14.11.18

Panayia

C o l l i g n o n

Bernard









P A N A Y I A




  « L’ACCIDENTÉ»



Bâclé, grand, pâle et les mains pendantes. Walter Gloven front sur la vitre, seul, ressassant sa liste d’annuaires section barmaids doses accéléréesrelâchées la proie pour l’ombres’abandonner pour vivre abandonner pour obtenir on connaît la chanson MERDE au volant nom de Dieu au volant la vie éternelle c’est mathématique.


Il se voit montant de tiroir en tiroir tout petit tirant des gants des serviettes et courant se laver renfilant sur lui très vite mal séché ses habits de garçon à l’exception de ses chaussettes. Son corps se compose de zones séchées non savonnées, savonnées non séchées.
Il répartit sur lui les parfums. Aujourd’hui adulte, pas de cravate. Une échancrure, où la femme sélectionnée glisserait la main, sentirait le cœur battre. La voiture de l’homme adulte est luisante, astiquée. Même froissée, la tôle brille. Muni d’un chiffon le voilà qui lustre. Une femme l’attend, qu’il connaît déjà, dont il souligné sur l’annuaire les nom et prénom. Ne va-t-il pas se présenter trop tard ? Il devient fébrile, oublie ses clés sur la commode j’ai failli m’enfermer dehors. Penser à tout. C’est beaucoup pour un homme seul. Alerte. Aisé.

X

Pendant ce temps, à Bonnières, un autre homme, une femme. Bientôt les quatre se heurteront dans la ferraille. Un enfant manque dans le tout. « Monsieur et Madame Bargros-Vintancourt vous invitent (etc). L’homme de Bonnières ne supporte pas pas la société, l’alcool, la vie de couple et les visites. Ça les désobligerait, Roger.
Un dialogue plein de platitude, on vous dit.
Le gros Roger (il est gros) met la penderie à sac. Falzar. Chaussettes. Nous sommes en retard Cherche avec méthode. Et Cyrille.
Ces deux-là. Roger. Monique. Vont à la catastrophe. Courent à la catastrophe. Roger Bargros, alcoolique. Sous les chemises, du cognac. Entre les slips, du cognac. Il fouille il boit. Par ci par là. La Vintancourt Monique le reprend, On va chez Marty, tu seras soûl avant les entrées Je t’emmerde pense le gros, je m’emmerde chez M., les opinions de Monsieur me répugnent, Madame opine, je ne veux pas que tu conduises Qu’est-ce que c’est que ça c’est ma bagnole je conduis - Appelle donc Grambe au 36 43 c’est un bon client il prendra le volant ». Elle ajoute : « Au moins, ce ne sera toujours pas une femme ».
Grambe a commandé ferme un paravent de soie peinte. Le travail de Monique est déjà bien avancé. Roger débouche, debout, une canette. La septième ? Il dit entre deux gorgées (de bière!) : « Pas question que ce métèque touche au volant ». Puis entre deux autres : « Je ne peux pas blairer ces M. ; et c’est encore à moi de te conduire chez eux ». Il fait partie des râleurs qui cèdent. Les ralcédeurs. Le couple Roger/Monique porte des prénoms d’avant. Ils se sont rencontrés dans un accident routier. Roger buvait. Il boit encore. Il soignait son ventre. Il ne le soigne plus. Monique était stagiaire dans un établissement quelconque.
Sans s’insulter, ils avaient tous les deux rempli le constat d’accrochage, arrondissant les torts, se chargeant eux-mêmes. Comme ils étaient indemnes, ils se sont souri, acclimatés, collés. Ils ont vécu à la colle. Ce soir, après cinq ans de vie commune, un attendrissement les saisit : de ses longs bras Monique Deburieux encercle l’abdomen barriqueux de son concubin :
« Tu te souviens de l’auto-stoppeur de Turin ? »
Ils avaient défoncé la rambarde à 110kmh. Tous indemnes encore, y compris l’étudiant canadien. Le choc l’avait éjecté sur le dos, agitant les membres comme un crabe retourné. Il poussait de petits cris inarticulés. Qu’est-ce qu’on avait rigolé, Mony !
Ils auraient embrassé le radiologue : personne n’avait rien, même l’étudiant, qui aurait pu coûter très cher. Ils s’étaient félicités autour d’un liégeois géant, au bar dei Tre Piemontesi.









