Elles témoignent d'un corporatisme poujadiste parfaitement hystérique pour ne pas dire fasciste. L'auteur en est parfaitement conscient. Pourquoi je fais ça ? je n'en sais foutre rien. Provoc ? Et alors ? Toute provocation est le comble de la sincérité : pourquoi en effet choisit-on telle forme de provocation et non telle autre ?
Je vous répète à l'avance les mots que j'avais jeté à la gueule d'un brave homme – il disait, le brave homme : "Ouah, de toute façon, ta revue, ON NE LA LIT PAS. J'ai répliqué : "Eh, Ducon, c'est pas fait pour être lu, c'est fait pour être écrit." Je profite donc de nos dernières années de liberté, entre Sarko et les Croyants Fous ça va pas être marrant l'avenir moi je vous le dis. Alors si vous tenez absolument à patauger dans ce tas d'immondices ne venez pas vous plaindre ensuite de vous retrouver couverts de merde.
Vous n'aurez qu'à dire que c'est banal, convenu, plat, insignifiant, que ce sont des conversations de comptoir en zinc, et que ça ne vous fait ni chaud ni froid. On s'en tire comme ça, en général, quand mine de rien on s'en est pris plein la gueule jusqu'au fond de l'anus. Je suis fonctionnaire. Je suis retraité. "Pléonasme". Très drôle. La haine du fonctionnaire se fonde essentiellement sur la sécurité de l'emploi, et de la paye-qui-tombe-à-la-fin-du-mois. Combien de fois et sur quel ton hargneux n'ai-je pas entendu mouliner cette antienne de l' "argent- qui-tombe-à-la-fin-du-mois". Ma parole ils ne voit que ça dans la situation de fonctionnaire. Sans oublier un pour cent de hauts fonctionnaires qui se décrètent et se ramassent des sommes pharamineuses "à ne rien foutre"(on est des fainéants, aussi).
Sans oublier les fameuses vacances (ah ! les vacances !) des professeurs ! Intarissables, là-dessus, ils sont intarissables – tandis que le pauvre type "qui travaille, lui", "toujours en train de courir" à 24 h par jour pour se trouver à peine un croûton à de pain à grignoter - on en pleure de pitié. Fonctionnaires ! ne vous plaignez jamais, à aucun prix ! - c'est le cas de le dire – de vos difficultés financières ! A chaque fois vous aurez droit à "Ya plus malheureux que vous !" Ce qui s'appelle exactement consoler un malade en lui montrant un mort.
Tiens, je vais parcourir les couloirs d'hôpital, pour remonter le moral des malades, ces cons qui font qu'à se plaindre, et je vais leur dire, avec indignation : "Oh mais ! Y a plus malheureux que vous ! Regardez la chambre d'à côté, il est cancéreux en phase terminale, alors vous allez pas nous faire chier avec votre dialyse !" Oui, la paye tombe à la fin du mois, mais vous l'avez vu, le montant de la paie ? Juste de quoi tenir jusqu'à la fin du mois, impossible de rien économiser, on a la tête hors de l'eau et c'est tout – "Moi je connais des fonctionnaires qui s'en tirent très bien " - évidemment patate, à deux qui gagnent, on s'en sort toujours, même éboueurs, même ouvriers. C'est comme l'histoire du prof qui "fait ses cours pépère", je voudrais bien le connaître celui-là, depuis le temps qu'on m'en parle, ça fait quarante ans qu'on me les casse avec "le prof pépère", il doit bien s'ennuyer tout seul. J'aimerais bien que les chauffeurs de cars scolaires arrêtent de nous traiter de haut avec ce mépris du peuple pour les intellos : "C'est que nous, on n'est pas payés, pendant les vacances, on n'a pas la-paye-qui-tombe-à-la-fin-du-mois." Je fais exprès de vous le répéter, comme ça vous pouvez juger de l'effet, "la-paye-à-la-fin-du-mois", "la-paye-à-la-fin-du-mois", "la-paye-à-la-fin-du-mois", "la-paye-à-la-fin-du-mois", gnagngagnère, "la-paye-à-la-fin-du-mois", "la-paye-à-la-fin-du-mois", vous m'en ferrez dix pages, "la-paye-à-la-fin-du-mois", c'est agaçant, hein ?

Et ça ne vous est jamais venu à l'idée, bande de loufs, que les fameuses vacances des profs n'étaient pas payées non plus ? Ça vous la coupe ! Vous allez me traiter de menteur ! Eh bien si ! On prend dix mois de paye, et on divise par douze ! C'est comme ça qu'on la touche, "la-paye-à-la-fin-du-mois" ! Putain d'argument en moins contre les sales profs ! Merde alors ! C'est bien caché ça non ? On ne vous le dit pas ! Même quand vous êtes prof ! "Des bruits qui courent" ! Je ne l'ai appris que deux ans avant la retraite ! ...Alors votre putain d'organisme payeur, il ne peut pas en faire autant ? Pourquoi nous reprocher notre "paye-à-la-fin-du-mois" avec des tronches de rancune de justicier de tribunal du peuple de la révolution de mes étrons ? A moins que ce ne soit trop difficile à imaginer peut-être pour des gens qui n'ont pas fait les études ? Je gagne plus OK, mais pour faire balayeur il me faut un an de formation, pour être prof, six ans. On appelle ça la "qualification professionnelle", O. K. ? La différence entre vous et moi c'est que si j'écris vulgaire, moi je le fais exprès (c'est de l'humour, camarade...)
Je m'indignait que certaines professions fussent payées à tant de l'heure, alors que mes cours particuliers m'étaient payés moins qu'eux. D'ailleurs je n'en ai presque pas donné, de cours particuliers, parce que le temps d'aller chez l'élève ou de l'accueillir, ça multiplie le temps par deux.
Une fois j'ai dit mes tarifs au téléphone : "Cent vingt francs" – j'ai entendu"Houllllàààà !" dans l'écouteur et on a raccroché. A cette époque-là les garagistes prenaient 200 francs. Mais il paraît que ces pauvres gens ont "des charges" que moi je n'ai pas, et alors ? Les factures à la gueule du client ("celui-là c'est un enseignant, tu peux y aller"), les comptes truqués pour les impôts, les bagnoles qui tombent en deuxième panne, j'ai bien dit deuxième, à l'intérieur même du garage – "comme c'est bizarre et quelle coïncidence", mon Dieu mon Dieu ! - avec la même régularité qu'on attrape des maladies nosocomiales dans un hosto – c'est quoi, ça ?
Quant aux profession libérales qui "se battent comme des chiens maigres" pour arracher leur pognon, façon "loi de la jungle", d'accord, au moins ça a le mérite de la logique : plus tu bosses plus tu gagnes, moins tu bosses moins tu gagnes, certes ! Mais fonctionnaire mon vieux, tu bosses tu gagnes, tu bosses pas tu gagnes exactement la même chose, tu parles d'une motivation ! Du coup tu te sens coupable et tu bosses pour ne pas te faire traiter de fainéant, tu parles ! on te le reproche quand même, par principe ! Bien sûr qu'il y a des cas, comme chez les garagistes ! De toute façon, pas moyen de bosser plus, ton emploi du temps est verrouillé, tu as un contingent de trois ou quatre heures supplémentaires à partager entre trois collègues à la rentrée, et c'est tout !
Mais toi le libéral pendant ce temps-là tu es libre ! Tu luttes ! (turlute, même). Tu fais ta destinée toi-même ! C'est toi le patron, tu risques, tu es vivant, tu es un homme ! Nous on est morts.
A la chaîne. A l'attache, avec notre-paye-à-la-fin-du-mois. Tu la veux la vie de con du fonctionnaire, sous-payé à-la-fin-du-mois, sans perspective de rien, sans destinée propre, sans la moindre maîtrise de construction de carrière ni de destinée professionnelle, en déficit depuis le 12 au soir sans espoir de quelque amélioration que ce soit ?
Et qui se fait traiter de branleur par les tricheurs magouilleurs de bilans ? Merde alors ! Merde ! Merde ! Pour vous autres les risques sont considérables, c'est vrai, mais il peut aussi survenir de grosses rentrées d'argent ! D'un seul coup, le jack-pot ! Ce n'est pas moi qui pourrais m'acheter d'un coup comme ça une bagnole comptant, même pas une occasion. Une voiture ça me met cinq ans de dettes sur le dos. Une occasion, parfaitement. A ce moment-là il faut renouveler le véhicule, et c'est reparti pour cinq ans. Comment je vais faire à 65 balais ? A qui je vais emprunter ? La moindre réparation, le moindre tuile, le moindre voyage à l'étranger, le moindre extra, c'est le trou dans le budget, pas moyen de constituer une réserve, il faut un an pour résorber un trou de mille euros ! "Mille euros, ça va ça vient", j'ai entendu ça, mais non mon pote ! Pour une entreprise, d'accord (on se sert un peu dans les comptes de l'entreprise et on renfloue ensuite, c'est interdit, seulement c'est bien commode), mais pas pour une retraite unique à deux personnes et demie ! "Ouaiaiaias, euh, je-ne-sais-pas-comment-vous-faites, nous on gagne moins et on en fait plus, et on-a-encore-plus-de-dettes-que-vous" – évidemment, bande de nazes, vous avez des garanties, avec votre hântreuprise, nous c'est que dalle, il ferait beau voir tiens que nous dépassassions tant pour cent de notre paye... Et puis vous trichez. Vous nous cachez d'autres ressources, des aides, des héritages, des subventions.
Vous êtes bien contents de pleurer misère, vous vous y entendez vachement, même, pour soutirer des subventions sur le dos des fonctionnnaires accablés d'impôts qu'ils ne peuvent pas magouiller, eux. Parce que les métiers de fonctionnaires, justement, c'est fait pour ceux qui ne savent pas se débrouiller. Donnez-moi un entreprise, je la coule en quinze jours. Je ne sais pas discuter, moi. Je ne sais pas négocier, finasser, menacer, ramper, je ne sais pas faire, je ne sais pas vivre. Une amie me disait qu'elle était arrivée à découvrir une location pas cher pour l'été dans une région touristique. Pourquoi ? Parce qu'elle connaît Machin qui connaît Truc qui lui a refilé le tuyau de la part de Muchemuche. Moi je ne sais pas. Je ne connais personne. Je n'ai jamais connu personne. Ma paie-à-la-fin-du-mois elle me fait le mois, point-barre. Faut être con, non ? Là-dessus
un pote futé m'a dit qu'il suffirait que l'Etat me retînt mes impôts à la source, directement sur le salaire, puisque c'est l'Etat qui me paye. D'accord, mais à quoi je sers, moi, alors ? Je suis "hors société ?" Je ne "produis pas de richesse", et on me jette l'aumône-à-la-fin-du-mois ? Je suis le précepteur-laquais qui doit s'incliner "Oui not'Monsieur, oui not'bon maître ?" Ce qui fait qu'à la fois je me plains de payer des impôts plein pot et que je me plaindrais de n'en plus payer, je n'ai jamais rien compris à l'économie et je le prouve, soit... "Je ne produis pas de richesses" : mais s'il n'y avait ni profs ni policiers ni infirmières, allez hop, tout ça privatisé, à la solde des miliciens chefs ou des mandarins patrons de clinique, elle serait pas chouette la société ?
Sans les salauds de profs en particulier, qui est-ce qui se dérangerait pour aller voir vos pièces de théâtre ? Parlons-en : la Culture, bande de ploucs, bande de cons puteurs à pattes, a toujours été déficitaire, depuis la nuit des temps, et prendre prétexte de vos faillites pour vous étrangler financièrement est un véritable crime de raisonnement . Mais d'un autre côté, combien je m'insurge à fond la caisse contre le comportement de certains théâtreux qui bossent, y compris à la
recherche de subventions, part essentielle de leurs activités, et qui viennent nous regarder du haut de leurs seize heures de travail journalier, comme si'l y avait "eux qui travaillent" et "les autres qui ne travaillent pas" ? (...les fonctionnaires, bien entendu). Ce dentiste qui osait dire à son client prof entre deux coups de fraise "Vous ne saurez jamais ce que c'est qu'une journée de 10 heures de travail" – espèce d'arracheur de dents, je te défie tu m'entends je te mets au défi de faire 10 heures de cours dans la journée, tu vas te rouler par terre en hurlant SOS psychiatres. C'est ça le véritable argument des profs, non pas les cours à préparer et les corrections à faire, mais la tension par heure de cours, vous avez déjà vu des comédiens, des footballeurs ou des pilotes d'avions à dix heures par jour, vous ?
Donc, chapeau aux chirurgiens qui le font. Total respect. Moi je ne critique pas ton métier, tu ne critiques pas le mien, tu bosses OK mais tu te payes une bagnole comme je n'en aurai jamais ou un canasson privé, tu fais des voyages au Canada et au Brésil, d'accord, tu ne l'as pas volé, tu as marné comme un dingue, je ne traite personne de filou ni de flemmard. Chaque métier a ses avantages et ses inconvénients. C'est quoi cette tactique de dresser les professions les unes contre les autes, la bave aux lèvres ? N'EST-CE PAS MESSIEURS LES PATRONS ? Qui excitez les "gens du privé" contre les fonctionnaires qui gagent plus "à ne rien faire" ce qui n'est "pas juste", pas de danger qu'on aligne ceux qui gagnent le moins sur ceux qui gagnent le plus, ah non, il faut que ce soit nécessairement le contraire, "sinon l'Hântreûprise va couler", tu parles !
Qu'est-ce en effet que privatiser ? C'est poser un patron par-dessus, qui licencie vite fait 40/50% du personnel en faisant trimer deux fois plus ceux qui restent, et qui se met la différence dan sa poche pour se faire construire une piscine en Nouvelle-Zélande, et qui fait le trajet toutes les semaines pour surveiller les travaux, parce qu'avec les ouvriers maoris faut toujours être derrière. Le CPE c'est bidon ? "Contrat Première Exclusion". D'accord. Notez que c'est ça ou rien. Et que de toutes façons qu'on qu'on dise quoi qu'on fasse les patrons ne voudront pas embaucher pour l'excellente raison qu'ils ne veulent pas embaucher, gna-gna-gnèèère. Et cet autre con qui engueulait ue employée des postes pour une erreur, et qui me disait "C'est des fonctionnaires tout ça ! La mentalité fonctionnaire! Moi je te privatiserais tout ça ! " - vas-y Dugland, tu auras le timbre à un euro, personne derrière les guichets (compression de personnel), des queues jusque dans la rue, et des transporteurs privés – "Vous allez à Lyon ? Vous allez à Marseille ? Vous pouvez pas me prendr eun colis ?" - comme la mère Sévigné, sous Louis XIV...
A part ça je suis catalogué facho... Eh bien soit : vive Staline. Plus de Bourse, plus de fluctuation des prix, tout le monde fonctionnaire, parfaitement, tous les corps de métier, avec des grades, comme sous les tsars. "Mais ça ne marchera jamais !" Evidemment, si les cons d'en face font tout pour que ça ne marche pas, on a coulé la coopérative Lip, on peut te faire couler n'importe quoi avec de l'idéologie tordue et de la mauvaise foi, et je fais comme les autres d'ailleurs... Je sais qu'il y a plus grave, on parlera du cancer une autre fois, même des fonctionnjaires cancéreux, et des artisans qui se suicident, mais moi je ne tape pas sur les artisans, je les respecte. Et le glissement de terrrain aux Philippines, et tous les malheureux, "vous n'avez pas honte de revendiquer quant on voit toute cette misère", merci, on connaît le truc.
En ce moment le bateau coule et tout le monde se bagarre pour savoir qui est-ce qui doit repeindre le plus de longueur de rambarde possible, c'est quoi ce cirque ? Allez, on casse tout : les listes d'inscriptions aux concours de fonctionnaires sont combles. Alors ça ne doit pas être si mal. Pour un ménage de fonctionnaires. J'ai bien dit un ménage. Et arrêtons de nous dénoncer les uns les autres – Mais c'est ce que tu viens de faire. - Je sais. Ta gueule. - Ce n'est pas un argument. - Ta gueule quand même. Bon c'est pas tout ça, mais j'ai des haricots sur le feu moi, ciao...

