24.9.18

CITATIONS 07





BERNARD

COLLIGNON




1995 A 2445  
TABLEAU D'ANNE JALEVSKI PEINTRESSE INCONNUE

1995. Mais il arrive aussi que, pendant la veille, le pouvoir du rêve s'empare de nous avec la même violence, nous saisit et nous maîtrise ; et notre volonté n'a pas assez de force pour lui résister, et il semble que tout le tissu de notre existence se défasse, et qu'avec les mêmes fils nos espérances en tissent un autre plus brillant et plus étrange.
Gabriele d'ANNUNZIO
Le Feu – II – L'Empire du silence – Trad. G. Hérelle.

1996. Il pensait à une goutte de ce sang qui circulait à travers cette substance limitée par les contours communs et pourtant incommensurable comme l'univers. Il lui sembla qu'il n'y avait au monde qu'un seul temple : le corps humain.
id. ibid.

1997. Il y a dans chaque gare
Des gens qui croient au départ.

Il y a dans chaque port
Des gens munis d'un passeport.

Il y a sur chaque aérodrome
Des gens impatients d'arriver à Rome.

Mais que retient
Sur le quai,
Sur l'embarcadère
Ou sur l'aire
Le doigt distrait
Du destin...
Georges DECHERAT
Le Destin


1998. La seule lueur d'intelligence qui nous reste, à nous Intellectuels, (aïe mon tibia !) c'est qu'on s'en rend compte.
L.J. LAPLACE
Lecture à nosu-mêmes du 30 – 7 – 1974

Août 1974
1999. Quand la fureur de la gloire nous prend, nous croyons que la conquête de l'art ressemble au siège d'une ville forte et que les fanfares et les clameurs accompagnent le courage dans l'assaut, tandis que rien ne vaut sinon l'œuvre qui croît dans le silence austère, rien ne vaut sinon l'obstination lente et indomptable, rien ne vaut sinon la dure et pure solitude ; rien ne vaut sinon l'entier abandon de l'esprit et de la chair à l'Idée que nous voulons faire vivre pour toujours au milieu des hommes comme une force dominatrice.
Gabriele d'ANNUNZIO
Le Feu – II – L'Empire du silence - Trad. G. Hérelle.

2000. Dans la tragi-comédie de notre vie actuelle, les accidents d'auto sont l'équivalent moderne du destin dans les tragédies grecques – subits, imprévisibles, foudroyants, image de toute fatalité, mais combien plus terrible, spectaculaire (s'il fallait la représenter) que celle des anciens héros mourant à coups d'épée.
Jacques LACARRIERE
Chemin faisant... - Du Morvan au Gévaudan –
Les Accidents d'auto et la fatalité moderne

2001. Et en ce jour plein de soleil où j'aborde le Gévaudan, jeme dis qu'en marchant ainsi, on ne recherche pas que des joies archaïques ou des heures privilégiées, on ne fait pas qu'errer dans le labyrinthe des chemins embrouillés qui nous ramèneraient à nous-même, mais qu'au contraire on découvre les autres et, avec eux, cette Ariane invisible qui nous attend au terme du chemin.
id. ibid. Marcher : être Prophète ?

2002. Ce qu'on appelle si pompeusement « le grand âge » vous fait vivre dans un climat de muflerie que chaque marque d'égards ne fait qu'accentuer : on vous apporte votre canne sans que vous l'ayez demandée, on vous offre le bras chaque fois que vous faites un pas, on ferme les fenêtres dès que vous apparaissez, on vous murmure « Attention, il y a une marche », comme si vous étiez aveugle, et on vous parle avec des airs faussement enjoués, comme si on savait que vous deviez mourir demain, et qu'on essayait de vous le cacher.
Romain GARY
Lady L. Ch. 1

2003. Autrefois on ne se préoccupait pas de l'argent : on en avait ou on faisait des dettes.
id. ibid.

2004. Tous les idéalistes dévorés par leurs chimères ont un goût presque désespéré pour les détails pratiques. Cela leur donne la satisfaction de pouvoir mordre sur le réel.
id. ibid. Ch. III

2005. « Glendale appartient à une classe condamnée dont le seul but dans la vie est ce qu'ils appellent l'égoïsme sacré. »
Annette soupira : elle ne connaissait rien de plus sacré.
id. ibid. Ch. VII

2006. Lady L. savait aujourd'hui qu'il y avait une contradiction entre ce qu'Armand lui enseignait et sa façon d'être, entre cette liberté absolue qu'il invoquait et son propre asservissement à une idée. Il y avait une contradiction même entre l'idée de la liberté absolue et un dévouement absolu à une idée. Il y avait une contradiction entre la liberté de l'homme dont il se réclamait et sa soumission totale à une pensée, une idéologie. Il lui semblait aujourd'hui que si l'homme devait être vraiment libre, il devait se comporter librement aussi avec ses idées, ne pas se laisser entraîner complètement par la logique, pas même par la vérité, laisser une marge humaine à toute chose, autour de toute pensée. Peut-être même fallait-il savoir s'élever au-dessus de ses idées, de ses convictions, pour demeurer un homme libre. Plus une logique est rigoureuse et plus elle devient une prison, et la vie est faite de contradictions, de compromis, d'arrangements provisoires et les granads principes pouvaient aussi bien éclairer le monde que le brûler. La phrase favorite d'Armand : « Il faut aller jusqu'au bout » ne pouvait mener qu'au néant, son rêve de justice sociale absolu se réclamait d'une pureté que seul le vide total connaissait.
Romain GARY
Lady L. Ch. X

2007. Il suffit qu'une idée noble et généreuse atteigne à la démesure pour qu'elle devienne aussitôt étroitesse d'esprit.
id. ibid. Ch. XV

2008. Ou il faut, parce qu'on a osé parler, écrire, agir, DEVENIR totalement paria dans une société qu'on n'accepte pas, ou bien il faut se taire et s'intégrer sans rouspéter.
Mireille BARD
Lettre du 16 – 8 – 1967

2009. Il n'y a qu'une espèce valide de voyages, qui est la marche vers les hommes.
Paul NIZAN
Aden Arabie cité par Micheline Velluet – Lettre du 20 – 4 – 1968

2010. Crois et tu vivras ; la foi, suivant l'expression de saint Paul, étant la substance même des choses qui doivent être espérées.
VILLIERS DE L'ISLE-ADAM
Axël – 1e partie – Le Monde religieux – I - ...Et force-les d'entrer ! Sc. VI

2011. ...cette dignité de l'Espérance, sans laquelle l'humilité même n'a point de valeur parfaite...
id. ibid.

2012. Il n'est d'autre univers pour toi que la conception même qui s'en réfléchit au fond de tes pensées.
VILLIERS de L'ISLE-ADAM
Axël - 3e partie – Le monde occulte I Au seuil sc. 1

2013. Comprendre, c'est le réflet de créer.
id. ibid.

2014. Laissons les apôtres du Rire dans l'épaisseur. La vie, tous les jours, se charge de les bâtonner dans son châtiment.
id. ibid. 4e partie – Le monde passionnel – II – L'option suprême

2015. L'amour est comme une carrière : quand on est arrivé, faut-il encore refaire des stages, repartir de rien ?
Paul NIZAN
La conspiration - X Extraits d'un carnet noir

2016. Il tente de justifier ce qu'il entreprend plutôt que d'en chercher les motifs ou les conséquences réelles. Comme tout le monde.
id. ibid.

2017. L'amour, cette complicité de rire, d'érotisme, de secrets partagés, de passé et d'espoir, cette union pareille à un inceste permis, ce lien fort comme un lien venu de l'enfance et du sang.
id. ibid. IIe partie – Catherine ch. XX

2018. On peut tout supporter, sauf le regard d'un homme : c'est une espèce d'étoile fixe dont personne ne parvient longtemps à soutenir l'éclat.
id. ibid. IIIe partie – Serge – XXI
...pompé à LA ROCHEFOUCAULD ! (7-1-1986)...

2019. La plupart de ceux qui ont commencé tôt ont traversé une période de plusieurs années au cours de laquelle ils sont restés au même niveau, alors que celui qui s'y met énergiquement à un âge plus avancé ne doit pas traverser cette période.
Lettre de Vincent VAN GOGH à son frère Théo (1883)

2020. Ne crois pas que les morts soient morts,
Tant qu'il y a des vivants,
Les morts vivront, les morts vivront...
  • (chanson ?) citée par Vincent Van Gogh dans une lettre à son frère Théo du 20-4-1888

2021. Le scepticisme est peut-être le commencement de la sagesse ; mais, où commence la sagesse, finit l'art.
André GIDE
Nouveaux prétextes – De l'importance du public

2022. En composant, on ne sait bien ce qu'on voulait dire que lorsqu'on l'a dit. Le mot, en effet, est ce qui achève l'idée et lui donne l'existence. C'est par lui qu'elle vient au jour, in lucem prodit.
JOUBERT

2023. L'art naturaliste n'est pas plus vrai que l'art idéaliste. M. Zola ne voit pas l'homme et la nature avec plus de vérité que ne les voyait madame Sand. Il n'a pour les voir que ses yeux comme elle avait les siens. Le témoignage qu'il porte des choses n'est qu'un témoignage individuel. Il nous dit comment la nature vient se briser contre lui : ni plus ni moins ; mais il ne sait ce qu'est l'univers, ni s'il est. Naturalistes et idéalistes sont également les jouets de l'apparence ; ils sont, les uns et les autres, en proie au spectre de la caverne. C'est ainsi que Bacon appelait le principe de notre éternelle ignorance, de l'ignorance à laquelle notre condition d'homme nous condamne, murés que nous sommes en nous-mêmes comme dans un rocher, et solitaires, hallucinés, au milieu du monde.
Anatole FRANCE – La vie littéraire – 1e série - George Sand et l'idéalisme dans l'art

2024. En réalité, le thème le plus banal peut fournir à l'artiste la matière d'un très grand sujet, s'il sait le faire vivre intensément, s'il sait lui faire traduire son émotion.
VLAMINCK

2025. Pour agir dans le monde, il faut mourir à soi-même... L'homme n'est pas ici-bas seulement pour être heureux, il n'y est même pas pour être simplement honnête. Il y est pour réaliser de grandes choses pour la société, pour arriver à la noblesse et dépasser la vulgarité où se traîne l'existence de presque tous les individus.
Ernest RENAN
cité par Vincent Van Gogh dans une lettre à son frère Théo adressée de Londres le 8 mai 1875.

2026. Tout ce qui est obtenu par ruse, par patience, par adresse, caractérise l'inférieur.
Françoise PARTURIER
Lettre ouverte aux femmes

Septembre 1974

2027. ...ce démon que les femmes ont toutes – dit-on – quelque part, et qui serait le maître toujours, s'il n'y en avait pas deux autres aussi en elles – la Lâcheté et la Honte, - pour contrarier celui-là !
BARBEY d'AUREVILLY
Les Diaboliques – Le rideau cramoisi

2028. Il y a une effroyable, mais enivrante félicité dans l'idée qu'on ment et qu'on trompe ; dans la pensée qu'on se sait seul soi-même, et qu'on joue à la société une comédie dont elle est la dupe, et dont on se rembourse les frais de mise en scène par toutes les voluptés du mépris.
id. ibid.
Le dessous de cartes d'une partie de whist – III

2029. Il est des moments privilégiés dans l'existence où tout paraît simple et facile ; insouciant, on entre, on sort, on fait ceci ou cela ; on n'éprouve ni fatigue ni contrainte : apparemment, une chose en vaut une autre. Parfois, au contraire, on sent que rien ne peut être changé, rien n'est naturel, rien ne va de soi ; le moindre geste obéit à quelque arrêt irrévocable du destin.
Les évènements de notre vie que nous qualifions d'heureux et que nous racontons volontiers sont presque tous de cette espèce “facile” et nous les oublions aisément. Les autres, qu'il nous coûte d'évoquer, nous ne les oublions jamais, et leur ombre nous suit jusqu'à notre dernier jour.
Hermann HESSE
Ame d'enfant – Trad. Edmond Beaujon

2030. Le destin ne tombe pas sur nous de l'extérieur, il prend racine et se développe en nous-mêmes.
id. Klein et Wagner I

2031. Parler est le plus sûr moyen de tout compromettre à force de platitude et d'abstraction.
id. ibid. III

2032. J'ignore comment vous vivez, mais vous vivez comme j'ai vécu moi-même et comme tout le monde vit, le plus souvent dans les ténèbres et à côté de soi-même, toujours esclave d'un but, d'un devoir ou d'un projet.
id. ibid.

2033. A ce niveau-là, il n'existe rien que l'instinct de conservation et l'angoisse, et c'est sous la pression de l'angoisse, à cause d'une peur enfantine d'avoir froid, d'être seul et de mourir, que deux êtres se précipitent l'un vers l'autre, s'embrassent, s'étreignent, joue contre joue, se prennent, s'unissent et jettent dans le monde de nouveaux êtres humains.
id. ibid. V


2034. L'enfance vit dans la foi. Mais si “l'enfant grandit, dépasse les parents de la tête, et regarde par-dessus leur épaule”, il lui est loisible de voir que “derrière eux, il n'y a rien”.
Georges BATAILLE
La littérature et le mal – Baudelaire – L'homme ne peut s'aimer jusqu'au bout s'il ne se condamne – Citant Jean-Paul Sartre Baudelaire Gallimard Ed. 1946 page 60.

2035. Aussi gênant soit-il, Hitler ne modifie en rien mon opinion sur les Allemands.
Depuis ma plus tendre enfance, j'ai aimé et estimé ce peuple : si par exemple une affection de toujours me liait à un ami et qu'il devînt syphilitique, serait-ce une raison suffisante pour lui retirer mon amitié ? De tout mon cœur et par tous les moyens, j'essaierais de lui rendre la santé.
Jean RENOIR
Présentation de son film La grande ilusion au public américain en 1938

2036. Un peu facile pourtant, le métier de moraliste qui se veut en marge de son époque : on ne sait jamais si c'est parce qu'il la domine ou parce qu'il est à côté.
Dominique PELEGRIN
Je suis un attardé qui croit au péché originel
Article consacré à Gustave Thibon dans le Télérama n° 1287 du 11 09 1974

2037. Il y a dans Les Fleurs du Mal de quoi justifier l'interprétation de Sartre, selon laquelle Baudelaire fut soucieux de n'être qu'un passé “inaltérable et imperfectible”, et choisit de “considérer sa vie du point de vue de la mort, comme si une fin prématurée l'avait déjà figée.” Il se peut que la plénitude de sa poésie soit liée à l'image immobilisée de bête prise au piège, qu'il a donnée de lui, qui l'obsède et dont il reprend sans fin l'évocation. De la même façon, une nation s'obstine à ne pas manquer à l'idée qu'elle se donne d'elle-même une fois, et, plutôt que d'avoir à la dépasser, admet de disparaître. La création s'arrête, qui reçoit ses limites du passé et, parce qu'elle a le sens de l'insatisfaction, ne peut se détacher et se satisfait d'un état d'immuable insatisfaction. Cette jouissance morose, prolongée d'un échec, cette crainte d'être satisfait changent la liberté en son contraire.
Georges BATAILLE
La littérature et le Mal – Baudelaire - “Baudelaire et la statue de l'impossible”
citant Sartre dans “Baudelaire”

Octobre 1974

2038. - De même que tous les hommes ont la même force extérieure, de même (et avec la même variété infinie) ils sont tous semblables par le Génie Poétique.
Georges BATAILLE
La littérature et le Mal - « Baudelaire » - « Baudelaire et la statue de l'impossible » citant William BLAKE (« All religions are one »)

2039. - Précisément, la pauvreté de la poésie, ou de la religion, dépend de la mesure où l'introverti les ramène à la hantise de ses sentiments personnel.
id. ibid. « Willliam Blake » - «La souveraineté de la poésie »

2040. La loi, froide par elle-même, ne saurait être accessible aux passions qui peuvent légitimer la cruelle action du meurtre.
Marquis de SADE
La philosophie dans le boudoir 1795

2041.- Sans scrupules – si nous n'avions le souci d'observer de lourds interdits – nous ne serions pas des êtres humains. Mais ces interdits, nous ne saurions non plus les observer toujours- si parfois nous n'avions le courage de les enfreindre, nous n'aurions plus d'issue. Il s'ajoute que nous ne serions pas humains si jamais nous n'avions menti, si nous n'avions pas, une fois, eu le cœur d'être injuste.
Georges BATAILLE
La littérature et le Mal - « Proust »
« La Morale liée à la transgression de la loi morale »

2042. - La vie professionnelle d'un être, si elle est sa part publique, est aussi sa part secrète, où opèrent des magies venues du plus profond de lui et où la passion peut s'assouvir autant, sinon plus, que dans l'amour.
Félicien MARCEAU – Creezy

2043. - Face à la vérité, le doute n'est pas permis.
Ferdinand LOP, éternel candidat et maître ès canulars ; Maximes

2044.- Je sais ce que je veux être quand je serai grand.
Un rien du tout.
Mais je ne peux pas.
Parce que ça briserait le cœur de ma mère.
Alors je serai médecin.
Et je rendrai ma mère fière de moi.
Mais au fond de moi, je serai un rien du tout.
Comme ça elle aura ce qu'elle veut et moi j'aurai ce que je veux.
Jules FEIFFER
Bande dessinée. Un dessin par ligne. Paru dans « Charlie » n° 56 de septembre 1973

Novembre 1974

2045. - Je me levais avec le soleil, et j'étais heureux ; je me promenais, et j'étais heureux; je voyais maman, et j'étais heureux ; je parcourais les bois, les coteaux, j'errais dans les vallons, je lisais, j'étais oisif, je travaillais au jardin, je cueillais les fruits, j'aidais au ménage, et le bonheur me suivait partout : il n'était dans aucune chose assignable ; il était tout en moi-même. Jean-Jacques ROUSSEAU
Les confessions

2046. - Le seul remède, la seule règle et l'unique science, pour éviter tous les maiux qui assiègent l'homme de toutes parts et à toute heure, quels qu'ils soient et si grands soient-ils, c'est de se résoudre à les souffrir humainement, ou à les terminer courageusement et promptement.
Michel MONTAIGNE
Journal de voyage en Italie
« Autour de Lucques : cures thermales intensives »

2047. - Un espion ou un résistant étant pris, ce n'est plus qu'une question de technique. Ce sera plus ou moins dur suivant qu'il est plus ou moins coriace, mais, entre les pattes de types connaissant leur affaire, il parlera, il fera ce qu'on voudra qu'il fasse. S'il ne parle pas, ou s'il meurt pendant le traitement avant d'avoir parlé, ou s'il réussit à se suicider, comme Brossolette, c'est que le spécialiste n'est pas à la hauteur. Décerner de l'honneur à celui qui a tenu le coup et vouer à l'ignominie celui qui flancha une seconde trop tôt n'est que thème de discours pour monument aux morts.
CAVANNA
Je l'ai pas lu je l'ai pas vu mais j'en ai entendu parler
Editorial du Charlie-Hebdo n° 207 du 4 11 1974

2048. - Le christianisme, cet aigle divin qui commençait à déployer ses ailes, avait pondu dans ces rochers son œuf qui contenait un monde.
Victor HUGO
Le Rhin, Lettre XIV, Le Rhin

2049. - Il faut que l'opinion publique comprenne que des innocents meurent chaque jour dans les nouveaux camps de concentration que sont les hôpitaux psychiatriques.
Colette ANDREU
membre de la Commission des Citoyens pour les Droits de l'Homme
  • Lettre sur l'article “Le foie... vous dis-je”, publié dans “Le Nouvel Observateur”
  • n° 519 du 21-10-1974, dans le courrier du même journal n° 522 du 11 11 1974

2050. - Quand le présent ne nous offre plus rien, nous crions par l'œuvre d'art : je voudrais !
Richard WAGNER
Lettre – 1852

2051. - Valéry Giscard d'Estaing veut être le président de tous les Français, mais il ne leur apporte pas la part de rpeve indispensable à tout grand dessein.
Pierre YSMAL – L'automne – Editorial du n° 9390 du 27 11 1974
dans “Sud-Ouest”
Décembre 1974

2052. - Il est aussi impossible aux Charlemagne et aux Napoléon de ne pas construire leur Europe d'une certaine façon qu'au castor de ne pas bâtir sa hutte selon une certaine forme et contre un certain vent. Quand il s'agit de la conservation et de la propagation, ces deux grandes lois naturelles, le génie a son instinct aussi sûr, aussi fatal, aussi étranger à tout ce qui n'est pas le but, que l'instinct de la brute. Il le suit, laissez-le faire, et, dans l'empereur comme dans le castor, admirez Dieu.
Victor HUGO
Le Rhin – Conclusion – X

2053. - Pour que la paix perpétuelle fût possible et devînt de théorie réalité, il fallait deux choses : un véhicule pour le service rapide des intérêts, et un véhicule pour l'échange rapide des idées ; en d'autres termes, un mode de transport uniforme, unitaire et souverain, et une langue générale. Ces deux véhicules, qui tendent à effacer les frontières des empires et des intelligences, l'univers les a aujourd'hui ; le premier, c'est le chemin de fer ; le second, c'est la langue française.
id. ibid. XVII

2054. - Enfants des âges à venir
En lisant cette page indignée,
Sachez qu'au temps jadis
L'amour, le tendre amour était jugé comme un crime.
William BLAKE

2055. - Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même.
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.
Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.

Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d'être comme eux, mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s'attarde avec hier.
Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetées.
................................................................................................................................................................
Que votre tension par la main de l'Archer soit pour la joie.
Khalil GIBRAN
en exergue au livre de A.S.NEILL “Libres enfants de Summerhill”

2056. - Il n'y a pas de femmes laides ; il n'y a que des femmes qui s'ignorent.
Fernand AUBRY
Prospectus publicitaire pour produits de beauté

2057. - Si, par exemple, j'essayais de former une société dans laquelle les adolescents seraient libres de vivre leur vie sexuelle naturellement, je serais condamné, sinon emprisonné, comme corrupteur de la jeunesse. Ayant horreur des compromis; je suis pourtant dans l'obligation ici d'en faire un et de comprendre que ma destinée n'est pas de réformer la société, mais d'apporter le bonheur à un tout petit nombre d'enfants.
A.S.NAILL
Libres enfants de Summerhill – “Coup d'œil sur Summerhill” I - “Summerhill”

2058. - Où il y a un patron, il n'y a pas de liberté. Cela s'applique aussi bien au patron autoritaire qu'au patron bienveillant. L'enfant indépendant peut se rebeller contre un patron dur, mais le patron doux ne fait que le rendre impuissant et lui enlève toute certitude quant à ses convictions.
id. ibid. “L'autodétermination”

2059. - Les mêmes gens qui se répandent en injures contre Freud parce qu' “il voit la sexualité partout” sont ceux qui ont raconté des histoires grivoises, les ont écoutées et en ont ri.
A.S.NAILL
Libres enfants de Summerhill – III - “La sexualité” - “Les attitudes envers la sexualité”

2060. - Tartuffe, c'est celui qu'on n'ose pas dénoncer : il est dans le vent.
Francis MAYOR
Et Tartuffe n'est pas mort
Article paru dans le “Télérama” n° 1302 du 25 12 1974

2061. - Sous un roi athée, il [Tartuffe] serait athée !
LA BRUYERE

2062. - J'ai vraiment gâché mes enfants ! est le cri de nombreux parents qui m'écrivent. L'éducateur, n'étant pas handicapé par un fort attachement émotif à ses élèves, a plus de possibilités que les parents d'être conscient en permanence pour guider l'enfant vers la liberté.
A.S.NAILL
Libres enfants de Summerhill VI - “Les problèmes des parents - “La conscience parentale”

2063. - Ce que j'ai contre les parents, c'est qu'ils ne veulent pas apprendre.
id. ibid.

2064. - Chaque fois que je vois qu'on fesse un enfant, qu'on lui ment, qu'on lui fait honte de sa nudité, je vois aussi que cet enfant deviendra un conjoint haineux dans le mariage.
id. ibid. VII - “Questions et réponses” - “Quelques questions et réponses d'ordre général”
Trad. Micheline Laguilhomie

2065. - Chez un peuple sans aristocratie le culte du Beau ne peut que se corrompre, s'amoindrir et disparaître. Charles BAUDELAIRE Edgar Poë, sa vie et ses œuvres” I
(avant-propos aux Histoires Extraordinaires d'Edgar Poë)

2066. - ...Tantôt il conçoit que seuls l'espace et le temps infinis de la mort lui rendront son unité, et là encore il se trompe. La mort vient toujours trancher cette quête d'une conscience une, indivisible, permanente, et ce n'est même pas la mort. C'est le néant.
Michel ZERAFFA
Thèmes et langage des “Nouvelles Histoires Extraordinaires” (de Poë)

2067. - Plus de peintres, plus de littérateurs, plus de musiciens, plus de sculpteurs, plus de religions, plus de républicains, plus de royalistes, plus de bolcheviques, plus de politiques, plus de prolétaires, plus de démocrates, plus d'armées, plus de polices, plus de patries, enfin assez de toutes ces imbécillités, plus rien plus rien, RIEN, RIEN, RIEN.
Apostrophe anticulturelle DADA

Janvier 1975

2068. - Max Planck, un des plus grands savants de l'histoire des hommes, le père de la théorie des quanta, a écrit très justement dans son autobiographie qu'il était impossible de convaincre les gens de quoi que ce soit de nouveau. Que tout ce qu'on pouvait faire, à la limite, était de leur donner le temps de mourir. A ce moment-là seulement, les jeunes générations, en âge de la révolte, pourraient embrasser les nouvelles vérités.
Michel LANCELOT
Le jeune lion dort avec ses dents 7 “Pour une science-fiction subversive”

2069. - L'homme occidental n'est plus qu'un zombi au sexe hypertrophié qui rôde dans les ruines de sa culture.
Pierre ESPAGNE

2070. - Tant que la contre-culture ne sera qu'un contre-objet, la culture étant le média réificateur, elle ne sera jamais qu'une nouvelle culture.
Jérôme DIAMANT-BERGER 15 02 1974

2071.- Tout enfant dessine et raconte abondamment l'univers qu'il voit apparaître. Et puis, un beau matin, il s'arrête, enrobé de conseils ou de prospectus lui proposant de “savoir”, “d'apprendre” à dessiner. On assassine le talent. La B.(ande) D.(essinée) le sauve.
Thierry DEFERT

2072. - On peut commencer une histoire par le milieu puis, d'une démarche hardie, embrouiller le début et la fin. On peut adopter le genre moderne, effacer les époques et les distances et proclamer ensuite, ou laisser proclamer, qu'on a résolu le problème espace-temps. On peut aussi déclarer d'emblée que, de nos jours, il est impossible d'écrire un roman puis, à son propre insu si j'ose dire, en pondre un bien épais afin de se donner l'air d'être le dernier des romanciers possibles.
Günther GRASS
Le tambour

2073.- Faire œuvre littéraire ne peut être, je le crois, qu'une opération souveraine : c'est vrai dans le sens où l'œuvre demande à l'auteur de dépasser en lui la personne pauvre, qui n'est pas au niveau de ses moments souverains ; l'auteur, autrement dit, doit chercher par et dans son œuvre ce qui, niant ses propres limites, ses faiblesses, ne participe pas de sa servitude profonde. Il peut alors nier, par une réciprocité inattaquable, ces lecteurs sans la pensée desquels son œuvre n'aurait pu même exister, il peut les nier, dans la mesure où il s'est lui-même nié. Cela signifie qu'à l'idée de ces êtres indécis qu'il connaît, alourdis de servilité, il peut désespérer de l'œuvre qu'il écrit, :mais toujours, au-delà d'eux-mêmes, ces êtres réels le renvoient à l'humanité jamais lasse d'être humaine, qui jamais ne se subordonne jusqu'au bout, et qui toujours l'emportera sur ces moyens dont elle est la fin. Faire œuvre littéraire est tourner le dos à la servilité, comme à toute diminution concevable, c'est parler le langage souverain qui, venant de la part souveraine de l'homme, s'adresse à l'humanité souveraine.
Georges BATAILLE
La littérature et le mal
Genet – La communication impossible

2074.- Genet même est soucieux de souveraineté. Mais il n'a pas vu que la souveraineté veut l'élan du cœur et la loyauté, parce qu'elle est donnée dans la communication. La vie de Genet est un échec et, sous les apparences de la réussite, il en est ainsi de ses œuvres. Elles ne sont pas serviles, elles dominent la plupart des écrits tenus pour “littéraires” : mais elles ne sont pas souveraines, étant dérobées à l'exigence élémentaire de la souveraineté : la loyauté de dernier ressort sans laquelle l'édifice de la souveraineté se défait.
Georges BATAILLE
La littérature et le mal
Genet – La communication impossible

2075. - La difficulté la plus grande que Sartre ait rencontrée dans ses études philosophiques tient à coup sûr à l'impossibilité pour lui de passer d'une morale de la liberté à la morale commune, qui lie les individus entre eux dans un système d'obligations.
id. ibid.
La liberté et le mal

2076.- L'économie est inconcevable hors de la structure affective agissante de l'homme ; il en est de même pour l'affectivité, la pensée et l'action humaines hors du substrat économique. Négliger unilatéralement l'un ou l'autre conduit au psychologisme (“les forces psychiques sont l'unique moteur de l'histoire”), ou à l'économisme (“le développement technique est le seul moteur de l'histoire”).
Wilhelm REICH
La révolution sexuelle
Préface de la 2e édition

2077.- Nous présentons des faits, pas des opinions. On pourrait n'être pas d'accord sur des opinions, on ne peut pas ne pas être d'accord sur des faits.
TRUJILLO, “pape” de la vente aux USA en 1961, écriteau de sa salle de conférences.

2078. - Les enfants doivent en effe, pour exister, s'adapter à notre culture, réprimer ces impulsions ; le prix qu'ils payent pour cela est l'acquisition d'une névrose, c'est-à-dire une réduction de leur capacité de travail et de leur puissance sexuelle.
La découverte de la nature antisociale de l'inconscient était exacte ; tout de même que celle de la nécessité du renoncement à l'instinct pour l'adaptation à l'existence sociale. Cependant, deux faits sont en opposition : d'un côté, l'enfant doit refouler ses pulsions pour devenir capable d'adaptation culturelle ; d'un autre côté, il acquiert, par ce processus même, un névrose qui le rend derechef incapable de développement culturel et d'adaptation, et finalement antisocial.
Wilhelm REICH
La révolution sexuelle
1e partie – Le fiasco du moralisme sexuel – Ch.1 : Les bases cliniques de la critique opérée par l'économie sexuelle 2.- Une contradiction dans la théorie freudienne de la culture
A) Refoulement sexuel et renoncement à l'instinct

2080.- Il y a deux sortes de ”moralité”, mais une seule sorte de réglementation morale. Cette source de “moralité” que tout le monde admet et soutient comme allant de soi (ne pas violer, ne pas tuer, etc.) ne peut s'établir que sur la base d'une entière satisfaction des besoins naturels. Mais l'autre sorte de “moralité” que nous refusons (abstinence sexuelle des enfants et des adolescents, fidélité conjugale obligatoire, etc.), est en soi pathologique et crée le chaos même qu'elle prétend contrôler. Elle est l'enemi originaire de la moralité naturelle.
id. ibid.
4.- La “moralité” de l'économie sexuelle
2081.- La base de la famille des classes moyennes est la relation de type patriarcal du père avec la femme et les enfants. Il est en quelque sorte l'interprète et le symbolke del'autorité de l'Etat dans la famille. La contradiction entre son rôle de subordonné dans la production et de maître dans la famille lui confère l'aspect typique de l'adjudant-chef : servile envers les supérieurs, il s'imprègne de l'idéologie doiminante (ce qui explique sa tendance à l'imitationà, et règne en maître sur ses ingférieurs ; il transmet les conceptions politiques et sociales et contribue à les renforcer.
id. ibid. Ch. 5 : La famille autoritaire en tant qu'appareil d'éducation 2 La structure triangulaire

2082.- L'affectivité des parents les rend inapte à la tâche éducative.
Wilhelm REICH
La révolution sexuelle 1e partie Le fiasco du moralisme sexuel Ch. 5 La famille autoritaire en tant qu'appareil d'éducation 2 La structure triangulaire

2083.- Il serait stupide de dire que les faits évoqués sont un espèce de folie passagère, une hystérie d'après-guerre qui est sur son déclin. La politique de l'autruche se généralise parce que la chose est désormais connue ; mais si la population adulte de ce pays s'imagine que le calme relatif de surface signifie que plus rien ne se passe au-dessous, elle vit dans une douce folie paradisiaque. La jeunesse est plus rusée, raisonneuse, méprisante à l'égard de ses aînés, et plus froidement décidée à suivre sa voie, qu'elle ne l'a jamais été. Cela ne veut pas forcément dire que cette voie est mauvaise, ni que ses jeunes gens travaillent à leur propre ruine. Cela veut dire qu'ils modifient notre code social ; et à mon avis ils gagneront, sinon avec nous, en tout cas sans nous.
LINDSEY
Revolt

2084.- Toute prescription de l'Eglise sur la pudeur dans l'habillement ou autres mesures morales ou ascétiques, ne peuvent que produire l'effet contraire, étant donné que la répression des besoins sexuels ne fait qu'en augmenter l'urgence. Le tragique – ou le comique – de toute moralité sexuelle ascétique est de ne pas tenir compte de ce fait fondamental.
Wilhelm REICH
La révolution sexuelle – 1e partie Le fiasco du moralisme sexuel
ch. VII Le mariage coercitif et les liaisons sexuelles durables – 1.- La liaison sexuelle durable

2085.- Il existe en effet ce qu'on appelle “l'opinion publique”, ou droit institutionnalisé de se mêler des affaires privées d'autrui.
Id. ibid. 2.- Le problème du mariage



2086.- Il est catastrophique que des dirigeants d'un mouvement révolutionnaire tentent de défendre des conceptions réactionnaires en qualifiant de “bourgeois” les progressistes en matière sexuelle.
Wilhelm REICH
La révolution sexuelle 2e partie La lutte pour la “Nouvelle forme de vie” en Union soviétique ch.VIII L' “abolition de la famille””

2087.- Le génie est la sanctification du lieu commun.
X...

2088.- Dans la famille, en règle générale, les besoins sexuels normaux ont été remplacé par des attitudes infantiles et des habitudes sexuelles pathologiques. Les membres de la famille se haïssent mutuellement, consciemment ou inconsciemment, et étouffent cette haine par une affection forcée et une dépendance “collante” qui ne dissimulent qu'imparfaitement la haine sous-jacente. L'une des principales difficultés consistait dans l'incapacité des femmes – génitalement bloquées et inaptes à l'indépendance économique – à abandonner la protection quasi servile par la famille et cette satisfaction substitutive qu'est leur domination sur les enfants.
Wilhelm REICH
La révolution sexuelle 2e partie La lutte pour la “Nouvelle forme de vie” en Union soviétique ch.VIII L' “abolition de la famille””

2089.- Si la connexion entre l'Etat autoritaire et la famille patriarcale où il se reproduit structuralement avait été clairement reconnue et pratiquement utilisée, la révolution se serait épargné non seulement maintes discussions stériles et erreurs, mais aussi de nombreuses et fâcheuses régressions.
Id. ibid. ch.IX La révolution sexuelle – 1.- Une législation progressiste

2090.- Si ce n'était qu'une affaire d'argumentation logique, les arguments révolutionnaires auraient balayé depuis longtemps l'idéologies des démographes réactionnaires et des théoriciens racistes. Mais ces milieux avaient pour eux les forces traditionnelles de la pensée collective qiu ne peuvent être maîtrisées par le seul discours rationnel.
Wilhelm REICH
La révolution sexuelle 2e partie La lutte pour la “Nouvelle forme de vie” en Union soviétique ch. XI L a liberté du contrôle des naissances et de l'homosexualité, et le coup d'arrêt qui suivit. - 1.- Le contrôle des naissances

2091.- La sexualité ne disparaît pas, elle subsiste sous des formes pathologiques, déviées et nocives. L'alternative de la sexualité et de la socialité n'existe pas. La seule alternative véritable est entre une vie sexuelle socialement reconnue, satisfaisante et heureuse, ou une vie sexuelle pathologique, dissimulée et hors-la-loi.
Id. ibid.

Février 1975

2092.- La formule marxiste selon laquelle “l'éducateur lui-même doit être éduqué” est devenue un slogan vide ; il est temps de lui donner un contenu concret : les éducateurs de la nouvelle génération, parents, pédagogues, chefs d'Etat et économistes, doivent d'abord être eux-mêmes en bonne santé sexuelle avant que de pouvoir accepter seulement l'idée d'une éducation des enfants et des adolescents conforme à l'économie sexuelle.
id. ibid. ch. XIV Les leçons de la lutte pour la “Nouvelle forme de vie” en Union soviétique

2093.- Le premier principe serait donc de reconnaître que la vie sexuelle N'EST PAS une affaire privée. Cela ne veut pas dire que quelque agence gouvernementale ou autre organisation serait autorisée à se mêler des secrets d'alcôve de tout un chacun. Cela veut dire que le souci de la restructuration sexuelle de l'homme, en vue d'une pleine aptitude au plaisir, ne doit pas être laissée à l'initiative privée, mais EST UN PROBLEME CARDINAL DE LA VIE SOCIALE TOUT ENTIERE. Id. ibid.

2094.- Il faut organiser la lutte pour l'affirmation de la vie ; l'obstacle majeur est représenté par l'anxiété de plaisir des hommes.
Cette anxiété de plaisir, qui provient d'une perturbation d'origine sociale de sprocessus naturels du plaisir, est au cœur de toutes difficultés rencontrées dans l'action psychologique collective et sexologiques ; elle se présente sous la forme de fausse puceur, de moralisme, d'obéissance aveugle aux Führers, etc... Certes, on a honte d'être impuissant, tout comme d'être réactionnaire en politique ; la puissance sexuelle reste l'idéal, tout comme l'attitude révolutionnaire, et tout réactionnaire joue les révolutionnnaires. Mais personne ne veut avouer avoir raté ses chances de bonheur dans la vie, et reconnaître que son avenir est derrière lui. C'est pourquoi la vieille génération combat toujours les manifestations concrètes de la vie chez les jeunes gens ; c'est pourquoi aussi la jeunesse devient conservatrice avec l'âge. Personne ne veut admettre que sa vie aurait pu être mieux disposée ; admettre qu'il nie actuellement ce qu'il affirmait auparavant ; que la réalisation de ses propres désirs exigerait une réorganisation de tout le processus social, impliquant la ruine de tant d'illusions chères et de satisfactions substitutives. On ne veut pas maudire les exécutants du pouvoir autoritaire et de l'idéologie ascétique parce qu'ils s'appellent “Père” et “Mère”. Ainsi, chacun se résigne en apparence et se révolte en sourdine.
Cependant, le déploiement de la vie ne peut être arrêté. Ce n'est pas par hasard que le processus social fut identifié au processus de la nature : ce que les socialistes appellent la “nécessité historique” n'est rien d'autre que la nécessité biologique du déploiement de la vie. Sa distorsion en ascétisme, en structures autoritaires et en négation de la vie fera peut-être quelque réapparition ; mais les forces naturelles de l'homme finiront par triompher dans l'unité de la nature et de la culture. Tout nous indique que la vie se révolte contre les formes oppressives auxquelles elle a dû se plier. La lutte pour une “nouvelle forme de vie” ne fait que commencer, sous la forme d'abord inévitable d'une grave désorganisation, matérielle et psychique, de la vie individuelle et sociale. Mais si l'on comprend le processus de la vie, on ne peut douter de l'issue.
Wilhelm REICH
La révolution sexuelle 2e partie La lutte pour la “Nouvelle forme de vie” en Union soviétique ch. XI L a liberté du contrôle des naissances et de l'homosexualité, et le coup d'arrêt qui suivit. - 1.- Le contrôle des naissances

2095.- Dans la prose, le plaisir esthétique n'est pur que s'il vient par-dessus le marché.
Jean-Paul SARTRE
Qu'est-ce que la littérature ? ch.I Qu'est-ce qu'écrire ?

2096.- Des années d'expérience m'ont appris que pour mentir convenablement, il faut serrer la vérité au plus près. C'est la meilleure technique parce que les faits, qui doivent fatalement émerger des questions, des investigations et de l'écoulement du temps, corroboreront ce genre de mensonge.
Elia KAZAN
L'arrangement Traduction France- Marie Watkins. Ch.IX

2097.- Se livrer à la prostitution n'est certes pas très bon pour la santé, mais le travail acharné d'un jeune homme ambitieux n'est pas plus satisfaisant.
Michel MEIGNANT
Liberté, égalité, sexualité

2098.- Pour la première fois de ma vie, j'étais capable de me sentir proche des gens, parce que pour la première fois je n'avais pas de ces préjugés ni de ces partis pris qui me rendaient incapable de vraiment connaître les autres. Nos conversations se passaient vraiment de personne à personne, et n'étaient pas, comme autrefois, une façon de se montrer tel qu'on voulait être vu.
Elia KAZAN
L'arrangement Trad. France-Marie Watkins ch.XXVI

2099.- Mon Dieu... Je viens d'y penser... Nous sommes peut-être condamnés l'un à l'autre, il n'y a peut-être personne d'autre qui puisse me supporter, et je sais que je suis la seule qui puisse te supporter.
id. op.cit. ch.XXX

2100.- Il faut donc en revenir au public bourgeois. L'écrivain se vante d'avoir rompu tout commerce avec lui, mais, en refusant le déclassement par en bas, il condamne sa rupture à rester symbolique : il la joue sans relâche, il l'indique par son vêtement, son alimentation, son ameublement, les mœurs qu'il se donne, mais il ne la fait pas. C'est la bourgeoisie qui le lit, c'est elle seule qui le nourrit et qui décide de sa gloire.En vain faitil semblant de prendre du recul pour la considérer d'ensemble : s'il veut la juger, il faudrait d'abord qu'il en sorte et il n'est pas d'autre façon d'en sortir que d'éprouver les intérêts et la manière de vivre d'une autre classe. Comme il ne s'y décide pas, il vit dans la contradiction et dans la mauvaise foi puisqu'il sait à la fois et ne veut pas savoir pour qui il écrit. Il parle volontiers de sa solitude et, plutôt que d'assumer le public qu'il s'est sournoisement choisi, il invente qu'on écrit pour soi seul ou pour Dieu, il fait de l'écriture une occupation métaphysique, une prière, un exament de conscience, tout sauf une communication. Il s'assimile fréquemment à un possédé, parce que, s'il vomit les mots sous l'empire d'une nécessité intérieure, au moins ne les donne-t-il pas. Mais cela n'empêche qu'il corrige soigneusement ses écrits. Et d'autre part il est si loin de vouloir du mal à la bourgeoisie qu'il ne lui conteste même pas le droit de gouverner.
Jean-Paul SARTRE
Qu'est-ce que la littérature ? ch.III Pourquoi écrit-on ?

