12.7.09

Les Canadiennes du XIXe s.

Dura lex, sed lex. Ce qui ne plaît pas passe à la moulinette. Je n'ai pas d'autres critères (fais-je croire) que mon goût personnel. Le livre, le trop gros livre de Mme Josette Pratte, femme de Maurice Clavel, Les honorables, se prépare à subir une belle séance d'étrillage. Vous aurez économisé 129 francs. Double avantage ainsi, pécunier d'une part, sadique de l'autre. Les honorables sont les juges du Québec, imitant sans doute en leur titulature les usages du Bas-Empire byzantin, où les fonctionnaires se voyaient attribuer des titres ronflants en proportion inverse de leur indépendance. Mais les magistrats du Québec sont indépendant, la scène, les scènes se déroulant dans les années trente finissantes.
Commençons donc (c'est la coutume) par les restrictions bienveillantes : il nous est toujours bien utile, à nous autres continentaux, ayant abandonné nos cousins canadiens, de savoir comment ces gens-là se sont accrochés à leur langue, à leurs coutumes comme à une blessure bien-aimée. Nous avons semé beaucoup de rancœur chez eux, pour avoir laissé les Angliches prendre possession de ces fameux quelques « arpents de neige » vilipendés par un certain Voltaire, ce qui leur est resté sur l'estomac. L'année du Traité de Paris, 1763, est restée gravée en cicatrice de feu dans le cœur de tous les Québécois, qui nous chérissaient et nous honnissaient à la fois.
Il n'y a que De Gaulle qui ait compris le sens profond des revendications autonomistes de la Belle Province, De Gaulle et les curés : s'ils avaient en effet une telle influence, c'est qu'ils ont été au cours des décennies les seuls garants de l'identité culturelle de notre peuple francophone exilé.
C'est un peu ce qui s'est passé avec l'Eglise de Pologne face à l'ours soviétique. Au Québec, l'ours est anglophone, et plaise au ciel que nous autres Français soyons aussi soigneux de la préservation de notre langue que ces gens-là de l'accent duquel nous nous sommes abondamment moqués. Très instructive aussi devrait être la peinture non plus des coureux des bois , trappeur, chercheurs d'or et trafiquants d'alcool qui ont formé le peuple rude de là-bas, avec tout ce que cela comporte en matière littéraire de rabâchage sur les qualités de virilité des pionniers hommes et femmes, constructeurs de voies ferrées ou paysans de la glace. C'est vrai : jamais ne sont mis en scène les bourgeois, les nantis de la vieille aristocratie bourgeoise si j'ose cette alliance, ceux pour qui le mariage avec un anglophone constitue une vraie mésalliance, à combattre à tout prix.
L'héroïne du livre se bat ainsi pour son amour, pour le desserrement du carcan social, pour la libération de la femme dans un milieu d'un conservatisme religieux et macho à en devenir gâteux. Parfait. Mais il faut tout de même, quelque intéressants que soient les thèmes abordés, un minimum de rigueur. D'une part, l'on pourra objecter que la peinture des milieux bourgeois tout compte fait ne varie pas de la Suisse à la Hollande en passant je suppose par le Pérou. Mais surtout et de bien d'autres parts nous avouerons que le choix du vieux juge ne s'imposait pas, non plus que celui de sa petite-fille. Nous avons droit à des débordements de gâtisme de la part de ce vieil honorable, qui profère des énormités à hurler ; ainsi selon lui le cerveau de la femme est incapable de concevoir quelque chose de grand parce qu'elles ne sont pas capables de faire le tri entre leurs émotions et leur raison, et même : elles n'ont pas le cerveau structuré.

