Blattes, blattes (cursif)

C O L L I G N O N

B L A T T E S , B L A T T E S


I Regarde-les, mon âme ; ils sont vraiment affreux - Baudelaire – Les aveugles

a) Détail de la reptation, dans les angles, le long des plinthes.
b) Le couple effaré, serré l'un contre l'autre, musique de Schubert.
c) Vision élargie à l'ensemble de la cuisine et de la boucherie de Fort-St-Jacques

II L'héritage

a) Ils lisent, effarés,le document descriptif
b) L'obligation de résidence alla Ponzia
c) Ils prennent possession des lieux en se déplaçant, toujours l'un contre l'autre – musique

III Les lieux

a) Les aubergistes, sur leurs talons, expliquant.
b) Montée de l'escalier, les douches, les chambres merdiques
c) Le puits des miliciens, retour aux blattes
Tout être qui se sent persécuté est réellement persécuté MONTHERLANT Le cardinal d'Espagne

A I a
Les blattes sont de petits insectes dégueulasses, hétérométaboles et dictyoptères. Ils trottent dans les lieux obscurs en faisant cra-cra-cra et se nourrissent de Nos débris.
Les voici en pleine lumière, au plafond, sur les murs. Partout. Non pas en files ou queue-leu-leu comme les cafards noirs et ramassés, non, la blatte longue et brune a son identité, son autonomie. Elles sont toutes là en positions différentes, éblouies par l'ampoule à 100W qui les fusille aux yeux, les aplatit dans l'illusion qu'elles ont d'être invisibles, elles font les mortes sans penser encore à se contracter d'un coup les six pattes sur le ventre pour se laisser tomber et filer, sans pressentir encore leur extermination à grands coups de savates à même les parois et le plafond nu. Et paf à deux tatanes chacun ça fait quatre taloches qui tapent et tapent sur les blattes qui tombent.
La mort la plus simple pour l'organisme le plus simple. Ce n'est pas compliqué, un rectangle brun qui craque à peine. Éviter de coller le cadavre au mur en claquant trop fort.
A I b
Sur les blattes les babouches à la main, carnage en dépit du grand nombre de planqués par tous les angles et toutes les fissures, deux humains crâne rasé, roux pour la femme :
- Vingt-cinq dit l'homme.
- Quarante-quatre dit la Marquise, rase, rousse, en sarrau bleu. Elle s'est acharnée la vache. Total 69. "C'est un hasard – Fait chier tes obsessions Pascal, cherche un balai." Pascal cherche au hasard vers le fond, là où c'est le plus sale, où trouvent les placards normalement, dans un appartement qu'on ne connaît pas.
Les cadavres s'empilent sur la pelle et ça fait penser à Auschwitz c'est au tour de Pascal de gueuler T'en as pas non plus toi des obsessions dégueu? Donc ils débouchent leurs oreilles et coupent le son C'était quoi pour toi dit la femme Schubert comme d'hab répond Pascal Passe-moi la poudre à lessiver dans la bagnole il est tout pâle. Il jette les cadavres dans un grand sac en plastique.
A 1 c