2101.- La bourgeoisie laisse faire ; elle sourit de ces étourderies. Peu lui importe que l'écrivain la méprise : ce mépris n'ira pas loin, puisqu'elle est son seul public ; il n'en parle qu'à elle, il lui en fait la confidence ; c'est en quelque sorte le lien qui les unit. Et même s'il obtenait l'audience populaire, quelle apparence qu'il puisse attiser le mécontentement des masses en leur exposant que le bourgeois pense bassement ? Il n'y a aucune chance qu'une doctrine de la consommation absolue puisse circonvenir les classes laborieuses. Au reste la bourgeoisie sait bien que l'écrivain a pris secrètement son parti : il a besoin d'elle pour justifier son esthétique d'opposition et de ressentiment ; c'est d'elle qu'il reçoit les biens qu'il consomme ; il souhaite conserver l'ordre social pour pouvoir s'y sentir un étranger à demeure : en bref, c'est un révolté, non pas un révolutionnaire. Des révoltés, elle fait son affaire. En un sens, même, elle se fait leur complice : il vaut mieux contenir les forces de négation dans un vain esthétisme, dans une révolte sans effets ; libres, elles pourraient s'employer au service des classes opprimées. Et puis les lecteurs bourgeois entendent à leur façon ce que l'écrivain nomme la gratuité de son œuvre : pour celui-ci c'est l'essence même de la spiritualité et la manifestation héroïque de sa rupture avec le temporel ; pour ceux-là un ouvrage gratuit est foncièrement inoffensif, c'est un divertissement ; ils préfèreront sans doute la littérature de Bordeaux, de Bourget, mais ils ne trouvent pas mauvais qu'il y ait des livres inutiles qui détournent l'esprit des préoccupations sérieuses et lui donnent la récréation dont il a besoin pour se refaire. Ainsi, même en reconnaissant que l'œuvre d'art ne peut servir à rien, le public bourgeois trouve encore moyen de l'utiliser.
Jean-Paul SARTRE Qu'est-ce que la littérature ? ch. III Pour qui écrit-on ?

2102 .- Chacun sait qu'il y a de nos jours deux littératures : la mauvaise qui est proprement illisible (on la lit beaucoup) ; et la bonne qui ne se lit pas.
PAULHAN

2103. - Nous avons dit que l'écrivain s'adressait en principe à tous les hommes. Mais, tout de suite après, nous avons remarqué qu'il était lu seulement de quelques-uns. De l'écart entre le public idéal et le public réel est née l'idée d'universalité abstraite. C'est-à-dire que l'auteur postule la perpétuelle répétition dans un futur indéfini de la poignée de lecteurs dont il dispose dans le présent.
Jean-Paul SARTRE Qu'est-ce que la littérature ? ch. III Pour qui écrit-on ?

2104 . - Mais nous, bien avant de commencer notre premier roman, nous avions l'usage de la littérature, il nous paraissait naturel que les livres poussent dans une société policée, comme les arbres dans un jardin ; c'est pour avoir trop aimé Racine et Verlaine que nous nous sommes découvert, à quatorze ans, pendant l'étude du soir ou dans la grande cour du lycée, une vocation d'écrivain ; avant même de nous être trouvés aux prises avec un ouvrage en chantier, ce monstre si fade, si gluant de tous nos sucs, si chanceux, nous nous étions nourris de littérature déjà faite et nous pensions naïvement que nos écrits futur sortiraient de notre esprit dans l'état d'achèvement où nous trouvions ceux des autres, avec le sceau de la reconnaisance collective et cette pompe qui vient d'une consécration séculaire, bref, comme des biens nationaux ; pour nous l'ultime transformation d'un poème, sa toilette dernière pour l'éternité, c'était, après avoir paru dans des collections magnifiques et illustrées, de finir imprimé en petits caractères dans un livre cartonné au dos de toile
verte, dont l'odeur blanche de sciure et d'encre nous semblait le parfum même des Muses, et d'émouvoir les fils rêveurs, aux doigts tachés d'encre, de la bourgeoisie future. Breton lui-même, qui voulut mettre le feu à la culture, reçut son premier choc littéraire en classe, un jour que son professeur lui lisait Mallarmé ; en un mot la destination dernière de nos œuvres nous avons cru longtemps qu'elle était de fournir des textes littéraires à l'explication française de 1980.
Jean-Paul SARTRE Qu'est-ce que la littérature ? ch. IV Situation de l'écriture en 1947.

2105.- Les surréalistes sont des clercs, la petite bourgeoisie n'a ni traditions, ni avenir, la grande est sortie de la phase de conquête et vise à maintenir. Mais ces diverses attitudes se sont composées pour produire un mythe objectif selon lequel la littérature devait se choisir des sujets éternels ou tout au moins inactuels.
id. ibid.

2106. - Une œuvre n'est jamais belle qu'elle n'échappe en quelque manière à son auteur. S'il se peint sans en avoir le projet, si ses personnages échappent à son contrôle et lui imposent leurs caprices, si les mots gardent sous sa plume une sorte d'indépendance, alors il fait son meilleur ouvrage.
id. ibid.

2107. - Ecrire, ce n'est pas vivre, ni non plus s'arracher à la vie pour contempler dans un monde en repos les essences platonicennes et l'archétype de la beauté, ni se laisser déchirer, comme par des épées, par des mots inconnus, incompris, venus de derrière nous : c'est exercer un métier. Un métier qui exige un apprentissage, un travail soutenu, de la conscience professionnelle et le sens des responsabilités.
id. ibid.

2108. - Je ne pense pas que nous ayons jamais l'usage entier des “mass media”, mais il serait beau d'en commencer la conquête pour nos successeurs. Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que si nous ne nous en servons pas, nous devrons nous résigner à n'écrire jamais que pour des bourgeois.
id. ibid.

2109. - Une issue, ça s'invente. Et chacun, en inventant sa propre issue, s'invente soi-même.
Jean-Paul SARTRE Qu'est-ce que la littérature ? ch. IV Situation de l'écriture en 1947.

2110. - Le monde peut fort bien se passer de la littérature. Mais il peut se passer de l'homme encore mieux.
id. ibid.

Mars 1975

2111. - Aristide voulait avoir les mains libres ; une femme et un enfant lui semblaient déjà un poids écrasant pour un homme décidé à franchir tous les fossés, quitte à se casser les reins ou à rouler dans la boue.
Emile ZOLA
Les Rougon-Macquart
t. II – La curée ch. II

Avril 1975

2112. - Les hommes ne peuvent souvent rien quand les faits ne les aident pas.
id. ibid. t. VI – Son excellence Eugène Rougon ch. IX

2113. - L'écriture est aussi une autodestruction, et c'est pourquoi il faut absolument se reconstituer, et ce grâce au contact avec les hommes, avec la nature et avec la matière.
Bernard CLAVEL
Se colleter avec la matière, interview dans une brochure publicitaire “Spécial Activités” - Département Jeunesse Albums – Hachette.

Mai 1975

2114. - Pour Saint-Simon, la mort n'est pas ombre, mais illumination, elle éclaire et révèle, elle dévoile, elle montre la vérité, cruellement sans doute, dernière chance donnée parfois à un homme de la connaître, et se connaître. Aussi faut-il ne pas manquer sa mort.
José CABANIS
Saint-Simon l'admirable. “La vérité dans la mort”

2115. - Il serait absurde de reprocher à Saint-Simon d'avoir conformé sa vie si mal à ce qu'il savait être la vérité, et d'écrire ce qu'il n'avait pas fait : nous en sommes tous là.
id. ibid. “Saint-Simon refuse et reste”

Juin 1975

2116. - Il est si naturel de détruire ce qu'on ne peut posséder, de nier ce qu'on ne comprend pas, d'insulter à ce qu'on envie !
Honoré de BALZAC
Séraphîtus-Séraphîta

2117. - Les deux sexes, rêvant de s'unir pour se compléter et s'acheminer vers la reconstitution de l'androgyne, tendent en fait à s'assimiler l'un l'autre : l'homme affirme et renforce sa virilité en s'appropriant la femme, celle-ci exploite en l'homme la féminité latente et refoulée et s'en fait une alliée contre l'élément masculin qui cherche à la dominer.
Geneviève DELATTRE
De “Séraphîta” à “La fille aux yeux d'or”
VI
in “L'Année balzacienne” 1970

2118. - On peut résoudre une énigme, trouver la combinaison d'un coffre-fort, on ne saurait déchiffrer une peau. Marcel SCHNEIDER Entre deux vanités

2119. - Résister à l'esprit du temps exige plus de courage que s'abandonner à la mode, rester fidèle à sa gloire intérieure réclame plus de fermeté d'âme que s'habiller au goût du jour et contrefaire Arlequin.
Marcel SCHNEIDER
Entre deux vanités

2120. - Zurbaran s'inscrit en faux contre le principe qui déclare que les grands artistes sont ceux-là seuls qui font faire un pas en avant à la technique de leur art. A côté des créateurs qui découvrent des abîmes, des terres inconnues et des frissons nouveaux, il y a ceux qui utilisent les méthodes et procédés transmis par les siècles passés et qui les font servir à l'expression d'un esprit rare, d'une sensibilité singulière ; aux recherches de la technique artisanale, ils préfèrent l'effusion de leur âme.
id. ibid.

2121. - L' artiste doit écouter son instinct, ce qui fait de l'art ce qu'il y a de plus réel, la plus austère école de la vie, et le vrai Jugement dernier.
Marcel PROUST
Le temps retrouvé – III – p. 766 (Pléiade)

2122. - L'œuvre créée, qui contient en soi projet et accomplissement, fait notre Enfer ou notre Paradis : le tribunal ne se tient pas à la fin des temps, il se tient dès cette existence qui nous est donnée et cela grâce à l'incessant combat qui s'exerce contre les forces réunies de notre nonchalance et de notre frivolité. L'œuvre d'art est une victoire sur nous-mêmes, victoire de l'esprit sur la matière inerte, que l'on arrive à remporter après avoir effectué un tri rigoureux entre ce qui compte et ce qui ne compte pas.
Ce qui compte : l'enfance, la tendresse, l'espace intérieur, l'œuvre d'art. Ce qui ne compte pas : l'amour, les honneurs, ce qu'on appelle « le monde » et ces plaisirs que les vanités nous enseignent à mépriser.
Marcel SCHNEIDER
Entre deux vanités, à la suite de la citation précédente.

Juillet 1975

2123.- Lass deine tränen
Um ein weib.
Falsch' ist dein wähnen. (=rêve creux)
Ruh und bleib !
Stefan GEORG
Hymnes - « Pélerinages »

2124. - Ich wollte sie aus kühlem eisen
Und wie ein glatter fester streif (= barrette),
Doch war im schacht (= mine) auf allen gleisen
So kein Metall zum gusse reif.

Nun aber soll sie also sein :
Wie eine grosze fremde dolde ( = ombelle)
Geformt aus feuerrotem golde
Und reichem blitzendem gestein (= gemme)
id. ibid. Die Spange (= l'Agrafe)

2125.- Sein arm – erstaunen und bewundrung – rastet
An seiner rechten hüfte, sonne spielt
Auf seinem starken leib und auf dem loorbeer
An seiner schläfe (= sur son front), langsam wälzet (= déferle) jubelt
Sich durch die dichten reihen wenn er kommt
Entlang die grade grünbestreute strasse.
Die frauen lehren ihre kinder hoch.
Erhebend seinen namen freudig rufen
Und palmenzweige ihm entgegenstrecken
Die zierde (= parure) ganzen landes und er sieht nicht
Die zahl der jauchzenden und nicht einmal
Die eltern stolz aus dem gedränge (= de la multitude) ragen (= surgir)
Stefan GEORG
Eglogues et louanges
Die Lieblinge (= les idoles) des Volkes
Der Ringer (= Le lutteur)

2126.- Tenter de savoir « où, quand et comment ? » afin de « mieux comprendre », c'est en effet faire fausse route car l'art doit transformer et il transforme au point que le modèle devient indifférent au créateur lui-même.
M.BOUCHER Note sur L'année de l'âme, recueil de poèmes de Stefan Georg.

2127.- La poésie est le règne de l'éternité. Il n'y a que la poésie qui soit éternelle et le souvenir des plus grands exploits ne surgit que grâce aux poètes : la terre est couverte de cendres où se mêle tout ce qui fut, mais on ne sait par quel miracle une chose fragile a toujours su traverser les siècles et leurs dévastations : le livre.
id. ibid.

2128. Un artiste n'arrive jamais au parfait contentement de soi-même, parce que le modèle que son idéal lui impose dépasse toujours sa puissance d'imitation. S'il est vaniteux, il peut s'applaudir d'être supérieur à ses rivaux, mais il n'en reste pas moins inférieur au maître invincible qu'il porte en soi et ne peut égaler, et il y a dans le secret désaveu de ses meilleures œuvres par ses aspirations une sorte de mélancolie incurable...
SULLY-PRUD'HOMME
L'expression dans les Beaux-Arts – Conclusion

Août 1975

2129.- Ce qui nous fait désespérer, c'est que nous voulons trouver un sens universel à la vie tout entière et que nous finissons par dire qu'elle est absurde, illogique, vide de sens. Il n'existe pas de sens universel, cosmique, pour le tout, il n'y a que le sens que nous donnons chacun à notre vie, un sens individuel, une histoire individuelle, comme un roman personnel, un livre pour chaque être humain. On se trompe en cherchant l'unité absolue. Ce qui me semble juste, c'est de donner autant de sens que possible à sa propre vie.
Anaïs NIN
Journal, vers 1935.

2130.- Vous vivez ainsi, à l'abri, dans un monde délicat, et vous croyez vivre. Vous lisez alors un livre (Lady Chatterley, par exemple), ou bien vous faites un voyage, ou bien vous parlez avec Richard, et vous vous apercevez que vous ne vivez pas, que vous hibernez. Les symptômes de l'hibernation se reconnaissent aisément : tout d'abord l'agitation. Le deuxième symptôme (lorsque l'hibernation devient dangereuse et pourrait aboutir à la mort) : absence de plaisir. C'est tout. Elle apparaît comme une maladie inoffensive. Monotonie. Ennui. Mort. Des millions vivent ainsi (ou meurent ainsi) à leur insu. Ils travaillent dans des bureaux. Ils conduisent une voiture. Ils piquent-niquent en famille. Ils élèvent des enfants. Il se produit alors un traitement de choc, une personne, un livre, une chanson, et cela les éveille et les sauve de la mort.
Certains ne s'éveillent jamais. Ils sont comme ces gens qui s'endorment dans la neige et ne se réveillent jamais.
ead. ibid. « Hiver 1931-1932 »

2131.- Les deux faces de sa personnalité se révélaient simultanément : acceptation et passivité dans la vie, rébellion et colère devant tout ce qui lui arrivait. Il supportait, après quoi il fallait qu'il se venge, probablement dans ses écrits. La réaction à retardement de l'écrivain.
ead. ibid.
2132.- Imaginer, ce n'est au fond que se ressouvenir.
Victor HUGO
Préface à « Cromwell » ; il attribue ce mot à La Harpe.


2133. - Henry est perdu dans un labyrinthe d'idées, comme un autruche qui aurait enfoui sa tête sous une montagne de papiers.
Anaïs NIN
Journal – Novembre 1932

2134.- « Ne l'attendez pas » (= l'amour), dis-je. « Créez un monde, votre monde. Seule. Soyez seule. Créez. Alors l'amour viendra vers vous, alors il vient à vous. Ce n'est qu'après que j'eus écrit mon premier livre que le monde où je voulais vivre s'est ouvert à moi. « 
ead. ibid. - Mars 1933

2135.- Mon environnement c'est moi. Tout est moi, parce que j'ai rejeté toutes les conventions, l'opinion du monde et toutes ses lois.
ead. ibid.

2136.- Ce n'est pas l'injustice qui crée un raté, mais un défaut intérieur. Cela vient toujours de l'individu lui-même. Oui, je sais, tu crois faire acte de justice. Mais ils ne font que te vampiriser, vivre de ton énergie, se nourrir de tes idées. Après avoir été l'homme le plus compatissant du monde, je te dis aujourd'hui : Laisse mourir les faibles, laisse-les se suicider.
ead. ibid., rapportant des paroles de son père Joaquin NIN (août 1933)

2137.- Je vais au-delà de la psychanalyse. Celle-ci souligne la ressemblance entre les individus, je mets l'accent sur leurs différences. Ils essayent d'amener tout le monde à un certain degré de normalité, j'essaye d'adapter chacun à son propre univers. L'instinct créateur est à part.
ead. ibid. - Novembre 1933 – Paroles attribuées à Otto RANK
2138.- Comparez l'interprétation que donne Rank de la culpabilité avec celle qu'en donne habituellement le psychanalyste. Il pense que la culpabilité vient de beaucoup plus loin que d'une transgression par l'enfant des lois morales. Le créateur connaît la culpabilité. L'artiste (ou l'artiste manqué, le névrosé) reçoit du monde. Il reçoit des impressions, il absorbe des couleurs et des sensations agréables, il assiste ou participe à toutes sortes d'expériences, il voyage, il contemple
la beauté et se détend au sein de la nature, et en retour il se sent poussé à aimer, à rivaliser avec la création, à célébrer, adorer, admirer, préserver. Il y a d'après Rank une culpabilité de la non-création aussi bien qu'une culpabilité de la destruction.
Anaïs NIN
Journal – Novembre 1933

2139.- Le patient, qui est un être hypersensible, ne peut manquer d'être influencé par ce qu'on attend de lui, par une classification hâtive qui dénude à l'extrême sa structure. Ce névrosé pense que chacune de ses phrases est censée s'inscrire dans une séquence logique, et finalement il succombe sous la pression exercée.
Plus il voit cela clairement, plus il se décourage devant la banalité de la chose. La « dénomination » de son mal, en elle-même si prosaïque, le relie à ses maux corporels et le prive de cette illusion, de ce halo de création indispensable à la renaissance d'un être humain. Au lieu de découvrir les possibilités de sa maladie dans le domaine de la poésie, de l'imagination, de la création (étant donné que tout phantasme névrosique est en fait une œuvre d'art déformée, avortée), il passe par un processus de dépoétisation qui fait de lui un infirme au lieu d'un artiste en puissance.
ead. ibid.

2140.- Je perds ma grande pitié pour les autres, qui me dissolvait, me désintégrait, où se reflétait la pitié que je demandais pour moi-même. Je ne dispense plus la pitié, et cela veut dire que je n'ai plus besoin d'en recevoir.
ead. ibid.
Septembre 1975

2141.- Le meilleur de toi-même et le meilleur de moi-même ne méritent-ils pas une éternité ?
Antonin ARTAUD

2142.- Les religions sont toujours révolutionnaires tant qu'elles se maintiennent dans leur pureté originelle.
René NELLI
Les Cathares – Une civilisation avortée. L'ébauche d'une société future
2143.- Tout droit à Carcassonne ils le portent pour l'ensevelir […] (Simon de Montfort) Et on dit sur l'épitaphe, pour celui qui sait bien lire, qu'il est saint, qu'il est martyr, qu'il doit ressusciter, avoir part à l'héritage céleste et fleurir dans la félicité merveilleuse, porter la couronne et siéger dans le royaume de Dieu.
Et moi j'ai ouï dire qu'il en doit être ainsi : Si, pour tuer des hommes et répandre le sang, pour perdre des âmes, pour consentir à des meurtres, pour croire des conseils pervers, pour allumer des incendies, pour détruire des barons, pour honnir Parage, pour prendre des terres par violence, pour laisser libre cours à l'orgueil, pour attiser le Mal et éteindre le Bien, pour tuer des femmes, pour égorger des enfants, on peut en ce monde conquérir Jésus-Christ, il doit porter l'auréole et resplendir dans le Ciel. Et veuille le Fils de la Vierge qui fait agréer les justes au Père, qui a donné sa chair et son sang pour détruire Orgueil, veiller sur Raison et Droiture qui sont en passe de périr, et qu'entre les deux partis il fasse luire le Droit !
La Chanson de la Croisade citée par René NELLI dans Les cathares
L'épopée cathare vue par les contemporains. Poésies et légendes.