12.11.18

LES EFFROYABLES HEMORROIDES D'OTTO WEININGER









C O L L I G N O N













LES EFFROYABLES HÉMORROÏDES





D’ O T T O  W E I N I N G E R








die schrecklichen Hämorrhoiden von Otto Weininger







« Chef-d’œuvre d’inexactitude et de mauvais goût »



(« Madame Figaro »)







Éditions du TIROIR



Semper clausus

OTTO WEININGER 2









« ...dans le grouillant faisandage de la Vienne 1900, où se décompose le compost le plus putréfié de ce que la conscience européenne a généré de plus putride, s’épanouissent aussi bien les efflorescences les plus prestigieuses que les moisissures les plus pestilentielles : Adolf, Musil, Schnitzler, von Teleff. Or ce cadavre gonflé comme une outre devait également, tel le ventripotent Guillaume le Conquérant qui explosa dans son cercueil en un certain mois d’août 1075, inondant de sanie les assistants épouvantés – ensevelir l’Europe sous les débris de son Empire, en un non moins certain mois d’août 1914. Mais la pétarade la plus plate de cette charogne avant qu’elle n’explosât fut le coup de pistolet tiré dans cet immeuble de la Schwarzspanierstrasse le 13 octobre 1903 et dans le cœur du plus illustre (et du plus oublié) représentant de la faisanderie viennoise, OTTO WEININGER.

« Cette obscénité propulsa le brûlot le plus nauséabond de nos bibliothèque, loin devant Mein Kampf. Cela s’intitulait Au cul les bonnes femmes (Réf. ACLBF). Ce qui se joue à Bourignac avec JÉRÔME LADOUILLE, autant qu’avec OTTO à Vienne, c’est, mutatis mutandis (et non pas « mutate mutande »), cet instant précis, cet horrible instant où le bébé, en équilibre sur la planche à bascule, va dégringoler dans son bain, ou son bac à merde, et s’y engloutir : encore immobile, mais déjà son centre de gravité s’est imperceptiblement, irrévocablement décalé. Or, la masse d’insanités entassées par Jérôme Ladouille en sli peu d’années d’existence n’a d’égale que le prodigieux fatras

de connaissances ingurgitées, à la même vitesse, par OTTO WEININGER.

D’où une bouleversante similitude de pensée :

« Les bonnes femmes, c’est toutes des truies quand a sont vieilles, et des limaces quand a sont jeunes. Les unes qu’a puent de la gueule, les autres qu’a puent du cul. Faudrait que tous ces trous y soyent bouchés », à rapprocher d’OTTO WEININGER :

« ...les femmes – tantôt des hyènes : les mères, tantôt des soit-disant chatons : les filles. Les unes sont laides, les aures portent des jupes serrées aux fesses. Est-ce que toi aussi cette partie dela femme ne te dégoûte pas ? La nature a incarné là l’impudicité même ».

(Lettre à Gerber du 17-08-1902) (Traduction Jacques Le Rider, Juriste).

(Nous ne possédons pour l’instant aucun document précis concernant la santé d’Otto Weininger ; en revanche, un certificat médical nous révèle fort opportunément, sur Jérôme L., ce qui suit :

« Pine au repos, 3cm ; en activité [sic] 5 1/2 cm. Testicules : Ø = 1cm ».

Loin de nous l’idée d’exploiter ce document à des fins démonstratives…

!

! !



