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Affichage des articles du février, 2016

Le Cid, Chlomo, etc.

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    C'était au fin fond du Morbihan, à Buseville : en ce temps-là, les quatrièmes, y compris de province, pouvaient encore accéder au Cid, avant que les assassins de l'IUFM n'eussent  décrété la caducité de Corneille, le remplaçant par des articles sur le foot. « L'histoire, c'est bien, disaient mes drôles ; mais les vers, c'est dur à comprendre ! » Ils étaient bien loin, les pauvres, de l'éblouissement que m'avait procuré la lecture, d'une traite ! de ce chef-d'œuvre de jeunesse, à présent jugé comme un sommet de vieillotterie. Or Le Cid, vous ne l'ignorez pas, se prête admirablement aux parodies. J'en fis une, avec tous les accents : pied-noir, anglais, belge, grande folle, bègue ; pour finir, à la fois belge, bègue et pédé : une performance.     Les moindres choses déclenchaient le rire, jusqu'à des platitudes adaptées du Monocle : « Monsieur le Comte a eu son compte » (inimitable Paul Meurisse), ou « Don Diègue a un pied dans la

Quand on voit ce qu'on voit...

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    Hier à 17h est un autre jour, un autre univers. Cjaque matin je scrute le carnet d'une autre année, en suivant. Cela n'apporte pas grand-chose, juste l'impression d'une étoffe qui traîne (eines schleppenden Stoff). Hier il a venté, il a plu. A 17h je travaillais à mes petits fragments de vie, ce qui gît sur les pages de la noria. Bien dissimuler que je suis nul. Il me fallait mon Facebook tout chaud. Puis je téléphonai au garage : une voix juvénile me répondit, la voix tripotait un ordinateur. Explorateur futur, tu ne peux imaginer ce que cette application a bouleversé la vie quotidienne de chacun. Certains se ruent sur leurs contacts sociaux, dès le matin, sans avoir même pissé encore.     Ma vie est comme celle de tout le monde. Il faut à tout prix "faire intéressant", sans pudeur. C'est alors que je suis allé au garage? Trajet à pied, pas vif, autobus qui me rattrappe, brave femme qui le conduit " - Madame. - Monsieur". Ce que l'on di

Kohnlili coincé dans les songes

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J'ouvre en grand les volets de notre appartement au premier, le soleil éclatant y pénètre. Des lettres sont en vrac, j'attends le retour d'Annie, j'espère qu'elle ne verra pas  une lettre à T. que j'ai oublié de poster, et que je ne retrouve plus. Les pièces encore noires sont emplies d'une angoisse folle, ma mère morte y est encore présente de façon menaçante. Ouvrant une pièce, je vois deux grandes femmes sèches hostiles qui lui ressemblent, en brunes, partir en dérobant deux magnifiques robes de soirée, avec une hauteur insolente. Je n'ose les intercepter. Avec Sarkozy dans une voiture à l'arrêt coincée entre deux autres, le côté passager bloqué contre le mur.  Il me prend pour confident, les habitants de la ville ont critiqué ses nouvelles enseignes électriques (je les vois ; l'une est : « LU... LU... LU » ; elle est en effet monotone, rouge terni). Une grosse femme en costume arabe passe. J'étouffe dans cette bagnole, je m'ankylose,

Binet internaute

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Autre possibilité : le porno (l'homme a tapé hot line, mais en traduisant "Line Chaude". La femme  proteste (icule, of course, of horse, de cheval). Puisqu'on n'est pas là pour rigoler, le lecteur constate l'extrême isolement social de ces pauvres gens ("l'ami René" leur fut sans doute envoyé par les vendeurs). Donc, ils ne sont réellement reliés à personne, de façon plus compliquée encore qu'avec de simples connaissances réelles. Tous deux souffrent d'une extrême misère sexuelle, et sentimentale, car vous savez qu'ils se sont trouvés, tous les deux, parce qu'ils étaient très moches, très cons, très pauvres (évidemment, si tu es pauvre, c'est que tu es con). Mais l'avantage, dira-t-on, c'est de pouvoir se commander ce que l'on veut. Exemple, Vertiges d'amour, que Madame est parvenu à se faire poster à domicile, et sans se faire arnaquer : elle a découvert, toute seule, comment repérer les sites sécurisés ! Le

Trouducultura

Je sais, ce n'est pas avec un titre pareil que j'attirerais les capteurs de liens. Cultura propose un service d'autoédition. Je m'y rue, prépare un petit dossier, puis je consulte. D'abord, on m'écrit "et bien" au lieu de "eh bien". Ensuite, "n'hésitez pas à vous corrigez". Comme dit Ribéri, "Arrêtez de vous batter !" - avec un r, car il s'agit, dans les deux cas, d'infinitifs. Ensuite, c'est la même usine à gaz que partout ailleurs : on vous calcule longuement, dès les premières pages, vos droits d'auteur, ce qui s'appelle vendre la peau de l'ours. Puis on vous donne des conseils d'une naïveté confondante : "Constituez-vous un comité de lecture personnel, afin que vos amis puissent vous rendre compte de leurs réactions" - il n'y a rien de tel pour transformer vos amis en farouches fuyards. Et puis, mille excuses, mais si vous avez tant d'amis, comment se fait-il que vous n

Vaes te faire foutre

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"Où se trouve cet entrepôt demanda-t-il, Au-delà du quai de Gerlache, c'est le  bled..."     "Elle se détourna du navire et, d'un mouvement de la tête, désigna la bâtisse qui formait l'angle de la rue de Namur et de la rue Van der Sweep. Hans ne se souvint pas l'avoir remarqué auparavant. C'était donc là que le père de Stella, à la tête d'un groupe d'architectes, était en train d'aménager des studios et des appartements. Ce qui justifiait une visite nocturne, c'est qu'on y travaillait de jour. Les deux prochains week-ends étaient exclus, Stella les passant chez sa mère. Enfin, aux dires de Stella, l'intérieur de la bâtisse était plus impressionnant à la clarté des lampes que dans la débilitante fusion du jour d'automne et de l'électricité.  Elle avait ajouté : " Plus dramatique", sur un ton qu'elle aurait voulu gourmand, mais depuis son retour ce genre d'inflexion ironique ne passait plus. Frappée d

On rêve...