2144.- La vie, dit Emerson, n'est rien d'autre que ce qu'un homme pense tout le jour.
Cité par Henry MILLER in Tropique du Cancer ch. 6
2145.- Voilà ! être malade comme ça, c'est la meilleure solution pour un écrivain. Qu'est-ce qu'on a à foutre de ses bras et de ses jambes ? On n'a pas besoin de bras et de jambes pour écrire. On a besoin de sécurité... de paix... de protection. Tous ces héros qui défilent dans leurs chaises roulantes, quel dommage qu'ils ne soient pas écrivains ! Si seulement on pouvait être sûr, quand on va à la guerre, d'avoir les deux jambes emportées !... si on pouvait en être sûr, je dirais : que la guerre éclate demain ! Je m'en fouts de toutes leurs médailles – ils pourraient bien les garder, leurs médailles ! Tout ce que je veux, c'est un bon fauteuil roulant et trois repas par jours ! Alors je leur en foutrais des trucs à lire, à tous ces cons !
Henry MILLER – Tropique du Cancer ch. 8 Trad. Henri Fluchère

2146.- Quand un esprit avide et désespéré apparaît et fait couiner les cobayes, c'est parce qu'il sait où mettre le câble à haute tension du sexe, parce qu'il sait que sous la dure carapace de l'indifférence se cache la plaie hideuse, la blessure inguérissable. Et il met le câble chargé bien entre les jambes ; il frappe en dessous de la ceinture, il enflamme les tripes mêmes. Rien ne sert de mettre des gants de caoutchouc : tout ce qui peut être froidement et intellectuellement manipulé appartient à la carapace, et un homme qui brûle de créer plonge toujours au-dessous, vers la blessure ouverte, vers l'horreur obscène et infectée. Il accroche sa dynamo aux parties les plus tendres ; s'il n'en sort que du sang et du pus, c'est quelque chose. Le cratère desséché et enfilé est obscène. Plus obscène que tout est l'inertie. Plus blasphématoire que le juron le plus sanglant est la paralysie. S'il ne reste qu'une seule blessure béante, il faut qu'elle coule, dût-elle ne produire rien d'autre que crapauds, cahuves-souris et homunculi.
Henry MILLER
Tropique du Cancer ch. XIII

2147.- Côte à côte avec la race humaine, coule une autre race d'individus, les inhumains, la race des artistes qui, aiguillonnés par des impulsions inconnues, prennent la masse amorphe de l'humanité et, par la fièvre et le ferment qu'ils lui infusent, changent cette pâte détrempée en pain et le pain en vin et le vin en chansons. De ce compost mort et de ces scories inertes ils font lever un chant qui contamine. Je vois cette autre race d'individus mettre l'univers à sac, tourner tout sens dessus dessous, leurs pieds toujours pataugeant dans le sang et les larmes, leurs mains toujours vides, toujours esayent de saisir, toujours essayant de saisir, d'agripper l'au-delà, le Dieu hors d'atteinte : massacrant tout à leur portée afin de calmer le monstre qui ronge leurs parties vitales. Je vois que lorsqu'ils s'arrachent les cheveux de l'effort de comprendre, de saisir l'à-jamais inaccessible, je vois que lorsqu'ils mugissent comme des bêtes affolées et qu'ils éventrent de leurs griffes et de leurs cornes, je vois que c'est bien ainsi, et qu'il n'y a pas d'autre voie. Un homme qui appartient à cette race doit se dresser sur les sommets, le charabia à la bouche, et se déchirer les entrailles. C'est bien et c'est juste, parce qu'il le faut ! Et tout ce qui reste en dehors de ce spectacle effrayant, tout ce qui est moins terrifiant, moins épouvantable, moins fou, moins délirant, moins contaminant, n'est pas de l'art. Tout le reste est contrefaçon. Le reste est humain. Le reste appartient à la vie et à l'absence de vie. id. ibid. Trad. Henri Fluchère.

Octobre 1975

2148. - A ceux qui bossent, on demande toujours double, à ceux qui ne fichent rien, on ne demande rien.
Alexandre SOLJENITSYNE
Le pavillon des cancéreux
1e partie « 1963-1966 » - ch. III La petite frange

2149. - Une des contraintes les plus assommantes de l'humanité, c'était que les hommes ne pouvaient pas se renouveler vers le milieu de leur vie en changeant radicalement d'occupations.
id. ibid. ch. IX Tumor cordis

2150.- Vadim ! si tu ne sais pas user de la minute, tu perdras l'heure, le jour et toute ta vie.
id. ibid. ch. XIX – Une vitesse proche de celle de la lumière

2151.- Avec cette couronne de cheveux gris qui, après un certain nombre de dizaines d'années, nimbe indifféremment de noblesse les génies et les sots, les modèles d'abnégation et les aventuriers, les hommes d'action et les paresseux ; avec cet air digne et satisfait que la nature nous donne en récompense des tourments de la pensée que nous n'avons pas endurés (…)

id. ibid. 2e partie (1967) ch. XXVI Une heureuse initiative

2152.- Si attachés que nous soyons à cette terre, en fait, c'est à peine si nous y tenons.
id. ibid. ch. XXXII Hors circuit

2153.- Dès qu'on ne fait pas pitié, on fait envie.

Alexandre SOLJENITSYNE
Le pavillon des cancéreux
2e partie (1967) ch. XXXIII Une fin heureuse

2154.- « C'est honteux, dit-il doucement. Pourquoi nous tenons-nous tranquilles tant que ça ne nous tombe pas dessus, sur nous et sur les nôtres ? Pourquoi l'homme est-il ainsi fait ?

id. ibid. ch. XXXIV Un peu moins bien

2155.- Vous savez bien qu'on ne veut pas voir ce qu'on pourrait être, on ne veut pas voir ce qu'on peut devenir, ce que peuvent être vos propres enfants. Jusqu'au jour où ça vous tombe sur la gueule à vous aussi, ça vous fait un peu les pieds, et c'est fou ce qu'on découvre alors, toute la vacherie de la condition humaine qu'on ignorait farouchement, bêtement, désespérément.

Roger GENTIS
Les murs de l'asile – Cahiers libres n° 163
Ed. François Maspéro

2156.- L'entrechoquement aléatoire d'un nombre indéfini d'infantilismes réalise une espèce de mouvement brownien qui s'appelle vie sociale, à moins qu'on ne préfère penser pour son confort que celle-ci obéit à des principes d'ordre et de rationalité.

id. ibid.

2157.- Autre question : cette vie du dehors, cette vie normale vers laquelle nous les poussons, est-elle après tout si différente de la leur ? Le pilier d'asile qui se lève sagement à sept heures, fait lentement sa toilette et le ménage de ses quelques mètres carrés de dortoir, déjeune calmement, va sans se presser à la corvée de ligne, revient au pavillon pour mettre tranquillement la table, etc. (ou alors travaille six à huit heures par jour dans une équipe, au jardin, à la buanderie, à la voierie), et regarde le soir la télévision, et passe le dimanche après-midi à jouer aux cartes si la télé ne l'intéresse pas ou à la pétanque si le sol est assez sec, est-ce que vraiment ça le changera beaucoup quand il sera manœuvre dans une usine, ou manutentionnaire chez un grossiste, qu'il gagnera dans les 700 F. par mois, qu'il mangera ce qu'on lui sert à la cantine, qu'il continuera à regarder ce qu'on lui sert à la télévision, qu'il passera le dimanche après-midi au bistrot à jouer aux cartes, ou à la pétanque s'il fait beau ? Qu'est-ce qui aura changé pour lui sinon qu'il sera un peu plus pressé, un peu plus harcelé, un peu plus emmerdé, et qu'il n'aura pas le choix de faire quelque chose de vraiment intéressant, pas davantage la possibilité de vivre autrement que pour subsister, jusqu'à ce que mort s'ensuive, après recyclage terminal en hospice, quand il ne sera plus bon pour le travail ?
Roger GENTIS
Les murs de l'asile – Cahiers libres n°163 – Ed. François Maspéro.

2158.- Ça peut paraître bizarre, mais c'est à l'asile, entre les murs sinistres de l'asile, qu'on trouve sans doute la plus authentique, la plus pure réalisation d'un de nos rêves majeurs, l'un de nos mythes les plus fascinants, l'une des plus profondes aspirations du monde occidental : la société idéale, la société utopique, si parfaite que rien n'y saurait changer, si parfaite que chacun s'y satisfait de sa place et n'en voudrait point démordre, si parfaite que rien, vraiment rien ne s'y passerait, qu'elle tournerait parfaitement rond sur elle-même, que chaque chose, étant à sa place exacte, ne s'en écarterait si peu que ce soit, que chaque acte y étant nécessaire y reviendrait indéfiniment en son temps, si parfaite qu'elle en serait étale, que le temps finirait bien par s'y abolir, si parfaite qu'elle n'aurait plus d'histoire. C'est cela l'asile, le vœu profond de l'asile : nier le temps, arrêter l'histoire.

id. ibid.

Novembre 1975

2159.- Un passé énorme, multiforme, pesait sur nous de tout son poids de nuit. Et nous allons à travers le monde, le front luisant d'orgueil et en faisant retentir nos clameurs. Imbéciles que nous sommes ! Oh, les niais prétentieux ! Nous croyons agir, nous ne faisons qu'obéir et nous ne créons que ce que l'on veut bien nous donner. Parfois, pourtant, se brise notre inconscience et en un éclair nous découvrons, derrière les palissades et dans l'ombre confuse, les motifs au blanc visage qui nous contemplent. Alors nous fermons promptement nos yeux pour ne pas voir notre illusoire liberté tomber en poudre et, à tous les balcons de notre vie, se pencher les fantômes qui nous gouvernent.
Christian CHARRIERE
Les vergers du ciel
2e partie - Transfiguration

2160.- Les amants s'étreignent sur les tombeaux. Et les matelas où ils s'emmêlent et se confondent, bras et jambes en étoile, voguent sur l'océan immense de l'accompli.
id. ibid.

2161.- Nous portons en nous notre propre rédempteur, poursuivis-je. Il est notre double inverse, l'être de plomb qui nous alourdit et nous étouffe. Ce sont les ténèbres qui nous fondent. Et nous nous accomplissons à travers ce qui nous détruit. Sombre est la vie, mais lumineuse aussi puisque ce qui nous courbe vers la terre finalement nous consacre et nous redresse.

id. ibid.

2162.- On ne se marie jamais comme on veut... Le plus sage est encore de s'arranger après, le mieux possible.

Emile ZOLA
Les Rougon-Macquart – Pot-Bouille

2163.- Croyez-moi, mon cher, laides et bêtes, pourvu qu'on en ait plein les bras : voilà mon opinion, par principe et par goût...
Emile ZOLA
Les Rougon-Macquart – Pot-Bouille

2164.- Il faut tenter à tout prix l'assassinat. Même s'il échoue, il faut essayer de s'emparer du pouvoir dans la capitale. Nous devons montrer au monde et aux générations futures que les hommes de la Résistance allemande ont osé franchir le pas décisif et risquer leur vie.
Major-Général Henning von TRESCKOW (1944)

2165. - Le destin n'épargne pas l'homme dont les convictions ne s'accompagnent pas de la volonté de les transformer en actes.
Général Hans SPEIDEL (1944)

2166.- Je ne saurais pas expliquer à Gina qu'à mon sens, si on se donne la peine de refuser un crime pendant assez longtemps, on finit par s'en innocenter, s'en dissocier ; et que ça, ça change tout. Bien sûr, on vous raccourcit quand même, ce qui prouve bien que la peine de mort est une absurdité, un exemple dont personne tient compte et qu'il faut sans cesse recommencer.

Albertine SARRAZIN
La cavale – 1e partie ch. III

2167.- On s'aimait ainsi, en oubliant de s'aimer, voleurs, hallucinés, rôdant la nuit avec la mort sous les semelles...
ead. ibid. ch. V

2168.- Il faut que j'aie été encore prise au piège velouté de l'amitié. L'amitié, c'est comme ces chatons joueurs et griffus qu'il vaut mieux noyer à la naissance : ça pousse trop vite.
ead. ibid. 2e partie – ch. XII

2169 . - « Nous devons nous faire renards, Nicole, et au bon moment bondir et mordre comme des loups... Savoir attendre l'heure du bond, des années parfois, mais tôt ou tard le bond s'impose, le bond féroce... »
Albertine SARRAZIN
La cavale – 2e partie – ch. XV

2170. - Oh ! ces journées ! Elles s'entassent, journées sans histoire que je mets à mesure dans un rebut sans mémoire.
ead. ibid. 3e partie – ch. III

Décembre 1975

2171 . - Sans que je m'en aperçoive, mon mental est en train de crever d'inanition ; ou plus exactement, je m'en rends compte, mais je triche. Le service est un bon prétexte : je n'ai apas le temps, je suis vannée, je n'ai pas la tête à écrire, je ne peux pas travailler, « en plus », du cigare. ead. ibid. ch. XII

2172 . - La recherche et un labyrinthe... La vie et la création, c'est ouvrir des portes qui débouchent sur d'autres portes... Ce qu'il y a au bout, je n'en sais rien.
Maurice BEJART
Cité dans Télérama n° 1350 du 26-11-1975 par Jacques Bertrand – Béjart et l'éphémère

2173 . - Bonne est la loi, bonne toute règle sévère. Bon est Dieu qui les créa et bon est l'homme qui les respecte. Mais, celui qui arrache d'une main insolente les lois éternelles de leur plmace immuable est fils de Satan.
Le Malin l'aide, il est un seigneur puissant, il peut créer selon ses propres désirs et son orgueilleuse volonté, à l'encontre de la nature. Son œuvre se dresse jusqu'aux cieux, mais elle s'effondre et ensevelit dans sa chute le fou orgueilleux qui l'avait conçue.
Hans Heinz EWERS
Alraune (Mandragore) Trad. François Truchaud Final

2174 . - Le progrès pourra-t-il poursuivre longtemps sa fuite à ce rythme, alors que tant de ses passagers, de gré ou de force, descendent en marche ?
Jacques RENOUX
Les paysans sont à la rue – Télérama n° 1350 du 26-11-1975

2175 . - Le domaine du théâtre n'est pas psychologique mais plastique et physique, il faut le dire.
Antonin ARTAUD
Le théâtre et son double - Théâtre oriental et théâtre occidental

2176 . - Il est idiot de reprocher à la foule de n'avoir pas le sens du sublime, quand on confond le sublime avec l'une de ses manifestations formelles qui sont d'ailleurs toujours des manifestations trépassées. Et si, par exemple, la foule actuelle ne comprend plus Œdipe Roi, j'oserai dire que c'est la faute à Œdipe Roi et non à la foule.
id. ibid. En finir avec les chefs-d'œuvre

Janvier 1976

2177 . - Le temps est un barbare dans le genre d'Attila
aux cœurs où son cheval passe l'amour ne repousse pas.
Georges BRASSENS
Les lilas

2178 . - Quoi que l'on fasse c'est toujours ce qu'il ne faut pas.
Franz KAFKA
Le château

2179 . - Пάντα εμαυτωι καί θεώι
ARRIEN Manuel d'Epictète, 4, 8, 16 – citant EUPHRATE

2180 . - L'Art n'est pas l'imitation de la vie, mais la vie est l'imitation d'un principe transcendant avec lequel l'art nous remet en communication.
Antonin ARTAUD
Le théâtre et son double – fragment XXIV

2181 . - La foule comprend le sublime sinon elle ne serait même pas humaine, mais c'est nous qui faisons écran entre le sublime et la grande foule qui sent par notre idée pétrifiée littéraire ou artistique des chefs-d'œuvre.
id. ibid. fragment XXV

2182 . - préoccupations, notions des choses qui comptent,
cette habitude prise au hasard, n'importe quoi, doit cesser,
de sauter sur la première idée venue, la première combinaison heureuse, le premier sujet amusant ingénieusement traité,
toutes ces imitations de procédés, de trucs repris,
si certaines notions de fond, si un mouvement qui nous rebrasse jusque dans nos racines ne passe pas par nous,
mais quelles sont ces notions fondamentales
si l'on croit que tout est soumis à la loi des échanges, que les nécessités économiques mènent tout,
que nous sommes avant tout des ventres qui mangent et exigent de manger, et que la métaphysique comme le principe de tout est dans le ventre considéré non comme le lieu géographique, physique d'une idée subtile et préconçue qui commencerait là au lieu de commencer dans la tête, mais comme le symbole d'une opération qui n'est que matérielle, et que la notion même d'une autre sorte de notion est de la chimère et de la rêverie sans soutien,
il n'y a pas lieu de procéder à la création de quoi que ce soit.
id. ibid. fragment XXVII

2183 . - Profondément faux, profondément fuyant, Camillo est droit,
je veux dire une ligne droite, un aspect franc,
l'aspect franc du traître profond, traître en profondeur.
Antonin ARTAUD
Les Cenci, note, fragment XXXVII

2184 . - Un bon poète n'est pas plus utile à l'Etat qu'un bon joueur de quilles.
MALHERBE

Février 1976

2185 . - O fourche féminine,
si bien cachée autrefois,
le pantalon te dessine
et te porte au pavois !

Même offert aux voyeurs
en quête de victoire,
V... de mille couleurs
es-tu moins illusoire ?

Et tu en ferais quoi
du triangle soyeux ?

De quoi n'est pas pour soi,
mieux vaut lever les yeux !
Maurice FAYOLLE
Trompe-l'œil

Mars 1976

2186 . - O parents compréhensifs qui rendez les foyers désirables, vous ne saurez jamais de quoi vous avez privé vos enfants !
Robert MALLET
Préface aux Poésies de A.O. Barnabooth de Valery LARBAUD (N.R.F. « Poésie » / Galllimard)

2187 . - ...cette versification de l'impuissance avouée qui, précisément, crée le mystère de la sincérité dans ses difficiles rapports avec le Verbe.
id. ibid.

2188 . - Je fais du genre humain deux parts, l'opprimante et l'opprimée ; je hais l'une et je méprise l'autre.
D'ALEMBERT
Lettre à Voltaire du 18-11-1771

2189 . - Pour qu'une chose soit intéressante, il suffit de la regarder longtemps.
Gustave FLAUBERT

2190 . - Ah ! il faut que ces bruits et que ce mouvement
Entrent dans mes poèmes et disent
Pour moi ma vie indicible, ma vie
D'enfant qui ne veut rien savoir, sinon
Espérer éternellement des choses vagues.
Valery LARBAUD
Les poésies de A.O. Barnabooth – Ode

2191 . - En vérité, ses trente-six ans, il me semble qu'il les a toujours eus, depuis dis ans que je le connais, qu'il les avait sans doute déjà avant que je le connusse, et probablement de naissance. Simplement, il était jusqu'à présent trop jeune pour ses tren-six ans, comme il sera désormais et davantage d'année en année trop vieux pour ses trente-six ans.
Chaque homme doit ainsi avoir toute sa vie un « âge essentiel » auquel il aspire aussi longtemps qu'il ne l'a pas atteint, auquel il s'accroche quand il l 'a dépassé.
Michel TOURNIER
Le roi des aulnes
I – Ecrits sinistres d'Abel Tiffauges
30-10-1938

2192 . - Personne n'avait autant que lui la conscience de son destin, un destin rectiligne, imperturbable, inflexible qui ordonnait à ses seules fins les évènements mondiaux les plus grandioses. Mais cette conscience impliquait également une lucidité sans indulgence à l'égard de l'accidentel, de l'anecdotique, de toutes ces menues babioles auxquelles le commun des mortsls s'attache et laisse des lambeaux de son cœur quand il faut partir.
id. ibid.
III - Hyperborée

2193 .- « Qu'est-ce que l'homme peut encore ?... Ne lui reste-t-il qu'à redire ? Et chaque jour croissait en moi le confus sentiment de richesses intactes, que couvraient, cachaient, étouffaient les cultures, les décences, les morales. Il me semblait alors que j'étais né pour une sorte inconnue de trouvailles... »
André GIDE
L'immoraliste - Cité par Alphonse Bonnafé dans « Georges Brasens », Coll. « Poètes d'aujourd'hui », (Seghers) « Un peu de scandale pour tous »

2194 .- Se croire englué dans un déterminisme, de droite ou de gauche (ils se font, à notre époque, plus épais que jamais grâce aux moyens multipliés des propagandes), c'est échapper à la solitude, mais c'est aussi rater son autodétermination et sa chance de se trouver. Montaigne disait très bien ! « Qui suit un autre, il ne suit rien, il ne trouve rien, voire il ne cherche rien ».
Alphonse BONNAFE – Georges Brassens, Coll. « Poètes d'Aujourd'hui » (Seghers) - « Un peu de scandale pour tous ».