...Voici le moment de prendre en compte, enfin, trop tard sans doute, les indignations de la lectrice (les hommes ne lisent plus : ils « étudient » (!!!) l’informatique) : « Pourquoi diable » (s’écrierait-elle) vous appesantissez-vous, fille de plombier juif ! sur ces deux personnages rebutants ? »


8.11.18

LISBOETES

COLLIGNON ITINERRANCES LISBOÈTES


Je n’écrirai jamais Lisboètes. Juste par lusophobie. Et puis ça me foutrait la rage au cœur de ne plus jamais jamais pouvoir y retourner. C’est contradictoire. C’est unbehagen. Malaise profond mais impossible à définir. « Indéfinissable » n’est qu’une surface. Dans ce cas, le malaise est profond.
Comme si j’avais répugnance à revenir sur la tombe d’un bras. Que l’on m’aurait coupé. J’ai fait un plan, par flashes, illogique, sans chronologie. Voici une suite d’images :
- la Juive de Calcutta, rencontrée dans un train frontalier, et répétant chaque huit phrase : « I’m Jew… I’m Jew... » comme un appel à justification, à compassion, à meurtre.
- la Cap-Verdienne de Genève, avec laquelle j’ai parlé de clitoridectomie au nom de toutes les oreilles du compartiment, et l’autre Blanche, qui se lavait sans cesse.
- le Coca et les pêches, les glaces, de Lisbonne ou de Carthagène (mais à présent tout le monde a voyagé, ou croit l’avoir fait) (le faire, devoir le faire)
- Cimetières de Lisbonne, les Plaisirs, la tombe horizontale d’Amalia Rodrigues, amatrice de paix sociale, en quelles circonstances Salazar a-t-il pris le pouvoir, et à quels bordels n’a-t-il pas succédé ?
J’ai des vagues de sang qui battent dans ma tête, un ressac sourd et obstiné qui annonce ma mort ; poursuivons :
- L’Assommoir de Zola, pluie et bruine dans les vapeurs d’alcool, alors qu’au dehors, à Lisbonne, il fait 36°.
- Le plaisir des langues, entendues ici dans les rues, le flûtisme tendre de mon français, les clairons espagnols et pas d’anglais Dieu merci pas d’anglais
- Drague à la FNAC : il y a donc la FNAC à Lisbonne ? Qui a dragué qui ? a dragué quoi ? ne rien perdre surtout ne rien perdre.
- Le métro : de Lisbonne, aux deux lignes si mal foutues, de Paris si complet, si merveilleux, de Prague engloutissant Alphaville !
- Les églises de Lisbonne, vernissées comme des momies
- Gulbenkian, seul endroit frais, qui fait aimer l’art contemporain juste parce qu’il fait frais
- Fr. que j’ai failli voir et consommer sur place, et qui m’a aimé, que j’ai rejetée comme un muffle fasciste, raciste, xénophobiste.
Cela tient une colonne. Mais en face, une classification ébauchée, avec des chiffres, c’est trop en avant dans ma vie, 2000, plus que 2008, je cherche, je cherche des griefs et n’en trouve pas, voici, bis :
1. Filles dans le train, que je draguais toutes à la fois, par mon silence, par la fixité de mes regards, gisant à mes pieds sur le tapis du train. Développer.

2. Petits pavés noirs et têtus de Lisbonne, tranches coupantes.

3. Croisière, à bord d’un bateau fluvial, et ces immigrés stupides qui s’étonnaient de l’aspect du Tejo, parfaitement, du Tejo, oui c’est la nostalgie, pas la xénophobie mais la nostalgie, amère.

4. Le Monument des Conquistadores, avec juste une femme, la Reine Isabelle, au pied de la bite

5. La Tour de l’Estoril, toute petite et qu’on ne visite pas, et non loin le banc où je me suis assis, pus que j’ai photographié comme point de plus à l’ouest de ma vie.

6. Les Jéronymes (ou Jéromines?) (Vasco, Camoès dont j’ai caressé le front en priant, et Pessoa inaccessible (travaux).

7.11.18

NOX PERPETUA

COLLIGNON NOX PERPETUA MATIERE PREMIERE

Cette nuit je rêve que je suis professeur, avec le comportement d'un bachelier à l'oral : assis avec les autres dans un couloir, à même le sol ; un garçon m'en présente un autre : Thibo, « juif aussi » - mais suffit-il qu'un vrai en rencontre un faux pour trouver quoi se dire.