"LES MEDECINS" 66

des timbres... par pitié... Briefmarken... sellos, por piedad... des timbres...

La citation n° 725 :


Qui fut mécontent du retour de l'Enfant prodigue ? ...
    • Le veau gras...

Perle recueillie par JEAN-CHARLES (1)
La Foire aux cancres

  1. Assassin de l'enseignement du latin en France ; bravo l'artiste !
Rien que pour vous, j'ai LA blague du Singe Vert :

Savez-vous comment le Singe Vert fera fortune ?
Facile.
Quand Israël se sera pris une bombe atomique sur la gueule, le jour de la gigantesque manif de protestation indignée qui ne manquera pas de se produire, le SINGE VERT se tiendra sur le bord du trottoir, et il vendra DES MASQUES DE CROCODILES.
Pour commencer, un texte de Gaël Ferret, pour une fois c'est pas moi

exergue : JE VEUX ETRE CHAUDRONNIER. JE SERAI SUREMENT DESERTEUR


Et voilà skidi :

« Réveillé à 14 heures, je m'habille et pars pour l'assemblée générale de ma faculté, commencée à 12 h 30. Dans la rue je marche, ça y est mes paupières se décollent, et ça y est le soleil me fait mal. J'arrive à l'AG comme ils disent, à la porte d'entrée. Une étrange image s'empare de moi: cette porte est une bouche énorme, effrayante ! Elle recrache sur mon visage sa putride chaleur, et semble me chuchoter : Entre petit soldat, entre, toi aussi viens te faire manger. Alors je croque dans mon sandwich comme pour me dire que moi aussi je manger, et rentre dans l'amphi.
Il fait une chaleur étouffante, c'est un véritable estomac ! La foule est assise, telle un monstre mou... on dirait une grosse limace. Le monde est là, pourtant on le croirait absent. A la queue leu leu des gens parlent dans un micro : ils disent des choses bien et des choses nulles, puis répètent les mêmes choses bien puis encore les mêmes choses nulles... que l'on entend d'ailleurs partout depuis trois semaines... inlassablement. A chaque fin de discours, la foule cette grosse limace applaudit uniformément, comme une fin de spectacle où les singes applaudissent parce que c'est comme ça. Cette pantomime m'écœure ! Je veux des poings levés, des gens qui hurlent, des cracheurs de feu... Je veux la liberté ! Mais elle n'est plus là... lentement elle se fait digérer. Tout mouvement s'épuise, devenant très vite normalité. Très vite les gens ne pensent plus, et s'endorment dans une nouvelle idée. Ecœurant.
Mais il sont raison de gueuler à tort ou à raison, de bloquer tout, de tout péter. Ils ont raison de tout casser, de se défouler, de se venger les yeux fermés... ils ont raison, ça fait du bien. Mais moi j'aime pas gueuler avec plein de monde. Alors je rentre chez moi... au moins là, quand je gueule, ça fait chier quelqu'un !
Dans ma boîte aux lettres, ça frappe... J'ouvre, un singe vert tente de s'échapper, je l'attrape. Je monte chez moi content, et je lis content d'entendre gueuler. Un cri seul, tonitruant, en même
temps qu'essoufflé. J'aime les cris perçants, œuvre d'une rancœur assumée. J'aime la sincérité sans concession, faite de paradoxes et de vérités... tout ce qui vient du fond, qu'il soit gris ou qu'il soit doré.
Finalement ce n'est pas La vérité qui compte, elle n'existe pas... mais bel et bien la sincérité. Le savoir doit rester fugitif. El mono verde vient de finir de me l'apprendre. Ça me fait penser à Nietzsche, toujours dans les bons coups celui-là : « Les grandes époques de notre vie sont celles où nous avons enfin le courage de déclerer que le mal que nous portons en nous est le meilleu de nous-mêmes ».
Dans mon écriture, comme dans la vie d'aileurs, je suis trop consensuel... je veux plaire je suis con. Je veux être compris... quand l'écriture n'est que respiration. Je freine l'imaginaire, je l'alourdis. A quoi bon ? Il faut aller plus loin, toujours plus loin au fond de soi. En cela j'aime la sagesse du singe vert. « L'enfer c'est les autres » a dit un con. Et ce con a raison...
Et pourtant un hennissement n'a de cesse de trotter dans ma tête, cette même question qui toujours me tarabuste... Serions-nous mieux au paradis ?
Incroyavre, mais blai ! Encore un article qiu n'est pas du rédac-chef !
Il baisse, et il s'use !
C'est de Roland Marx, dans les Vosges.
Et kékidi ? Idissa :

"Si ça peut vous rassurer" (je veux mon neveu), "nous sommes tout de même un certain nombre à être contre le CPE, et encore plus contre le CNE, bien plus dangereux, et qui est passé comme une lettre à la poste. Sans parler de cette merde de Bolkestein qu'on nous ressort.
"Je crois qu'il faut bien comprendre que tous les gouvernants européens vont dans le même sens : ce n'est pas de la politique, c'est la mise en place d'une idéologie. Le salarié jetable, l'actionnariat à outrance, la casse de tout service public, l'ultra-ultralibéralisme. Que les Français aient rejeté la Constitution européenne, Chirac et le patronat s'en tapent, ils appliquent le système en France. Dans les pays européens, où les citoyens n'ont même pas été consultés, on sait aujourd'hui que la majorité aurait voté NON également. J'espère que les jeunots vont arrêter de foutre le feu à la bagnole de leur voisin, pour incendier les ministères et les permanences des députés.
Pour commencer. Après, on verra si les rigolos prétendument "de gauche" ont encore les moyens de récupérer le mouvement de grogne. Va falloir qu'ils révisent sérieusement leurs options. Strauss-Kahn ou fabius de gauche, c'est à hurler de rire ! Qui a le premier, en France, prôné l'introduction des fonds de pension ? Strauss-Kahn ! Qui a donné tellement de fric au patronat pour créer des emplois, qu'il a été publiquement remercié par Seillières ? Jospin ! Et sans créer d'emploi, bien sûr. Faut quand même être con pour filer le fric avant ! Et je n'ose même pas parler des députés européens dont on se demande s'ils sont tous à 120% de droite pour voter des lois aussi débiles.
Avec un salaire scandaleux, qiu plus est. Le bordel ! Je ne sais pas comment le pompier-pyromane Sarko va reprendre la patate chaude du CPE promulgué mais pas vraiment – enfin si – on en discute – faut pas signer de contrat CPER – avec Chirac. En voilà un homme d'Etat ! T'en viens presque à regretter ce faux-cul de Mitterrand, qui a entubé tout le monde. Mais avec quelle intelligence et quelle classe. Chirac, c'est même pas son paillasson. Et voilà, on s'échauffe, et ça fait même pas fondre la neige. Allez ! Au plaisir de lire le prochain numéro du Singe.

