EPHEMERIDE 3
ÉPHÉMÉRIDES C ou 03
J’y
parviendrai ;
20170423/70 emplacement erroné
L’année fut aussi riche en bruit et en fureur qu’une chiure d’autres, et nos réflexions aussi attendues qu’une diarrhée de nourrisson dans un brouillard d’automne. J’ai dit « V’là les Gremlins » en voyant débouler vers moi la michpahha. Léa était encore enceinte d’Aliénor. Foule pour voter au bureau. Je n’ai pas voté Macron. Le Pen. Crève, mon pays bien-aimé. Démolis ton éducation. Livre-toi aux banques et aux bombes. Vous vous rendez compte, écrire des conneries comme ça ?
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Plongée dans un passé aussi dépassé qu’une vieille avant-garde : partenaires minables, étrange volupté de déchirer autrui en se prenant soi-même pour modèle. Ainsi dans Orlando de Virginia Woolf un poète se fait-il recevoir par ce dernier, n’offrant en remerciement qu’un écrit satirique. Il en est souvent de même pour bien des auteuraillons. La femme s’appelait Martine, et l’homme que nous appelions Pierrot protestait aimablement que plus personne, en ce temps-là, ne l’appelait ainsi.
Leurs deux fils étaient ces petits garnements que rien, surtout pas l’éducation, n’avait pu retenir de galoper dans toute la nef d’une église désaffectée où mon honorable épouse exposait ses toiles, alors que j’avais soigneusement appris à ma propre fille de ne pas courir dans les églises ni dans les cimetières. Ces deux messieurs étaient à présent dans leur vingtaine, imbus de leur forte personnalité d’Hârtistes ; le cadet à forte natte serrée, vautré dans un hamac écolo, et persuadé d’avoir toujours raison, ne s’adressait à vous que poussé par l’extrémité, d’un air princier à lui coller des baffes ; l’aîné se faisait admirer par son père : n’avait-il pas en effet construit une gigantesque chiotte en bois, si vaste qu’elle n’avait pu franchir la porte des Beaux-Arts en signe éclatant de dérision et de dénonciation de notre sociétion de consommation.
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Pierrot n’en pouvait plus de s’esclaffer devant cette magnifique œuvre d’art si parfaitement militante. Il s’occupait lui-même de réaliser avec minutie de grands décors de théâtre, et raillait les concepteurs, issus d’écoles renommées, excellents dans leurs conceptions, mais infoutus d’assembler concrètement deux éléments fût-ce de carton-pâte. Au demeurant, raté sympathique : à tel ami qui lui avait vanté tel raccourci permettant d’atteindre sa demeure en voiture en gagnant un quart d’heure, il avait exprimé sa fidélité au trajet traditionnel : ici venait une rangée de platanes, plus loin c’était un point de vue sur la Garonne, ou tel virage autou de tel clocher. L’autre en restait tout stupide : comment pouvait-on préférer un simple paysage à quinze ou vingt minutes remportées de haute lutte contre la flânerie ? Vous voyez bien que votre serviteur sait repérér les mérites, et bien distribuer les prix mérités. Quant à l’épouse, Martine, elle était grise, soumise, enfouie dans sa campagne ou plus tard dans un petit appartement de barrière. Elle suivati son mari d’un air morne, tirait l’eau du robinet en dépit des sous-entendus, et ne demandait qu’un peu de tendresse et de pitié.
Malgré tout il m’indisposait, à moi bon prince, de simuler une cour, un désir et des frôlements suggestifs dans le dos d’un brave homme. Et qu’aurais-je fait de tant de larmes ? Peut-être mes occasions manquées n’étaient-elles que des indifférences, mais déshonorantes pour un puissant mâle toujours prêt la bite en arrêt. Il fait toujours soigner ses avantages, et négliger ses faiblesses : c’est ainsi que je n’ai pas assez vexé, mais que je n’ai pas suffisamment aimé, sauf moi, car tel était mon Destin. À mon tour de me vautrer dans un hamac, dominant de mon indolent balancement tous ceux que j’arrose de mes postillons sans poids.
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Barrant la page d’’une écriture hâtive, cette seule mention : « Sonia venue, David très malade, le soir elle a dû téléphoner à SOS Médecins, il avait 40° 6 ». Qui des trois s’en souvient ? Les vrais noms figurent ici. N’excluant pas que mes descendants sachent lire, et ne parcourent un jour ces lignes, il faut faire attention. Une fille de 12 ans s’est suicidée en s’apprenant désirée par une femme : elle a marché dans les vagues jusqu’à disparaître, après avoir lu le Journal Secret de cette femme. Il n’est pas question de cela au 10 janvier de cette année-là. David avait 8 ans. Sonia sa mère s’occupait de lui avec tout le soin que nous ne lui avions pas accordé.