X
RÊVE DU 30 03 2022 A BRIENZ SUISSE


Balade en voiture avec papa-maman-Plancke. Les routes sont inondées. Je pénètre avec Plancke dans la cour d'une maison, à la faveur d'une télé bruyante. La route était inondée jusqu'aux yeux de Plancke. L'eau s'est résorbée. Une grille de mur entièrement trou d'eau [sic]. Ma mère qui me secoue : "Pourquoi es-tu pour le plaisir des femmes ?" Plancke, moi et d'autres dans une prison, qui ressemble à l'école de Pasly. On nous tend des espèces de battes molles. Trois ans ont passé. Mon camarade Plancke a les traits marqués, une petite moustache raide. Il dit qu'en moyenne, cette année, son père l'a moins battu.


J'aimerais savoir ce qui se passe. Mon intelligence est intacte. Des épisodes me sont dictés, mais je n'ai pas dépassé l'an 1900. Wellesley-Leurbeyrolles : tel est apparemment le mot de passe. Renseignements pris, il s'agit dans le premier cas d'un gouverneur des Indes britanniques de 1797 à 1805, frère aîné de Wellington ; « Church and Wellesley » se trouve, pour sa part, à Toronto, dont il est « le quartier homosexuel ». Voyons le nom suivant, de haute noblesse française peut-être : il est de notre stricte invention. Dommage. Et c'est ainsi que je retrouve, dans le jardin enneigé de Pasly, cette femme magnifique et mûre que je désire et qui me désire. Elle tremble de froid, les possesseurs du jardin l'ont recueillie là, lui promettant ma venue prochaine.
A présent nous aimerions, elle et moi, nous réconforter mutuellement, à l'abri. Voici un vieux porche en bois, voûté à plein cintre. Mon épouse nous a rejoints ; l'intimité n'aura duré que quelques instants - pourquoi mon épouse Arielle se trouve-t-elle avec moi en ces circonstances ? pourquoi partageait-elle ma trouille intense, alors que la clé tirée de ma poche s'adapte parfaitement à la serrure ? derrière ce portillon ainsi surgi devant nous il nous semblait entendre les cris d'angoisse d'une femme qu'on menace (de la torture) ! Or cette porte basse donne dans une cour, celle d'un lycée battu des vents ; ce grand espace est garni de candidats au bac, malgré le plein hiver.
Partout règne un grand remue-ménage. Ma femme ne tarit pas de reproches, passe et repasse la porte, que j'ai pourtant soigneusement refermée derrière nous. L'angoisse et la peur étreignent chacun de nous trois. Elle se déshabille, et dans mon dos les deux femmes ont disparu, ont quitté la scène et l'histoire, condamnées à se combattre, ou à s'aimer, de l'autre côté du mur, dans le froid neigeux du jardin.
Pourquoi suis-je toujours voué à parcourir en bout de cour ces toilettes immenses, comme si j'y avais subi un viol permanent ? J'aperçois le dos voûté d'un génie de Contes, en frac, dont les épaisses moustaches dépassent de façon menaçante ; il me réclame d'une voix sombre le mot de passe. J'urine en hâte, avant qu'il ne se retourne ; au premier mouvement qu'il esquisse, vite, je m'évade par une lucarne. Par les toits. Une mansarde : sauvé. Deux lits crasseux, abandonnés, sordides : c'était la loge des pions, au temps de l'internat. Un coup d'œil par la fenêtre : le toit reste vide, personne ne me sui. Mais en tournant la tête vers le haut, je découvre tout un étagement de mansardes en quinconces, un vrai château de Chambord misérable.
Plus haut encore, une fille apparaît au coin d'un carreau crasseux. Je la rejoins par des étages intérieurs : « Je suis prête » dit-elle, mais c'est moi qui ne le suis plus. Alors, elle part, sans bien refermer la porte de cette autre mansarde. C'est alors que dans un spasme de terreur je m'aperçois que le grand Génie noir m'a rejoint par les escaliers. Pourtant il ne me voit pas. Sa fonction est d'être là, d'effrayer, sans passer à Dieu sait quel acte. Je sais à présent où je suis : à Guignicourt, où ma mère couchait dans la mansarde précisément de son père mort. C'est le Génie. Inoffensif, fantômal, mort. Pourtant je me roule sur le lit, hurlant de panique. Le génie s'est dissout dans les airs, mais les pas que j'entends gravir les escaliers sont bien présents, bien réels cette fois :la police, ou bien la milice, ou je ne sais quel groupe qui m'appréhendera pour avoir ignoré le Mot de Passe... Wellesley-Leurbeyrolles - mot de passe - femme mûre recueillie jardin neigeux Pasly cherche endroit pour coucher ensemble. Porte arrondie en creux vieux lycée. Partout des candidats, bac, remue-ménage. Anne est avec nous, trouille intense, ma clef s'adapte à la serrure. Cris, angoisse. Elle se déshabille. Elle entre et sort sans besoin de clef. Dans un autre rêve, toilettes géantes.
Un génie en frac et moustaches vu de dos me réclame le mot de passe, je dois me hâter - "Si je suis pris, je m'évade par les toits". Mansarde à deux lits crasseux, abandonnée, pour les pions au temps de l'internat. Une fille apparaît derrière un carreau crasseux dans l'étagement des toits chaotiques supérieurs.
Dans un autre rêve, pièces du village de Guignicourt. La femme est prête je ne le suis plus. Elle part, mais ne parvient pas à fermer la porte. Enfin le génie y arrive, sans être véritablement présent. Je me roule sur le lit en hurlant. On arrive pour me surprendre...