"LES MEDECINS" ("...POSSEDENT-ILS UN LANGAGE ARTICULE ?") 66

Franchement je me le demande. Il m'arrive de par mes fonctions d'avoir entre les mains des transcriptions de conférences débats de ces messieurs-dames. C'est proprement effrayant. Des phrases sans queue ni tête. Des expressions toutes faites indéfiniment répétées : « Je voudrais rebondir sur ce que disait... Pour rebondir sur les propos de... ¨Permettez-moi de rebondir sur " – doïng, doïng, doïng. Une avalanche d' « il y a », quand ce n'est pas de « y a pas ». Une ignorance totale du mot « nous », systématiquement remplacé par « on », accordé ou non au pluriel. Ne parlons pas du « ne », irrémédiablement disparu, pour faire peuple (des médecins, faire peuple... pitié, oui !)
Une utilisation systématique de la tournure la plus lourde, "dans lequel", "dans laquelle", "dans lesquel(le)s", alors qu'un simple "où" fait aussi bien l'affaire . "Mais enfin", grinchait un relecteur, "qu'est-ce qui lui prend, à votre correcteur, de toujours employer "où" ?" il a fallu expliquer à ce pesant mathématico-physic-biolo-machin que la langue française utilisait des tournures élégantes et légères ; qu'elle avait recours aux pronoms (il n'est pas rare de lire trois ou quatre fois de suite la même expression dans son intégralité, "le principe de précaution est un principe qui est un principe dans lequel" et allez donc !
Et dans la suite du texte, à la queue leu leu, trois ou quatre ou cinq foids la même expression, à la physico-mathématique dans ce que ça peut avoir de plus lourd, pour les cons qui ne comprendraient pas, là où un "le" ou "il" auraient largement suffi sans équivoque... Les formules de style ? Nos braves locuteurs n'en connaissent qu'une : l'anaphore ; "alors là vous avez le plan médical, le plan sociologique, le plan politique, dans lesquels à propos duquel comme je le disais tout à l'heure et encore je ne dis pas tout " - inimaginable bouillie "dans laquelle" il faut que je navigue, pour m'apercevoir au bout du compte que l'idée exprimée brille par la plus verbeuse des banalités.
Plus grave, des mots mis pour des autres : « Les globules rouges transportent le sang », alors qu'il m'a toujours semble du plus élémentaire bon sens que ce soit très précisément le contraire, non ? Et que dire de ce médicament, dont on a démontré la nocivité à longueur de pages, dont on conclut qu'il ne fait l'objet d'aucune contre-indication ? Je me gratte l'oreille, je relis tout bien soigneusement, et je m'aperçois qu'à la suite d'un de ces emberlificotages de phrases dont nos Diafoirus ont le secret, c'est à la contre-indication qu'il n'y a nulle contre-indication ! Ah bon ! Mais c'est que j'avais failli le prescrire, moi, ce médicament, à supposer que je sois médecin ! car enfin ce sont bien des médecins, que je sache, un public spécialisé, qui lit ces remarquables communications ! ...Vous imaginez un gogol prescrivant ce médicament, "à la contre-indication duquel il n'existe pas de contre-indication ? " Sans oublier les phrases auxquelles il est strictement impossible de comprendre quoi que ce soit, j'aimerais vous retrouver celle qui traite des cancers du côlon au Canada.... On sent, on sent parfaitement là-dedans la pathétique maladresse, le pédantisme (car ces gens-là sont très sûrs d'eux) de gros pleins de science qui depuis la sixième n'ont ouvert aucun livre, qui depuis leurs premières années de médecine s'engloutissent des pages et des pages, des volumes entiers en anglais, et qu'ils seraient ma foi bien plus corrects, bien plus précis, bien plus fonctionnels, bien plus efficaces et plus sérieux en langue anglaise.
Comme l'écrivait un ponte, dont le nom commence par un L. (pas de procès ! pas de procès !) "il faut savoir si votre thèse sera publiée en français, en javanais ou en anglais", merci du voisinage, c'est sympa. Je m'étais un jour glissé (sans payer ; ces trucs-là sont payants ; il faut tout de même bien que les médecins sachent comment dépenser leur pognon) dans une conférence médicale, où un brave Blouseblanche s'efforçait d'intéresser son auditoire avec des graphiques, de fréquences cardiaques je crois bien. Et chaque sommet de courbe, il l'appelait un "hire", "hhaïre", avec un Hair de plus en plus gêné, de plus en plus penaud, car – les miracles arrivent ! - il sentait bien que l'auditoire (des psys, entre parenthèses, et ceci explique peut-être cela) le considérait avec de plus en plus de condescendance et d'ironie ; il a fini par murmurer ce mot comme une obscénité, et je me demande même si la dernière fois il n'a pas fini par employer tout simplement "pic", ou "sommet", baissant la tête et rougissant.
Même leurs conférences, tenues devant des auditoires exclusivement français, se tiennent en anglais – sauf une fois, à Strasbourg, où il fut spécifié qu'une conférence de cardiologque se tiendrait "exclusivement en français". Telles sont les seules lectures, qu'ils ingurgitent, ils les appellent "la littérature". Pour eux, "la littérature", en abrégé, c'est la "littérature médicale", et presque exclusivement en anglais. "La littérature ne nous dit presque rien du cancer de (ceci, cela)" – Flaubert? Duras ? Vous n'y pensez pas ! La littérature médicale, exclusivement médicale ! Vous n'imaginez tout de même pas que ces grands pontes vont avoir le temps (le time !) pour lire quoi que ce soit d'autre ? Attends ! attends ! Une potesse m'a dit "On s'en fout qu'ils parlent mal le français, je préfère être soignée, opérée, par un nul en français qui s'y connaisse que par un poète incompétent"- certes ! certes ! Ça me rapelle ce brave crétin qui m'avait dit "Mieux vaut parler d'Eûdipe au lieu d'Édipe que de n'en pas parler du tout " - tu n'as qu'à parler d' "Youdaïpe" et faire ton cours en anglais, pauvre naze... Moi j'ai connu un élève qui a préféré abandonner les études scientifiques parce que les programmes y étaient tellement chargés qu'il n'y a vait plus la moindre minute pour lire de la llittérature ! Il a fini journaliste, il y a pire – quoique... mais c'est une autre histoire... Non ; le temps, on le trouve.
Ce qui se passe en réalité, c'est que les scientifiques en général se voient inculquer un véritable mépris pour tout ce qui est littéraire : bon pour les gonzesses, bon pour les pédés. Les informaticiens, même jeu. Ça finit par faire du monde : les hommes qui lisent ont baissé de 10 % en vingt ans. Ils s'imaginent sans doute, comme disait Simone de Bavoir, que "le vide de leur cerveau leur meuble les couilles" – indépassable, Simone de B., indépassable... La littérature, la philosophie, ça les fait ricaner. Je répète l'anecdote de cet étudiant à qui ma tendre épouse disait un jour qu'il aurait bien besoin d'apprendre le latin et le grec pour s'y reconnaître en anatomie et en pharmacie, et qui se vit accueillir par un véritable haut-le-cœur : "Ben non, pour quoi faiaiaiaire ?" Comme si on lui avait craché au visage, le mec.
Comment voulez-vous que je fasse confiance en des types qui ne sont même plus capables de parler leur propre langue ? Comment ont-ils pu apprendre leur science ? En anglais, évidemment... Mais il y a plus grave. L'ignorance de tout humanisme. Apprendre les lettres, jados, ça s'appelait "faire ses humanités". Plus de lettres, plus d'humanité. Voir ce toubib qui engueula un jour sa patiente de derrière son bureau, en consultant son dossier médical : "Comment, Madame, vous vous faites opérer, et vous n'êtes même pas fichue de me dire que vous avez été testée séropositive depuis plus de six mois ? " - elle a éclaté en sanglots la femme : elle n'y avait jamais eu accès, à son dossier. Ça c'est de la psychologie coco.
On ne va tout de même pas passer son temps à étudier la psycho, la philo, et tous ces machins de dégénérés littéraires ! Shit alors ! Parce que même la littérature anglaise, ils ne la connaissent pas. Alors maintenant, des voix se font entendre, tout de même, pour se rendre compte qu'il faut annoncer les mauvaises nouvelles avec ménagements (et non pas "déménagement"), qu'il faut "faire le chemin" avec son patient, qu'il faut tenir compte également de la sagesse que peut développer ledit patient (nombre de vieillards préfèreraient ne pas se faire soigner, mourant dans la dignité, plutôt que de se prolonger six mois en vomissant dans leurs tuyaux), et que la mort est un Échange, éventuellement, et pourquoi pas, de savoirs et de sagesse. Sans blague ! On redécouvre la sagesse du Moyen Age ! Alors le médecin qui fait ses propositions, il est tout gêné quand même ; il faudrait faire des séminaires "où on réfléchirait à tout ça", mais "on ne va pas appeler ça "philosophie", sinon on va faire fuir tout le monde, vous avez bien lu, le mot philosophie ferait fuir tout le monde, vous voyez le point où nous en sommes arrivés, il faudrait appeler ces cycles de conférence d'un autre nom, bien ronflant, mais surtout pas "de philosophie" !
Beurk ! Attends, attends ! Mon conférencier se rend compte qu'il est en train de réhabiliter l'agonie à l'ancienne, avec échange entre le malade et son entourage, le corps médical, ça lui rappelle vaguement quelque chose, ah oui, le Moyen Age – Moyen Age EGALE forcément "obscurantisme", n'est-ce pas, ça ne peut pas signifier autre chose, et vous savez ce qu'il sort ? Que c'est grâce à notre épqoue moderne, qui a inventé la Sécurité Sociale et la Démocratie (qu'est-ce qu'elles viennent faire là-dedans) que l'on peut enfin instaurer des cabinets d'études et des colloques qui permettront enfin de rattraper – la sagesse du Moyen Age, mais là c'est moi qui complète, vous pensez bien que le diafoirus, il n'y a même pas pensé, il a fait son association d'idées, mais avec l'équivalence de l' "obscurantisme" !
Le Moyen Age n'avait ni la Sécurité Sociale ni la Démocratie (ce qui reste à préciser d'ailleurs), ah les cons ! Ils avaient même la religion, AH LES CONS !!! LES ARRIÉRÉS !!! Eh oui mes braves incultes en littérature, philosophie, et histoire, le progrès se trouve parfois dans une réinterprétation du passé... J'ai dû voir "Urgences" deux fois, et je fus effrayé par la puérilité inimaginable de tous ces personnels médicaux face à l'amour : juste une question de baise, avec notion de rendement... "Ah ouais", ai-je entendu, "mais il faut les comprendre, avec toute la tension qu'ils ont !" Et c'est ça qui nous soigne ?
Et c'est ça qui nous opère ? Le pire, c'est qu'ils y arrivent, et fort bien, puisque nous vivons de plus en plus vieux... Le Singe Vert, comme les fidèles le savent, possède l'art dans ses dernières lignes de désamorcer tout ce qu'il a dit auparavant, même sous le coup de la rage méchante et inique. C'est qu'il n'est sûr de rien, le Singe, il gueule, il réagit, c'est un ré-actionnaire, il ne pense pas, ce n'est qu'un épiderme – parce qu'en dessous, il y a toujours la même chose, quel que soit l'homme, Papou, Lapon ou Africain : la peur, macaque, la peur... Et c'est exactement pour cela qu'en voyage (enfin : du temps où mes ressources me permettaient de voyager), s'il y a une chose que j'évite systématiquement, contrairement à ce que bêlent à l'envi (sans "e", crétins de dialoguistes de "Ridicule") c'est le "contact avec les gens", "avec les autres". Parce que ce n'est pas la peine de voyager, si c'est pour se retrouver après un quart d'heure de conversation en train d'enfiler les mêmes lieux communs qu'avec votre voisin de palier...
Quand je voyageais, c'était pour me retrouver, moi... Mais c'est encore une autre histoire, this is yet to be told...
AMIS DES BETES 67

POUR PETITIONNER EN FAVEUR DE ROBERT REDEKER : vos coordonnées au 66@pourlafrance.fr <mailto:66@pourlafrance.fr>. Evviva libertà !
732. Ô contradictions terribles ! d'un côté,
On voit la loi de paix, de vie, de bonté.
Par-dessus l'infini dans les prodiges luire ;
Et de l'autre on écoute une voix triste dire :
"Penseurs, réformateurs, porte-flambeaux, esprits,
Lutteurs, vous atteindrez l'idéal à quel prix ?
Au prix du sang, des fers, du deuil, des hécatombes.
La route du progrès, c'est le chemin des tombes.


VICTOR HUGO "L'Année terrible" – "Février" - "Loi de formation du progrès"


