Articles

Affichage des articles du novembre, 2012

Terremoto, Ukraine, sans transition

Image
Soudain mon lit captif se met à bouger, secoué d'arrière en avant, d'avant en arrière, nauséeux, maritime. Tout l'immeuble. Dans ma pièce centrale, mes deux Drüften, mâle et femelle, se sont regardés dans la terreur. Le séisme d'Agadir est encore en mémoire : 10 000 morts le 29 février ; un colon s'exclama : « Ce n'est que du bétail ! » Cela fit rire. De toutes les rues de T. monte une rumeur, puis une tempête de klaxons : c'est un flot de population qui s'enfuit le plus loin possible des immeubles – et où cela ? – Vers la plage ! » Nos voisins de palier sortent blêmes, décomposés, réconciliés : la femme ne veut plus quitter son mari - « Remontez-moi ça ! » disait-il la veille aux déménageurs – un collègue l'avait averti : « Ta femme se taille avec les meubles, les mômes ! » - à présent dans les yeux dilatés de tous l'épouvante tranquille – devant nous les câbles de l'ascenseur vibrent en interminable accord grave – d'immenses les ten

Deux petits textes à la noix mais y a pire

DIX AVRIL 2031 une voix entendue cent fois. Le pistolet gisait flasque, comment à ce point redouter les images ? - Ne pas retomber dans l'ornière ! ("Moi, héros germanique, ne saurais-je... ?") Episodes : apparition de la Femme, ou Grand Hyster. Commandements, aiguillages. Déjà s'allongent les routes au long de la rivière. Déjà sur l' horizon les boules rouges des yeux. Il dira les grands cris embarrassés dans les corridors, les voix devenues métalliques. La vérité repose sur la veulerie des peuples. Episodes : nous nous mariâmes par un empoisonnant matin d'automne, le bébé poussait ses premiers cris à travers un vagin poreux. Les hommes du bar au-dessus du comptoir, la folie tournant comme un oiseau marin, le Breton frappant du pied la cuvette des toilettes. H. a franchi le pont métallique supportant les infrastructures de la Compagnie des Eaux. La rivière canalisée s'étendait, moirée. H. cracha à trav

Divagations plus ou moins houellebecquiennes

Image
Cette nuit, 28 janvier, Saint Charlemagne, j'ai rêvé de mes cours, à Beulac, mais avec des potaches de Grénolac, deuxième cycle. J'étais dans les couloirs, bousculé par la foule, et je me demandais si j'assurais tels cours ici ou là, les deux horaires se chevauchant. Je descendais un escalier où de tout son long gisait un arbre déraciné par la tempête, et je m'exclamais : « Tiens ! Lebranchu ! » ( ministre communiste) - élèves de rire complaisamment, sans avoir tout compris. Ai-je été si lâche de me confronter chaque heure avec une bande de jeunes ? « Tu sais pas tu sais pas tu sais pas », gueulait sur son blog un certain journaliste qui lui, s'y était frotté, aux grands de ce monde... En vérité les anecdotes se multiplient, et je ne parviens plus à reconstituer ce que j'ai véritablement enseigné à tous ces gens. « Mais c'est pas des vrais ! » protestais-je instinctivement, « pas des vrais ! » - je m'aperçus trop tard que le fils de mon interlocuteur é

Maxime Du Camp, "Souvenirs littéraires"

Image
En ce jour béni de la saint Dimitri nous abordons de front la délicieuse inconstruction d'un incertain Maxime Du Camp. Il fut avec Louis Bouilhet le meilleur ami de Flaubert. Il l'accompagna dans ses voyages mais non dans sa folie. Il n'avait pas dit-il lui-même la taie d'admiration qui fait se prosterner les cloportes aux pieds des grands hommes. Il n'y a pas de grand homme pour son valet de chambre. A Maxime Du Camp, on ne la fait pas. Flaubert avait du talent, qui aurait pu virer au génie s'il eût été plus ceci, moins cela. Vous savez, c'était simplement un épileptique, roulant des yeux et bavant, et souffrant de son état dont les crises l'accablaient à intervalles fréquents ; pas question cependant pour Du Camp de mettre tant soit peu en question la supériorité du Grand Gustave sur lui-même ; admis à partager le quotidien, les confidences de l'auteur futur de Bovary, il recueille précieusement pour nous les paroles du chef, les silences, les mu