2195 . - ...la constatation mortelle que toute possession est vaine et que l'on ne domine rien, à moins de pétrifier ce que l'on touche et jusqu'à l'idée qu'on se fait de soi.
Philippe de MONES
Abel Tiffauges et la vocation maternelle de l'homme
« Mort et transfiguration »

2196 . - La belle qui couchait avec le roi de Prusse
Avec le roi de Prusse
A qui l'on a tondu le crâne rasibus
Le crâne rasibus

Son penchant prononcé pour les « ich liebe dich »
Pour les « ich liebe dich »
Lui valut de porter quelques cheveux postiches
Quelques cheveux postiches

Les braves sans-culotte et les bonnets phrygiens
Et les bonnets phrygiens
On livré sa crinière à un tondeur de chiens
A un tondeur de chiens

J'aurais dû prendre un peu parti pour sa toison
Parti pour sa toison
J'aurais dû dire un mot pour sauver son chignon
Pour sauver son chignon

Mais je n'ai pas bougé du fond de ma torpeur
Du fond de ma torpeur
Les coupeurs de cheveux en quatre m'ont fait peur
En quatre m'ont fait peur

Quand pire qu'une brosse elle eut été tondue
Elle eut été tondue
J'ai dit c'est malheureux ces accroch'cœur perdus
Ces accroch'cœur perdus

Et ramassant l'un d'eux qui traînait dans l'ornière
Qui traînait dans l'ornière
Je l'ai comme une fleur mis à ma boutonnière
Mis à ma boutonnière

En me voyant partir arborant mon toupet
Arborant mon toupet
Tous ces coupeurs de natt's m'ont pris pour un suspect
M'ont pris pour un suspect

Comme de la patrie je ne mérite guère
Je ne mérite guère
J'ai pas la croix d'honneur j'ai pas la croix de guerre
J'ai pas la croix de guerre

Et je n'en souffre pas avec trop de rigueur
Avec trop de rigueur
J'ai ma rosette à moi c'est un accroche-cœur
C'est un accroche-cœur.
Georges BRASSENS
La tondue

2197 . - Ne vous laissez pas troubler dans votre solitude parce que vous sentez en vous des velléités d'en sortir. Ces tentations doivent même vous aider si vous les utilisez dans le calme et la réflexion, comme un instrument pour étendre votre solitude à un pays plus riche encore et plus vaste. Rainer-Maria RILKE Lettres à un jeune poète – (Rome, le 14 mai 1904)

2198 . - Le visage vaporisé au Portugal
(Oh, vivre dans cette odeur d'orange en brouillard frais !)
A genoux sur le divan de la cabine obscure
  • J'ai tourné les boutons des branches électriques -
  • A travers le hublot rond et clair, découpant la nuit,
J'épie la ville.
C'est bien cela ; c'est bien cela. Je reconnais
L'avenue des casinos et des cafés éblouissants,
Avec la perspective de ses globes de lumière, blancs
A travers les rideaux pendants des palmiers sombres.
Voici les façades éclairées des hôtels immenses,
Les restaurants rayonnant sur les trottoirs, sous les arcades,
Et les grilles dorées des jardins de la Résidence.
Je connais encore tous les coins de cette ville africaine ;
Voici les Postes, et la gare du Sud, et je sais aussi
Le chemin que je prendrais pour aller du débarcadère
A tel ou tel magasin, hôtel ou théâtre ;
Et tout cela est au bout de cette ondulation bleue
d'eau calme
Où vacillent les reflets des feux du yacht...
Quelques mois ensoleillés de ma vie sont encore là
(Tels que le souvenir me le représentait, à Londres),
Ils sont là de nouveau, et réels, devant mi,
Comme une grande boîte pleine de jouets sur le lit
d'un enfant malade...
Je reverrais aussi des gens que j'ai connus
Sans les aimer ; et qui sont pour moi bien moins
Que les palmiers et les fontaines de la ville ;
Ces gens qui ne voyagent pas, mais qui restent
Près de leurs excréments sans jamais s'ennuyer,

Je reverrais leurs têtes un temps oubliées, et eux
Continuant leur vie étroite, leurs idées et leurs affaires
Comme s'ils n'avaient pas vécu depuis mon départ???
Non, je n'irai pas à terre, et demain
Au lever du jour, la « Jaba » lèvera l'ancre ;
En attendant je passerai cette nuit avec mon passé,
Près de mon passé vu par un trou
Comme dans les dioramas des foires.
Valery LARBAUD
Les poésies d'A.O. Barnabooth
« Nuit dans le port »
I - « Borborygmes »
2199.- Si vous voulez connaître un honnête homme, cherchez quels vices il hait le plus chez les autres : vous aurez les lignes de force de ses vertiges et de ses terreurs, vous respirerez l'odeur qui empeste sa belle âme.
Jean-Paul SARTRE
St Genet, comédien et martyr (?)

2200. - Fi des pays coloniaux, qui n'ont pour eux
Que les merveilles de la nature, et n'ont pas su
Même se procurer un Théocrite.
Dégoût des jours passés sur le hamac,
En vêtement de toile, dans des villes sans boutiques :
Dégoût des chasses aux bêtes fauves des résidences
Royales des Indes et des cités d'Australasie,
Où l'on ne fait que penser à toi, par toi, Europe.
Car là, dans le brouillard, sont les bibliothèques !
Oh ! tout apprendre, oh ! tout savoir, toutes les langues !
Avoir lu tous les livres et tous les commentaires ;
Oh, le sanscrit, l'hébreu, le grec et le latin !
Pouvoir se reconnaître dans un texte quelconque
Qu'on voit pour la première fois ! et dominer le monde,
Par la science, de la coulisse, comme on tiendrait
Dans un seul poing les ficelles de ces pantins multicolores.
Sentir qu'on est si haut qu'on est pris de vertige,
Comme si quelqu'un vous murmurait les mots :
« Je te donnerai tout cela », sur la montagne !
Valery LARBAUD
Les poésies d'A.O. Barnabooth
II - « Europe » - II

2201. - L'argent que vous gagnent les autres est celui dont on engraisse le plus sûrement.
Emile ZOLA
Les Rougon-Macquart
« Germinal »
2e Partie ch. II

2202. - Un détour de la route et ce Basento funèbre,
Dans ce pays stérile, âpre, où, sur des collines,
Au loin, s'étendent de noires forêts pourrissantes.
Sur les interminables plateaux, pas un seul arbre,
Des cirques, des vallées vastes, sans verdure,
Où stagnent, avec des reflets de plomb, des eaux infernales
Issues des crevasses des lointaines montagnes de bitume
Dressées dans les régions désertes, sans routes et sans villages,
Près d'un Lago Nero, où semble demeurer éternellement
Un sombre et angoissant crépuscule d'hiver.
Te voici, rude Lucanie, sans un sourire !
Replis stygiens de ces ravins, ces roseaux noirs,
Ces chemins tortueux ouverts à tous les vents ;
J'ai donc vécu, jadis, en Basilicate,
Puisque ces souvenirs me restent bien vivants.

Un détour de la route, et ce Basento funèbre...
(C'est la route de Tito à Potenza ;
Ce talus de cailloux, c'est la ligne où ahanent
Les lents et lourds et noirs express Naples-Tarente.)
Il y a une maison de paysan, en ruines,
Inhabitée ; sur un des murs on a écrit
En français, ces mots peut-être ironiques : Grand Hôtel.
La prairie, alentour, est pâle et grise.
On m'a dit que l'endroit était nommé Centomani.
J'y suis venu souvent, pendant l'hiver 1903.
C'est une partie de ma vie que j'ai passée là,
Oubliée, perdue à jamais...
Arbres, ruines, talus, roseaux du Basento,
Ô paysage neutre et à peine mélancolique,
Que n'eûtes-vous cent mains pour barrer la route
A l'homme que j'étais et que je ne serai plus ?
Valery LARBAUD
Les poésies de A.O. Barnabooth – I – Borborygmes – Centimani

2203.- On a le choix entre l'ennui ou les ennuis.
Pierre LAZAREFF

2204. - Un año más und iam eccoti mit uns again
Pauvre et petit on the graves dos nossos amados édredons
E pure piously tapándolos in their sleep
Dal pallio glorios das virgens und infants.
With the mind's eye ti sequo sobre l'Europa estasa,
On the vas Northern pianure dormida, nitida nix,
Oder on lone Karpathian slopes donde, zapada,
Nigorum brazilor albo disposa velo bist du.
Doch in loco nullo more te colunt els meus pensaments
Quam in Esquilino Monte, ove della nostra Roma
Corona de platas ores,
Dum alta jaces on the fields so duss kein Wege seve,
Y el alma, d'ici détachée, su camin finds no cêo.
Valery LARBAUD
La neige
Bergen-op-Zoom, 29-XII-1934

2205.- Restons donc ce que nous sommes, mais que nous ignorions être : cela suffit pour que nous soyons sauvés, car, au prix d ela connaissance intégrale, nous sommes éternellement libres.
P. MASSON-OURSEL
Les religions de l'Inde in Histoire générale des religions - « Indo-Iraniens »

2206.- ...je ne suis pas plus fière pour m'être bien conduite avec lui depuis notre mariage, parce que, lorsqu'on n'a point fait le mal, c'est souvent que les occasions ont manqué...
Emile ZOLA
Les Rougon-Macquart « Germinal »
4e partie ch. 3

2207.- Il n'y a que des âmes momentanées. Celle qui demeure le plus longtemps ou qui revient le plus souvent nous l'appelons notre âme et nous nous étonnons, après nos longs voyages, de la retrouver.
Jean-Paul SARTRE Saint Genet, comédien et martyr

2208.- Le monde se moque bien qu'on lui impose un ordre : le monde est lui-même l'incarnation de l'ordre.
Henry MILLER
Sexus 3e Partie – ch . IX

2209.- N'importe qui peut se faire psychanalyste à condition d'avoir un tant soit peu de charme, d'intelligence et de sensibilité.
id. ibid.4e partie – ch. XIV

Avril 1976

2210.- Ce jardin a été créé dans le but de permettre aux personnes qui le désirent, de se reposer au grand air et avec toute tranquillité dans un cadre magnifiquement aménagé à cet effet.
Il a pour but également de donner aux jeunes mamans un lieu sûr pour que leurs enfants puissent s'ébattre à leur aise sans courir aucun danger.
De plus, ce magnifique jardin est la fierté de notre petite ville ; il est admiré par les étranger qui le visitent, et ne peut que contribuer à ce que ceux-ci prolongent leur séjour dans notre cité, ce qui sera profitable pour le commerce local.
La Municipalité entend le conserver avec un soin jaloux dans l'état tel qu'il a été conçu et le place sous la surveillance de la cité entière.
C'est pourquoi l'arrêté ci-contre a été pris en espérant qu'il sera scrupuleusement respecté.
G.BARTHELOT
Maire de Lapalisse – Avis au public vers août 1953

2211.- Je ressens, à la contempler, ce plaisir apitoyé et ironique qui est une des formes de l'amitié.
COLETTE
Les vrilles de la vigne – Belles-de-jour

2212.- La foule des indignes n'est que la foule des aveugles.
  • BOUCHER
Stefan Georg – Choix de poèmes
Deuxième et dernière période (1900 – 1935) – Préface

2213.- Ils ont tout possédé, tout su, mais il soupirent : « Jours indigents ! Partout le besoin et la soif !
Nulle abondance ! »
Je connais des greniers sous chacun de vos toits
Pleins de blé qui s'envole et de nouveau s'entasse
Nul ne prend...
Et sous chaque demeure un celllier où s'épanche
Un vin fort dont le flot se tarit dans le sable
Nul ne boit...
Et des tonnes d'or pur perdu dans la poussière
Que la foule en haillons frôle de son manteau
Nul ne voit.
Stefan GEORG
L'étoile de l'Alliance – Etoile 29
Trad. Maurice Boucher

2214.- As-tu remarqué comme les chose semblent s'arranger d'elles-mêmes, à mesure qu'on vieillit ? On ne s'interroge plus sur chaque pas à faire. On ne fait que ronchonner.
Henry MILLER
Plexus ch. III. Trad. Elisabeth Guertic

2215.- Tout le problème consiste à faire entrer de force dans l'enregistrement public quelque menue parcelle de la perpétuelle mélodie intérieure.
id. ibid. ch. IV

2216.- - Pourquoi ne laisses-tu pas tomber et n'essaies-tu pas autre chose ?
Par exemple ? Vendre des pneus ? Que peut-on faire, Henry ? Un métier est aussi mauvais qu'un autre.
Henry MILLER
Plexus ch. XI. Trad. Elisabeth Guertic

2217.- Le secret, cependant, consiste à ne pas se soucier de savoir si quelqu'un, pas même le Tout-Puissant, a confiance en vous. Vous devez en venir à comprendre, et vous y viendrez sans aucun doute, que vous n'avez pas besoin de protection, non plus que vous ne devez avoir soif de salut, car le salut n'est qu'un mythe. Qu'y a-t-il à sauver ? Posez-vous cette question ! Et si l'on est sauvé, sauvé de quoi ?
id. ibid. ch. XV

2218.- Bon Dieu, la raison pour laquelle je ne suis pas un grand écrivain, si tu veux savoir, c'est que je ne me suis pas encore intégré au monde entier.
id. ibid. ch. XVI

2219.- Plus je m'éloignais de moi-même, plus j'étais certain d'avoir une inspiration.
id. ibid.

2220.- Alles Vergängliche ist nur ein Gleichnis.
SPENGLER, cité par MILLER, ibid. ch. XVII

2221.- Si la solution de la vie consiste à la vivre, alors vivons, vivons plus abondamment ! Les maîtres de la vie ne se trouvent pas dans les livres. Ce ne sont pas des figures historiques. Ils se situent dans l'éternité, et ils nous adjurent sans cesse de les rejoindre dans l'éternité.
Henry MILLER
Plexus ch. XVII Trad. Elisabeth Guertic

2222.- Cela dépend de toi et de toi seul, mon fils. Il faut vivre comme on pense, inon on finit par penser comme on a vécu.
Francis JAMMES

2223.- ...qui épousera par amertume, une de ces jeunes filles niaises et laides qui attendent le malheur sur une chaise de bal.
Jean COCTEAU
Les parents terribles III, 2

2224.- Je me rends compte que nous avons tous un rôle à jouer, et que tout ce que l'on peut faire, c'est de jouer notre rôle au mieux de nos capacités. Eh bien moi, je n'aime pas mon rôle. L'idée de jouer un rôle ne me plaît pas du tout. Même pas si les rôles sont interchangeables.
Henry MILLER
Nexus ch. II – Trad. Roger Giroux

2225.- Il n'y a aucune raison pour que l'on meure, aucune. Nous mourons parce que nous manquons de foi en la vie, parce que nous refusons de nous abandonner totalement à la vie... Et cela m'amène au présent, à la vie telle que nous les connaissons aujourd'hui. N'est-il pas évident que tout notre mode de vie est une offrande à la mort ? Dans nos efforts désespérés pour nous préserver, pour préserver ce que nous avons créé, nous causons notre propre mort. Nous ne nous abandonnons pas à la vie, nous luttons pour éviter de mourir. Ce qui ne signifie pas que nous avons perdu la foi en Dieu mais que nous avons perdu la foi en la vie même.
id. ibid.

2226.- C'est notre sentiment de culpabilité qui nous a fait inventer le péché et le mal.
id. ibid.

2227.- C'est l'homme qui a créé la mort, ce n'est pas Dieu.
id. ibid.


2228.- Lorsqu'une situation paraît si mauvaise qu'aucune solution ne semble possible, il ne reste plus que le meurtre ou le suicide. Ou les deux. Sinon, on devient un bouffon.
Henry MILLER
Nexus ch. III Trad. Roger Giroux

2229.- Mais quand on est acculé au désespoir à quoi sert de savoir où et quand s'est produit le premier et fatal faux pas ? La seule chose qui importe – et Dieu sait si elle importe ! - c'est MAINTENANT.
id. ibid.

2230.- « Peut-on jamais regagner ce qui est perdu ? »
L'homme de raison , l'homme de bon sens, dira non. Mais le fou dit oui.
Et qu'est-ce qu'un fou, sinon un croyant, un joueur qui à affaire à plus forte partie.
RIEN N'EST JAMAIS PERDU.
Qui dit cela ? Le Dieu qui est en nous. Adam qui a réchappé au feu et au déluge. Et tous les anges.
id. ibid.

2231.- Vivre en esprit, uniquement en esprit... c'est le moyen le plus sûr pour réduire la vie à néant. Devenir la victime d'une machine qui ne cesse de tourner, de broyer et de moudre.
LA MACHINE MENTALE
id. ibid.

2232.- Le lâche, et c'est ce que j'étais, préfère l'agitation perpétuelle de l'esprit. Il sait, et le maître retors qu'il sert le sait aussi, que si la machine s'arrêtait une seule seconde il exploserait comme une étoile morte. Pas la mort... L'ANEANTISSEMENT !
id. ibid.


COLLIGNON « HARDT » VANDEKEEN
CITATIONS VII 61



2233.- Lorsque la fortune nous surprend en nous donnant une grande place, sans nous y avoir conduits par degrés, ou sans que nous nous y soyons élevés par nos espérances, il est presque impossible de s'y bien soutenir, et de paraître digne de l'occuper.
LA ROCHEFOUCAULD
Maxime n° 449

Mai 1976

2234.- Alors que le plus ancien diplôme que nous possédions, un diplôme mérovingien de 656, est signé par ceux-mêmes qui l'attestent, avec des écritures très variées, ceux de la période carolingienne portent un nom, une croix et une phrase réglementaire d'attestation qui sont de la main du scribe chargé de rédiger la pièce.
Margaret DEANESLEY
Histoire de l'Europe du Haut Moyen Âge (476 à 911)
ch. XVII « La scène politique sous les Carolingiens »
Trad. S.M. Guillemin

2235 . - C'est toute une discipline que de laisser s'écouler les mots sans les chatouiller avec une plume ou les tourner avec une petite cuillère en argent.
Henry MILLER
Nexus ch. XVI
Trad. Roger Giroux

2236 . - Qui peut-il être, ce lecteur idéal, si ce n'est mon alter ego ? Pourquoi créer un monde à soi si tous les autres Pierre, Paul ou Jacques doivent s'y trouver à l'aise eux aussi ? Les autres n'ont-ils pas ce monde quotidien qu'ils prétendent mépriser et auquel ils s'accrochent comme des rats en train de se noyer ? N'est-il pas étrange que ceux qui refusent de créer un monde à eux soient trop paresseux pour le faire, n'aient de cesse qu'ils n'envahissent le nôtre ?
id. ibid.
COLLIGNON « HARDT » VANDEKEEN
CITATIONS VII 62



2237 . - Je n'ai jamais dit que j'étais un raté. Sauf à moi-même [complément de « dire »] peut-être. Comment peut-on être un raté si on continue à lutter, à se battre ? Je n'arriverai peut-être à rien. Je finirai peut-être joueur de trombone. Mais quoi que je fasse, quoi que j'entreprenne, je l'aurai fait parce que j'y aurai cru. Je ne me laisserai pas ballotter par le flot. Je ne hurlerai pas avec les loups. J'aime mieux lutter, tout raté que je suis comme tu dis. J'ai horreur de faire comme tout le monde, de prendre les choses telles qu'elles sont, de dire oui quand je pense non.
Henry MILLER
Nexus ch. XIX
Trad. Roger Giroux

2338 . - Tu crois qu'il y a une réponse à tout. Il ne t'est jamais venu à l'idée qu'il n'y en avait peut-être pas, que la seule réponse c'est peut-être toi-même, la façon dont tu considères tes problèmes.
id. ibid.

2339 . - Tout ce que je voyais, c'est que j'étais mon meilleur ami – et mon pire ennemi.
id. ibid.