20.6.09

Les circonstances donneront peut-être une allure plus libre à ces commentaires-ci. Ce que je craignais n'est pas advenu. Mon co-auteur ne m'a pas trahi, je l'ai obtenu au téléphone, il ne m'a pas trahi, il n'était pas en route vers Paris. La pièce Iphigénie plaît beaucoup aux filles de quatorze ans qui jouissent de se savoir vouées au sacrifice. J'ai vu deux fois ce péplum, en anglais, en français. Il est assez troublant d'entendre les soldats scander « sa-cre-faïss », ou en français « ü-lysse, ü-lysse » , en forçant sur le [ü]. Je lisais à l'instant une scène où mon Achille fait le galantuomo, s'offusquant pour son honneur, sans manifester par ailleurs grande tendresse à sa promise, laquelle demeure aussi réservée qu'on pouvait le souhaiter pour une vierge au XVIIe s.
J'en suis à la grande scène familiale (IV, 4), dans une édition scolaire cartonnée que je cartonnerais volontiers vu les interr
uptions par notes occupant bien 40% de chaque page, avec ses renvois burp où j'apprends incidemment que plaindre (v. 1187) signifie déplorer, regretter vivement, sur quoi l'on me rappelle un vers antérieur. C'est un vrai supplice que ces notes, qui ôtent tout élan, même à les lire : les livres de ma liste doivent être lus scrupuleusement : Agamemnon redoute plus la “fureur” que les “larmes” de Clytemnestre. Déjà les commentaires affluent : d'une part, Agamemnon réagit plus comme un bourgeois, comme un Homais, un Clemenceau, tous trois craignant bobonne (je ne me souviens plus si Homais avait convolé) ; d'autre part, les mots fureurs et larmes, entre guillemets, représentent des rappels.
Ces connards de commentateurs devraient bien aussi guillemeter tous les “le”, “la”, “les”, autant d'articles employés par Racine. Et revenons au texte – plutôt, abordons-le enfin. Pardonnez aux efforts que je viens de tenter / Pour prévenir les pleurs que je leur vais coûter. Là, je sens que les connards cuistreux vont se déchaîner ; on va me dire (mais je le sais !) que prévenir signifie “empêcher” : prévenir les pleurs – tiens, c'est plus subtil : c'est l'expression dont s'est servie Iphigénie au vers 1071 – si Racine lui-même se cite, alors... Ces classiques ne pouvaient décidément s'exprimer sans béquilles. Le vers 1071 dit en effet De prévenir les pleurs que vous verseriez tous, et la n.8 de la p.168 m'invite à consulter la 10 du 1071 : non ferai, de par le diable ; je ne galope pas ainsi de note en note de note. Cf. La note de ce vers : non, et merde.
La 9 me renvoie à la règle il se faut entr'aider, v.86, note, Je leur vais = je vais leur. El la note 10 s'étale avec impudence, imposant le commentaire (comme on faisait dans la défunte approche “psychologique”. C'est ainsi que plus haut l'on a fustigé la vanité, le creux d'Achille, son exaspérant précieux, alors qu'il eût fallu sans doute critiquer, du moins noter, l'insuffisance de
Racine, du moins son assujettissement aux modes de son temps. Le premier commentaire, faible, reste cependant l'indispensable approche du texte, l'accroche adaptée aux élèves de seconde ; le commentaire du deuxième type est plus enrichissant, plus conforme à la nature de la littérature, mais on a eu grand tort (d'autres cuistres auront succédé aux premiers) (j'en suis un autre ici) de récuser le psychologisme à l'exclusif profit du pur littéraire : Ainsi, nous souffle-t-on, comme dirait le père de Chimène, Iphigénie souhaiterait de vivre pour que sa mère et son fiancé ne fussent – ne fussent ! - pas rendu
s malheureux par sa perte : brave fille, bien pudique !
Poussons l'audace : une fille incestée souvent garde à son père tout son douloureux amour ; mais qui osa commenter Iphigénie à la lumière de l'inceste ? Moi, moi vous dis-je, et c'est assez – car c'en est un, pis encore, puisqu'il tue. Elle garde trop de réserve pour dire qu'elle souffrirait elle-même d'être enlevée à ceux qu'elle aime : est-ce l'instant, Iphigénie, bordel de merde, de rester dans sa réserve comme une Indienne ? Quelques sanglots, quelques hululements, n'eussent-ils pas fait tressaillir le public jusqu'aux tripes ? Quelque chose de bien grec, de bien euripidien ? Secs classiques... Chateaubriand explique ici cette possession de soi-même – le grand René à la rescousse, à présent...
Lui qui invente des vierges, des Atala, crevant de non-baise à la suite d'un vœu pieux à sa maman, imminent cadavre ? L'Iphigénie moderne est la fille chrétienne. Plus répugnant que je m'y attendais. J'eusse pourtant – de groseilles – dû le prévoir. Plus répugnant que le christianisme, ce christianisme-là, qui cimente le con des jeunes filles et défend aux femmes de jouir (“sur le point de défaillir, pensez à l'Enfer !) - je ne connais rien. C'est aussi répugnant que l'irruption du mot con ou connard (cf. supra !) dans un texte de haulte graisse littéraire ; le christianisme ? il faudra bientôt (j'espère) une note en bas de page afin de rappeler aux lecteurs ce que c'était. Et notre François-René sans doute s'extasiera sur ce tarissement de jus sentimental : Son père et le ciel ont parlé, il ne reste plus qu'à obéir. Sacré Bigard ! On croit avoir atteint le fond de la connerie humaine, mais j'en vois encore qui creusent ! Fachos de chrétiens...
Du pur Joseph de Maistre. Du pur biblisme : Loth engrossant ses filles, suivant d'ailleurs les désirs de celles-ci. Racine n'a donné ce courage à ses héroïnes que par l'impulsion secrète d'une institution religieuse qui a changé le fond des idées et de la morale. Mais non, gros con rapetisseur, la renonciation gisait déjà dans le stoïcisme, il y a là du grec, et non du petit-jésuitisme, il y a là du pré-existentiel, de l'ontico-ontologique ! Génie du christianisme, II 8 – que je