Ils sont arrivés mains dans les poches, le reste suit par autocar. Les écouteurs au fond des oreilles, bonne provision de cassettes dans le sac, pendu dans le dos comme une couille arrière. Ici c'est une ex-boucherie, désaffectée désinfectée, avec des grilles serrées serrées de droite à gauche de la vitrine. Des barres creuses, étroites et rondes impossible à frotter sauf à la brosse à dents modèle enfant, semi-cylindres maculés de minium et de sang séché. Odeur fade et vague qui donne la sensation de mâcher du steak juste assez salé limite avarié. Une espèce d'arrière-goût dans la bouche, dont on veut d'abord s'assurer, puis se débarrasser en miappant dans le vide, et qui précisément s'accentue, dans la salive, là, juste au-dessous du creux de la langue.
A l'arrière, non pas aveugle ni privée de fenêtre, l'arrière-boutique, le boyau-cuisine où se cache un vieux réchaud à gaz tout poreux, une table sous toile cirée. Très grasse. Et si, tout de même, une fenêtre aux volets clos qu'on ouvre à ras du sol de la ruelle latérale (dans un grondement d'espagnolette oxydée) avec vue sur le goudron, le caniveau cimenté mais fendu (ses eaux sales) ainsi que le plâtre du mur d'en face, où s'ouvre une fenêtre de chez les autres avec rideaux plus le cul d'un appareil TV.
A II a)
"...soit, pour les époux Schongau-Schongauer" (Marquise Arielle et Pascal Papier) "en propriété indivise un bâtiment sis au six, rue des Puniques sur trois niveaux dont une Boucherie désaffectée plus arrière-boutique, chambres et dégagement sur le premier étage" (toilettes et point d'eau), chambres et point d'eau, combles, le tout
" - constituant immeuble de rapport dit "hôtel désaffecté" pour insalubrité par décision préfectorale du 20 juillet 84, chaque chambre pourvue d’une literie, de meubles hôteliers adéquats et de tous tuyaux, robinetterie, lavabos et bidet en bon état de marche, à charge tôt ou tard obligation pour les époux de réaménager à leur gré exclusif tout ou partie, intérieur ou extérieur des bâtiments décrits susdits – sous réserve d’habitation et occupation domiciliaire constante et définitive des lieux sous peine d’expulsion en vertu de l’article (etc).
Jeanne de Schongau et Pascal Schongauer dit Papier, unis par cousinage impliquant bâtardise de branche et par liens de mariage, ont reçu et accepté le Six rue des Puniques à Fort-St-Jacques à charge d’habitation et d’ « occupation bourgeoise » des lieux » suite à condamnation par contumace de Blatt-Oliver Blattstein en poste puis destitué au Consulat français de Montevideo (Uruguay). »
Pour trafics illicites Blatt-Oliver croupit dans les prisons dorées de Punta del Este sans extradition possible : c’est du gouvernement uruguayen lui-même qu’il est justiciable.
« Que mes cousins » écrit-il « occupent cet immeuble. Tout, plutôt que l’Administration
des domaines ; les Schongau-Schongauer, au moins, n’ont pas les moyens de transformer l’hôtel de mes ancêtres en minable palace de luxe ».
Accord entre les parties.
Dont acte.
« Eh bien… répète Pascal en relisant les textes additionnels.
- Parcourons, dit Jeanne, Marquise de Schongau.
Pascal replie lentement le document, et, main dans la main, écouteurs pendants, tous deux s’engagent sur le raide escalier de bois noir qui monte là-haut.

A II c)

A la douzième des vingt marches, Pascal s’arrête net : « Douzième marche de ma vie ; à 4 ans par marche, me voici à 48 ans sur 80 ».
Jeanne de Schongau ricane.
Ils poursuivent épaule contre épaule, jusqu’à ce que leurs chaussures sentent la blatte. Ils débouchent, à quatre-vingts ans de marches, sur le grand palier, qui comprend : une pierre à eau (« évier », de « l’ève » ou «eau ») ; un coin douche, dont les deux parois, dans l’angle, n’atteignent pas le niveau du plafond.
Et autres choses disgracieuses, armoires, coffres, et tout se qui se désaffecte, le tout affligé de poussière. Des bruits grinçants. C’est éclairé par une vue sur un boyau extérieur d’entre-deux-murs.
Comprenant de surcroît : un corridor tordu au plancher traître, plus, au bout à droite, une chambre en parfait état d’abandon d’un coup.
« C’est la plus belle.
- Sûr ! dit Pascal, qui n’en a pas vu d’autres.
La cheminée grasse de poussière, une brochure d’histoires belges dans le tiroir de la table de nuit. Couvre-pied lourd, sol déprimé au centre, l’envie poignante d’habiter là, nulle part, à tout jamais, puis de peaufiner des premières phrases tout le reste de sa vie.

