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Affichage des articles du octobre, 2015

Philippiques de Cicéron

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Mozart a son Requiem, Cicéron ses Philippiques. Mozart nous rabougrit dans sa boîte à musique ses « émois de garçon coiffeur viennois », puis tout soudain, enfin rafraîchi par le souffle tout proche du tombeau, nous pond son immortelle Messe inachevée des morts ; Cicéron, après nous avoir étourdis toute sa vie de ses venteux moulinets de manches, nous livre enfin ses plus précieux lingots, les Philippiques, Phlégéton de la satire, qui lui coûta la vie. Je me suis épargné la lecture de Démosthène, taguant au lance-flammes le roi Philippe II qui voulait, carrément, annexer la Grèce : le pointillis de piqûres d'épingles où se dépeint fort bien l'histoire minuscule du peuple grec antique m'a toujours profondément rebuté.        Après l'assassinat de César, Antoine, « puisqu'il faut l'appeler par son nom, se réfugia tout tremblant chez lui, car c'était un de ses plus vils flatteurs, allant jusqu'à lui proposer en public un diadème de roi – sagement, César re

La madone en toc

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Baudelaire et lassitude

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Les Fleurs du mal, mon dernier livre : ce qui s'appelle terminer en beauté. Mais une de mes consœur, à Beulac, avait fait étudier le grand Charles toute l'année - «Notre chère collègue se prend pour un professeur de fac ! » dixit l'inspecteur – et pourquoi pas ?  Elle en a cependant écœuré toute une classe. Les Nuits de Musset ; un garçon, à mi-voix : « Que c'est beau ! » - j'ai bien dit un garçon ; l'un de mes (véritables) triomphes.  Mme Bovary. Les Illusions perdues. Pierre et Jean de Maupassant : lourdingue. Un recueil de nouvelles (La petite Roques). Tristan et Yseut, trop modulé pour mes troisièmes ; ils reprenaient à mi-voix mes intonations, avec gêne et dégoût.     Moi je la trouvais très bien, mon intonation. Tout le monde peut se tromper. Les Ethiopiques de Senghor, découverte et répugnance – trop sensuel, mais la fille Démonacci adorait. La Chute de Camus. Les Châtiments de Hugo.  Electre de Giraudoux. Oral du bac, la connerie des collègues - « Cly

La deuxième chambre

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Souffrance de Troyes

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    6374 vers et bien dix ans que souffre (si ce n'est vingt) de ce Chevalier à la charrette par Chrétien de Troyes, dont je visitai la bonne ville. Directement en vieux français s'il vous plaît. Avec ses tournures récurrentes, son rituel, son merveilleux. Ce sont coutumes très étranges, telles ces interdictions ou prescriptions nambikwara ou bonobotes. Un chevalier doit obéir à sa dame, ce qui change de la tyrannie habituellement exercées encontre icelles. Il doit même se déshonorer, défiler dans une charrette d'infamie, se faisant tirer par un cheval comme un paquet. Le roi s'appelle Arthur, la reine Guenièvre, le roi Arthur (« l'Ours »). L'adversaire, le «méchant », c'est Méléagant. Toujours mêlé à des histoires de gants jetés à la face (le moyen âge raffolait de ces calembours bons).     Son fils, c'est Bademagu, dont le nom reste obscur. Il vient à la cour d'Arthur, pour défier Lancelot le héros. Or, notre héros, pour lequel soupire cocuement l

Fleurs et photographe

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Texte de Valtinos, dialoguiste d'Angelopoulos

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Lundi 21 juillet. Jusqu'à midi, les abords de l'aéroport sont la cible de bombardements incessants.     Mardi 22. On nous distribue des cigarettes. L'ordinaire est servi à quatre heutes de l'après-midi.     La nuit tombe. Garde doublée, première ronde de 20 heures à 22 heures, avec un gars original de Karystos, en Eubée.     Sans un mot et contre mot de passe, nous avons pour ordre de tirer à vue.     La nuit se passe sans incidents.     Informations : des parachutistes turcs s'apprêtent à prendre l'aéroport.     Les autocars sont repérés par des patrouilles ennemies, qui ne réagissent pas. Elles doivent penser qu'ils acheminent des touristes bloqués vers les avions qui les ramèneront dans leur pays.     8 heures 40. Nous nous retranchons dans le bâtiment de l'aéroport. Trois zones : le rez-de-chaussée, l'étage, la terrasse.     Le sergent Gerakaris nous confie, à moi et à Anastassios Baldzis, le CAC de 90mm.. Une pièce d'artillerie sans recul.

