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Affichage des articles du janvier, 2012

Des vies

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Vie privée Les Servandeau habitent sur place, un petit réduit avec canapé, réchaud. La maison de campagne est loin. Ils en ont fait venir une table, un buffet bas. La nuit, Servandeau pose son bijou de poitrine en argent sur le dessus du buffet, couvert de linoléum. Le lit n'a pas de pieds. Il est à même le sol, dans une pièce sans fenêtre. CHAPTER THE THIRD Servandeau at work Servandeau travaille dur. Les journaux sont reçus à sept heures. Il les place en rayons, les pose à l'endroit s'il y pense. La boutique ferme à sept heures. Le voici retraité. D'autant plus de temps pour visiter sa tombe : la dalle porte son nom, né le tant, tiret d'attente – et l'épitaphe, plagiée d'une tombe à Quinsac : Homme de lettres. A cent francs la lettre, 1400 francs (plus de deux cents-z-euros (il fait la liaison) "en monnaie d'Occupation" (sic). Des contes moraux de Servandeau paraissent dans Feuilles d'Auvergne. Mais il n

Ce qu'on voit, ce qu'on entend

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Par la meurtrière en face sur trois rangs percées dans le cul de l'immeuble en briques – par l'une d'elles sans rideau – toujours le même spectacle. Situation : « Un petit homme ordinaire dans sa pièce nue joue du violon debout deux fois par semaine devant son pupitre, près du même professeur immense, blond et patient, reprend sans cesse les mêmes mesures. Nous n'entendons rien d'ici. Obstination, lassitude et résignation : les efforts de l'élève restent. La leçon terminée, les deux hommes s'en vont ; la pièce reste, sans autre meuble que le pupitre en cuivre sur le parquet brun. Ma chambre donne sur la cour fermée de trois côtés ; le quatrième, par-dessus le mur, sur un terrain vague, poussière et chardons, et si je penche cette fois la tête vers la gauche (balcons verts, volets clos) j'aperçois en oblique les fenêtres de Vrouw en Mijnheer Drüften, nos sénilesgardiens. Et leurs trois chiens demeurent silencieux. X

Nicomède, qui ne fut pas un nicodème

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Ici, l'ambassadeur gronde avec l'arrogance de la toute-puissance. C'est donc une tragédie politique, ainsi que les affectionnaient les contemporains de Corneille. Les intrications en sont toujours assez difficiles à suivre, il s'y mêle bien aussi quelque "intérêt d'amour", en français "love interest", mais la femme dont Nicomède est amoureuse tient elle aussi un langage viril, ironise vis-à-vis de ce grand benêt d'ambassadeur romain. Ce qu'il y a de nouveau dans cette tragédie, c'est l'ironie en effet. De la part du grand et généreux Nicomède, de sa femme, contre les Romains et son propre père, ce bâtard, qui veut livrer son royaume entre les mains de Rome et qui proteste de ce que son fils ne lui obéisse plus. Certaines scènes effectivement présentent quelques ingrédients de comédie, comme la colère d'un père qui ne parvient plus et pour cause à se faire respecter. Mais le plus extraordinaire est qu'il n'y