AMIS DES BETES

D'habitude j'écris vite, n'importe quoi, très fort.
Je vais parler des mauvais traitements infligés aux animaux. Quelques classiques :
o Ours chinois dans leurs cages exiguës, qui se font pomper la bile directement par canule.
o Tortues découpées vives dans les arrière-cuisines, ventre en l'air, à consommer tranche à tranche, bien fraîches.
o Singes excités pour que le sang leur monte à la tête, meilleur pour leur bouffer le cerveau en œuf à la coque.
Bon app.
Un chouette homard, bouilli bien vivant ; une huître, bouffée crue, inférieure, incapable de ressentir de l'épouvante. N'oubliez pas dans la foulée que pour avoir une bonne fourrure, c'est de sodomiser le vison ou l'hermine au fer rouge pour ne pas esquinter la peau. Et on ne va tout de même pas chialer sur les sacs en croco. Ni sur les gosses qui se font buter en Irak ou à Gaza. Au Texas aussi d'ailleurs. On pousse l'éleveur de vaches sous le flingue en tuant ("euthanasiant", pardon - tout le troupeau. Huit cent soixante-huit veaux simplement susceptibles d'avoir consommé des OGM de même tués lorsqu'il eût suffi de les remettre à la bonne herbe un an ou deux ans pour qu'ils soient de nouveau consommables.
Et sous prétexte d'une grippe aviaire miraculeusement dissoute par une "affaire Clearstream", on saisit sous les ailes en gants blancs des canards essoufflés pour les jeter vivants, conscients, à même le sac plastique ou la poubelle comme une ordure, sans un regard pour la magnificence d'un œil rond, tout remuant, tout palpitant crevant par tas de façon atroce sans qu'un putain de journaleux s'avise de proférer le moindre blâme, les moindres protestation, soupir ou restriction ni réticence, le plus piteux commentaire - si pardon, une fois, une seule : c'est quand tout de même, filmées en contre-plongée, des dindes au fond du trou toutes caquetantes, avec au-dessus d'elles des bouteurs prêts à leur déverser des quintaux de terre à même, comme en 37 à Nankin quand les Japs envoyaient des pelletées de terre dans la gueule aux Chinois de Nankin vite vite qui sanglotaient enterrés jusqu'aux genoux, et quand on ne voyait plus rien on piétinaient le tout cette fois-ci c'est moi qui mets tout sur le même plan.
On a trouvé des éleveurs pour cacher des tessons de verre dans des pots de miel pour faire crever les ours, des connards jetant à bouffer des culs de bouteilles dans la fosse d'un rhinocéros pour qu'il mette trois jours à crever, et d'autres fumiers bourrés de pastis brûler vifs des moutons gueulants dans les camions parce qu'ils sont importés d'Espagne.Barbarie sur les animaux, barbarie sur l'homme : ceux qui s'entraînaient à crever des yeux de chats peuvent tuer les gosses ennemis, pardon, l'ennemi.
Il paraît que les tueurs, les éventreurs des abattoirs ont une tout autre sagesse que nous autres braves bouffeux d'viandasse qui voulons ignorer que le poulet s'énuclée, s'égoutte tressautant la tête en bas par grappes de dix pour être plus facilement plumé, sans parler des bestiaux vidés bien lentement de tout leur sang au nom de je ne sais quel con qui se fait passer Dieu, veaux, vaches, pas les cochons tout de même, juste les bêtes pures, jusqu'à l'ultime convulsion, en pleine souffrance, en pleine conscience, pour que ce soit vraiment une âme qu'on remette entre les mains sanglantes du Grand Boucher. Encore des volontaires pour faire l'asticot sur l'hameçon, les 4000 taureux du torero qui sont entrés tout entier dans l'arène alors que le roi n'a pas pu ? le goupil qui rebondit de croc en croc jusqu'à ce qu'un Kabotchass lui brise la nuque ? Ouais ouais je mélange tout parfaitement...
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L'ironie sur les mémères à chienchiens. Celle qu'on entendait à "Là-bas si j'y suis", félicitant Sarko d'avoir traité certains jeunes de "racaille" : "Ce n'est pas "racaille" qu'il aurait fallu dire, couinait la vieille, c'est vermine !" - et par derrière, vraiment trop beau, les hurlements suraigus du roquet de rigueur, putain LE document sonore... Les mémères à chienchien... pas forcément connes mais seules... si seules... pitié pour les mémés... on vous verra venir un jour... Comme celle connue à Bergerac, hémiplégique sur son fauteuil, avec son petit cabot rossard tout tremblants d'anxiété et le petit vieux sur le fauteuil d'en face. Le crétinisme de Madame est avancé. Hostile la mémé. Hargneuse.
Jusqu'à ce que je lui ai fait des compliments sur son petit chien. Ce fut extraordinaire. Elle s'est mise à sourire, comme un humain, tout soudain, avec sensibilité quasi juvénile, comme une jeune mère qui ne sait plus parler que son nourrisson. Et à partir de là, du clebs, de roquet, j'ai pu la réintéresser à tout, aux réactions de la bête, à ceci, à cela, tout juste si on n'a pas parlé de politique internationale ou de poésie lettriste, tout à travers chien, chien faisant, seul et unique lien au monde (cf. ces fans de foot qui apprennent l'histoire du club, de la ville du club, de la province du club, de la nation française e tutti quanti – merde c'est de l'italien, pardon) blotti là contre ses tibias : le ridicule petit clébard était devenu seul intermédiaire, vecteur exclusif de communication ; exclusif et tortueux périscope, cordon ombilical ultime tant soit peu susceptible de maintenir l'accès à toute l'histoire, à tout l'épaisseur placentaire d'une vie, à cette masse étrange qu'on appelle la vie, la vie d'en haut, la vie d'avant la mort - par le chien.
Alors ne vous foutez pas des mémères à chienchiens. Parce que vous ne savez pas ce que c'est d'être au fond du trou juste avant d'être au fond de l'autre. De l'autre trou. Ni des pépés à chachat. J'en ai même deux. Krakouf, qui n'en a plus, justement, et Iris, bien intact. Je vous jure que les premières nuits où le plus teigneux (le castré) n'est pas rentré, j'en fus malade, à chercher le lendemain son cadavre dans les caniveaux. Or je ne connais rien de de plus exaltant, de plus gratitfiant, de plus joyeux concert à quatre heures du mat que celui du revenant, en train de gueuler comme un veau à la porte, et de son pote félin qui lui répond de l'intérieur... Et j'ai pleuré à l'enterrement de la première chatte, la précédente, le jour du tsunami : qui se serait intéressé à mon petit chagrin personnel, quand on enterrait par paquets de cent des hommes là-bas au bout du monde.
Moi je creusais ma toute petite fosse à chat, douze ans de bonheur dans un sac en plastique qui vous bat les mollets, avec un chat tout raide à l'intérieur. Il n'y a eu qu'un vieux monsieur pour m'écrire sur la mort de mon félix en me disant "je sais ce que c'est" ; qu'il en soit ici remercié. Ainsi que le Phare de Frazé, qui m'a confié n'avoir jamais perdu un chat qu'il n'eût ressenti cela comme un deuil personnel...
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Il était enfin une autre fois un établissement où l'on recueillait les vieux chevaux, incapables de courir ni de tirer quoi que ce soit, trop coriaces même pour la boucherie. Sur les hauts plateaux du Velay, ils avaient de l'herbe et de l'affection à profusion. Et des visiteurs de dire : "Tout de même, vous pourriez vous occuper des enfants malheureux, ou des petits vieux, plutôt que de vous attendrir sur des vieux canassons..." Et le patron du haras à bourrins répondit : "Alors vous autres, qu'est-ce que vous faites donc pour les petits orphelins et les petits vieux ? - Rien ! ce n'est pas à nous de faire ça, il y a des établissements qui s'en occupent, c'est l'affaire de l'Etat – Donc, laissez-nous choisir de faire du bien aux chevaux..." Ou soigner les tombes de ceux qui nous ont consolés, éduqués, formés. "A toi ma chienne, qui a fondé toute ma jeunesse et mon adolescence". "Je ne t'oublierai jamais". Certes il est scandaleux, selon de Goncourt (Edmond) d'ériger de somptueux monuments à des quadrupèdes gavés alors qu'un peu d'argent aux pauvres eût été le bienvenu.
Assurément on les oublie, nos compagnons. Passant dans un petit cimetière d'animaux de station balnéaire, je fus saisi à la gorge par le spectacle d'un poignant abandon : herbes, tumulus indécelables, plaques de travers à demi-effondrées, dates si tragiquement rapprochées entre la naissance et la mort, jamais plus de dix-neuf ans. J'en fis la remarque publiquement. Quelques mois plus tard, le petit cimetière avait retrouvé toute la fraîcheur d'un lieu bien entretenu. Je fus satisfait, modestement, de mon petit succès. La mort des animaux me concerne plus encore que celle des humains ; nous en effet, de toutes façons, avons mérité de mourir. Mais les animaux, eux, ils n’ont rien fait. L'enfant lui-même peut être considéré comme portant encore malgré lui, d'une certaine manière, les signes d'une déchéance à venir. Plus signifiante encore cependant a tombe de l'animal, car si nous ne savons que trop de quelles inéluctables désillusions, déchirements et trahisons la destinée du petit d'homme sera tissée, nous ignorons ce qu'a été, en soi, la vie de l'animal, sinon le signe indéchiffrable d'on ne sait quoi ou qui, souvent divinisé sous ces traits même, ou du rien, du Grand Inutile , du Grand Gaspillage de l'Energie du Monde avec des capitales partout. L'inutilité ici renvoie à notre inutilité, celle de l'animal plus profonde encore, étant là, parce qu'étant là. Ces yeux mêmes où nous pensons lire tant d'échos, tant d'affection immérités, tant d'amour gratuit, un jour s'éteignent, se fixent, se vitrifient, sans que nous puissions rien appréhender, tout proche cependant, quelque chose qui nous menace sourdement, nous reflète, nous ignore
Cependant croyez bien ces douze ou quinze années d'existence, si nous n'avons pas maltraité notre double d'exigences absurdes – je pense à ce sloughi de chasse, sauvagement attaché à longueurs de journées au bout d'une laisse qui lui laissait juste la liberté de se lever ou de s'asseoir sur place, condamné par une cruauté véritablement imbécile à voir s'avancer vers lui à le toucher mais sans jamais l'atteindre - puis décroître sur le parquet un triangle de soleil – et pour celui-là qui fut finalement libéré pour courir enfin dans une prairie avec des enfants, compien d'autres restent enfermés dans des puits sans lumière, et remuant la queue dans son infinie gratitude lorsqu'on leur apporte, deux fois trente secondes par jour, leur infecte pâtée – pour peu que vous l'ayez donc aimé, les quinze ou vingt années de son existence ressoudent très exactement, dans la plénitude animale, les misérables instants volés de vos bonheurs humains.
Voilà pourquoi le Singe Vert voulait avant les vacances, où des milliers se préparent à abandonner lâchement leur compagnon, dont ce chien retrouvé un jour attaché court à un arbre le museau étroitement scotché tout autour pour qu'on ne l'entende pas crier, pour ne rien dire des saligauds qui ont un jour laissé leur vieux sans papier (d'identité...) dans les chiottes d'autoroute pour qu'on le fourre dans un asile - hélas on a les a retrouvés puis solidement condamnés à fond les gamelles – voulait pousser un grand gueulement.
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VANITAS HISTRIONUM
MÔSSIEU DOUPE – GOUZVOT, COMEDIEN DECHU, GROS COMME LE BRAS
Pour les mal-comprenants :
1) ARTICLE FIELLEUX SANS AUCUN RAPPORT AVEC LE PRECEDENT
2. EXERCICE DE HAINE PURE ET PARFAITEMENT CONNARDE
3. LES SOUFFRANCES DU MEDIOCRE
4. MAIS NON JE NE PENSE PAS ÇA, JE SUIS TOUT DOUDOU TOUT GENTIL COMME TOUT LE MONDE, GNAGNAGNA !
Tant de gensses à qui un jour tout fut donné, tout retiré - mais tout de même tout donné, un jour : le fait d'être Lorrrain, le fait d'être malheureux, le fait d'être pauvre, le fait d'avoir subi des épreuves. De risquer sa vie sous les fromages blancs jetés des étages pendant la guerre, sur la route de Nantes, et Place de l'Hôtel de Ville à Paris – car on était pauvre, mais tout de même, à trois stations de métro du centre. Après ça je te remplis ma vie avec des Mnouchkine, des Ionesco, des Villar, inconnus sans envergure comme chacun sait. Et toutes sortes de minables de cette espèce – excusez du peu. Qu'est-ce que ces Doupe-Gouzvot viennent ensuite se revendiquer, pleins aux as, de "complicité avec le peûeuple", de "fraternité", voire, impudence suprême ! de "représentativité" de la souffrance?
...Alors qu'ils n'y a rien, strictement rien de commun entre nous, les véritables damnés couillons de l'éternel dessous de panier, et leurs "réussites exemplaires", leurs ininterrompus et incessants frayements et fricotages avec tout ce que l'intelligentsia peut comporter d'élite – parce qu'ils avaient du talent, faut pas croire, et moi je hais le talent... Remballez donc vos générosités, vos enthousiasmes, parce que nous ça fait longtemps qu'on n'en a plus, d'enthousiasmes - laissez-nous donc croupir dans nos bouillasses de sans-grades et de queue de troupiau... Nous n'avons aucun talent nous autres, aucune "capacité de travail", ni "Hâmour de la vie", ni votre naïf et puant sentiment de vous-mêmes, bouffis de modestie, d'arrogance et de vanité inconscientes jusque dans les manifestations les plus niaises de votre fraternité qu'on vous recrache à la gueule...
Tout ce que vous écrivez c'est juste une gigantesque leçon de morale à votre gloire.... Moi je n'y ai jamais cru, à la "bonne étoile". Ça ne se commande pas, ça. C'est comme la foi. C'est là ou ce n'est pas là. Je me la suis toujours reforgée à grands coups de cabossages et de méthode Coué, ma bonne étoile, tous les jours en poussant sur ma cuvette à chiottes, parce qu'il faut se la refaire tous les jours, son étoile, comme quand on se casse le cul à déféquer. Je t'en foutrais de la confiance en soi, comme si c'était un mérite, avec le petit ressort qui refait toujours bander... Et même pas envie d'argent... Moi si... Je suis l'Envie... Moi j'aurais bien aimé être cousu de pognon. C'est pour ça que je suis méprisable. Toi tu as connu des gens. D'emblée. Tu as toujours connu les gens qu'il faut là où il faut, le jour qu'il faut.
Tu as toujours bossé, avec foi, avec cran. Eh ben va chier. Tu n'as rien à m'apprendre, moi rien à t'apporter. Je t'en foutrais des changements de cap, des redéparts à zéro puisés au fond de ton énergie indomptable... Sans craindre les emmerdes. Ben voyons. Gros courageux. Tu ne vois pas que c'est le Destin qui te mènes, et que tu ferais mieux de fermer ta gueule au lieu de la ramener avec tes couilles qui te barrent la figure ? Déjà avec tes parents, tu as eu du bol. Moi je peux toujours le chercher dans mes souvenirs, l'accord avec papa-maman. Quand on a réussi, on doit crever de honte. Ne pas s'exhiber. Ne pas venir éclabousser les loquedus de sa jactance, de son insupportable modestie. J'ai l'air fin avec mes grands-parents ivrognes et mes ascendants pecquenods, n'ayant pour tout folklore que l'appartenance lorraine, fasciste, forcément fasciste, n'est-ce pas ? Et attends ! C'est pas tout ! Pas un qui manque à l'appel ! Tous ceux que Tu-As-Connus ! Tous Ceux-Qui-Ont-Monté-Mes-Pièces, Mis-En-Scène-Mes-Pièces, Joué-Mes-Pièces ! Bourousse, Khovo, Tobo - eh, vous croyez pas que je vais vous refourguer les vrais noms sans blague, je tiens à la vie, moi - jusqu'à l'éclairagiste adjoint auxiliaire en stage, allez tous sur la Scène-A-Gloire, faut oublier personne, on vit dans un univers impitoyâââble, avec procès en cas d'oubli de référence, et que je te renvoie l'ascenseur, et que je t'exclus les pauvres connards de la tourbe tout juste conviés à taper très fort dans ses mains à la fin des spectacles, qu'ils n'auront pas eu les couilles, eux, ni la persévérance de produire, toute cette bande de lavettes au cerveau plat, à l'énergie raplapla : le Public.
Le tout noyé dans la guimauve, dans les bons sentiments, les kilos de pommade en tube. Moi je préfère carrément les cyniques, qui se montent dessus jusqu'à ce que le meilleur gagne, mais au moins, sans guimauve, par pitié, sans guimauve... Franchement crever pour crever je préfère la bonne barre de fer dans la gueule à la noyade dans le yaourt. Parce que quelle que soit la manière, ce seront toujours les mêmes qui vous feront crever, à l'autre extrémité de la cuillère à beurre ou de la barre de mine... Moi j'ai toujours préféré la loi du plus fort... Parce que fin finale, si tu regardes bien, si tu scrutes bien à fond avec ton spéculum, tu vois que c'est toujours ça qui fonctionne et qui fonctionnera toujours... Rends-toi compte, l'autre blaireau : "Chargé de mission au Grattémoila" ! (San Antonio, d'accord...) Qui est-ce qui m'a demandé d'aller au Grattémoila, à moi ? La seule fois où on m'a proposé par téléphone si je voulais un poste au Kakaprout-Equatorial, je n'étais pas là, ma belle-mère a dit qu'on me rappelle quand je serais revenu j'attends toujours depuis 77. C'est ça, mes coups de bol à moi. De toutes façons je n'en aurais eu rien à foutre d'aller au Kakaprout avec ma gueule de Blanc toujours prêt à se faire foutre sur la gueule au moindre soulèvement de la population... Je n'ai même pas eu besoin de refuser les avances d'un régime fasciste ! On ne me sollicite pas, moi, je n'ai pas un poil d'héroïsme à faire griller ! Quant au Directeur du centre Français en Tartempionnland, tout ce qu'il a trouvé à faire, ç'a été de me virer comme un malpropre pour "conduite inconvenante"... (c'est que je faisais perdre du pognon, vous comprenez...) "J'ai tourné ici... et j'ai tourné là... Montauban, Los Angeles, New-York, Nouvion-le-Vineux..." A part ça il paraît que c'est moi qui ai des problèmes d'ego... Mais que tu aies joué à Pétaouchnok-lès-Petropavlovsk, je n'en ai rien à foutre ! Quelle angoisse t'habite, hein, d'être oublié, de redevenir méconnu, d'être retartempionnisé, wiedertartempionisiert, Monsieur Doupe-Gouzvot ! C'est qu'elle est froide, l'haleine de la mort ! N'est-ce pas ! Comme on finit tout de même par se comprendre ! Ah, t'en as vu, du monde, t'en as réussi, des trucs ! Allez Machin, va chier, appuie-toi sur moi, même qu'on va chier ensemble...
LA FOLIE SAINT - FLOUR
CITATION QUOTATION ZITAT
Un pied dans l'érudition, l'autre dans la magie, ou plus exactement, et sans métaphore, dans cette magie sympathique qui consiste à se transporter en pensée à l'intérieur de quelqu'un.