lus en extraits, mais je ne vais pas redigresser. Rebondissons plutôt - doïnnng, doïnnng – sur la note elle-même; qui à de si grands commentaires ne va pas manquer d'adjoindre quelque souillure bien platement grammaticale – ma foi je suis encore surpris, tant le tonneau de la connerie recèle d'inépuisables ingrédients : nous voici dans la question scolaire, le pensum de potache : alleluiah ! vers 1171-1185 (le tiret marque une continuité ; mais moi, moi qui suis encor' l'plus con, je ne lirai que les vers référencés eux-mêmes, fussent-ils tronqués : 1174 ? Soit : Ah, malheureux Arcas, tu m'as trahi, sexe-clamait Agamemnon, et Iphigénie achevait le vers d'un Mon père du meilleur aloi, yo !

22.5.09

Je ne comprends rien

je ne comprends plus rien à ce site; Il faudrait que je contactasse le vaguemestre, en français le "webmaster". Moi merci, tout est encore en français. Pour combien de temps ? Qui peut me lire ? Impossible d'accéder aux messages, ni pour les lire, ni pour les supprimer. Quand je tape "singevert.free.fr", c'est "singevert.blogspot" qui apparaît. Il paraît que "c'est la même chose". Ah bon. Pourquoi deux noms, alors. Et les anciens messages : ils ont été reclassés parmi les nouveaux, mais pas moyen d'effacer les anciens, qui font doublon. Impossible également de rajouter ou de supprimer quoi que ce soit à l'ancien site. Et ce qu'il y a de rigolo, ma machine à vaisselle toute neuve est bloquée avec la vaisselle sale à l'intérieur. Ah mais c'est que je frôle le suicide, moi... Ben salut tout le monde,la nuit est tombée.

28.3.09

Péguy, prénom : Charles

Péguy, adulte, avait le teint si noir, les yeux si clairs dans une face basanée, des yeux si bleus, que la petite fille de Jacques Copeau se pencha vers sa mère : "Maman, est-ce que c'est un charbonnier ?" ...Ce teint basané se retrouve chez mon père, Noubrozi – qui lui aussi, sur les photos, arbore un air stupide. C'est l'époque qui veut ça, les poses de ce temps-là ; conservant cette expression hagarde, cet hiatus, ce minuscule pertuis en forme de losange entre les deux lèvres, "signe d'indécision" d’après les physiognomonistes, tout au long de sa vie. Mon père était instituteur. Un Jean Coste (Jean Coste instituteur, vivant une vie réelle, fournit l'inépuisable matière d'une étude qu'il peut n'être pas capable de faire ) 
 Sa mère à lui, mère de cinq enfants, plus trois du “premier lit” de son mari, tire ses origines du Jura, de ce canton dit "des Wisigoths", sur le plateau. Son prénom "Clémentine" disparut pour devenir "Foncine", que nous avions tous pris pour l'abréviation d'Alphonsine, jusqu'à ce jour où je découvris, après la mort de tout le monde - et non loin de son village natal (Buvilly), les deux communes voisines de "Foncine-le-Haut" et "Foncine-le-Bas".  