Nous étions des ârtisses, nous autres, préoccupés de notre gloire et notre pose, d’où cet amour peut-être de Sonia pour les gens simples qui ne se prenaient pas les pieds dans leur toge. Tooujours elle est demeurée fidèle à son compagnon, puisqu’ils ne sont pas mariés. Fidèle aussi à son fils, qu’elle a soutenu cotnre vents, fièvres et marées. Je trouvais cela excessif, car c’était toujours le professeur qui avait tort, et je suis ou j’étais professeur. Mais cela donne un homme sûr de lui, sans atteindre la blaireauterie. Nous ne faisons pas de littérature : il y a des millions d’écrivains, dont je n’ai pas trouvé le moyen de m’extraire. Il faut parler sans apprêts, dans la meilleurs langue possible, sans écarts d’imagination qui ne valent rien à personne.
Combien je leur ai reproché in petto de suivre « une autre route », sans érudition ni pesanteurs. En croyant à la vérité, à la foi donnée. La femme est fidèle à son homme et progège son enfant. C’est tout simple. Et la doxa de mon époque était : la femme ne dépend pas de l’homme et ne se dégrade pas dans les joies et soucis de la maternité. Quant aux enfants, ils se détachent des parents et leur opposent conflit sur conflit. Le contraire nous eût dérangés. Des étudiants se sont vu exclus de groupes d’amitié au seul motif de bonne entente avec
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leurs parents, délit petit-bourgeois ; un auto-stoppeur en pleine nuit n’a pas été recueilli : « Ne le prends pas ne le prends pas ! Il a une cravate ! » L’amour d’une mère poiur son enfant, le respect, la préservation du noyau famillial nous semblaient relever de la plus niaise platitude. Et puis les « Soixante-Huitards » se sont reproduits. Il a bien fallu élever les enfants, pour leur apprendre que la liberté devait se défendre à tout prix, qu’elle était le but et le bien suprêmes. Encore faut-il une force d’âme qu’il n’est pas si fréquent de rencontrer.
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Ce jour est le 229e anniversaire de la décapitation de Louis XVI. Mes élèves en étaient informés en cours. Louis XVI ne pouvait être ni absous, ni exilé, ni enchaîné, Il avait appelé à Versailles, pour se défendre, des troupes ennemies. Cela s’appelle Haute Trahison. La France n’était pas la propriété privée du Roi. Mais quelle barbarie. Elle n’évita pas, d’ailleurs, la formation de révoltes, bien au contraire. Mais quatorze armées nous ont attaqués. Demême chaque 30 avril, nous célébrions tous la mort de Hitler par trente secondes de bordel. Modéré, le bordel. Ainsi radote le vieux prof, animé d’un vieux contentement.
Une autre note évoque une poignée de mains, sans rapport avec celle de Montoire : celle de Jupiquin, camarade radiophonique, m’affirmant qu’il avait passé en ma compagnie, et nos femmes aussi, une excellebnte soirée. Nous pourrions caricaturer à l’envi. Le point fort du tennisman doit être sans cesse renforcé. Le génie mesquin doit agir de même. Jupiquibn est un agité. Il ne s’exprilme qu’en haletant, tel un éjaculateur précoce. Il poss_de garçon (5 ans alors) et fille, et les met au violon, au piano, leur procurant ainsi une enfance musicale, ce qui est plus formateur que d’entendre des « putain de ta
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mère » en tapant dans un ballon de foot. Ensuite, nos rapports s’espacèrent : Mme Jupiquin s’étant exclamée un jour : « Quand mes enfants ne sont pas là, j’en profite pour faire du repassage » (elle a peur qu’ils se brûlent)(avec le fer) - « avec le fer, va, tout s’en va » - nous avons fui cette conne, du moins ces propos de conne, Haute-Marnaise ou pas.