C'est en police Georgia, c'est tiré des Carnets de notes des Mémoires d'Hadrien, là je m'arrête un peu y a ma femme qui m'appelle pour la soupe.

CE QUE J'AI VOULU TRANSMETTRE

C'est un élève qui me l'a dit : « Ne jamais obéir, sauf à certains principes qui sont au-dessus de l'obéissance. »
Un prof qui donne un coup de pied à son cartable...
Qu'est-ce que j'ai bien pu leur transmettre ? Est-ce à moi de fournir la réponse ?
D'abord j'ai senti l'urgence, le danger. Vite, au créneau, tirer sur tout ce qui bouge. Une peur intense, permanente. Le sentiment (bien à tort) que la moindre seconde de silence va dégénérer en rejet. Ne pas laisser une seconde libre. Et, béquille indispensable, le Texte. Par peur du métier, qui m'aurait coupé d'eux (« Monsieur ! Revenez vite, le remplaçant est un con, il nous prend tous pour des nazes ! ») je me suis affronté au risque permanent de l'humiliation. Du contact humain. (« Ça ne vous fait rien de revenir dans ma classe alors que je vous ai donné une baffe l'année dernière ? - Non M'sieur : avec vous au moins c'est plus humain. - Main sur la gueule ? .
J'ai tiré en permanence des feux d'artifices, (d'esprit, d'attention) dans des caves. Et pourtant qui ne se souvient de moi ? Faudrait-il que je reconstitue autour de moi tout ceux qui m'ont admiré ou subi ? Ou qui se sont fait chier ? Mathieu de Lacanau me disait : « Vous êtes un prof pour bons élèves. Il en faut, mais vous ne savez pas expliquer. »
... Qu'est-ce que j'ai bien pu leur apporter, à ces élèves ? L'incertitude ? Le doute ? La dérision ? Il faudrait reprendre chacun des cours. Pourquoi ai-je abandonné si facilement tout cela ? Ce n'était donc rien , que ma vie de prof ? En sera-t-il de même pour les êtres que j'aurai connus ? Ma vie sociale, amoureuse, conjugale ? (c'est la même) Tout de suite abandonné dès que ça cesse ? La vie comme champ de ruines. A mes élèves ? J'ai apporté moi. Mais à part ça toujours estimé qu'il était impossible de transmettre. La façon de se servir d'un engin, oui. De goûter un texte ? Peut-être. Mais rien n'a correspondu à ce que je voulais. Pas de plan. Pas d'effet mesurable. Nous en sommes peut-être tous là. Je noie le poisson. (à ne pas suivre)
Il est une fois ce fou, nommé L., d'âge indécis, tête effarée, joues cireuses, un sourire et le nuage sur les yeux : beau, le front haut. Son obsession consiste à collectionner les Georges dela Tour.(Le Tricheur à l'as de carreau) Il possède une maison Merlin dans les Landes, agréée par la commission des sites (« Vous ne savez jamais si vous êtes dehors ou dedans ») Cet homme conserve un carnet d'anniversaires, comptant 146 personnes ; vous vous réveillez (mettons) frais et dispos ; juste avalé le café, téléphone ! (indicatif : la Tempête de Guillaume Tell), c'est lui, le fou des annivs ! et s'il vous aime, il offre un cadeau : "Dans mon enfance dit-il, mes frère et sœur s'étripaient, moi je t'aime." - un original, qui renvoie ses maîtresses au premier mal de tête : "Ma mère, dans mon enfance - " - ta gueule.
Hermann, c'est autre chose. Né à Berlin en avril 45, il ignore à quelle date : tout a brûlé Un horoscope à jamais indécis ! Hermann parle d'une petite voix chagrine mal articulée, plissant les yeux comme un espion sous son volet ; si l'homme du paragraphe précédent le fixe de l'étage supérieur, alors vu de dessus, mis à nu, il pleure. Son appartement s'étire sur trois pièces à l'entresol en enfilade, faciles à incendier, dont les trois fenêtres donnent sur une galerie intérieure. Tout est sombre chez lui, où il a trois petits chiens. Le mois précédent, Hermann et Lamartic (dont nous parlions) partageaient le loyer, Lamartic s'est fait virer pour mauvaise haleine : "Pure mauvaise foi !" Notre Berlinois s'est retrouvé seul en enfilade, les fenêtres ouverte quand les chiens puent. Au rez-de-chaussée vit un vieux prêtre aimant les animaux, qui garde l'œil sur les trois clebs quand on les lâche devant sa porte sur la pelouse du patio, tout en lisant La Poétique d'Aristote ; le prêtre et Hermann se parlent peu. L'abbé Bodo sait à quel point il est fervent judaïste: que de conversations possibles ! nous nous côtoyons tous ainsi, dans l'ignorance et l'avortement. Or , il est fils de prêtre. Bodo n'a dû qu'à la discrétion d'un confesseur de se joindre, après son géniteur, aux serviteurs de Dieu ; . fils de bandit, violeur de grand chemin, salut possible ; mais fils de prêtre ?… c'est plus douteux... Le curé d'ailleurs n’a jamais su gérer sa paroisse, tant sur le plan pécuniaire que spirituel ! « Je me suis mis tous mes fidèles à dos ». L'évêché lui suggère le monacat - les voies de la hiérarchie sont bien obtuses… Désormais , en rupture, il considère les chiens d’Hermann comme autant d’ouailles franciscaines. Mais leur maître lui-même, n'éprouve aucun appétit de salut ; la vertu l'indispose jusqu'à la répugnance. Il vit pourtant seul avec ses bêtes, qu'il promène parfois en « laisse collective » : imagine-t-on un client de bordel, à supposer qu'il s'y rende, attacher ses trois chiens au bar, et tirant son coup à l'étage ? ou les confiant, précisément pour cela, au prêtre ? Le quatrième personnage se nomme Elodie. Séparée de Lamartic, pour mauvaise haleine ! Elodie se souvient de ses Noëls d'enfance, jusqu'à ce que son père n'ait plus eu de quoi fêter Noël : vente des meubles, jusqu'au lit, remplacé par un empilement de matelas. Elodie lui en garde rancune : "Un père conserve toujours de quoi payer un lit à sa fille". Adulte, Elodie devint bavarde, abandonna très vite l'étude du banjo. Elle a maintenant ce profil de Wanda Landowska, sérieuse au-dessus de son clavecin à St-Leu. Lamartic avait séduit cette Elodie par la parole, du temps où son haleine était légère. Ce qui le séduisit aussi ce fut ce nez dans le prolongement du front, les cheveux noirs en bandeaux, et ce sourire cincentré qu’ils ont tous, les clavecinistes, avant de plaquer leurs accords.
Si j'eusse moi-même, rencontré ne fût-ce qu'un Neupert en ma seizième année, ma vie en eût été changée. Elodie se garde bien de mentionner le moindre mal de tête à cet homme qui parle souvent de sa mère, trimant sans se plaindre en rechargeant un sac à dos (c'est un geste qu'il a). "Exaspérant !" s'exclame Lamartic. Les deux anniversaires passés par Elodie dans sa maison des Landes fournirent prétexte à une avalanche de cadeaux et d'actes sexuels inutiles ; certains présents du moins furent-ils remmenés pour échange. Elle apprit tout sur Georges de la Tour, à savoir, peu de choses. Puis quitta Lamartic pour Hermann. Ce dernier ressemble à Irving Langmuir, prix Nobel de chimie en 32, front dégagé, morgue méfiante.
Hermann, malingre, sort de nuit dans le plus simple appareil. Pénètre dans les jardins privés, relâche les nains dans la forêt (Front de Libération des Nains de Jardin). Elodie rencontrée, il s'introduit chez elle, en elle. Puis se présente au portier d'un asile, l'insulte, l'attaque et lui porte des coups : le voilà interné pour longtemps. Or le lendemain, le docteur le libère : "Coups et blessures en état de parfaite lucidité. Hermann est dans de beaux draps ! Mais le portier n’a pas porté plainte. Hermann mange trop, gagne trois kilos, crie qu'il veut retourner à l'asile « Je veux retourner...!" - peine perdue. Il se la tranche. Pine perdue. Elodie : "Tu ouvrirais la bouche, il en coulerait de la bave ; tu te déplacerais en trimballant ta potence à perfu - qui voudrait de toi ? et tu conserverais ta pleine conscience, mais aphasique. Enfin tes sphincters s'ouvriraient - Je veux retourner... - tu ne m'écoutes donc pas » et Lamartic lui-même le prend dans ses bras : "Mes amis » lui dit-il « voulaient repartir là-bas comme toi. Et j'ai lu pour finir la crétinerie dans leurs yeux. L'asile, mon vieux, c’est juste bon pour ceux qui sont au bout du rouleau. Sans perspective." Mais lorsqu' Hermann veut qu'on précise les perspectives, justement, les propos se font très évasifs. « Alors un meurtre, une attaque de vieille, une séquestration ? j'en suis incapable" répète Hermann.
Le prêtre Bodo sosie de Lamennais (fortes lèvres pincées, nez soupçonneux, regard de pénitent) dit à Hermann "J'ai tout fait, en un temps où l'objecteur de conscience passait en prison plus de temps qu'en caserne ; Lamartic, fils de médecin, m'a obtenu des certificats médicaux. D'abord on m'enferma parmi d'authentiques dingos (ils écoutaient à fond Sylvie V.), puis on m'a mis dans un grand dortoir avec pour consigne de rester calme. Les autres ont droit aux cachets pas moi : la consigne est stricte. Je me cache pour prier, crainte de me retrouver chez les agités. Nourriture infecte, lits de camp grinçants, plus d'érections. J'ai vu mon premier mort, un pendu, décroché sur sa civière, tête bleue, sans souffrance. Est-ce ainsi que tu veux mourir ?" Hermann, dont le poids n'eût pas seulement tendu la corde, reste muet. Au tour d’Elodie : « L’asile hébergeait les deux sexes, mais ils n'en avaient plus. Garçons et filles s'embrassaient sans désir, on a fini par s'éviter. Une trentenaire laide a reçu la visite d'une tante en tailleur revêche ; la nièce suit de la pauvre vitesse de ses jambes enflées : « Ma petite, dit la tante, tant de femmes ne pensent qu'à leur plaisir !" La grosse laide haletait : "Oui - oui" Roulant des yeux pleins de peur » Lamartic témoigne aussi. Il dit : « Je me rends à Nouve de Hautes, bourg étouffant l'été, qui tire ses emplois de l'immense H.P. au-dessus des lacets, bordés de clôtures en ciment. Une équipe d'enfants qui taguent, "Colonies de Vacances de Val d’Ouche" : tous encore sains de corps et d'esprit, peignant sur les plaques « les Seniors de l'Equipe de Foot » ou « Snoopy, Titi, Grosminet ». Les filles de dix ans manient le pinceau et le white spirit sous les bâches à 36°, j'ai coupé les lacets par les petits perrons, tout essoufflé, à l'entrée c'est peint STOP par terre, le portier ne m'arrête pas, on voit bien que je ne suis pas fou.