2340 . - Au lieu de rajuster ses ambitions au niveau de ses moyens – il est petit, pauvre, inconnu – il les exalte avec cette science qu'apportent les orgueilleux à se fortifier de leurs échecs : les blessures de leur vanité sont les arguments de leur orgueil. D'humiliation en humiliation, ils grandissent à leurs propres yeux. Avec un infatigable besoin de compensation, pareils à ces mères qui préfèrent leur enfant le plus disgracié, ils s'élèvent à mesure qu'on les rabaisse, ils s'admirent d'être oubliés et trouvent dans le dédain du monde cette conviction d'être un génie, qui finit par rendre génial. Longuement, avec la patience de la haine, ils travaillent à prendre leur revanche. « Si le bonheur m'eût enlevé dans ses bras, disait Chateaubriand, il m'eût étoufffé. »
Jean-René HUGUENIN
« Des amours intéressées », ch II de Richard Wagner, Collection « Génies et Réalités »
COLLIGNON « HARDT » VANDEKEEN
CITATIONS VII 63



2241 . - Et les faibles savent que leur énergie, leur puissance créatrice et même leur chance sont encore mieux servies par les amours qu'ils inspirent que par celles qu'ils éprouvent. Les êtres qui pensent à eux, qui souffrent pour eux, les dopent. Une osmose invisible et cruelle fait gagner à ces indifférents ce que perdent peut-être, en les adorant, ceux qui les entourent.
Jean-René HUGUENIN
« Des amours intéressées », ch II de Richard Wagner, Collection « Génies et Réalités »
2242 . - « Je suis un désert. Je ne vis que de moi. Pour moi, il n'y a d'autre salut que la mort. » C'est toujours la même chose : chaque fois que la passion lui manque, Wagner se tourne vers la mort pour continuer à se croire tragique. Privé du personnage emphatique et théâtral qu'il superpose, pour se donner et donner aux autres un spectacle flatteur, à sa nature sèche, ambitieuse et calculatrice, il s'ennuie, il se désintéresse de lui-même. Pire [sic] encore, il sent défaillir son talent. Chez lui, l'obsession de la mort exprime moins un souci métaphysique que la volonté de s'anoblir, de se donner du prestige, de continuer à se prendre au sérieux.
id. ibid.

2243 . - « Je ne possède qu'un calmant qui m'aide à trouver le sommeil dans les nuits d'insomnie, gémit-il complaisamment, c'est le sincère, c'est l'ardent désir de la mort. »
id. ibid., citant WAGNER

2244. - J'ignore absolument ce que c'est que de jouir de la vie. Pour moi, la jouissance de la vie, de l'amour, est affaire d'imagination, non d'expérience. Il m'a donc fallu refouler mon cœur de mon cerveau et ne plus mener qu'une vie artificielle.
Richard WAGNER

2245.- Son « ardent désir de mourir » flatte son goût de la grandiloquence, mais ce n'est pas la mort qu'il désire : c'est la pureté. Ce sensuel ne s'est au fond jamais accommodé du plaisir.
Jean-René HUGUENIN Des amours intéressées -
ch. II du « Wagner » de la Collection « Génies et Réalités »
COLLIGNON « HARDT » VANDEKEEN
CITATIONS VII 64



2246.- ...comme pour Wagner, la sécheresse devient la punition d'avoir trop attendu de l'amour.
Jean-René HUGUENIN Des amours intéressées -
ch. II du « Wagner » de la Collection « Génies et Réalités »

2247. - Il ressasse interminablement la vie qu'il aurait voulu vivre, il écrit, il compose faute d'avoir cédé à une vocation plus profonde – bien souvent celle d'aimer – qui nous eût priés de son œuvre.
Id. ibid.

2248. - Tous les procès sont les procès d'une vie, comme toutes les sentences sont des sentences de mort, et j'ai été jugé trois fois. La première fois, j'ai quitté le tribunal pour être arrêté, la seconde, pour être ramené à la maison d'arrêt, la troisième, pour être condamné à deux ans de prison. La Société, telle que nous l'avons faite, n'aura pas de place pour moi, elle n'en a pas à offrir ; mais la nature, dont la douce pluie tombe sur les justes et sur les méchants, aura des crevasses dans ses rochers pour m'offrir un abri et des vallées cachées pour me permettre de pleurer sans trouble. Elle me couvrira de sa nuit étoilée pour que je puisse franchir les frontières dans l'ombre sans trébucher ; son vent effacera mes empreintes et nul ne relèvera ma trace pour venir me blesser ; je me laverai dans ses grandes eaux et ses herbes amères me donneront la santé.
Oscar WILDE
De profundis

2249.- Si ta vie est sans foi, sans passion profonde,
Fais le don de ton cœur aux merveilles du monde,
Au chant bleu de la mer, aux matins frangés d'or,

Aux jardins orgueilleux de la splendeur des roses
Et, recréant en rêve un fabuleux décor,
Pare de l'infini l'humble image des choses !
Germain DORRÉ – Sonnets en gerbe - «Exhortation stoïcienne »
COLLIGNON « HARDT » VANDEKEEN
CITATIONS VII 65



2250.- Homme pétri d'orgueil, dresseur de météores,
Capitaine de nefs dévoreuses du ciel,
Nihiliste du temps et découvreur d'aurores,
Rêveur de galaxie au front démentiel,

Toi qui veux être un Dieu quand le sol se dérobe
Sous ton ombre... Homme vain et sans cesse exalté
Pour lacérer sans fin l'étincelante robe
D'azur dont tu crois prendre un pan d'éternité,

Ah ! regarde avant tout d'un œil clair à la ronde
Ton frère et sa douleur et le drame d'un monde
Ivre de sa folie, étrangement pervers...

Tu n'y trouveras rien que l'identique thème
De ta vie orageuse... Et, seul devant toi-même,
Tu sauras que ton âme est le seul univers.

Germain DORRÉ – Sonnets en gerbe - «Folie cosmique »

2251.- La vraie tragédie du monde : la lutte de l'égoïsme et de l'amour.

Un des membres de l'équipe de « Réalités »
Légende de l'illustration 56 (XXV) du « Wagner » de la collection
« Génies et Réalités »

2252.- Est-ce qu'on sait ? est-ce qu'il ne vaudrait pas mieux vivre et mourir inconnu ? Quelle duperie, si cette gloire de l'artiste n'existait pas plus que le paradis du catéchisme, dont les enfants eux-mêmes se moquent désormais ! Nous qui ne croyons plus à Dieu, nous croyons à notre immortalité... ah ! Misère ! Emile ZOLA – Les Rougon-Macquart – L'Œuvre – ch. X

COLLIGNON « HARDT » VANDEKEEN
CITATIONS VII 66



2253.- Il en est ainsi pour tout le monde : on se marie, on s'aime encore un peu, on travaille. On travaille tant qu'on en oublie d'aimer.
Albert CAMUS
La Peste – 2e partie

2254. - Le mal qui est dans le monde vient presque toujours de l'ignorance, et la bonne volonté peut faire autant de dégâts que la méchanceté, si elle n'est pas éclairée.
id. ibid.

2255.- A qui est maître de naissance, les maîtres toujours font le pire accueil.
Richard WAGNER
Les maîtres chanteurs de Nuremberg – Acte II

2256. - Le repliement sur soi-même n'est bon qu'aux natures singulières et fortes, et encore, à condition d'être relatif et entrecoupé. Les autres le payent cher. On ne s'enferme pas dans sa chambre impunément. On ne vit pas sur soi seul impunément. On « n'envoie pas coucher » impunément ses semblables. Et cela est bien ainsi, puisque le repliement sur soi-même – quand il n'est pas commandé par de hautes raisons intellectuelles ou spirituelles – n'a le plus souvent pour cause que la paresse, l'égoïsme, l'impuissance, bref, cette «peur de vivre » dont on n'a pas encore assez dit quelle place elle occupe parmi les maux qui désolent l'humanité.
Henry de MONTHERLANT
Les jeunes filles

2257. - Une hébétude accablait le troupeau. Quand on voyait comment ils acceptaient, et comment on acceptait soi-même, convoqué pour huit heures et demie, de passer à midi moins dix, on comprenait comment elle » (la guerre) « avait pu durer quatre ans et demi.
id. ibid.
2258.- Vous ne savez pas ce que c'est que la pitié. C'est un sentiment qui suffirait à ruiner une vie ! Heureusement que je me défends. J'ai une discipline d'égoïsme très exacte
Si je n'avais pas d'égoïsme, je n'aurais pas d'œuvre, il a fallu choisir. id. ibid.
COLLIGNON « HARDT » VANDEKEEN
CITATIONS VII 67



2259. - Le casse-tête sentimental que les femmes cherchent à imposer à tout homme qui les approche, Costals n'y avait jamais participé beaucoup, même avec celles qu'il aimait.

Henry de MONTHERLANT
Les jeunes filles


2260. - Ce qu'il y a de difficile dans la charité, c'est qu'il faut continuer.
id. ibid.

2261. - Elle pensait que Costals s'était confié, alors qu'il n'avait rien fait d'autre que de parler pour lui seul, ni plus ni moins que lorsqu'il se prostituait à cinquante mille lecteurs.
id. ibid.

2262. - Une des horreurs de la guerre, c'est que les femmes y soient épargnées.
id. ibid., cité de mémoire.

2263. - Galatée fuit vers les saules, pour qu'on la rattrape ; encore un moment et l'homme s'enfuit des saules, mais cette fois c'est tout de bon, il ne veut pas être rattrapé.
id. ibid.

2264. - La morale de l'honneur, ou seulement des convenances, a été faite pour donner un double exactement contraire à la morale naturelle, et nous permettre ainsi de gagner à tout coup, tantôt sur l'un tantôt sur l'autre tableau.
id. ibid.

2265 . - Vraiment, une masse cyclopéenne de vulgairité (littérature, cinéma, journaux, romances...) pesait sur ce pauvre couple hommes-femmes ; il était amer de ne pouvoir sortir de là.
id. ibid.
COLLIGNON « HARDT » VANDEKEEN
CITATIONS VII 68



2266 . - Vous êtes comme ces bonnes gens qui, à la veille des révolutions, se croient en sécurité parce qu'ils sont libéraux : « Les révolutionnaires m'inquiéteraient ? Pourquoi donc ? Ils savent bien que je suis de cœur avec eux. Et puis, s'ils me condamnent, il faut qu'ils condamnent tout le monde. » La révolution se fait ; on les laisse tranquille ; ils triomphent. Puis on les arrête et on les tue.
Henry de MONTHERLANT
Les jeunes filles
Lettre à Thérèse Pantevin du 29 – 5 – 1927

2267 . - Je trouve que la plus stupide, la plus connasse des bonnes femmes n'est pas aussi con qu'un homme. La connerie, la vraie connerie, la connerie rutilante, la connerie superbe, c'est l'homme. La femme la plus bête, la plus empotée, la plus tout ce que tu voudras a toujours un lot de consolation à te proposer. Pour moi, je suis navré de la brutalité du terme, mais la bonne femme a une matrice. Et c'est peut-être cette matrice – cet organe de mère en puissance - qui la sauve. La femme, c'est d'abord la mère, le creuset du monde. Alors que l'homme est un pauvre type qui se balade avec son panais à la main, en souhaitant qu'il soit dur ; désemparé, effondré quand il ne l'est pas, comme si c'était le siège de l'honneur et de l'intelligence.
Frédéric DARD dit « SAN-ANTONIO »
Je le jure
2268.- Les seules vacances de l'homme sont les neuf mois qu'il passe dans le sein maternel.
id. ibid.

2269.- Très vite, très tôt, j'ai compris qu'il y avait, tu sais quoi ? La mort ! Oui : la Mort. Et les autres.
id. ibid.




COLLIGNON « HARDT » VANDEKEEN
CITATIONS VII 69



2270. - (lu en août 1972)
Tu portes ton squelette en toi déjà
déjà ton squelette gesticule en toi
dans ta glace je te parle face à face
dans ta voix la mort vibre déjà
sans cesse ton cœur bat la mort
frère du présent souviens-toi
chaque jour creuse ta tombe
la face au ciel fascinée résiste en ne résistant
pas souviens-toi
jamais n'avoir vécu adieu l'artiste
Jude STEFAN
Memento mori

2271.- C'est parce qu'ils n'ont rien à se dire que les couples se disputent ; cela leur fait une façon de passer le temps.
Henry de MONTHERLANT
Les jeunes filles

Juin 1976

2272.- Chaque génération découvre avec enthousiasme les mêmes Amériques, se vautre dans les mêmes conneries. Rien n'exorcise la connerie, aucune expérience des aînés, aucune catastrophe. Chaque jeune con aborde le monde avec des yeux neufs, et, s'il n'a pas le goût (rare) de se renseigner, se jette comme un goinfre sur les plus grossières nourritures. Et merde, c'est pas à se flinguer tout de suite, ça ?
CAVANNA
« Je l'ai pas lu, je l'ai pas vu... mais j'en ai entendu causer »
« Chrysalide » - Charlie-Hebdo n° 290 du 3-6-1976

COLLIGNON « HARDT » VANDEKEEN
CITATIONS VII 70



2273.- Ton foie, tes poumons, ton sexe sont à toi, ta tête non. Si tu es fou, viens dans mes bras, je t'aime.
Léo FERRE
Et... Basta !

2274.- Le paradis, c'est la perfection avec, sans doute, des salles de bains extraordinaires mais il faut aussi, pour y entrer, savoir donner des coups de chapeau polis à tout le monde. En Enfer, tu brûles mais tu peux toujours cracher sur la gueule de celui qui t'y a mis !
id. ibid.
Entretien avec Françoise Travelet rapporté dans Dis donc, Ferré... du même auteur
« La Folie » - « La damnation »

2275. - Ma morale se résume au respect de la vie. A l'indifférence aussi. Vis-à-vis des choses, et des êtres, et aussi de moi-même par rapport à eux. C'est la morale à laquelle je tends. Je voudrais être le spectateur mais je sais que je ne l e serai jamais : je suis trop sensible, (…)
id. ibid.

2276. - Je ne suis pas contre le dialogue mais je sais par expérience que, quand il s'engage, il tourne toujours mal parce que trop de gens veulent s'instituer les juges des autres.
id. ibid. « La mort » - « Les cons »

2277.- Pour lui, le seul engagement qu'un artiste puisse revendiquer est la coïncidence avec soi-même.
Françoise TRAVELET
id. ibid. « L'anarchie »

. 2278.- J'ai l'habitude de dire que, si l'on donnait cinq mille francs par mois à tous les ouvriers de chez Renault, du jour au lendemain, ils ne seraient plus syndiqués...
Léo FERRE
ibid.
COLLIGNON « HARDT » VANDEKEEN
CITATIONS VII 71


2279.- N'oubliez jamais que ce qu'il y a de gênant dans la morale, c'est que c'est toujours la morale des autres.
Léo FERRE
Entretien avec Fançoise Travelet rapporté dans Dis donc, Ferré... du même auteur. « Préface »

2280.- Nous vivons une époque épique
Et nous n'avons plus rien d'épique.
id. ibid.

2281.- Gorer montre de façon frappante comment, au XXe siècle, la mort a remplacé le sexe comme principal interdit. On disait autrefois aux enfants qu'ils naissaient dans un chou, mais ils assistaient à la grande scène des adieux, dans la chambre et au chevet du mourant. Cependant, dès la seconde moitié du XIXe siècle, cette présence laissait un malaise, et on tendait, non pas à la supprimer, mais à l'abréger. À la mort d'Emma Bovary et d'Ivan Ilitch, on a bien respecté l'usage ancien de la présentation des enfants, mais on les a fait sortir aussitôt de la chambre, parce qu'on ne supportait plus l'horreur que pouvaient leur inspirer les déformations de l'agonie. Eloignés du lit de mort, les enfants avaient toujours leur place aux obsèques, habillés de noir de pied en cap.
Aujourd'hui les enfants sont initiés, dès le plus jeune âge, à la physiologie de l'amour et de la naissance, mais, quand ils ne voient plus leur grand-père et demandent pourquoi, on leur répond en France qu'il est parti en voyage très loin, et en Angleterre qu'il se repose dans un beau jardin où pousse le chèvrefeuille. Ce ne sont plus les enfants qui naissent dans les choux, mais les morts qui disparaissent parmi les fleurs.
Philippe ARIES
Essais sur l'histoire de la mort en Occident du Moyen Age à nos jours

2e partie - « Itinéraires » (1966-1975) - « La mort inversée – Le changement des attitudes devant la mort dans les sociétés occidentales » - 2.- «Le refus du deuil »
Publié dans « Archives européennes de sociologie, vol. VIII, 1967, pp. 169-175 ».



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2282.- Elles gueulent contre les prix qui grimpent...
… mais elles prennent toujours ce qu'il y a de plus cher.
REISER
Légende d'une bande parue dans le Charlie-Hebdo n°292 du 17-06-76, p.5

2283.- DIEU est l'horreur en moi de ce qui fut, de ce qui est et de ce qui sera si HORRIBLE qu'à tout prix je devrais nier et crier à toute force que je nie que cela fut, que cela est ou que cela sera mais je mentirai.
Georges BATAILLE
Ma mère

2284.- Pour être bien aimé,
Il faut aimer bien peu, beaucoup promettre et feindre.
RONSARD
Amours diverses XVIII

2285.- Les mots proférés par les futurs grands hommes, au stade de leur enfance, resurgissent toujours, sont donnés comme prémonitoires, alors que tous les enfants de la même génération disent les mêmes choses, pour les mêmes raisons, car ils se trouvent dans un contexte identique.
Georges BORDONOVE
Molière génial et familier
ch. IV « Le théâtre sous Louis XIII »

2286.- Je ne veux rien savoir de ce monde ratissé par ceux dont la patience attend que la mort les éclaire.
Georges BATAILLE
Ma mère


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CITATIONS VII 73



2287.- Seules les difficultés, les problèmes de la chair, ses mensonges, ses échecs, ses frayeurs, les malentendus qu'elle introduit, les maladresses dont elle est l'occasion donnnet à la chasteté sa raison d'être.
Georges BATAILLE
Ma mère

Juillet 1976

2288.- Actes, fêtes du front et fêtes de la nuque !...
SAINT-JOHN PERSE
Eloges – IX

2289.- Braver le sort n'est pas toujours le moyen de forcer le succès.
Georges BORDONOVE
Molière génial et familier
ch. VI - « L'Illustre Théâtre » - « La déconfiture »

2290.- Le souvenir est le début de l'écriture et l'écriture est à son tour le commencement de la mort (si jeune qu'on l'entreprenne).
Roland BARTHES
Le degré zéro de l'écriture
« Chateaubriand : Vie de Rancé »

Août 1975 (rappel)

2291.- Il ne peut écrire qu'en s'excitant lui-même à la haine.
Anaïs NIN
Journal – Oct. 1932 (June Miller à propos de Henry)


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Juillet 1976 (suite)

2292.- [L'écrivain moderne] ...il lui faut être à la fois hors de la morale et dans le langage, il lui faut faire du général avec de l'irréductible, retrouver l'amoralité de son existence à travers la généralité morale du langage : c'est ce passage risqué qui est la littérature.
Roland BARTHES
Nouveaux essais critiques
« Chateaubriand – Vie de Rancé - « Le chat jaune de l'abbé Séguin »

2293.- ...comment choisir, plus qu'entre des êtres individuels qui ne sont pas interchangeables, entre Bayeux si haute dans sa noble dentelle rougeâtre et dont le faîte était illuminé par le vieil or de sa dernière syllabe ; Vitré dont l'accent aigu losangeait de bois noir le vitrage ancien ; le doux Lamballe qui, dans son blanc, va du jaune coquille d'œuf au gris perle ; Coutances; cathédrale normande, que sa diphtongue finale, grasse et jaunissante, couronne par une tour de beurre ; Lannion avec le bruit, dans son silence villageois, du coche suivi de la mouche ; Questambert, Pontorson, risibles et naïfs, plumes blanches et becs jaunes éparpillés sur la route de ces lieux fluviatiles et poétiques ; Benodet, nom à peine amarré que semble vouloir entraîner la rivière au milieu de ses algues ; Pont-Aven, envolée blanche et rose de l'aile d'une coiffe légère qui se reflète en tremblant dans une eau verdie de canal ; Qimperlé, lui, mieux attaché, et depuis le moyen âge, entre les ruisseaux dont il gazouille et s'emperle en une grisaille pareille à celle que dessinent, à travers les toiles d'araignées d'une verrière, les rayons de soleil changés en pointes émoussées d'argent bruni ?
Marcel PROUST
A la recherche du temps perdu – Du côté de chez Swann

2294.- Voilà que c'est d'aimer : ceux qui ont mérité
D'être récompensés sont en douleur profonde,
Et le sot volontiers est toujours bien traité.
RONSARD
Le second livre des amours – 1e partie - Amours de Marie
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2295.- A quoi bon faire des livres pour cette petite Terre, qui n'est pas plus grande qu'un point ?
MONTESQUIEU
Journal

2296.- Un honnête homme propose toujours ses opinions de la même sorte que ses doutes.
GUEZ DE BALZAC

2297.- Alceste est le contraire d'un faible : il refuse de mûrir, c'est-à-dire de composer, en admettant la relativité de toute chose. Son esprit garde des forces intactes et superbes. Son cœur, les flamboiements, l'impétuosité de la jeunesse. S'il paraît comique, ici et là, ce n'est pas qu'il soit ridicule, mais que persiste, en un corps d'homme fait, les naïvetés de l'adolescence dont il ne peut, ni ne veut, se défaire. La perspective qu'il a prise du monde une fois pour toutes, il lutte pour n'y pas renoncer. Serait-il le plus malheureux des hommes, il ne démordra pas de cette peinture idéale qu'il s'est faite de ses semblables. Sa colère vient seulement de ce que la réalité trahit ses propres imaginations. Il est assez intelligent pour le savoir d'instinct, assez lucide en dépit de son entêtement de mule pour le constater, mais il a trop bonne opinion de lui-même pour s'incliner. Il fonce tête baissée, bien qu'il sache que cette charge est non seulement vaine, mais nuisible et grotesque. Et c'est en cela qu'il est encore plus Molière que dans les démêlés avec Célimène-Armande, qu'il le trahit davantage. Cet homme qui n'accepte pas de vieillir, qui garde un cœur de vingt ans, c'est Molière-auteur, le sublime illusioniste ! Mais quel auteur continuerait de l'être si son âme prenait les mêmes rides que son corps et si, blessée par l'expérience, elle admettait que l'ultime et toute-puissante règle du monde est la relativité ? Où trouverait-elle l'enthousiasme indispensable à la création ? La vanité de ses inventions lui apparaîtrait alors, et à coup sûr, la paralyserait pour jamais.
Georges BORDONOVE
Molière génial et familier
ch. XXI « Le Misanthrope » - « L'ennemi du genre humain »


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2298.- J'éprouve que, pour gagner les hommes, il n'est point de meilleure voie que de se parer à leurs yeuxde leurs inclinations, que de donner dans les maximes, encenser leurs défauts et applaudir à ce qu'ils font. On n'a que faire d'avoir peur de trop charger la complaisance, et la manière dont on les joue a beau êtrevisible, les plus fins toujours sont de grandes dupes du côté de la flatterie ; et il n'y a rien de si impertinent qu'on ne fasse avaler, lorsqu'on l'assaisonne en louange. La sincérité souffre un peu au métier que je fais ; mais, quand on a besoin des hommes, il faut bien s'ajuster à eux ; et, puisqu'on ne saurait les gagner que par là, ce n'est pas la faute de ceux qui flattent, mais de ceux qui veulent être flattés.
MOLIERE
L'Avare (Valère)

2299.- La liberté... Egaré, il regarda autour de lui. La terre lui manquait. Il était comme une plante qu'on aurait sciée à la racine, et à qui on dirait : « Marche ! »
Roger IKOR
Les fils d'Avrom (Les eaux mêlées, titre de couverture)
« La greffe du printemps » ch. I

2300.- C'est rare, les gens qui ne parlent que pour dire quelque chose et se taisent quand ils ont fini !
id. ibid.
Les eaux mêlées ch. II

2301.- La plante humaine a besoin de se fixer dans une terre pour s'épanouir pleinement ; mais quand elle est fixée depuis trop longtemps, elle sent venir la dégénérescence et se débat pour bouger, se renouveler.
id. ibid.