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51 07 04 Nous faisons route vers la trop connue Otte-Savoie, massacrée par l'accent gascon. Qu'est-ce que ça roule : camions, camions ! Le ferroutage a décidément de beaux jours devant lui. Enfin nous sortons de cette autoroute, encore ai-je failli manquer une bretelle. Nous arrivons, Arielle, Vincent et moi (mais qui est Vincent, et quelle fâcheuse idée de ménager ceux qui vous survivront) dans une chambre luxueuse qui doit bien nous reposer de nos pérégrinations routirère. La chambre voisine, également très chic, est occupée par une pétasse : non pas une prostituée débutante, mais une prétentieuse ouvrant sa porte sur le couloir, agitant sous nos yeux sa coiffure blondasse mode Marylin 1955, et se renfermant.     Vincent ne s'occupe pas des belles filles. En ce moment, il se plonge dans un grand numéro de Pilote, ce journal qui publiait les premières planches d'Astérix le Gaulois. C'est une pièce de collection : sur papier journal, très grand, dont toute une fe

"Le roi se meurt", non sans mal

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Tandis que les acteurs s'esbignent côté jardin, voici une autre troupe de médecins qui entre au galop, brandissant des éprouvette : "Nous avons vaincu la mort !" - etc, etc. - et ainsi de suite. Pièce glaçante dans son élémentarité. Jusqu'ici, en effet, nul ne peut le contester, les médecins crèvent comme les autres. Il nous reste à retrouver ces formules définitives sur la mort, "La mort est le manteau de cheminée où s'appuie le causeur dans les salons devant son auditoire", "La mort est le seul véritable sujet de tout écrivain", "Le dernier vrai combat c'est celui de la mort", "Le seul jugement dernier sera celui que vous aurez sur vous-mêmes au moment de mourir", c'était notre séquence "Remontons le moral des auditeurs".     De plus, disait Epicure, "La mort n'existe pas, car une secone avant la mort vous êtes toujours vivant et une seconde après vous ne savez même plus que vous avez été vivant

Le Singe Vert 98, deux premières pages

LESINGEVERTN o 98 Rédacteur Hardt KOHN-LILIOM dit Collignon Août 2015 EWERKED DALEN EN TAMASHEQ dergruneaffe.hautetfort.com— kohnlili.blogs.sudouest.fr— singevert.blogspot.com OEUVRES EN LIGNE SUR IN LIBRO VERITAS 1 MA VIE QUI N’INTERESSE PERSONNE1.1 COLLIGNON :Hier à onze heures, je travaillais, à n’en point douter. Mon travail consisteà écrire des conneries, qui seront lues par des cons désœuvrés, car je fais la même chose que tous : s’en remettre à la postérité, qui ne saura plus lire, puisqu’elle ne me lira pas. Il s’agissait de retranscrire mes rêves,

Guéret

Salut les poteaux et tesses, je suis en vacances conjugales à Guéret dans la Creuse, c'est pas vraiment le bout du monde et en même temps C'EST le bout du monde, même que quand il pleut c'est banal et moche et dans le cas contraire c'est attachant, avec un charme qui doit se dégager petit à petit. Ici c'est l'hôtel "Première classe", spartiate mais pas cher et très aimable au  point de vue du personnel. Il fait froid, mon vieil appareil Windows 5 n'est pas une flèche mais pour les conneries que je fais dessus... Je m'présente je m'appelle Henri, Bernard, mais pas Lévy (j'aime beaucoup BHL pas de pot les faux-culs) (grâce à lui je me sens moins seul quand je lance des jugements à l'emporte-pièce). Demain, je vais Allah campagne mais à pied, sous le vent et le froid, en brave et vieux soldat. J'ai 71 ans (arrière les femmes, fuyez) mais je me sens de plus en plus puéril, qu'est-ce que ça va être. Mon ambition était de dominer

Mr Page

GB 84 Nous allons vous proposer un long passage commenté, vers la fin du mouvement, lorsque tout est perdu, mais qu'il faut tenir ne serait-ce que pour le baroud d'honneur, et non pas le "barou", bande d'ignares. Certains passages sont en italiques, peut-être pour indiquer ce que l'on pense, à l'intérieur. Mais vous savez, tout n'est pas justifié. Il faut surprendre le lecteur, le bombarder. "Du carrefour de Euston Road et Warren Street. De Grosvenor Streer jusqu'au Centre opérationnel des services secrets, à Ashford, Kent... "On avait envoyé Malcolm à Lisburn, Ulster... "Au poing à six doigts qui tenait et serrait. Comprimait et écrasait jusqu'à ce que... "Tout soit flou. Tout soit mêlé. Difforme et estompé. "Dans les ombres du fond où les vérités et les mensonges, les promesses et les menaces, les voix et les silences, les prières et les malédictions ne faisaient qu'