« Je gravis en pleine fournaise (dix heures trente) l’allée centrale très large, bâtiments à droite, à gauche, d'autres éparpillés sur les pelouses, bien entretenus, le tchac tchac des jets d'eau, le pavillon du dirlo est à l'ombre (et lui en vacance au Caire), juste sous la chapelle contemporaine et close (j’ai vérifié) En gravissant la pente j'entends la plainte sourde et répétée (à droite) d'un homme : adulte, invisible ; quand je longe les buissons de buis le jet d’eau m'envoie des gouttes, l'asphalte fond, une femme (à gauche) qui gémit à intervalles réguliers, tous les dix pas les cris de l'homme, tous les vingt pas ceux de la femme, la femme souffre moins que l'homme, c’est bien connu.
Mon pote mort depuis gît ce jour "Pavillon des Tulipes", en Enfer les lieux portent des noms de fleurs, "Muguets", "Bleuets" ("Long séjour plus haut, pour les vieux qui pissent sur le fauteuil de promenade). Mon ami m'attend debout maigre crâne chauve et oreilles décollées, rasé à blanc, De Gaulle un peu. Veste et tricot sur la sueur, éminent prof de physique en fac remercié pour bagarre au labo. Sans visite. Il semble heureux de me voir, le salon d'asile a des murs verts et sonores, et comme en parlant mon pote ne peut s'empêcher de se lever, de se rasseoir, nous remontons par un sentier vers ce qu'il appelle la ferme où je ne vois point d'animaux mais une infirmière qui donne à gober deux œufs qu'il aspire. C’est répugnant. Il s'adresse à tous sans égards ni formules, demande aux fauteuils s'ils se chient dessus, les décoiffe par blague, fait irruption dans les bureaux : "Vous parliez de moi ? ...file-moi un bon de sortie ! " - "Sous votre responsabilité" me dit l'infirmier qui rabroue, je reste par derrière en souriant : le personnel m'affiche sa connivence. Chambre individuelle, spacieuse, ni décoration, ni transistor, sur la table de chevet je lis "Formulaire Sécurité Sociale" et barrant la feuille une ligne de grosse écriture je suis si malade que je ne peux pas m'occuper de mes papiers, sans faute dorthographe. Suit la référence d'une association.
« J'accompagne ALFRED à la cafétéria, sans plus grand-chose à dire, ou bien trop, jadis nous avions quinze ans, il me traitait d'impuissantet me faisait des projections de judo sur la plage pour épater les filles. Plus tard sa femme s'est pris le cancer en pleine tête, une infirmière, lucide jusqu’en phase terminale, trois ans de picolage à deux "dans la cuisine » me dit-il « on roulait sur les canettes", il exhibe sur le gras de l'avant-bras un tatouage, quand on tire sur la peau sa femme sourit, l’encre est grasse et baveuse, il m’a confié au téléphone je crois que l'on abuse de ma solitude.
Elodie parle enfin de son ancien mari, Lamartic, : « Sans moi il y serait encore. J'écris au Professeur Vonderrede « Docteur ma nièce est morte d'un écoulement ploc, ploc dans le cerveau, par excès de médicaments, à 37 ans ». Vonderrede me convoque. Il ne m'impressionne plus, parce que du vivant de son père, Professeur Psychiatre, Herr Doktor n'osait pas ouvrir la cour. Sitôt papa père mort il a autorisé les fous à se promener entre les massifs, tous portails ouvert ; un jour une grosse fille s'est réfugiée sur mon siège arrière en écrasant tous les ressorts. On me l'a reprise après cinq minutes et l’infirmière m'a engueulée. « J'ai lu votre "lettre humoristique" m’a dit Vonderrede fils, une lettre où j'exigeais la liberté pour Lamartic.
« J’avais été cinglante. Par écrit. Drôle d’humour. Alors mon Lamartic, il me l’a relâché juste avant le pont de l'Assomption. Sinon pont ou pas je revenais avec les flics. On m’a fait signer les décharges et je l’ai repris chez moi. » Hermann n'a pas répondu. Il a d’abord abandonné sa guinde à minuit en plein virage, forêt de Morancey, , sans lumière. Il a vu ça dans un film. Celui qui l'a percutée n'a pas apprécié « l’aspect libérateur de l'acte gratuit" comme ils disaient sur le programme. Du fond de ses plâtres il l'a traité de bâtard, et Hermann s'est dénoncé pour se faire interner. Mais Lamartic a refusé de le voir Une nuit m’a dit l’infirmière le Hermann s'est levé : un dingue secouait la porte verrouillée en gueulant "Jacques ! Jacques !" La garde de nuit a engueulé Hermann. Il explique calmement : « Je suis allé trouver cet homme. Je l’ai calmé en le prenant par les épaules. Je lui ai dit : «Tu l’aimes, Jacques ? - Oui. Oui. - Il va revenir. » Et je l’ai ramené au lit. C’est lui qui gueulait, pas moi. »
L’infirmière a braillé qu'il aurait dû se taire sans bouger. C’est le règlement » La suite est réjouissante, car le curé Bodo courtise la femme d'Hermann, non sans succès : le prêtre affiche une satisfaction béate.: "Faisons" dit -il "une partie de cartes à trois" Elodie compte les points, sans rien comprendre à leur conversation en basque ou en français. Etranges hommes en vérité que Lamartic, laissé libre, et ce prêtre, étranges complicités. La femme mortifiée retourne s’enfermer chez elle. Quant à Hermann, en son asile (Etché Aïntza)(c’est en avant, en basque) il tombe sous la coupe d'une psychiatre estonienne engagée à l'année.
Un jour pendant la séance l’Estonienne croise les jambes très haut sous ses yeux. La jupe s'envole mais le mouvement est tel et si imprévisible qu'au lieu de laisser le tissu retomber, il se produit un nouvel envol, comme un orgasme sur un autre. Les femmes paraît-il ne l’obtiennent qu’en se masturbant, quand elles se sentent absolument libres. La psy porte une gaine bleu fluo., et ses yeux prennent un éclat métallique et méchant pour clouer le regard de l’homme. Mais la gaine remonte très haut et redescend très bas si bien que tout viol est inenvisageable. Hermann ressent comme une trahison d’exhiber ainsi ses dessous , le joue où elle annonce son mariage avec un médecin turc. Et lorsqu'il aperçoit le surlendemain l’enveloppe portant la suscription « Kyria Glanta, psychologue » oubliée sur le bureau (il fixe l’enveloppe et la lit à l’envers) ; Glanta tente en vain de la dissimuler. Hermann lui retire toute confiance car ce n'est pas une vraie psychiatre. Il avait tort. Peu après la psy dit « Vous êtes guéri »., et ils éclatent de rire. Hermann libéré, fait un voyage à Blois, d’où il envoie du château une carte ouverte où chacun peut lire, au verso d’un cygne héraldique percé d'un flèche : "C’est à vous qu’appartient d'interpréter comme il se doit la symbolique de la flèche et de l'oiseau." Revenu chez lui Hermann démolit à la hache un piano droit qu'on lui a confié. pour les vacances. Il refusa plus tard de s’en souvenir. "A moins" concéda-t-il, "que je n'aie été dans un foutu état ». Les années passent , il devient vendeur ambulant de pâtisseries turques préparées par lui. Sa fille de quatorze ans le rejoignit . Elle tenait tête à son père, au grand amusement des passants, tandis que d'autres à l'écart assistent navrés à la démolition d'un père. C’était l’époque où les journaux, en août 2000, suivaient heure après heure l'atroce asphyxie des sous-mariniers du Koursk. Hermann se présente encore aux portes de l'asile de fous, rosse le gardien à coups de lattes, mais n’écope que d'une courte peine pour coups et blessures.
Il faut se résoudre à vivre raisonnablement. A présent Bodo le prêtre et Lamartic flirtent aussi avec cet exploit de passer pour fous. La dernière chose qui les retient, c’est d'imaginer cette espèce de blocage général, cet état torpide contre lequel rien ne sait lutter, ces promiscuités molles et tendues, ce cul-de-basse-fosse de l'entendement, tout ce qu’Elodie leur a répété. C'est elle qui les tire vers le haut, les maintenant dans la nasse de la raison, les abreuvant de distractions, belote, baise de loin en loin, prête elle-même à succomber Mais ils se retiennent, tant que passent dans leurs visions ces couloirs gris, ces feulements mous de pantoufles où vacillent vers la mort ces silhouettes infiniment pelucheuses.
Si vous confondez tout ça n’a pas d’importance.
Falls ihr alles verwechselt habt, macht's nichts.
69 MA GLORIEUSE CARRIERE
La petite citation à sa mémère :