39 09 26
Investissement d'une mission sacrée. Mon épouse ici portera son vrai nom, qui est celui d'Arielle, femme de Joachim, parents de la Vierge. Nous croyons en la Vierge parce que c'est notre mère, nécessairement vierge, telle que nous l'imaginions. La première scène se passe à midi, Arielle est assise sur une chaise au milieu d'un trottoir, devant une fenêtre ouverte. Devant elle je me suis penché sur un carton contenant du raisin avarié, à demi-mangé, au-dessus duquel tournoie un essaim de moucherons que l'on appelle drosophiles. Soudain paraît à la fenêtre, dans le dos de mon épouse, une espèce de furie jaunâtre : « Vous allez rester là longtemps ? ...vous nous bouchez la vue – Je m'en vais. Mes deux amants m'accompagnent, l'un et l'autre me ramonent successivement. » La vendeuse éclate de rire, son aspect démoniaque disparaît.
Arielle se lève pour une destination qu'elle a précisée, que j'ai oubliée. D'autres sont invités chez Lazarus, je n'en suis pas pour cette fois, me voici seul avec la Vavrino. Combien elle m'ennuie ! Derrière la fenêtre, à l'intérieur, s'étend un bistrot ariégeois ; sur la lucarne d'icelui repose un soutien-gorge, abandonné là par une qui étouffait. Lorsque je poussais la porte, la serveuse me fixait : c'est parce que je suis très beau. Le miroir que j'ai à mon tour fixé me l'a confirmé : c'est un morceau de glace ébréché. Il ne s'agit pas de moi, mais de l'homme qui pisse et agit en mon nom à

l'intérieur des messages de Dieu. Quand je ressors, soigneusement digne et boutonné, je crains d'apparaître un peu crispé.
L'apparence d'un envoyé de Dieu doit être irréprochable, même après avoir excrété. Il y a derrière lui toute la queue d'un long rêve. Glose qui peut.