Portrait 2
 Comment passe-t-on de sa tête de quinze ans à sa tête d'avant la mort. De quelle manière peut-on inférer l'avenir - à partir d'un portrait photographique. Ou comment le faciès batracien de Charles P. enfant peut-il se muer en ce masque héroïque, de bête traquée, de fauve résolu, acculé à fond de terrier, dans un rencoignement de son bureau (les "Cahiers de la Quinzaine") - ou en ce lieutenant austère, barbu, flamboyant, sur sa chaise paillée (manœuvres de 1913 – un an avant sa mort) - celui que ses hommes surnommaient le Pion. ...Passer de l'homme dans la fleur de sa jeunesse (Adam et Eve furent créés à l'âge de quinze ans) à l'homme vieillissant (comme on était en ce temps-là passé la quarantaine) – (ils étaient vieux avant que d'être - “On est vieux; ce qui est pire, on est vieilli” (Les Amis des Cahiers) – mais Péguy fut bien plus présent dans sa vie, n'est-ce pas, que cinq ou six péquins tout-venant... 
 Certains logiciels permettent aujourd'hui d'évaluer le bouleversement physique vraisemblable de ces enfants trop longtemps disparus. Seuls les kidnappés (qui ne survivent statistiquement que quelques heures à leur enlèvement) bénéficient de ce traitement de faveur. Nous pourrons tous un jour, en payant, nous appréhender, nous vérifier, in vivo, in vitro, en amont, en aval, d'avant nous jusqu'à notre mort, et suivre un jour à venir, un jour horrible de progrès, la progression de la décomposition sur notre propre corps – de l'échographie du fœtus - in utero - in arcam (jusqu'au cercueil).
Différence essentielle, d'essence, entre Leconte de Lisle, “qui vieillissait vieillard”, et Hugo, “qui vieillissait vieux”. Charles P. de nos jours ne pourrait plus écrire “l'homme de trente ans ce n'est pas seulement le premier vieillissement de la force, c'est l'inscription, la première conscription prise du vieillissement charnel de la mémoire”. (Dialogue de l'Histoire et de l'Âme charnelle) – trente ans, c'est devenu l'adolescence. "Devant le miroir, le jeune C. observe ses lèvres étirées, ce sourire qui n'est pas lui, ces yeux noyés, son front sans fêlure et le nez droit, plongeant. "Je suis cela." Promenant un doigt sur le miroir : "Bientôt les ans m'inciseront les tempes, graveront leurs veinules. Je n'ai jamais rien lu au front des vieillards. Peut-être se sont-ils seulement beaucoup ennuyés. Miroir, miroir !... ma tête tourne comme une toupie sous la hache, les joues se décharnent, mes fanons se tendent, mes orbites se vident, je rattrape mon visage entre mes doigts !"
 Alors Charles P. tord la bouche, épate ses narines, prend l'air stupide.
 
Car ce que nous pardonnons, ce que nous passons le moins, c'est la jeunesse.  