Flèches, pommes et mythologie

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Cette petite facétie sagittaire est rappelée dans une lettre où le poète sollicite un dégrèvement d'impôts : certificat de vérité. Ne manque plus qu'un raton laveur. Alors, comme le ton s'étiole, Sidoine Apollinaire se lance dans un sinueux rappel mythologique, sous forme d'énigme, avec un double balancement comparatif : tour de clown acrobate, rivalisant avec Alcon. Ce nom grec n'est pas une plaisanterie : un homme tua d'une flèche l'énorme serpent qui étouffait son fils. Plus fort que Guillaume Tell le Fictif. Il éprouva "plus" de crainte "que" l'enfant, nato (...) plus timuit, "enlacé par un serpent", serpentis corpore cincto. En même temps, il se montrait "moins habile à balancer ses traits", ses javelots, lui aussi, quand il ne s'agissait que de les lancer "contre l'ennemi". De plus (quel poète, ce Sidoine), il donna la vie et la mort à la fois !     De même Majorien délivrera-t-il l'Emp

Bordel hôtelier

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Dans cet hôtel de Tulle, j'ai déployé mon génie bordelique.

Valtinos

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Thanassis Valtinos écrivit d'apparentes petites notes insignifiantes, regroupées sous le titre mystérieux Accoutumance à la nicotine, avec un epsilonn pour faire joli sur la couverture, surmonté d'une petite fumée. La quatrième de couve nous suggère que tirer une bouffée de cigarette reste peut-être la seule solution lorsqu'on s'aperçoit que les ravages du temps, depuis la sottise superstitieuse d'autrefois jusqu'à l'aménagement du territoire, ou de la guerre, celle de Chypre en 1974, ne cessent de détruire autour de nous la Grèce rurale éternelle, pour y substituer une autre Hellade.     De fait, le petit nombre de livres grecs modernes que nous avons pu lire ne se défait pas d'une immense mélancolie sous-jacente, même Zorba, qui est un chant poignant à la vie, en passant par La mort en habits de fête, chant de la mort luttant contre la vie, ou le contraire. Et l'on ne s'étonne plus d'apprendre, sur cette couverture, que Thanassis ("imm

La mer dans Poe, jeu de mots, hi hi !

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    "La mer dans Poe", comment faut-il lire cela  ? Comme ça se prononce ? Oui mais sans omettre de mentionner qu'il s'agit de poe, Edgar, et du thème de la mer et des marins. A quoi pensiez-vous, petits vicieux ? Surtout qu'il s'agit de tout, dans ce recueil de textes élucubratifs paru aux éditions OPALES, sauf - sauf une fois- de l'auteur des "Histoires extraordinaires traduites par Baudelaire !     De quoi s'agit-il ? De petits exercices d'irrévérence, sur les traces de Bobby Lapointe et d'Henry Michaux. Alors, Monsieur Ohl, on se prend pour Michaux ?  On appelle sa maison (point n'est besoin de 'l'appeler d'ailleurs "Chez Ohl", et on s'autorise à cligner de l'oeil en direction du Schéhol hébraïque ? Mais ça ne suffit pas, pas du tout, Monsieur Michel Ohl. Vous nous apparaissez en couverture sous les traits paraît-il d'un sosie, gros marin ou officier ventru à barbe abondante. Parfait !     Vous ma

Presqu'îlons, ,presqu'îlons...

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 La randonnée du narrateur se tient dans les années 60, en leur début, les maisons se faisant encore remarquer par leurs antennes de télévision. Tout fut saccagé depuis dans nos paysages. Puis cela reviendra, la campagne sera protégée, neuve, soignée, comme un parc. Et Gracq d'enchaîner de senteurs de marais en barres de haies, d'églises laides en bocages étroits, de sinuosités en grand-route où courent les voitures comme des scarabées. Il rejoint, en gare, Irmgard, qui retrousse ses jupes et se sent aise d'être aimée, désirée.     Mais qui peut-être ne sera pas là au rendez-vous du train. Le ciel aujourd'hui sera une fournaise ; là-bas, dans le récit, il se change aux approches de l'automne, accumulant les gris et les bleus délavés. Sans trêve on s'approche de la mer, les noms de lieu considérés depuis Proust introduisent non plus à de vraies villes, Vitré, Coutances, mais aux libertés de l'imaginaire, pressentant quelques vétilleries d'observateur dit