2039 09 26

Dans une rue déserte, à midi. Annie est assise sur une chaise réservée aux consommateurs, sur le trottoir, dans l'ouverture d'une fenêtre, je me penche sur un carton contenant du raisin mangé et avarié, pour voir s'il n'y a rien à récupérer. Par la fenêtre la vendeuse demande si Annie va rester là longtemps. Elle répond que non. Puis elle se lève en disant qu'elle va, avec ses deux amants, à tel androit. La vendeuse rit. Annie rejoint X., d'autres ont été invités chez B. je dois rester avec F. J'entre dans des toilettes de restaurant ariégeois. Une jeune femme me regarde avec intérêt parce que je suis très beau (vérifié dans un miroir).
Je crains en sortant d'avoir l'air fort crispé. Réveil (queue d'immense rêve). utilisé
39 09 27
Je chipe une cigarette à Lombardo. Je trouve un flacon à laver, appartenant à mon père. Il contient un acide puant. Je me recule. Monte du fond du flacon une espèce de raie. En surface, devient une chauve-souris inconnue, de faciès expressif. Elle se fait bouffer par des souris minuscules, style bande dessinée. Je mets un linge sur un aquarium pour ne pas voir cette scène de déchiquetage. Dommage qu'un être aussi beau (et féroce) soit dévoré. Mais je retire le linge, le fier animal est déjà bien mal en point.
(autre fragment vraisemblable)
...or il n'y avait plus rien de juste dans tout cela, et j'étais en plusieurs lieux à la fois, je vivais plusieurs épisodes à la fois de ma vie passée, ma vie et mon regard étaient devenus profonds à l'instar de ceux qui vont mourir du sida ou qui vont mourir et seuls à le savoir se retiennent de le confier tandis que leur œil profond s'approfondit dans les lueurs de fins d'après-midi. Et l'orgue et ses paliers [sic] résonnaient encore dans ma tête. Un jeune homme droit de dos jouait suspendu dans
les boiseries raides et claires, et les femmes de service poussaient un balai noble et silencieux sous les cascades méthodiques des tuyaux.
2050 07 15
Un rabbin transporte des urnes funéraires de Juifs dans un wagon de marchandises par un froid glacial. De l'une de ces urnes transformée en cercueil sort une jeune fille comme une énorme et vivante émanation de gaz bleus à forme humaine, en magnifiques habits bleus. Elle s'envole dans le ciel glacé. Je me retrouve dans une prairie que j'ai connue à 6 ans et où je veux m'ensevelir tête la première par désespoir du temps écoulé. Il y avait beaucoup d'autres détails dans ce rêve. Je veux les raconter à ma femme qui s 'en fout. Nous parlons avec Jaja et Marie V. dans un train bondé.
Une jeune fille de treize ans se presse le visage contre mon bras, je la laisse faire. Deux arrêts vident peu à peu le wagon, je retrouve Annie, Jaja et Marie V. dans la partie supérieure. Nous débarquons en pleine campagne normande, je laisse ma voiture sur un parking herbu, clos et détrempé. Je me retrouve chez plusieurs mecs. Le lendemain matin, Annie, Jaja et Marie V. sont parties, je ne parviens pas à retrouver ma voiture car nous sommes allés plus loin. Annie monte dans celle de quelqu'un d'autre. Les mecs ne veulent pas m'accompagner pour me guider, car, même avec eux je ferais des erreurs : elles vont dans un petit coin vraiment paumé.
Je pense qu'elles ont voulu se débarrasser de moi et le leur dis. Rêves “l'un dans l'autre” à couleurs très vives (rouge, vert, bleu).
50 07 27
Je fais cours pour la première fois dans un grand établissement à une classe de Terminales, garçons et filles, grands, l'air intelligent, habillés de grandes capes noires pour certains. Mon cours n'est pas préparé. Je découvre que c'est un texte grec philosophique mal imprimé ou dont les lettres se brouillent. Je suis censé leur en fournir une traduction instantanée, mais je bute sur chaque mot, ils ne m'écoutent pas, parlent entre eux et je me sens très stupide. Au cours suivant, le texte est en français et certains mots sont soulignés, je fais un embryon de commentaire. Déjà la plus belle des filles est absente.
À la fin du cours, qui n'a guère été plus écouté, un élève goguenard me demande si ça va être comme ça toute l'année (je dis d'abord que “oui”), si ce sera toujours “Le Vie de King-Kong”. Je dis : “King-Kong, c'est moi ?” Il est un peu embarrassé, “à peu près”... Je me rends compte que je n'ai pas préparé suffisamment le cours. Je lui fais remarquer que déjà, par moments, on m'a un peu