27.2.09

La rigolade

Cette rue-là : ma rue, non que j'y habite, mais que j'emprunte à peu près tous les jours, de ma maison, ma bicoque irréparable, à la place Capeyron dépersonnalisée en “Jean Jaurès” ou Dieu sait quelle idole, où se trouvent les petits commerces (poste, café, boulangerie). J'entreprends à soixante ans ce que la société jointe à ma flemme ne publiera pas : voyez-vous jeune homme, resservir les “Conseils” de Rilke “à un jeune poète” relèverait de la plus pure malhonnêteté intellectuelle, tant ces époques semblent désormais préhistoriques. Mais décidez-vous très vite, ayez bien négocié votre virage dans le book-business.
Une fois dans la boîte, le pied dans l'embrasure, et le plus conformiste possible, vous pourrez après tant de patientes intrigues (moins que ça si vous êtes une femme qui sait qui couche avec qui) publier ce que vous voulez. De ressortir alors vos vieux fonds de tiroirs et de plaintes (la solitude ! le martyre ! très vendeur) - mais si vous vous figurez dès lors, dès maintenant, que vos sensi meurtris vous ouvrent accès à publication ! Grotesque... Toutes les places sont prises, mon frère, tous les créneaux occupés, ou mieux, comme le disait tel éditeur qui nie désormais et joue à présent les fleurs-bleues tu t'amènes pas l'air con devant une usine de yaourt toi tout seulâbre pauvre con avec ton petit pot personnel dont tout le monde se fout (...) Et tous ceux qui vous embobinent avec leurs “comités de lecture” et leurs “manuscrits envoyés par la poste” (je m'étouffe de rire) - sont de purs et simples voyous de la propagande. 
 Jeunes gens ce qu'il vous faut just what you need men c'est d'être bien dans sa peau, bien le bonjour à tout le monde avec le sourire, “l'écriture y a pas que ça qui compte”, et “l'important, c'est de parler avec des Gens, les Autres, a priori si excitants. Les laissés-pour-compte, les timides, les authentiques : allez vous faire foutre : être dans le milieu, on vous dit, se faire bien voir et bien se faire voir, ne pas dépasser surtout, ne pas se dépasser, avoir bien négocié le virage des 20-25 ans, choix du partenaire, choix du métier. Chers profs si sottement persuadés votre influence, ce n'est pas vous qui faites l'avenir, mais cette redoutable période, 20-25 ans où le Jeune commet ses premières et définitives bourdes, qui crèvent les yeux de tous – mais qu'est-ce qu'elle lui trouve ! - et qu'ils défendront bec et ongles parce que c'est leur choix, qu'ils croient, quel que soit leur “niveau d'études”. 

 Si vous n'avez pas intégré une profession du livre ou du journal, de la télévision ou du ciné, vous n'y parviendrez pas, plus jamais, sauf à la rigueur, en “rattrapage”, si vous avez connu Un de la Mafia j'entends intimement et avant qu'il le devienne, car la première recommandation qui leur est faite, aux mafieux, dès leur intronisation, c'est de ne plus jamais, plus jamais accorder leur amitié ; ni plus ni moins et très exactement de la même façon que les femmes mariées, dans la meilleure bourgeoisie, se seraient crues déshonorées si elles avaient révélé si peu que ce fût ce qui constituait l'essence même, la quintessence de la Sacro-Sainte Nuit de Noces, à savoir une grosse bite fourrageant sauvagement dans une pauvre petite mimine toute meurtrie ; et aucune jeune fille, dans les familles de ce temps-là, quelle que fût la prétendue incapacité des femmes à garder un secret, aucune jeune fille de bonne famille n'en a jamais rien su.
De même le réseau d'informations des maisons d'édition, soigneusement verrouillé, s'obstine-t-il plus que jamais à répandre auprès des jeunes générations des renseignements erronés, datant de l'immédiat après-guerre – telle cette fameuse légende du “manuscrit envoyé par la poste”, qui fait pâmer d'hilarité tous les directeurs de collection - pauvres élèves...