2302.- C'est justement parce qu'ils ont de l'argent que les riches font des économies.
id. ibid.

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2303.- Il est fort utile de mourir en la grâce de Dieu, mais il est fort ennuyeux d'y vivre.
Mme de RAMBURES
contemporaine de Monsieur, frère de Louis XIV

2304.- Il faut se connaître soi-même : quand cela ne servirait pas à trouver le vrai, cela au moins sert à régler sa vie, et il n'y a rien de plus juste.
PASCAL
Pensées Art. Deuxième I Misère de l'homme sans Dieu
Août 1976
2305.- La nature de l'amour-propre et de ce moi humain est de n'aimer que soi et de ne considérer que soi. Mais que fera-t-il ? Il ne saurait empêcher que cet objet qu'il aime ne soit plein de défauts et de misères : il veut être grand, il se voit petit ; il veut être heureux, et il se voir misérable ; il veut être parfait, et il se voit plein d'imperfections ; il veut être l'objet de l'amour et de l'estime des hommes, et il voit que ses défauts ne méritent que leur aversion et leur mépris. Cet embarras où il se trouve produit en lui la plus injuste et la plus criminelle passion qu'il soit possible de s'imaginer ; car il conçoit une haine mortelle contre cette vérité qui le reprend et qui le convainc de ses défauts. Il désirerait de l'anéantir, et, ne pouvant la détruire en elle-même, il la détruit, autant qu'il peut, dans sa connaissance et dans celle des autres ; c'est-à-dire qu'il met tout son soin à couvrir ses défauts et aux autres et à soi-même, et qu'il ne peut souffrir qu'on les lui fasse voir ni qu'on les voie.
id. ibid II – Les Puissances Trompeuses – L'Amour-Propre
2306.- La plus grande bassesse de l'homme est la recherche de la gloire, mais c'est cela même qui est la plus grande marque de son excellence ; car, quelque possession qu'il ait sur la terre, quelque santé et commodité essentielle qu'il ait, il n'est pas satisfait, s'il n'est dans l'estime des hommes. Il estime si grande la raison de l'homme que, quelque avantage qu'il ait sur la terre, s'il n'est placé avantageusement aussi dans la raison de l'homme, il n'est pas content. C'est la plus belle place du monde, rien ne peut le détourner de ce désir, et c'est la qualité la plus ineffaçable du cœur de l'homme. (la suite : citation n° 1111)
PASCAL
Pensées Art. Troisième La grandeur de l'homme
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2307.- Quelle chimère est-ce donc que l'homme ? Quelle nouveauté, quel monstre, quel chaos, quel sujet de contradiction, quel prodige ! Juge de toutes choses, imbécile ver de terre ; dépositaire du vrai, cloaque d'incertitude et d'erreur : gloire et rebut de l'univers.

PASCAL
Pensées Art. Quatrième La religion de Jésus, seule clef de l'énigme humaine
Seconde Partie – Que l'homme sans la foi ne peut connaître le vrai bien ni la justice

2308.- Le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la comédie en tout le reste : on jette enfin de la terre sur la bête et en voilà pour tout jamais.
Blaise PASCAL
Pensées diverses

2309.- On peut rester incrédule après avoir lu Pascal, mais il n'est plus permis de railler ni de blasphémer.
SAINTE-BEUVE
Lundis – V, 534, 1852

2310.- ...cette autre dame de 103 ans, à qui un visiteur, amusé, demandait : « Mais que faites-vous donc encore sur cette terre à cet âge-là ? » et qui lui répondit très dignement : « Je lutte, monsieur, je lutte ! »
Michèle DURAND
Les centenaires
I – Quand la vieillesse n'en finit pas..
« Sud-Ouest n° 9908 du 2 – 8 – 1976

2311.- Oui, messieurs, il a été un temps où ceux qui s'attachoient à l'étude étoient regardés comme des gens singuliers, qui n'étoient point faits comme les autres hommes. Il a été un temps où il y avait du ridicule et de l'affectation à se dégager des préjugés du peuple, et où chacun regardoit son aveuglement comme une maladie qui lui étoit chère, et dont il étoit dangereux de guérir.
COLLIGNON
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Dans un temps si critique pour les savants, on n'étoit point impunément plus éclairé que les autres : si quelqu'un entreprenoit de sortir de cette sphère étroite qui borne les connoissances des hommes, une infinité d'insecte qui s'élevoient aussitôt formoient un nuage pour l'obscurcir ; ceux même qui l'estimoient en secret se révoltoient en public, et ne pouvoient lui pardonner l'affront qu'il leur faisoit de ne pas leur ressembler.
MONTESQUIEU
Discours de réception à l'Académie des Sciences de Bordeaux,
prononcé le 1er – 5 – 1716.

2312. - Aimons les nouveauté en novateurs prudents !...
Casimir DELAVIGNE
Les comédiens (1820)

2313.- Et puis est-ce qu'il s'agit seulement de réussir ? Tiens-tu tant à vivre ? Trois mois, six semaines, huit jours, mais ce qu'on a dans le cœur, qu'on le fasse, sans le rêver tout le long de la journée.
Henri POURRAT
Gaspard des montagnes
L'auberge de la Belle Bergère, ou Quand Gaspard de guerre revint
4e veillée 4e pause : Le festin des Cosaques – Le règlement de compte – Anne-Marie vient au verger

2314.- La mort, c'est encore la meilleure trouvaille de la vie.
id. ibid. 6e pause : Robert envoie une lettre – Le débat d'Anne-Marie – La nuit de garde

2315.- Il y avait non pas les honnêtes gens et les autres, mais ceux qui s'étaient trouvés induits en tentation, et ceux qui ne l'avaient pas été.
Duperie, leur honneur, et la paix n'existe pas. La vie, c'est ce remuement dennuis avec pour fond une épouvante qu'on tâche de masquer. Mais pourquoi s'épouvanter de la mort, quand la vie, c'est ce cauchemar ? id.ibid. 5e veillée 1e pause : Les chasses de Gaspard et ses déportements – Jalousie d'Anne-Marie – L'avis au métayer101
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2316.- Vivre d'accord avec soi.
Henri POURRAT
Gaspard des montagnes
L'auberge de la Belle Bergère, ou Quand Gaspard de guerre revint
6e veillée – 1e pause - « Gaspard endiablé – La recluse – Courses par pays – La chienne du curé de Besse »

2317.- Seul le ciel et les étoiles sanglantes
sauront sauver les chaudes espérances de ton être.

L'être que tu puiseras dans la rupture

L'essence d'une parole perverse ne te sera d'aucun secours.

Car le vide existe, même au-dedans de ton sourire.
SAFRAN (Serge Rigolet)
Humilités » (1971)

2318.- Et si je voulais, pourtant, me séparer de tous et de tout ? Les gens, est-ce que c'est ma vie, à moi ?
Henri POURRAT
Gaspard des montagnes - « Le pavillon des amourettes » - 5e veillée –
4e pause : « Gaspard en campagne – Tourments aux Escures – La montagne de Roche-Savine »

2319.- Il arrive, par moments, dans la vie, qu'on se sente le cœur mort au fond de la poitrine. Le mieux est d'aller voir dans un autre endroit s'il n'y a plus moyen de reprendre goût au pain et de trouver le vin bon.

id  ibid. « La Tour du Levant – 2e veillée –
4e pause : « Gaspard et ses affaires – La salade au lard – Pauline va parler à Gaspard »
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2320.- Ainsi la vie se passe et ce n'est que cela. L'an dernier je pensais que si jamais j'avais mon petit garçon, tout irait bien. Et je l'ai. Il est là et voilà où j'en suis.
Henri POURRAT
Gaspard des montagnes - « La Tour du Levant » – 3e veillée – 1e pause : « Le jour des abeilles – Anne-Marie et ses entours – Le médecin vient aux Escures. »

2321. - Elle joue à la vie, comme tout le monde.
id. ibid.

2322.- Quand on a le courage dans le sang, cela suffit pour vivre. Le bonheur ? il ne s'agit jamais du bonheur pour les hommes.
id. ibid. « La Tout du Levant » - 4e veillée – 5e pause - « Convalescence de Gaspard – Les propos du monde – Le brevet de Prévôt ».

2323.- L'Océan des choses nous assiège. La mort est au hublot, mais notre route n'est point là.
SAINT-JOHN PERSE

2324.- Ce qui fait que si peu de gens obtiennent la considération, c'est l'envie démesurée que l'on a de l'obtenir : il ne nous suffit pas de nous distinguer dans le cours de notre vie, nous voulons encore nous distinguer à chaque moment, et pour ainsi dire en détail ; or, c'est ce que les qualitész réelles, la probité, la bonne foi – la modestie, ne donnent pas : elles font seulement un mérite général, mais il nous faut une distinction pour l'instant présent ; voilà ce qui fait que nous disons si souvent un bon mot qui nous déshonorera demain, que, pour réussir dans une société, nous nous perdons dans quatre, et que nous copions sans cesse des originaux que nous méprisons.
MONTESQUIEU
De la considération et de la réputation
2325.- Ce qui perd la plupart des gens, c'est qu'ils ne soutiennent pas leur caractère ; cela veut dire qu'ils n'en ont point de fixe, ce qui est le pire de tous les caractères.
id. ibid.
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2326.- Sans doute conscient de sa faiblesse, mais trop orgueilleux pour cesser d'écrire.
Françoise LEDUC
Ombre et lumière

Septembre 1976

2327.- Croyez réellement une chose, elle existe.
James JOYCE
Ulysse

2328.- Partiale, certes, comme il convient de l'être : de cette partialité qui est celle de la nature elle-même, à partir d'un certain niveau d'exigence.
SAINT-JOHN PERSE
Adrienne Monnier – N° d'hommage du Mercure de France de janvier 1956

2329.- C'est votre enterrement demain
Et vous battez la campagne
Drelindrelin drelindindin
Drelindrelin...
Chanson irlandaise retranscrite (ou inventée...) par JAMES JOYCE (« Ulysse »)

2330.- Homme des foules, aux yeux impurs et tristes...
Léon-Paul FARGUE

2331.- SPINOZA affirme catégoriquement que le sentiment interne de la liberté est une illusion, issue de notre ignorance de la structure du réel. « Si la pîerre qui tombe » dit-il « prenait conscience d'elle-même, elle croirait tomber librement. »
R. MUCCHIELLI Philosophie générale. Histoire de la philosophie » ch. IV « Le problème de la liberté – Le destin et la destinée » 15. « La liberté est-elle intelligible ? » I – Dans les philosophies rationalistes – 2. Spinoza.
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2332.- Il est à remarquer en effet que les actes paraissent toujours déterminés lorsqu'on les considère après l'exécution, lorsqu'ils font partie du passé ; mais lorsqu'on les considère dans leur développement même, a fortiori si on essaie de déduire avant, on s'aperçoit qu'ils résistent à uin déterminisme intégral.
R. MUCCHIELLI Philosophie générale. Histoire de la philosophie
ch. IV « Le problème de la liberté – Le destin et la destinée » 15. « La liberté est-elle intelligible ? » III – La « psychologie des profondeurs ».

2333.- La jeunesse c'est bien, mais ce n'est pas le but de la vie. Tout est fait pour « la jeunesse » dans notre monde, tellement les hommes ont peur de la maturité, de la vieillesse et des tâches spirituelles inhérentes à ces époques de la vie.
Je pense que l'avenir est à la « vieillesse », c'est-à-dire à la méditation, à la réflexion sur la mort, à la lumière intérieure, aux valeurs de l'après-midi de la vie, à la plongée dans l'intime et dans l'universel, à tout ce que les « tableaux de vieillards » de Rembrandt nous enseignent. La culture est essentiellement une tâche de la maturité.
Jocelyne SALOMÉ
Réponse sous forme d'éditorial
Eurêka n°63, août-septembre 1976

2334.- Tout ce qu'on dit et tout ce qu'on lit ne vaut pas tout ce qu'on fait.
Daniel GOURRIBON
dit le 20-9-1976

2335.- Il y a en nous une puissance immanente et indépendante positive, soustraite à l 'Espace-Quantité et à la Succession-Temps : c'est l'entendement. C'est là notre force native. Il reste à « se mettre en route » (Traité de la réforme de l'entendement, IX). Ce que nous appelons notre volonté et notre liberté ne sont que conscience d'une attraction ou d'une poussée fomentée par l'activité des essences étrangères non comprises. (Il faut bien comprendre ce point : pour Spinoza, il n'y a ni Volonté ni Liberté en nous car toute notre puissance est dans l'entendement. Volonté et Liberté sont des sentiments que nous avons et, de ce fait, inadéquats ; ils sont la conscience du COLLIGNON
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mouvement que nous faisons mais point du tout leur cause).
R. MUCCHIELLI Philosophie générale. Histoire de la philosophie – Histoire de la philosophie - « Les disciples de Descartes : Malebranche, Spinoiza, Leibniz » -
II Spinoza. 2. La doctrine. C – La nature humaine.

2336.- Cher Monsieur,
Informé tardivement, par la presse, des résultats d'une élection qui tendrait à faire de moi un « Prince des Poèes », je crois devoir faire savoir aux Répondants de cette élection que je n'accepterais, en aucun cas, de porter un titre auquel je n'ai pas vocation.
Veuillez agréer, je vous prie, l'assurance de mes sentiments les meilleurs.
SAINT-JOHN PERSE
Lettre à Monsieur Pierre Béarn
Secrétaire du Comité d'organisation d'un référendum pour l'élection d'un « Prince des Poètes »
Presqu'île de Gien, 9 10 1960

2337.- La foi authentique n'est pas l'acceptation pure et simple d'un dogme, elle est l'angoisse permanente de la distance entre Dieu et soi.
Roger MUCCHIELLI
Philosophie générale – Histoire de la philosophie
Histoire de la philosophie – La philosophie au XIXe siècle – Kierkegard – Sa philosophie

2338.- Nietzsche, détruisant l'image de la transcendance pure qui risque de fasciner les hommes au lieu de les dynamiser, montre que la vérité n'est jamais dans l'acceptation de ce qui est, mais dans l'authenticité de la création personnelle.
id. ibid. - Nietzsche – II - « Sa doctrine » - 2. Ainsi parlait Zarathoustra

Octobre 1976

2339 .- Tout objet considéré avec intensité est une porte d'accès possible à l'incorruptible éon des dieux. James JOYCE - Ulysse
COLLIGNON « CITATIONS VII » 85




2340.- Nous ne voulons pas d'un monde où la garantie de mourir de faim s'échange contre le risque de mourir d'ennui. 
Raoul VANEIGEM
Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations – Introduction

2341.- Il y a plus de vérités dans vingt-quatre heures de la vie d'un homme que dans toutes les philosophies.
id. ibid. 1e partie « La perspective du pouvoir »
I - « L'insignifiant signifié »
1.- « En se banalisant, la vie quotidienne a conquis peu à peu le centre de nos préoccupations »

2341 bis – Ceux qui parlent de révolution et de lutte des classes sans se référer explicitement à la vie quotidienne, sans comprendre ce qu'il y a de subversif dans l'amour et de positif dans le refus des contraintes, ceux-là ont dans la bouche un cadavre.
id. ibid., 4

2342.- Ma tristesse éprouvée lors d'une rupture, d'un échec, d'un deuil, ne m'atteint pas de l'intérieur comme une flèche mais sourd de moi telle une source qu'un glissement de terrain vient e libérer.
id. ibid. ch. IV « La souffrance » 2.- « Où la justification manque, les exorcismes suppléent »

2343.- Le deuil est un prétexte, une façon commode d'éjaculer le néant à petits coups. Les pleurs, les cris, les hurlements de l'enfance restent emprisonnés dans le cœur de l'homme. À jamais ? En toi aussi le vide ne cesse de gagner.
id. ibid.

2344.- A mesure que l'automation et la cybernétique laissent pévoir le remplacement massif des travailleurs par des esclaves mécaniques, le travail forcé révèle sa pure appartenance aux procédés barbares du maintien de l'ordre.
id. ibid. ch. V « Déchéance du travail »
COLLIGNON « CITATIONS VII » 86




2345.- Jusqu'à présent la tyrannie n'a fait que changer de mains. Dans le respect commun de la fonction dirigeante, les forces antagonistes n'ont cessé d'entretenir les germes de leur coexistence future. (Quand le meneur de jeu prend le pouvoir d'un chef, la révolution meurt avec les révolutionnaires).
Raoul VANEIGHEM
Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations
1e partie ch. VI « Décompression et 3e force »

2346.- Dès que le meneur de jeu se mue en dirigeant, le principe hiérarchique sauve sa peau, la révolution s'assied pour présider au massacre des révolutionnaires.
id. ibid.

2347.- Le Welfare State contemporain correspond anachroniquement aux garanties de survie exigées par les déshérités de l'ancienne société de production (1) – La richesse de survie implique la paupérisation de la vie (2)
id. ibid. 1e partie «La perspective du pouvoir » : « La communication impossible ou le pouvoir comme médiation universelle » -  ch. VII - « L'ère du bonheur »

2348.- Les révoltés de Lyon et de Fourmies ont bien de la chance à titre posthume. Des millions d'êtres humains fusillés, torturés, emprisonnés, affamés, abrutis, ridiculisés savamment ont du moins, dans la paix des charniers et des fosses communes, la garantie historique d'être morts pour qu'isolés dans des appartements à air conditionné leurs descendants apprennent à répéter, sur la foi des émissions télévisées quotidiennes, qu'ils sont heureux et libres. « Les communards se sont fait tuer jusqu'au dernier pour que toi aussi tu puisses acheter une chaîne stéréophonique haute fidélité. » Un bel avenir qui aurait fait la joie du passé, on n'en doute pas.
id. ibid.

2349.- Un ouvrier d'Espérance-Longdoz résumait comme suit son désaccord avec les Fourastié, Berger, Armand, Moles et autres chiens de garde du futur : « Depuis 1936, je me suis battu pour des revendications de salaires ; mon père, avant moi, s'est battu pour des
COLLIGNON « CITATIONS VII » 87

revendications de salaires. J'ai la T.V., un réfrigérateur, une Volskwagen. Au total, je n'ai jamais cessé d'avoir une vie de con.
Raoul VANEIGEM
Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations
1e partie : « La perspective du pouvoir » : « La communication impossible ou le pouvoir comme médiation universelle » ch. VII « L'ère du bonheur »

2350.- Quiconque essaie de vivre est artiste.
id. ibid. ch. XII « Le sacrifice »

2351.- Ce que nous allons faire et ce que nous avons fait bâtit le présent sur un fond d'éternel déplaisir.
id. ibid.

2352.- Agis comme s'il ne devait jamais exister de futur.
id. ibid.