écouté. Nous nous séparons, il faudra que je fasse de grands efforts. La classe semble pouvoir se reconquérir.
50 08 14
Je passe un examen oral de 24 épreuves sur 24 textes. J'ai déjà subi avec succès la première. La seconde porte sur un texte d'Alain Juppé, où il se révèle tourmenté et sensible. Mon examinateur ressemble à Alain Juppé, c'est peut-être lui. Je n'ose lui demander de rentrer chez moi pour manger, et de reprendre l'épreuve ensuite. Cela serait fausser le règlement. Cependant il est exclus, comme je l'avais envisagé, que j'aie la force de subir les 24 épreuves à la suite. Annie est en train de passer une épreuve similaire dans une pièce voisine. Le texte laisse de côté deux aspects importants d'Alain Juppé, mais j'en parle et les résume de façon très ordonnée, comme des boules de feuilles d'arbres.
Ensuite, je prends un chemin de crête au crépuscule. Je rencontre une maison de bois très accueillante, où je pourrais m'installer pour travailler, oublieux de mon but primitif. Je m'installe aux toilettes, mais quand je ressors, d'autres se sont emparé de la maison, très sympathiques au demeurant. Avant ou après cela, Josette et son fils François qui devait fêter son anniversaire. Un récital de Francis Lalanne ou d'un imitateur doit se dérouler en son honneur dans les grottes de Brantôme. Je demande si l'on a bien consulté François concernant ses préférences, il se trouve que ce dernier adore Francis Lalanne.
50 09 08
Annie et moi nous dirigeons vers un camp retranché arabe en Algérie, mal défendu par des toilers tendues rembourrées de terre tassée. Ma femme disparaît derrière elles et reparaît aussitôt coiffée du keffieh blanc des combattantes. Je rejoins le camp des Français, qui encerclent à peu près les Arabes. Il est question de savoir s'il vaut mieux produire, au moment des négociations, une photo horrible représentant 42 enfants massacrés et découpés, dans une vaste corbeille ; il semble que les deux camps à la fois soient responsable de ce massacre. Si l'on montre ce document, la lutte continuera avec plus de sauvagerie.
50 10 14
Une publicité m'a fait croire que moi, enfant de dix ans, je pouvais augmenter la hauteur d'un gratte-ciel (30 étages) en empilant étage sur étage comme en un gigantesque jeu de construction. Je peux aussi augmenter le confort de ces appartements cubiques. Au lieu de cela je me retrouve sur une terrasse gravillonnée dominant le vide, jouant à rebondir sur un trampoline avec un initiateur à peine plus âgé style Spiderman invisible. Nous rebondissons de plus en plus haut et de plus en plus loin au risque de me casser la gueule en franchissant la bordure. Je me retrouve plus tard dans un appartement vides de meubles, comble de gens, hermétiquement clos derrière des baies vitrées d'où l'on découvre de haut d'autres gratte-ciel semblablement disposés et garnis.
Le jeu consiste, pour fêter je ne sais quoi, à faire exploser d'immenses pétards qui font hurler de terreur des gosses, à la frayeur desquels nul ne réagit. Je suis scandalisé et veux les réconforter, mais la foule compacte m'en empêche. Il est aussi question de publicité renforçant des villes, mais sur la carte, vues de près, ces villes sont comme ruinées. Dans les appartements, le vacarme épouvantable fait penser au massacre de la famille du tsar en 1917. On n'a pas le droit d'épouvanter ainsi des enfants.