Plus tard, le Jupiquin me demanda de ne plus envoyer mes production géniales, j’ai bien dit géniales, à son groupe d’amis, car déjà le liaient les nœuds de son passé : un club de nostalgiques de telle ou telle grande école. À 30 ans, déjà passéiste . « Tu comprends, mes copains d’avant n’apprécient pas toujours ton humour ». Il y a des blessures qu’on n’oublie pas, mettons : des égratignures qui ne se referment pas. Fin d’une relation sur un fil. Certaines personnes ressentent à ce point ce qu’elles font, se dédoublant sans cesse en leur miroir, qu’elles ne savent plus qui est le plus vrai, de soi ou du miroir. Même au comble de la sincérité, elles font lire dans leur jeu la fausseté. Tel est le drame des timides, des self-conscious. Ajoutez-y un zeste de Möchtegern, de Jvoudrais bien, et vous aurez nos portraits à tous. Telle vous bassine de vos narcissismes, sans s’apercevoir qu’ils étalent partout, sous couvert de modestie, leur souci de paraître et de suivre toujours une même ligne droite et pure : La Leur.
La fille Jupiquin s’appelait, et s’appelle toujours, Ségolène.
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La lenteur aujourd’hui sera explorée. Il importe de procéder par lucidité. Que tout soit facile à traduire.Mes pas prtentieux me portent vers une modernité déchue, cataloguée « 2001 » au calendrier des ignorants. Les avions n’avaient pas encore percut les deux tours. C’était à cent lieues d’ici. Le carnet est de couleur rouge, au dos rafistolé marron. Le 2 février (Chandeleur) ou fête des marins de Fécamp présente une longue rubrique. Il est dit en tête que ma personne s’est fourbie d’un shampoing, avec un seul « o ». .
Mais rien des choses « à faire » n’a bénéficié d’un cochage positif. Les Orientaux s’empresseront d’oublier ces élucubrations égotistes. Mes cours donc ont été lamentables, car je baratinais sur un livre tout fait, lançant des questions dont la réponse y figurait. J’ai demandé à Verdéblou si les étudiants s’étaient rendu compte que j’étais un minable. Il m’a répondu que oui.
Les indications écrites se présentent confusément : 38 pêrsonnes à un banquet, avec des vieillards sexagénaires et plus, alors que j’affichais 57 ans : un gouffre, un abîme. Il y avait là Paoli Jean-Luc et sa femme, enseignante en espagnol ; Jean Tastet, Jean Bernard, ce qui fait trois morts. Cela remonte à 21 ans. Je me souviens aussi d’une « Brigitte Robert », à l’identité disgracieuse, dont j’ignore tout à présent. Le lecteur ne me quitte jamais, ce
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qui condamne à la médiocrité. Mes écrits vous emmerdent. Sur cette page du deux deux, l’écriture à la main poursuit sa course nerveuse. « Je sympathise dans la connerie » : je me trouvais très, très intelligent. « Je détourne une conversation sur les Arabes (ça, c’est bien ! on applaudit bien fort!) »en parlant de la découverte opportune d’Alfred Sirven » - tout s’oublie, ma parole – Ô divin Wikipédia, viens à mon secours, qu’a-t-il découvert ce « batailleur » ?
Cétait un escroc. C’est lui qu’on a découvert, il est mort depuis. Il existait donc des escrocs qui ne fussent pas arabes ? Comme c’était étrange… Il ne s’agissait donc pas du banquet goinfratif au restaurant « Pagode » ?
Mais duquel ?...
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Le 13 février 49 était un dimanche, comme aujourd’hui. Julia était venue seule, et David préférait son copain Alexandre. Julia parlait peu, elle aime séjourner près de quelqu’un, sans forcément bavarder : l’essentiel est la présence, la communication invisible. Ensuite viennent ses phrases, profondes ou non. Vu les miennes, je n’y trouve rien à redire. « Unité 13 » figure en tête des agenda c’.à.d. « choses à faire », sans que l’on puisse savoir à quoi cela répond, vraisemblablement un « accord avec soi-même »
Nous ne savons plus ce qui a freiné la communication. Un excès de ménage à faire ? Peut-être pas. Tout va mieux à présent, des accès de tendresse à la guimauve me viennent, à éviter. « Je vais deux fois à la poste pour des Singes Verts, très énervé toute la journée. Le problème venait sans doute de vouloir concilier la vie d’un important pamphlétaire, Ma Personne, avec les obligations sentimentales et familiales. Cela m’a permis d’accumuler un grand nombre de lignes, mais a empêché un accomplissement affectif très nuisible à leur diffusion.
