23.1.16

Les clippers de papa

LA VOILE JAUNE (ce n'est pas un clipper) tableau d'Anne Jalevski

    Auditeurs de toujours, beaux, invisibles, présences suspendues dans les auras, bonjour. Vous êtes invités à l'évasion maritime, côtière et grecque, par l'entremise exquise d'un livre de marine, d'un concerto alpin du haut duquel on voit la mer, d'une abondante utilisation du grec folklorique id est Théodorakis, et d'un feuilleton bretonno-gallois. Nous vous présentons deux enfants de VVS, suivis, après la mer, par Marie-Andrée.

        / Audition d'une paire de disques et d'une bande /

    Dans une collection qui ne se trouve que par souscription, nous avons lu du facile à lire et du facile à commenter. Les clippers, collection "La grande aventure de la mer", chez "Time-Life", prononcez "timlif" – tout ce que vous avez voulu savoir sur la mer et les bateaux à voile sans jamais oser le demander. Les clippers, c'étaient, de 1840 à 1880, de grands, fins et racés voiliers qui transportaient le thé depuis la Chine jusqu'en Angleterre, le pus vite possible afin que la cargaison fût fraîche. Le plus vite possible, en passant par le Cap de Bonne-Espérance, cela faisait plusieurs  mois, avant que le canal de Suez fût percé. Quand le record tomba sous les quatre-vingt dix jours, ce fut du délire à New York et à Londres.
    Les deux nations, USA et vieille Angleterre, se lancèrent dans une spectaculaire rivalité : à qui fabriquerait puis lancerait le plus gros clipper, avec le plus de voilure, le plus de capacité, le plus de stabilité. Pour ce dernier point, on n'hésiterait pas à charger dans la cale un lest de plusieurs tonnes de galets, voire de béton coulé. Et le navire ne coulait pas ! Cependant, il ne faisait pas long feu dans l'eau, si j'ose dire : conduit à toute allure par des capitaines énergiques, il finissait sur un rocher, et l'équipage à chaque fois fut sauvé ; des marins certes, mais aussi toutes sortes d'épaves humaines retrouvées bien bourrées dans les ports et embarquées de force, selon le principe des sergents recruteurs du XVIIIe siècle.
    On en faisait des marins à coups de pied au cul, et dame ou pas dame, il fallait bien qu'ils le devinssent ou qu'ils crevassent sous les coups, à moins qu'ils ne se révoltassent ou ne bussent la tasse. Les marins étaient encore, derniers parmi les soldats, punis par le fouet. Le livre Les clippers relate de fameuses mutineries, dont le cinéma et la télé se sont inspirés. Puis les clippers cédèrent la place aux vapeurs, non sans un impressionnant baroud d'honneur sur la laine australienne. Quand on lit un tel ouvrage, on ne cherche pas la littérature, mais la précision et l'honnêteté de la documentation. Le style en effet n'échappe pas aux clichés fleuris de la sous-littérature américaine apogisant in "Sélection" ; mais les croquis, les coupes de navire et surtout les extraordinaires illustrations (photos d'époque en noir et blanc certes, montrant les capitaines ou charpentiers bien vivants sur le papier, mais aussi les navires peints voile après voile, vergue après vergue) – les illustrations somptueuses vous remettront en mémoire ou vous apprendront les noms de ces villes de toile flottantes, vous feront voir leurs figures de proue, leurs instruments de mesure, leurs noms : le Cutty Shark, dont le nom signifie "chemise courte écossaise", figurant sur certaines boîtes de cigarettes ; le Challenge, où se déroula l'une des plus sanglantes mutineries, avec brutalités garanties du capitaine, mises à l'écran, avec procès ; le Witch of the Seas, et autres.
    Les pages 47 et 48 présentent, sur toute leur largeur, le titre du chapitre deux. Estraordinaire documentaire, photo de 1860 environ. Mais vous voulez connaître la rude sous-vie des matelots forcés ? Soit : nous lisons donc la

            /   page 94   /

- les mauvais traitements subis par l'équipage pour augmenter la vitesse : non aux cadences infernales ! Ce sont des cas extrêmes, dira-t-on. N'empêche que si jugement là-dessus il y eut, jamais condamnation n'intervint.

            / Lecture de la p. 142  /
    ...de face et de profil, le dernier géant, le plus sévère, le Cutty Sark.
    ...Le tout suivi d'un index.
    N'hésitez donc pas à souscrire à Time-Life pour une magnifique collection de bateaux de mer d'où je vous ai choisi le quarante-septième livre de mon père, Les clippers.

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