50 10 19

Réflexions : C'est moi qui ai voulu en rester à 18 ans. Je n'ai pas à me plaindre. Avec l'impuissance qui s'y rapporte. Je dois m'accepter. “Connais-toi toi-même”. Ma comédie sociale,mes faux-fuyants, j'en ai ma claque. Baiser je ne peux plus. C'est au-dessus de mes forces. E finita la commedia. Une autre comédie commence – crois-tu ? dormir.
50 10 31

Lors d'une discussion dont je ne me rappelle pas le début, je suis amené à dire “Je suis impuissant” à ma femme. Elle relève ce terme avec acrimonie. Je lui dis qu'il n'y a pas que moi qui suis responsable, qu'elle aussi, en quelque sorte, pourrait me stimuler. Tandis que je rejoins ma voiture en plein jour pour aller au boulot, je l'entends crier à travers les murs : “Sur quel ton il a dit
ça ! C'est humiliant ! C'est humiliant !” Et je me fais la réflexion, dans cette rue très claire, comme une rue de Tanger, qu'elle l'a bien cherché, sans pouvoir me départir d'un fort malaise. En me réveillant, je me rends compte que ces sentiments-là sont vrais, puisque je les ai rêvés. TRANSCRIT


50 10 31, nuit
Les premiers instants du coucher sont douloureux. C'est seulement au bout d'un certain temps que je parviens à surmonter l'angoisse de franchir les Portes de la Nuit. Du moi, et du mystère. - Si je ressens des choses de façon si discontinue, c'est que j'ai le don de multiplicité des personnalités. Je dois aisément en tirer parti pour me glisser dans mes divers personnages. Autre révélation : si c'est au moment du coucher que se révèlent mes résolutions, c'est qu'il me faut me recomposer et me raffermir avant de faire le bon mélange qui se résoudra en rêves révélateurs. Puissé-je ainsi toujours me trouver sur la voie de toutes les résolutions et de la confiance. Je dois donc : dominer mes courants divergents, les discipliner, les utiliser, à des fins exclusives de littérature. De plus, les invocations, déséquilibrages, que je dois rechercher dans les pratiques et prières superstitieuses, doivent me permettre de vivre à volonté dans l'exaltation. Acheter les prières aux anges, les susciter. Avoir toujours en lecture un ouvrage d'ésotérisme. La fausse science est bonne.
50 11 03
J'ai rattrapé mon chat sur le fleuve Amour, gelé, en vagues.
50 11 05
J'ai l'impression d'être sans cesse au lit, sans cesse à table. J'ai l'impression de vivre sans cesse la même journée, tel un moine attaché à sa règle. Comme le moine, je mourrai sans avoir vécu autre chose qu'une longue journée. Qui serait cet homme qui aurait vu tant de vieilles villes parmi les rochers. Est-il vrai que je n'aie pas de caractère ? Je cède à celui qui gueule. Mais peut-être y avait-il une grandeur chez mon père, une fierté. Toutes les nuits me voici face à moi-même.
50 11 23
Annie et moi nous trouvons dans une grande ville inconnue, grouillante, sous une pluie battante. Je dois me faire prendre en voiture à un emplacement de forte circulation, près d'un mur de digue. Trafic intense. Au téléphone, personne ne répond. J'assiste à un cours de fac, l'amphithéâtre, à l'ancienne, est immense. Le prof est un colosse fantaisiste, le cours porte sur Montaigne et Proust. Le prof s'agite, ses mains et ses pieds sont gigantesques, il plaisante, tonitrue, passe dans les gradins, montant et descendant, torse nu, bronzé, immense. Il s'adresse parfois en aparté à l'une, à l'autre, houspille celles qui lisent mal dont une certaine Mlle Mouton (j'en ai une dans une de mes classes). Il ressort sous la pluie, on l'entend chanter et brailler au dehors, il revient bras-dessus bras-dessous avec deux retardataires. Nous sommes époustouflés, mais peu désireux de nous mêler à ce cirque. Il représente assez le genre de prof que je cultive personnellement dans mes cours, et que je serais resté à la fac, si j'avais pu y accéder.