2.2.09

Petite balade espagnole

Après quoi je descends sur Huesca, m'arrête en plein virage pour photographier de mon siège Los Malles, qui sont d'énormes mils de grès rouge, lorsque les ultimes rosâtreries du couchant les effleurent encore. Et je me suis ainsi retrouvé à Murillo, où je fus déjà, été 92, pour une nuit. Le patron louchon, torse, cagneux, me tend un grand rond de bois marqué « 6 », après 50 kilomètres d'impatiente descente, si magnifique, si déserte. A présent dans ma chambre j'admire les poutres, sentant peu à peu la bonne chaleur du radiateur en fonte. La seule véritable fraternité, je la ressens devant la télévision, ou bien le transistor collé à l'oreille. Ces voix déformées venues d'outre-agonie de piles ne parlent alors que de moi, ne chantent que pour moi.
Elles ont fait un effort pour venir jusqu'à moi. C'est un monde où les femmes sont amoureuses des hommes, le leur chantent, le leur crient, et chaque parole devient un conseil, une déclaration personnelle, une chaîne universelle, dont cette extraordinaire présentatrice chinoise polissant depuis le bout du monde son accent italien avec une telle volupté qu'elle en devenait l'incarnation, la féminité-telle-qu'on-l'imagine, mièvre, sucrée, souple ; plus caricaturale partant plus vraie, carrément pédé, noyant, étirant la guimauve, la plus fascinante des italianités jaunes – delle gialle italianità. Puis la radio s'éteint, les ombres colorées de l'écran s'effacent, et je me retrouve dans le monde dur où les hommes se dérobent et font toujours des choses inattendues, ou pour me nuire, ou profiter de moi – some of them want to use you / some of them want to abuse you.
A Murillo, je renonce à explorer le village aux rues étroites et rouges – en 92 déjà, la nette impression (toutes les vieilles sur leurs chaises) de violer une cour privée indéfiniment ramifiée ; le touriste, l'Intrus du Cul. En bas dans l'auberge, ça crie, ça cancane, à l'espagnole. Je redescends bouffer. La jeune et la vieille me servent. La jeune rubiconde et pataude, je lui demande une gigantesque et rectangulaire ensalada aragonese, dont je mange à même les tomates fermes et crues. Il n'y a qu'en voyage que j'aime les tomates crues, ce qui est de la plus haute importance pour vous, lecteurs. Puis un lomo de cerdo bien sec con batatas fritas. Deux euros l'eau minérale bande de porcs, et une noix de coco directo du congélo avec sa mouche toute gelée, pattes en l'air – les patrons croient si bien faire ! je ne dis rien !
Il y a un couple d'amoureux qui jacasse contre un mur dans mon dos. Je m'en vais sans rafler l'eau minérale - deux euros, ¡ maricones de mierda ! Programmes télé infects dans ma chambre. Où je me rends compte, scandale ! que le personnage important, de ce côté des Pyrénees, ce n'est pas Sarkozy, mais Zapatero. Ce sont les pilotes espagnols retenus au Tchad qui tiennent la vedette, et non pas les Français, bassement acusés de pédophilie. Le lendemain au petit-déjeuner plus que succinct les clients disent bonjour, on ne fait pas ça en France, sinon ils vous regardent comme des bovins puis tournent le dos en faisant : « Pffff... » - ça oui, ça, c'est bien la France ; et quand on vous croise, on vous toise du haut de son petit volant.
Dans le Heraldo, pareil : personne n'a entendu parler de Christine Boutin. Ah comme les infos françaises deviennent petites ! province ! Et à la radio, des torrents de paroles, sur tous sujets, un débat permanent, la démocratie verbeuse, trente-neuf ans de franquisme pas encore guéris peut-être, mais « le dialogue », « le djalogue » comme disait Djamel - ça va vite, je comprends apenas. ...Nous sommes le deux novembre 2054 au matin, Jour des Morts, anniversaire de Barbey d'Aurevilly – mort le jour de Pâques en plus le con. A Murillo ce matin, hôtel de los Malles, le patron ne se souvient pas de moi – c'est un comble ! « En 1992 !
¡ noventa y dos ! - « ¡ Pero hay tantos anos ! » 17 années en effet. Il était déjà là. Je ne me souviens pas qu'il était aussi moche, vous voyez... Revenu sur mes pneus une journée entière pour fouiller ma chambre où je croyais , avoir paumé un appareil photo – à peine remonté que je retrouvais mon appareil coincé sous le siège... Voilà comment on rate Lisbonne... Avant de partir, je reviens de justesse rendre la clef à l'hôtelier : « ¡ No ès un recuerdo ! » ("Ce n'est pas un souvenir !") Il a ri, reprenant figure humaine. Au lieu de sa bonne bouille rose d'enfant battu. 
ET PUIS S'IL Y AVAIT MOYEN DE CONTACTER UN WEBMASTER SUR CE SITE A LA NOIX J'AIMERAIS BIEN SAVOIR COMMENT FAIRE POUR ACCEDER AUX MESSAGES SI CA NE DERANGE PAS TROP MERCI... 


11.1.09

Portrait d'Anne Jalevski