2353.- On n'y croit pas, on le fait quand même, on finit par y prendre goût. Le nihilisme passif est un bond vers le conformisme.
id. ibid. « La survie et la fausse contestation » ch. XVIII - « Le refus en partie à faux »

2354.- La communication si impérativement désirée par l'artiste est interrompue et interdite jusque dans les rapports les plus simples de la vie quotidienne. Si bien que la recherche de nouveaux modes de communication, loin d'être réservée aux peintres ou aux poètes, participe aujourd'hui d'un effort collectif. Ainsi prend fin la vieille spécialisation de l'art. Il n'y a plus d'artistes car tous le sont. L'œuvre d'art à venir, c'est la construction d'une vie passionnante.
id. ibid. 2e partie « Le renversement de perspective » ch. XX « Créativité, spontanéité et poésie »

2355.- L'histoire existe parce qu'il existe des opprimés. La lutte contre la nature, puis contre les diverses organisations sociales de lutte contre la nature, est toujours la lutte pour l'émancipation COLLIGNON « CITATIONS VII » 88




humaine, pour l'homme total. Le refus d'être esclave est vraiment ce qui change le monde.
Raoul VANEIGEM
Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations
2e partie « Le renversement de perspective » ch. XXI « Les maîtres sans esclaves »

2356.- On le taxe de puérilité, on l'incite à se conduire en grande personne. Et chacun grandit, refoulant son enfance jusqu'à ce que le gâtisme et l'agonie le persuadent qu'il a réussi à vivre en adulte.
id. ibid.

2357.- Le problème du prolétariat n'est plus de prendre le pouvoir mais d'y mettre fin définitivement.
id. ibid.

2358.- Il n'y a rien de plus féroce qu'un artiste raté. Son énergie est toujours là, mais ne se trouvant pas d'exutoire, elle explose en un grand pet noir de rage qui enfume toutes les fenêtres intérieures de l'âme.
Erica JONG, journaliste, à propos de Mao-Tsé-Toung

Novembre 1976

2359.- Seul m'intéresse le vif du présent, sa multiplicité. Je veux, en dépit des interdits, m'environner d'aujourd'hui, comme d'une grande lumière ; ramener le temps autre et l'espace des autres à l'immédiateté de l'expérience quotidienne.
Raoul VANEIGEM
Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations – 2e partie - « Le renversement de perspective » - ch. XXII « L'espace-temps du vécu et la correction du vécu », 5.

2360.- Mon âme, il faut partir. Ma vigueur est passée,
Mon dernier jour est dessus l'horizon.
COLLIGNON « CITATIONS VII » 89




Tu crains ta liberté. Quoi ? N'es-tu pas lassée
D'avoir souffert soixante ans de prison ?
Tes désordres sont grands. Tes vertus sont petites ;
Parmi tes maux on trouve peu de bien.
Mais si le bon Jésus te donne ses mérites,
Espère tout et n'appréhende rien.

Mon Âme, repens-toi d'avoir aimé le monde,
Et de mes yeux fais la source d'une onde
Qui touche de pitié le Monarque des Rois.

Que tu serais courageuse et ravie
Si j'avais soupiré durant toute ma vie
Dans le désert sous l'ombre de la croix.
François MAYNARD
Sonnet

2361.- Si la connaissance fait le pouvoir, le pouvoir c'est aussi la connaissance.
Kate MILLETT
La politique du mâle

2362.- Il y en a beaucoup que le trop d'esprit gâte, qui voient mal les choses à force de lumière.
MOLIERE

2363.- Le tout du comédien est de se donner. Pour se donner il faut d'abord qu'il se possède.
Jacques COPEAU

2364.- L'assurance d'une grande sécurité d'existence laisse sans emploi une grande quantité COLLIGNON « CITATIONS VII » 90




d'énergie jadis absorbée par la nécessité de survivre.
Raoul VANEIGEM
Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations
2e partie « Le renversement de perspective » ch. XXIII
« La triade unitaire : réalisation, communication, participation » 2.- Le projet de réalisation »

2365.- C'est pourquoi, (suite de la citation 1386) quiconque te demande raison et exige des comptes, traite-le en juge, c'et-à-dire en ennemi.
id. ibid. « 2 »

2366. - Il faut bien que je soie quelque jour comme j'ai voulu que l'on me croie.
id. ibid.

2367.- Chacun combat pour ce qu'il aime : voilà ce qui s'appelle parler de bonne foi. Combattre pour tous n'est que la conséquence.
SAINT-JUST

2368. - J'aspire à être moi, à marcher sans entrave, à m'affirmer seul dans ma liberté. Que chacun fasse comme moi. Et ne vous tourmentez plus alors du salut de la révolution, elle sera mieux entre les mains de tout le monde qu'entre les mains des partis.
CŒURDEROY, cité par Raoul VANEIGEM, op. cit., qui ajoute :
« Rien ne m'autorise à parler au nom des autres, je ne suis délégué que de moi-même ».

2369 . - Je sais que tu ne m'aimes pas, car tu n'aimes personne hormis toi-même. Je suis comme toi. Aime-moi !
Raoul VANEIGEM
Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations
2e partie « Le renversement de perspective »

2370 . - « ...l'être séduisant parce qu'il ne se soucie pas de séduire. »
id. op. cit.

2371.- Tout homme qui connaît le Dieu qui l'habite porte en lui son propre ciel. En revanche, l'ignorance de sa propre divinité constitue un péché mortel en vérité. Telle est la

COLLIGNON « CITATIONS VII » 91




signification de l'enfer que l'on transporte également avec soi dans la vie d'ici-bas.
Les Frères du Libre Esprit,
cités par Raoul VANEIGEM, op. cit.

2372.- Le capitalisme refoule la propension au ludique, tandis qu'il s'efforce en même temps de la récupérer dans la sphère du rentable. Ainsi a-t-on vu en quelques dizaines d'années les joies de l'évasion se muer en tourisme, l'aventure tourner en mission scientifique, le jeu guerrier devenir stratégie opérationnelle, le goût du changement se satisfaire d'un changement de goût.
Raoul VANEIGEM
Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations

2373.- Curieux : la solitude est devenue le Croquemitaine, le loup-garou, la bête noire de ce temps. Jadis on y voyait une école de grandeur.
Isabelle VUCKOVIC
Editorial d'Eurêka n° 65, 11-1976

2374.- ...et j'ai rêvé que mort
j'avais encore peur de mourir.
Jacques PARENTEAU-DENOËL
Tristesse

2375.- Les techniques employées dans une ambiance de sacrifice et de contrainte perdent beaucoup de leur efficacité. Leur valeur instrumentale se double en effet d'une fonction répressive ; et la créativité opprimée diminue le rendement des machines oppressives. Seule l'attraction ludique garantit un travail non aliénant, un travail productif.
Raoul VANEIGEM
op. cit.

2376.- Il convient que tout d'abord nous nous remettions de nous-même dans un état de chaleur et d'invention qui nous permette ensuite de retrouver la tradition comme un apport vivant et fécondant.
Jacques COPEAU – Registres II - « Molière » (1916)
COLLIGNON « CITATIONS VII » 92




2377.- Qu'on compare les servitudes de Molière à celles d'un écrivain de nos jours qui écrit pour le théâtre. Il ne subit même pas la pression directe du public, mais celle de directeurs incompétents qui se font l'idée la plus basse des besoins du public. Sans compter les mauvais traitements d'une « critique » ignorante et partisane. Et qu'ont-ils fait en trois siècles, ces écrivains de théâtre, avec toute leur liberté, qui peut être comparé à ce que fit un Molière, chargé de toutes ses entraves ?
Jacques COPEAU
Registres II - « Molière »

2378.- L'appel au sacrifice et au renoncement fonde, au nom de la liberté, un esclavage futur.
Raoul VANEIGEM
Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations
2e partie - Le renversement de perspective – La triade unitaire

2379.- Je n'ai nul besoin de raisons pour défendre ma liberté. À chaque instant le pouvoir me place en état de légitime défense.
id. ibid. L'intermonde et la nouvelle innocence

2380.- Les objets ne saignent pas. Ceux qui pèsent du poids mort des choses mourront comme des choses.
id. ibid.

2381.- Ceux qui s'approchent de la révolution en s'éloignant d'eux-mêmes – tous les militants – la font le dos tourné, à rebours.
id. ibid. ch. XXV

2382.- Quiconque ne découvre pas dans la révolution la passion pivotale qui permet toutes les autres n'a que les ombres du plaisir.
id. ibid.
Toast aux ouvriers révolutionnaires
COLLIGNON « CITATIONS VII » 93




2383.- Pour un monde de jouissances à gagner, nous n'avons à perdre que l'ennui.
Raoul VANEIGEM
Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes génération
Toast aux ouvriers révolutionnaires

2384.- Les politiques grecs, qui vivaient dans le gouvernement populaire, ne reconnoissaient d'autre force qui pût les soutenir que celle de la vertu. Ceux d'aujourd'hui ne nous parlent que de manufactures, de commerce, de finances, de richesses et de luxe même.
MONTESQUIEU
L'Esprit des lois, III, 13

2385.- C'est par orgueil que nous sommes polis : nous nous sentons flattés d'avoirt des manières qui prouvent que nous ne sommes pas dans la bassesse et que nous n'avons pas vécu avec cette sorte de gens que l'on a abandonnés dans tous les âges.
id. op. cit. IV, 2
De l'éducation dans les monarchies

2386.- L'angoisse ou la dépression ne serait que l'impossibilité ou l'inutilité d'agir.
Professeur Henri LABORIT

Décembre 1976

2387.- Aux enfants, on peut tout dire. Seule compte la manière de le dire.
Pierre ROUDY
La littérature au rabais (« Préparons l'avenir » n°62, 11-1977

2388.- Il y a peu de lois qui ne soient bonnes, lorsque l'Etat n'a point perdu ses principes ; et, comme disait Epicure en parlant des richesses : « Ce n'est point la liqueur qui est corrompue, c'est le vase. »
MONTESQUIEU op. cit., VIII, ch. 11
COLLIGNON « CITATIONS VII » 94





2389.- Trouver et incarner son mythe est le but ultime de l'existence. Alors, les êtres, les actions, les évènements et même la souffrance, se rangent dans une vaste légende personnelle et cosmique, prennent une signification qui donne un sens universel et transcendant à une vie individuelle et arbitraire. L'homme total est celui qui a réalisé son mythe, mais j'ai rencontré très peu d'êtres qui avaient conscience de vivre leur mythe !
Jocelyne SALOME
Editorial du n° 66 d'Eurêka de décembre 1976

2390.- Le bonheur ou la misère de l'homme servent quelques archétypes qui le guident ou le perdent et le poussent à son insu, (par l'intermédiaire de son inconscient) à faire tel ou tel acte. Mais les hommes contemporains sont les victimes déchiquetées des archétypes parce qu'ils ne prennent pas la peine de les regarder en face, de leur laisser une place légitime dans leur vie ; alors les archétypes les possèdent par derrière et les font se massacrer dans une guerre, ou commettre n'importe quelle folie.
ead. ibid.

2391 . - Il faut perdre la moitié de son temps pour pouvoir employer l'autre.
LOCKE

2392. - Telle est la condition qui permettra de connaître « le comble de la félicité » : « Former toujours de nouveaux désirs et les satisfaire à mesure qu'on les forme ».
MONTESQUIEU, cité par STAROBINSKI dans Montesquieu par lui-même

2393.- Il faut rompre brusquement avec les femmes : rien n'est si insupportable qu'une vieille affaire éreintée.
MONTESQUIEU

2394.- Les deux Mondes – Celui-ci gâte l'autre et l'autre gâte celui-ci. C'est trop de deux. Il nb'en fallait qu'un. MONTESQUIEU – Mes pensées
COLLIGNON « CITATIONS VII » 96




2395.- L'ironie, par laquelle on se sépare de son mauvais sérieux,
est la condition d'une renaissance intérieure.
Jean STAROBINSKI
Montesquieu par lui-même

2396.- L'étude a été pour moi le souverain remède contre les dégoûts de la vie, n'ayant jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture ne m'ait ôté.
MONTESQUIEU
Mes pensées

2397.- L'homme est adossé à la mort comme le causeur à la cheminée.
Paul VALERY

2398. - Les gens que l'on dit simples sont souvent ceux que l'on ne se donne pas la peine de comprendre.
Jacques BREHANT
Thanatos – 1e Partie : Une vérité inaccessible ch. 4 La mort à terme – Une attitude nuancée

2399.- En toutes compaignies il y a plus de folz que de saiges et la plus grande partie surmonte tousjours la meilleure, ainsi que dict Tite-Live parlant des Cartagiens.
RABELAIS
Pantagruel ch. X

2400.- Il est singulier que, parmi nous, on fasse continuellement tout ce qu'on peut pour tenir le peuple dans l'ignorance et lui ôter, sur les affaires de l'Etat et celles de l'Europe, toutes sortes de lumières, et que, dans le même temps, on suive si fort les préjugés, les impressions et la futilité des discours de ce même peuple, surtout de celui de la Cour. Ce de pareils discours qui ont fait entreprendre les deux guerres de 1733 et 1741.
MONTESQUIEU
Mes pensées
COLLIGNON « CITATIONS VII » 97




2401. - ̰Παύσομαι κατηγορῶν. Ἀκηκοάτε, ἑωράκατε, πεπόνθατε, ἔχετε : δικάζετε.
LYSIAS
Contre Eratosthène - § 100

2402.- Du quinconce on entrait dans le cimetière : le chrétien ne parvenait à l'église qu'à travers la région des sépulcres : c'est par la mort qu'on arrive à la présence de Dieu.
CHATEAUBRIAND
Mémoires d'Outre-Tombe I 4

2403 . - Si j'avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais :
Les peuples d'Europe ayant exterminé ceux de l'Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l'Afrique, pour s'en servir à défricher tant de terres.
Le sucre serait trop cher, si l'on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves.
Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tête ; et ils ont le nez si écrasé qu'il est presque impossible de les plaindre.
On ne peut se mettre dans l'idée que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir.
Il est si naturel de penser que c'est la couleur qui constitue l'essence de l'humanité, que les peuples d'Asie, qui font des eunuques, privent toujours les noirs du rapport qu'ils ont avec nous d'une façon plus marquée.
On peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui, chez les Egyptiens, les meilleurs philosophes du monde, étaient d'une si grande conséquence, qu'ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains.
Une preuve que les nègres n'ont pas le sens commun, c'est qu'il font plus de cas d'un collier de verre que de l'or, qui, chez les nations policées, est d'une si grande conséquence.
Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes ; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.
De petits esprits exagèrent trop l'injustice que l'on fait aux Africains. Car, si elle était telle COLLIGNON « CITATIONS VII » 98




qu'ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d'Europe, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d'en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié ?
MONTESQUIEU
Esprit des lois XV, 5

Janvier 1977

2404. - Je n'assiste pas à un baptême ou à un mariage sans sourire amèrement ou sans éprouver une serrement de cœur.
CHATEAUBRIAND
Mémoires d'Outre-Tombe II 3

2405.- Peut-on espérer ne plus entendre écorcher, défigurer ces mots merveilleux de liberté, de démocratie. Ah ! si les mots avaient la parole, que de viols ne dénonceraient-ils pas !
Jean-François LEMOÎNE
Editorial Le sens des mots
Sud Ouest n°10035 du 1-1-1977

2406.- Ce « désir inexplicable encore d'arracher à l'adulte la clef de tout un rituel » (R.ZAZZO) que constitue la lecture...
cité par Claude AZIZA
La littérature de jeunesse – Une littérature de l'ambiguïté- Ecole ouverte sur le monde, 12 – 76,
supplément au n°38

2407.- La rêverie du voyageur est une sorte de plénitude de cœur et de vide de tête qui vous laisse jouir en repos de votre existence.
CHATEAUBRIAND

2408. - Propre à tout pour les autres, bon à rien pour moi : me voilà.
id. Mémoires d'Outre-Tombe IV 9
COLLIGNON « CITATIONS VII » 99




2409.- Notre existence est d'une telle fuite, que si nous n'écrivons pas le soir l'évènement du matin, le travail nous encombre et nous n'avons plus le temps de le mettre à jour. Cela ne nous empêche pas de gaspiller nos années, de jeter au vent ces heures qui sont pour l'homme les semences de l'éternité.
CHATEAUBRIAND
Les Mémoires d'Outre-Tombe IV, 12

2410.- L'individualité humaine sert à mesurer la petitesse des plus grands évènements. Combien d'hommes sont indifférents à ces évènements. De combien d'autres seront-ils ignorés ? La population générale du globe est évaluée de onze à douze cents millions : il meurt un homme par seconde : ainsi à chaque minute de notre existence, de nos sourires, de nos joies, soixante hommes expirent, soixante famille gémissent et pleurent. La vie est une peste permanente. Cette chaîne de deuils et de funérailles qui nous entortille, ne se brise point, elle s'allonge ; nous en formons nous-mêmes un anneau. Et puis, magnifions l'importance de ces catastrophes, dont les trois quarts et demi du monde n'entendrons jamais parler : Haletons après une renommée qui ne volera pas à quelques lieues de notre tombe ! Plongeons-nous dans l'océan d'une félicité dont chaque minute s'écoule entre soixante cercueils incessamment renouvelés !
id. ibid. VIII, 2

2141.- Oh ! combien la religion est divine, lorsqu'au fond d'un souterrain, dans le silence et la nuit des tombeaux, un prêtre, que le péril environne, célèbre, à la lueur d'une lampe, devant un petit troupeau de fidèles, les mystères d'un Dieu persécuté !
id. Génie du christianisme

2142.- Tous, tant que nous sommes, nous n'avons à nous que la minute présente ; celle qui la suit est à Dieu : il y a toujours deux chances pour ne pas retrouver l'ami que l'on quitte : notre mort ou la sienne. Combien d'hommes n'ont jamais remonté l'escalier qu'ils avaient descendu ?
id. Mémoires d'Outre-Tombe, X, 2

2143. - Chacun sait qu'il est esclave, mais vit dans l'espérance d'être sous-despote à son tour.
HELVETIUS (?)
Lettre à Montesquieu, 1747
COLLIGNON « CITATIONS VII » 100




2414.- La lumière méditerranéenne nous frappe de cécité et clôt pour nous le seuil métaphysique.
SAINT-JOHN PERSE
Lettre à Mrs T. Curtiss, du 9 9 1958

Février 1977

2415.- Comme Croce avait songé à nous en avertir à propos de Dante, il est vain de vouloir pénétrer le sens allégorique d'une œuvre, si, vraiment, il existe ; l'auteur seul peut nous le dévoiler.
Albert HENRY
« Amers » de Saint-John Perse, une poésir du mouvement

2416.- Toute prise de vie est un échec – ne le croyez-vous pas ? et la vie alors n'est que du temps à ne pas perdre pour comprendre.
SAINT-JOHN PERSE
Lettre à Paul Claudel, à Tien-Tsin, de juin 1907

2417.- On ne fortifie personne ; on ne se fait que dur, et on souffre de blesser.
id., lettre au même, du 31-12-1907

2418.- Je connais peu le sentiment à l'égard des enfants, car on cesse très tard d'envisager leur sort de façon abstraite.
id., lettre à Gabriel Frizeau, mars 1907

2419. - On ne meurt que quand on le veut bien.
GOETHE

2420.- Je pense d'ailleurs qu'il ne faut donner aux revues que ce qui ne vaut pas le livre, et surtout, de l'impersonnel : de la rhétorique au besoin, des exercices de métier !
SAINT-JOHN PERSE Lettre à Gabriel Frizeau, 7-2-1907





Mars 1977

2421.- Le monde de Shakespeare, comme celui de Kafka, est cette cellule de prison dont parle Pascal, d'où chaque jour les détenus sont extraits pour marcher vers la mort.
Lionel TRILLING

2422.- Je vous ai dit qu'il fallait comprendre un texte pour le traduire ; j'ajoute qu'il faut le traduire pour le comprendre.
Mme HUPÉ
Corrigé thème latin degré B – CNTE, série 3, Année 1976 / 77

2423.- Un homme, en France, ne peut se trouver seul avec une femme, sans craindre de passer pour un sot, s'il ne la conquiert pas.
Emile ZOLA
Les Rougon-Macquart – L'argent – ch. IV

2424.- Ah ! la joie d'être, est-ce qu'au fond il en existe une autre ? La vie telle qu'elle est, dans sa force, si abominable qu'elle soit, avec son éternel espoir !
id. loc. cit. ch. XII

2425.- Delectabat ludere (j'adorais le jeu) et vindicabatur in nos (et j'en étais puni) ab eis qui talia utique agebant (par qui faisait, bien entendu, tout comme moi.) Sed majorum nugae negotia vocantur, puerorum autem talia cum sint, puniuntur a majoribus, et nemo miseratur pueros vel illos vel utrosque (et personne n'a pitié ni des enfants, ni des hommes, ni des uns et des autres).
saint AUGUSTIN
Confessions I -IX, 15 Trad. Pierre de Labriolle