765 : Le plaisir esthétique naît de coïncidence entre l'œuvre d'art et le rêve ; c'est une affaire entre l'esthète et l'œuvre d'art et non entre l'esthète et l'artiste.
Philippe JULLIAN
Oscar Wilde

le singe vert 69
MA GLORIEUSE CARRIERE (LES RISQUES DU METIER)
Rien n'a varié d'un bout à l'autre de ma carrière. Le stock de vannes était constitué dès le début, dès la puberté. A ceux qui me disaient "Vous avez de l'esprit" je répondais "Non, de la mémoire". A présent je regrette certaines vannes que j'aurais pu faire, mais qui n'ont plus de public à présent. Mélancolie. Et si je passais à la troisième personne ? Des visages... Des taches blanches levées vers moi... En ce temps-là, les élèves étaient blancs. Ouais, humour.
Fausses brimades
Marmande : "Je ne suis pas si con que VOUS en avez l'air". J'avais un petit garçon, fils de prof de français au collège voisin. Très vif, frétillant, ravi. Son père vient me voir : Comment puis-je améliorer l'orthographe de mon fils ? - Ben si vous n'y arrivez pas vous-même comment voulez-vous que j'y arrive moi ?
Andernos : quand ils se plaignent de trop de devoirs : "Fallait pas naître".
"Ta gueu-ll-e..." Gâchis ou pas gâchis ? « Je suis comme une truie qui doute... » Qu'est-ce qui m'est arrivé ? Prof... Je me tâte, je me pince : c'est bien moi. Professeur de l'enseignement secondaire. Tous ces souvenirs sont-ils réellement les miens ? quelle guerre ? gagnée ou perdue ? Où est passée ma civilisation ? Où est passée ma vie ? Qu'est-ce que j'ai laissé passer ? « Rigolez, rigolez de ma connerie ; ça vous évitera de pleurer sur la vôtre » : je l'ai sortie les derniers temps, mais dans un brouhaha, une seule qui s'est tournée vers les autres : « Vous vous rendez compte de ce qu'il vient de vous casser, là ? »
Je m'ennuie, très vite. De plus en plus tôt dans l'année je n'ai que ce moyen de les réveiller, de les réveiller : des vannes. Plates, scabreuses. Très vite. Même avant la Toussaint. « Vous êtes tous là à me regarder avec vos yeux en anus de mouche". La fille Braillon, à Chauffignac, d'un bout à l'autre de la classe : « Je vous emmerde ! - Torchez-vous mon amie, torchez-vous." Tout le monde s'est foutu de sa gueule. Il faut savoir répondre, aux élèves, du tac au tac. Sinon t'es foutu. Le Principal appelait ça « Les cours à la C. » (je m'appelle « C. »). La fille Braillon s'imaginait aussi que le but d'une femme, c'était de rendre un homme heureux. Je lui disais « Détrompez-vous !  » J'étais féministe à l'époque. Je le suis resté. Pas comme Ségolène. Ségolène fait beaucoup de tort aux femmes. Les hommes vont encore s'en prendre plein la gueule. Je vote Ségolène. En sixièmej'annonce une série de lectures sur le thème des femmes. Tous les garçons et filles comme un seul homme : « Quoi, encore ! ». J'aimais bien les filles.. Y'a qu'les filles qui m'intéressent... Elles sont franches. De la sixième à la première, pas plus.
Dès dix-sept ans, elles mettent leur masque de Bonne Femme. C'est fini. Elles te sortent toutes la langue de bois : « Oh mais pour faire l'amour il faut que je sois très, très amoureuse ! » - pour te toucher, t'es amoureuse de qui ? (pensais-je ! oulàlà ! pensais-je !) Une partenaire de 28ans m'a dit (pas une ancienne élève ; je n'aurais jamais supporté) : « Oooooh ! Mais c'est pas la même chooooose ! ». C'est qu'elles porteraient plainte ces connes. Peut-être même bien maitenant, rien qu'en me lisant... Il ya du fric à se faire, pensez, avec ma retraite... Tu sais ce qu'il y a d'emmerdant quand tu es prof ? C'est que toute ta vie tu te fais traiter de fainéant et de privilégié...
Tu sais, les fameuses 18 heures par semaine, qui te laissent épuisé comme si t'en avais fait 36... Ce n'est pas les copies qui épuisent, c'est le DON DE SOI. A 100 %; à 99%, les élèves le sentent, ils ne t'écoutent déjà plus. Et les vacances ? ELLES NE SONT PAS PAYEES. Nous sommes payés sur 10 mois, divisés par douze. Ça vous la coupe, ça ! On ne le sait pas dans les chaumières, ça... « Ouais mais vous êtes bien payés ». Bon, j'ai fait bac plus 6, bac plus 8, excusez-moi d'avoir fait des études, j'aurais pas dû, c'est sûr, j'vous demande bien pardon... Qu'est-ce qu'ils sont devenus tous mes élèves... Garçons et filles... Tous ces gens de 43, 45 ans, et qui ont sombré dans l'immense melting-pot de l'Oise... C'est grand, l'Oise...
« M'sieu, j'ai fini ! - Tirez la chasse. » Dès la sixième, systématique... Ça passait pour une audace folle... A l'époque... "Vous avez été légendé, Monsieur, légendé ! » - on m'a sorti ça au salon du livre de Bordeaux – enfin, ce qu'il en reste – il est vrai qu'on a le tramway maintenant... « Maman, c'est vrai que le Juppé il va revenir au gouvernement ? - Ta gueule... » Et ce collègue qui
vient me dire du mal de Machinchose et de Sprouwski, trois grands quarts d'heure, appuyé au montant du stand sans s'asseoir (quel souffle !) et sans rien m'acheter. Et cette autre ravagée du clito qui vient me dire que je ne repasse toujours pas mes chemises (c'est vrai) ; amoureuse, mais sans le dire : on est une femme ou on ne l'est pas... juste une allusion 22 ans après... Ça c'est la femme... Typique... et c'est ça qu'il faut “respecter”, je suppose ?
Et pas un élève pour se faire dédicacer mon premier livre... Vous croyez que ce serait vraiment une bonne idée de les faire chercher sur internet ? de passer une petite annonce ? ...voir si j'ai servi à quelque chose ? ...si ça a vraiment existé ? avec un bon dix tonnes d'apitoiement ? Tenez, je pète par la bouche. Sans arrêt. Surtout quand je me baisse. "Heureusement qu'on sait qu'il est intelligent, sans ça quelle vulgarité..." Concours de faux pets. On se lasse avant moi. Des élèves me pourrissent la classe. Forcément. Je l'ai cherché. Des profs comme moi, je te les mettrais au mur, et TA-TA-TA-TA. Pour peu que l'association du Pétrel Mazouté me repère, je suis bon (ton Coluche » : « Ouais, euh... comme ça, le Monsieur, il a le nez au milieu de la figure, aloors ouaiaias, vous comprenez, pour les enfants, ça fait pas propre, on dirait une bite, s'ou voulez, alors ouais, comme ça, le mec, je propose la peine de mort. ».
Et je chantais : « Parademarsch, Parademarsch, der Kaiser hat ein Loch im Arsch ! » Ça veut dire : « Marche de parade, l'Empereur a un trou au cul » - on me dit : « Pourquoi « l'Empereur » ? tout le monde »!  Je rectifie : « Der Kaiser... von Preuszen ! » Ils sont écœurés ; on ne dit pas « von » mais « zu » : « zu Preuszen », « pour la Prusse ». Plus tard : « Un fusil, c'est fait pour fusiller ! Une mitraillette, c'est fait pour mitrailler ! Un canon, c'est fait pour canonner ! Et un tank... » Tout le monde s'esclaffe. « Pourquoi riez-vous ? A quoi pensez-vous ? - Ouais, euh, à mort le prof, ouais, fusillé, étouffé sous le cul de toutes les merdes familles... » - Bande de petits vicieux ! » Hurlements de rire.
Parce qu'ils ont de l'humour, les drôles. Plus que leurs parents. Et le cours, il repartait au quart de tour, on a bien rigolé, maintenant on bosse... L'hiver on étouffe près du radiateur, maintenant les classes sont bien chauffées, il y en a partout des radiateurs... Toujours au premier rang j'ai un enrhumé fiévreux qui me fait ouvrir, refermer, rouvrir la fenêtre. Il me tousse dans la gueule. Je n'ai jamais été malade. Mais je sens un vieux gaz coulis qui me descend le rectum – allez on entrouvre la fenêtre, on lâche – et manque de pot, le petit coup de vent qui rabat tout vers l'intérieur. Et d'un seul coup d'un seul tous les cols roulés des garçons (c'était la mode des cols roulés) qui se remontent à la fois, tous les cache-cols du premier rang. Ah la vache... ah l'enculé... Admiratif quand même... Derrière la barrière de laine... On s'amusait dans mes cours, parfaitement,
et j'étais respecté, aimé, c'est un tour à prendre, vous ne pouvez pas “juger” comme ça... Mais le grand moment, pour moi, c'est la cantine des profs. On ne peut pas se parler salle des profs : trop de pédagogues qui se prennent au sérieux, trop de mémères qui balancent sur leurs élèves leurs quintaux de couënne maternelle, comme si c'étaient leurs propres lardons. Et que ça tchatche, et que ça compare, et que ça suppute...
Non le truc vraiment marrant c'est la cantine. J'en rêve encore, des cantines ; des cours, jamais. Ou alors, c'est un cauchemar. Je raconte une fois (je l'ai inventée, mais tout le monde dira le contraire) : c'est l'histoire d'un grand con de puceau de paysan qui n'y est jamais arrivé avec les filles (je mime). Alors comme il garde les truies dans la prairie, il se dit : « Tiens, si je me faisais une truie ». Il baisse le falzar, et hop (je mime). A ce moment-là le patron fermier dans sa ferme il regarde sa montre : « Mais qu'est-ce qu'il fout? » Il va voir, il trouve le puceau en train de (je mime).
Il enlève sa pipe de sa bouche : « Ah le salaud ! » Il baisse à son tour le pantalon (je mime) et il s'encule le type qui gueule « Aaaaah !... » et le patron le lime bien à fond en décrétant (je mime) « C'est bien fait ! T'as qu'à pas faire aux truies c'que tu n'veux pas qu'on t'fasse ! » Alors on a ri. Après on me parlait de l' « Evangile selon saint C. » (je m'appelle C.). Ecris avec ton sang dit mon pote Pilpa. C'est au Lycée de Laon que j'ai compris la vie, qu'on m'a persécuté, que je me suis accouché, extirpé de moi. Je raccompagnais W. chez lui, avec sa plate face du fond des steppes de Pologne. J'étais amoureux des garçons autrefois je n'avais pas le choix, . écris avec ton sang, mon ami Pilpa ressemble au Scarabée Socrate en plus beau.
Quand ma femme m'exaspérait, me torturait chez moi, de plaintes, d'inerties, moi en classe je me défoulais, ce qu'il ne faut jamais faire évidemment, j'emmerdais mes disciples à fond, j'enchaînais vanne à vanne, sans que mes rugissements leur laissassent la moindre faille où glisser leur chahut, leur bordel, leur souk, je me chargeais de tout pour eux. Avec mon sang, avec mon jus de chaussettes qui me coule du cerveau par le fameux trou de Monroe qui régule le flux cérébral. Si vous ne lisez pas déchirez, déchirez, ne venez pas m'emmerder. Alors je vannais.Je vannais. Jamais
touché personne, effleuré personne. Je les respectais, mes élèves, profondément, comme on se respecte soi-même, y compris les filles, si fragiles, si exposées, si prêtes à se faire mettre par n'importe quel porc, qui les éclate et qui les jette, Allègre, Fourniret, l'un chassant l'autre. Parfois je les repérais, celles qui venaient de se faire dépuceler. Le lundi matin, je ne sais quoi de morne soudain dans le regard. Mais j'imagine peut-être. Celui qui touche à une fille, qu'on le sodomise en place publique, qu'on le laisse hurler là, perdant ses tripes. Qui est-ce qui va vouloir acheter ça, Pilpa, qui est-ce qui va vouloir acheter ça!
Je risque ma vie, moi : « Fasciste ! Fasciste ! Suborneur! Pédophile ! En prison, en prison !" Ou pire. Tout le premier trimestre avec une voix de Cage aux folles. En janvier, d'un seul coup, voix normale.... Un élève "Va donc eh gros pédé ! - Je ne suis pas gros..." "Cosette et le seau d'eau. - Comment ça s'écrit, M'sieu ? » Je veux faire trouver le mot "génie" : "Pensez à moi et à une marque de lessive – Omo, M'sieur!" J'engueule Negazzini parce qu'il brûle des rats dans une cage en fer « Mais m'sieu, c'est que des rats ! » Putain l'avoinée que je lui ai mise... Maintenant il travaille dans le pétrole. Ce que c'est que de nous. Une fois les élèves m'ont muré dans ma classe : j'ouvre la porte et je tombe sur un mur de moëllons, ils avaient transporté tout ça sans attirer mon attention.
Je descends dans la cour avec un énorme porte-manteau. Les élèves me fuient. Krzysch me dit : "Tu as des troubles comportementaux". A un Slovène qui lisait avec un accent épouvantable : "Eh ben mon cochon... Eh ben mon cochon... - Monzieur ! Che ne zuis pas fotre cochon !" Imitation du Belge bègue et pédé... Une performance ! Une autre, une autre : “Le Christ avait tous les péchés du monde sur lui, donc c'était Satan qu'on a crucifié.” Un élève bigot, que je voulais mettre en boîte, se met à hurler : "Hérétique ! Hérétique !" "Mais c'est qu'il m'enverrait au bûcher ce con-là ! - De grand cœur monsieur, de grand cœur !" » On s'étouffait de rire tous les deux, et la classe avec. « Ouvrez vos livres Allah page (tant)”
... Mais je n'ai jamais fait le moindre jeu de mots sur l'élève qui s'appelait Vandeputte... « Dupuis », en flamand... Et je disais toujours : « Au moins, grâce à moi, une fois par jour vous pouvez vous croire supérieurs". Ils approuvaient. On apprenait des tas de choses. Et souvent ce sont les élèves qui me ramassent : "Qu'est-ce qui est con, qui remue et qui pue ?" (je pensais : une classe de sixième) Les élèves : "C'est vous Monsieur !..." Allez une autre : "Je me parle toujours tout seul ;
comme ça je suis certain de ne jamais perdre mon temps avec un con." Un voix au fond : "C'est pas sûr..." “Monsieur, pourquoi vous devenez tout rouge quand vous gueulez ? C'est ridicule !” - plus jamais je n'ai élevé la voix. Dans cette classe. Mais j'ai été respecté comme personne, comme pas un mandarin mandarinant. Il y aun élève, avant d'être “réorienté” comme on dit, qui a tenu absolument à me serrer la main. Seulement voilà, je me suis tellement répété. Répété. Ré-pété. Je finissais par savoir ce que chacun allait dire. Moi, et eux. Alors j'ai pris ma retraite avec plaisir. Bien sûr n'est-ce pâââs, j'aurais dû remettre en question toute ma relation avec mes élèves, les considérer enfin comme des élèves, me faire vieillir d'un seul coup, et je n'en ai pas eu la force ni l'envie.
Je ne m'en suis pas donné les moyens comme dit la Sentence. Eh non. Eh non. Il m'a toujours semblé, à moi, que passer à l'âge adulte représentait une perte irréparable. Maintenant je suis là tout seul devant la mort, comme tout le monde, mais avec 18 ans dans le crâne et 80 dans le slip. C'est bien fait pour ma gueule. Mais j'ai rigolé, comme vous n'avez pas idée.
Laïcité