*

« La meilleure chambre » dit l’aubergiste. Et comme on ne l’a pas entendu venir, il frappe sur l’épaule de Pascal.
«  Je vous ai suivis. Demandez les clés. Vous penchez pas trop. Votre fenêtre donne juste au-dessus de la porte au boucher. Ça c’est de l’étage : 4,50m. »
La femme de l’aubergiste, sur ses talons, .prend la parole :
« C’est lui qui vous a installé la pompe sur l’évier dans le dégagement. Et des toilettes dans le boyau. Vous avez pas vu les toilettes ?
- Il y a des blattes, observe Jeanne, de Schongau.
- Vous aurez du produit. »
La femme souffle à cause de l’étage. Le mari aussi. Ils sont tous les deux très typés, sans intention d’être drôles, mais vraiment gros, très essoufflés. La femme plus que l’homme. À la regarder dans les yeux, on sent une jeunesse éternelle, poignante et poignardée, qui donne envie de la baiser, vers la quinzième marche sur vingt, par derrière, ou sur une table de son auberge. En même temps, le mari non plus ne porte pas à rire : très gros et grand, une forte carcasse d’Alsacienne, avec des bretelles, un Schnurrbart et des restes de blond sur les favoris. Les deux couples se contemplent avec intérêt.

A III c)

Les aubergistes habitent à l’auberge, en facer. Ils détiennent les clés d’ici, la gestion de l’hôtel leur a été retirée : « Insalubre » dit l’homme, « insalubre ».
- Il faudrait des frais énormes, dit l’épouse, qui rougit.
Ces deux personnes suivent Schongau-Schongauer, Jeanne et Pascal, de chambre en chambre, matelas roulés sur les sommiers, volets mal clos, donnant sur des portions de rues étroites, dans ce bourg mort classé « médiéval » : très haut directement sur le goudron, 5m 50. « Et tout là-haut, poursuit la femme, juste au-dessus de chez vous » (elle monte avec eux) « une dernière chambre » - tandis que le mari, bricoleur et masculin, prétexte «j’ai à faire , Maud vous expliquera » et regagne le rez-de-chaussée. Maud explique au retour, une fois de plus, les délicatesses de la chasse d’eau, surtout ne pas en mettre trop, toujours sans intention d’être drôle. Récapitulation des avantages et des inconvénients, habile glissade sur les prix gros frais d’entretien et les blattes dit Jeanne ?
- Passez prendre un produit. Les repas sont à 19h, et plus tard. »
*
A III c)
Pascal Papîr Schongauer, bon prince, consent à prendre le repas du soir - « ...et sous l’escalier ?
- Vous avez remarqué ? » - la Maud semble vivement flattée :
« Nous avons ici un authentique puits intérieur » - elle tire une planche vers elle, descend deux marches en soufflant, et montre une ouverture d’abord horizontale, comme un enfeu d’église, puis, les yeux s’accoutumant, la margelle d’un puits obscur et vaguement fétide, grillagé. « Les gens d’ici disent qu’en quarante-cinq, des miliciens ont été jeté dedans.
  • - Par d’autres miliciens ? » Pascal n’avait pas l’intention d’être drôle. Maud se pique : « Il faudrait un vieux du pays pour tout vous expliquer ». C’est comme en bien des bourgs, « il y a eu des tas d’histoires à la Libération, moi je n’étais pas née, on s’est installé depuis quatre ans.
                      B
I) II) III)
Entrée au restaurant Carlos et Cie à table Révélations et propositions

a) La salle et les dîneurs a) Entrée de Carlos et a) Propositions de vol
Sophie, subjugués par sur ce prodigieux appareil
l’appareil sonore

b) Le sexe de Caroline et b) Passent progressive- b) Révélations sur les identités :
son couple niais ment du tapage bon « Vous, vous n’avez pas de Casier
enfant à la discrétion Judiciaire ; faisons semblant de
chafouine nous être connus. Associez-vous
à nous »

c) Le magnifique appareil c) Leurs manœuvres c) Mélange de sympathie et de
à musique. d’approche chantage affectif (Jeanne y est sensible mais Pascal réticent.








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