IL EST EVIDENT QUE LE SINGE VERT EPROUVE LE PLUS PROFOND RESPECT POUR CEUX QIU VIVENT LEUR FOI DANS LA PAIX, LA SERENITE, LE RESPECT DE L'AUTRE. LES GENS VISES CI-DESSOUS N'ONT RIEN A VOIR AVEC QUELQUE RELIGION QUE CE SOIT.
A Robert Redeker par Jacques Tarnero
vendredi 1er décembre 2006
C’est parce que le moment présent évoque une autre période de confusion des esprits que je me suis inspiré d’une ancienne lecture
Quand les talibans ont détruit les bouddha de Bamyan en Afghanistan, je n’ai pas protesté,
Je ne suis pas afghan,
Quand les talibans ont interdit les cerfs volants en Afghanistan, je n’ai pas protesté parce que je n’aime pas les cerfs volants
Quand d’autres islamistes ont mis une bombe à Bali contre la seule île bouddhiste en Indonésie, je n’ai pas bronché je ne suis pas bouddhiste,
Quand les GIA ont assassiné des journalistes en Algérie, je n’ai pas bronché, je ne suis ni journaliste, ni algérien
Quand d’autres islamistes ont égorgé des centaines de paysans algériens, je n’ai pas bronché, je ne suis pas paysan et toujours pas algérien.
Quand des islamistes ont décapité Daniel Pearl, journaliste juif américain, je n’ai pas bronché, je ne suis ni juif, ni journaliste, ni américain,
Quand Ben Laden a attaqué le World Trade Center, à New York, je n’ai rien dit car je ne suis pas capitaliste mais antilibéral, comme on aime être en France
Quand des islamistes ont assassiné un cinéaste Théo Van Gogh, je n’ai pas bronché parce que je n’aime pas les documentaires,
Quand les islamistes ont menacé des caricaturistes au Danemark, je n’ai pas protesté parce que je n’aime pas le dessin,
Quand les islamistes ont menacé un opéra de Mozart à Berlin, je n’ai pas protesté, car je n’aime pas
opéra, (il n'y a même pas eu de menaces, NDLR)
Quand le Pape a fait des commentaires sur l’islam qui n’ont pas plu aux islamistes, je n’ai rien dit car je ne vais pas à la messe,
Quand des islamistes ont assassiné une religieuse en Somalie et brûlé quelques églises j’ai pensé que ça ne se serait jamais produit si le Pape ne les avait pas provoqués,
Quand une jeune fille a été lapidée parce qu’elle mangeait pendant ramadan, je n’ai rien dit parce que je fais moi-même un régime,
Quand un professeur de philosophie a été menacé de mort pour avoir dit des choses désobligeantes sur Mahomet, j’ai protesté….mais contre ce professeur… il avait exagéré, tout de même Il faut bien le dire
Quand des islamistes ont été invités au Forum Social Européen, à Paris puis à Londres, j’ai trouvé ça très bien, car je suis très ouvert sur les questions sociales et sur l’Europe,
Quand le président iranien dit que la shoah n’a pas existé, je n’ai pas protesté parce que je n’aime pas les idées reçues ni les vérités officielles,
Quand une jeune fille a été brûlée vive en banlieue pour avoir enfreint un code d’honneur, je n’ai pas bronché, car j’ai un grand sens de l’honneur et du respect des différences culturelles,
Quand les islamistes auront assassiné tous les juifs, toutes les femmes, toutes les jeunes filles, tous les journalistes, tous les bouddhistes, tous les américains, tous les israéliens, tous les philosophes, tous les cinéastes, tous les dessinateurs et tous ceux qui ne sont pas islamistes, je crois que je ne bougerai pas parce que je vois pas pourquoi je bougerai
D’ailleurs quand Hitler avait envahi la Tchécoslovaquie, en Europe on n’a pas beaucoup bougé
L’histoire en fait se répète, sauf que la seconde fois c’est pire que la première Surtout quand on y ajoute la bombe atomique.
Alors peut être faut il en finir avec ces incantations aussi vertueuses que vaines du « plus jamais ça»
Car « ça » est en marche, « ça » est en vue Et on ne pourra pas dire qu’on ne l’a pas vu venir…
Jacques Tarnero
Ce numéro, chiément cafardeux, s'achève sur un texte de FERRET KOMLEKAP
la souris et le cuisinier
Soudain je vois une souris passer, toute petite et très rapide, comme une grosse poussière dans la tempête, elle va d'un dessous de cuisinière à un autre. Enfin j'en vois une, depuis le temps que je vois leurs petites crottes dans les assiettes, dans les plats, partout. Puis j'en vois une autre, plus rapide encore, je m'en amuse comme un enfant. Elles croient que le chat n'est pas là, et elles dansent. Encore une autre, c'est un véritable ballet. Un serveur passse la tête par la lucarne où les plats partent et où les assiettes reviennent, je l'aime bien lui, il fait son travail équitablement et reste agréable en toute circonstance... Il me dit pourquoi tu te marres ? Je lui dis qu'il y a des souris partout qui se baladent tranquillement.
Il me dit ha ça oui, y en a partout, même en salle. J'ai même vu un rat une fois, grand comme ça. Nous, tous nos sucres ils sont bouffés. Même, l'autre jour, y a un client qu'en a vu une. On lui a dit que c'était pour Halloween, parce que tu sais y avait les décorations pour Halloween. Ha ouais, je lui dis, et il vous a crus ? Je sais pas, et il se met à rire bruyamment. Lui qui m'avait paru bien jusque là, me semble bien bizarre soudain... à cause de ce rire, et de cette expression hystérique qui se donne à moi tout entier, presque pris de convulsions... comme si brusquement sa vraie personne avait déchir le masque professionnel. Mais, me dis-je, malgré son entrain trop poussé, il reste plutôt sympathique.
Puis il s'en va à ses occupations de serveur. Je me remets face à la valse des souris... je n'en vois plus une... tant pis. Je vais vider les poubelles. Tandis que je sortais le sac rempli de l'une d'entre elles, deux boules noirâtres sautent dans le fond de cette dernière. Immédiatement je pose le sac et scrute le fond des yeux. Je ne les vois pas... je vérifie qu'il n'y a pas de trou sur le côté par lequel elles auraient pu s'échapper. Non il n'y en a pas, alors je rescrute : la poubelle est vide, il n'y a qu'un petit bout de mouchoir dans un coin. Je m'approche et je me rends compte qu'une petite queue grise dépasse du mouchoir... je donne une petite tape dans la poubelle, aussitôt deux boules noirâtres s'élancent, sautent contre la paroi, tournent en rond, font demi-tour, se rentrent dedans, puis finalement retournent sous le mouchoir. Je rigole. Et je remets une petite tape... c'est reparti. Mais plus rapidement elles s'arrêtent, et regardent la paroi comme si elles voulaient comprendre. Puis elles se mettent à sauter et ressauter... mais elles n'arrivent même pas à la moitié. Je les regarde, comme je regardais les fourmis quand j'étais petit... elles sont toutes petites, toutes mignonnes, puis je me rends compte qu'elles ont l'air vraiment apeurées. Je me dis que je vais les libérer... et alors que je m'apprêtais à le faire j'entends du bruit du côté de la lucarne, ce doit être Boris.
J'y vais rapidement, comme un enfant qui veut montrer son trésor : Viens voir, y a deux souris au fond d'une poubelle. Ha ouais, me dit-il partageant aussitôt mon excitation. Il arrive, et les deux souris sont retournées sous leur abri de misère. Je lui dis elles sont sous le mouchoir, tu vas voir. Mais je n'ai pas le temps de mettre une petite tape qu'il arrache le mouchoir et le jette. Les deux souris reprennent leur course. Ha ouais, dit-il, y a deux souris ! vraiment tout excité. Il me dit tu vas voir on va leur faire faire un petit tour de manège. Ouais vas-y, je lui dis en rigolant. Il prend la poubelle de ses deux main, et commence à la faire doucement balancer de droite à gauche... Puis comme tout à l'heure il se met à rire de plus en plus fort.
Et à mesure que son rire grandit, il secoue la poubelle de plus en plus vite, de plus en plus violemment. Soudain j'entrevois uen lueur étrange dans ses yeux. J'entends les souris frapper contre les parois comme la boule d'une cloche que l'on secoue. Je lui dis arrête ! tu vas leur faire mal. Il continue un peu et s'arrête. Il rit toujours, toujours aussi étrangement, et la lueur n'a pas disparu. Il me dit, t'en fais pas c'est solide ces petites bêtes-là. Elles font juste un petit tour de space moutain. Je regarde au fond de la poubelle, en effet, les deux souris secouées galopent encore. Tu vas voir, me dit-il. Il ne rit plus, mais la lueur s'est intensifiée... Il prend fermement la poubelle, et se me à la secouer de bas en haut. Le rire reprend, il crie space mountain ! Et comme tout à l'heure, se met à rire de plus en plus fort en remuant la poubelle de plus en plus violemment. Je lui dis arrête! mais je crois qu'il ne m'entend pas. Soudain, comme au ralenti, je vois une souris en l'air, en apesanteur, et qui doucement se remet à tomber... Puis une deuxième, puis elles retombent en prennant de la vitesse, et Poc ! Et poc ! Et re-poc ! Poc poc ! Je les vois en l'air, et je les entends s'écraser au fond. Je regarde son visage, je reste subjugué... Il rit toujours aussi fort. Son visage me fait peur... il est comme traversé d'une extase extrême, tordu par la joie, et ses deux yeux brillent intensément, ils sont tout entiers dans la lueur, ronds, comme deux opales renfermant tout le sadisme du monde.

Je suis vraiment effrayé. Puis il s'arrête. Il prend par la queue une souris au fond, et la monte devant son visage. Elle pend, parfaitement immobile... Ha, t'avais raison, me dit-il, elle saigne du nez, celle-là. Je ne dis rien, absorbé par son visage toujours aussi terrifiant, le rire en moins. Puis il la laisse tomber... il la regarde un moment, et se met à la mimer, à mimer l'agonie, se recroqueville, crispe ses doigts, argh... D'un coup se reprend et passe sa jambe dans la poubelle, en disant d'un ton sec : Faut l'achever ! A peine ai-je le temps de me retourner, dégoûté, que j'entends un craquement, assez long, suivi d'un rire, assez fort. J'ai envie de vomir. Je me retourne, il n'est plus dans la poubelle, la lueur a disparu, je ne dis pas un mot, sous le choc.

Il s'en va. Je regarde à l'intérieur : au milieu il y a comme une pizza rouge et noirâtre, et dans un coin l'autre petite boule qui tremble. Je les regarde. Puis de la lucarne, la voix professionnelle de Boris m'interpelle : ça y est, ils ont tous fini de manger, tu peux t'y mettre. J'y vais, il me dit : Faut leur donner à manger...du pain, ah non, mieux, je vais leur donner un petit bout de fromage. Je ne dis rien, et me mets à frotter. Une fois rhabillé, je passe devant la poubelle et regarde une dernière fois dedans... il y a un gros bout de gruyère à côté de la souris écrasée, et dans un coin il y a toujours l'autre, immobile. Elle ne tremble plus. Je me fais payer, et m'en vais. Sur mon vélo, je me dis que Boris est le genre d'homme qu'il vaut mieux ne pas croiser en temps de guerre... Et maintenant que j'ai écrit tout ça, je me dis que moi en temps de guerre, je pourrais être un putain de collabo. Trop passif... trop lâche oui !
Cette journée fut donc, malgré moi, instructive.
Gaël FERRET

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