Troisième front, le professionnel : ma collègue C . m’a téléphoné, en plein dimanche ! rendez-vous compte ! Elle « propose que je rentre chez moi », mais j’y étais déjà. Il s’agissait sans doute d’une corvée de sortie d’élèves, où j’aurais dû collaborer le lendemain, dont je me sentais incapable de gérer les difficultés, et dont la dispense a dû soulager ma petite fatigue. « Elle s’occupe de tout dans le car , me redonne son adresse » - à quoi bon ? « traite le provo de connard » entendez le proviseur parce qu’il «entube les gens ». Il disait toujours « vous me faites un papier », pour se débarrasser de toute responsabilité la plupart du temps. « Dès que les élèves sortent de l’établissement, ils ne sont plus placés sous ma responsabilité ». Trop commode, chef. Moi, irresponsable, d’accord ; mais le chef ! impensable ! Inadmissible ! Cet homme était beau, vide, collier de barbe, naviguant l’année précédente d’une île polynésienne à l’autre île polynésienne.
S’emmerder dans les sables des landes, à deux pas d’un cul-de-sac en boue molle. Tout pour la nonchalance et la perfidie. Voilà pourquoi je n’eus jamais les palmes académiques. Je n’aimais que mes Singes Verts, où je croyais taper fort, quand je battais juste la mayonnaise.
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Comme Baudelaire, comme avant lui Villon, je me réjouis de la sainte avoine, car Faute d’argent c’est douleur sans pareille. Et si j’ai perdu un seul jour de ma vie, qu’il me soit rendu plus tard. Le 25 février sonne bien, le lecteur est perché sur mon épaule, et ce carottage frôle d’autres textes contemporains de ce temps-là. « LPCS » figure en tête de l’emploi du temps, initiales mystérieusement répétées depuis le premier janvier. Puis « A.S. » tout aussi obscur. Mais notre héros l’a fait. À 10h il consultait la doctoresse, dont le suffixe ne marque pas la moindre notion péjorative.
Et ce jour-là, notre pénible compagnon se confiait à sa Maman-Docteur : Ma Femme ceci, Ma Femme cela (de son crayon la veille ces mentions impérissables : « enculer un chat » (pas fait), « enculer une mouche », « enculer un lapin », etc). Arielle (c’est elle) est toujours malade. C’est du moins ce qu’il semble à l’observateur voyant d’ailleurs. Il fallait choisir une épouse malade, comme maman. Le point commun reste unique. Mère et femme. Couple tenace. Martyre complaisant et recherché. « Tu ne jugeras pas ».
Oui, mais c’et chiant. La doctoresse écoute et acquiesce. Il faut se confier. On en repart ce jour-là dans un « état épouvantable ». Donc il n’est pas
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toujours louable de se confier. Notre double ainsi débarquait, chez Chaussette, chez Lazarus, délayais son laïus insipide en le parant de toutes les ressources de l’autodérision, faisait rire, et s’en allait heureux d’avoir purgé sa bile. Au bout d’un certain temps, Lazarus se levait, me signifiant la fin de sa mission d’écoute. Nous les avions instruits. Mais bien fait chier aussi. Ou bien ni l’un ni l’autre. Ou bien manipulés, mais si peu. Tout cela dort dans notre oubli.
Il faut dit la doxa évacuer ses soucis, de préférence aux endroits où l’on paye. Pourtant je volais le temps d’autrui. Ou l’utilisais, le refécondais. Aujourd’hui Poutine bombarde l’Ukraine. Merci à mes bienfaiteurs. Ego. Ego. Mais si les bombardés ressassent leurs angoisses, n’en est-il pas plusieurs parmi eux qui s’irritent les démangeaisons jusqu’au sang ? Les victimes de viols ou d’attouchements ne sont-ils pas traumatisés bien plus encore par leurs confessions à répétitions, à répétitions ? c’est ce que prétendent les violeurs ; c’est ce que nient les vrais bombardés de l’existence.
Mais lorsque le héros sort de sa consultation, plus encombré de soi encore, le risque est grand de déverser sa bile bien recuite sur d’autres innocents. Pas
de raison de souffrir seul. Le métier sert à ça : essuyer ses déboires sur d’autres employés, d’autres amis ou d’autres femmes. Appartenir à la profession la plus représentée dans la fonction de l’écriture, le professorat, facilite l’excrétion. Mais comme on a de l’expérience, Raymond la Science, on enfourche ses Responsabilités : les disciples, comme un chat que l’on caresse, absorberont les énergies négatives ; le public prendra plaisir aux mésaventures du comique.
Ainsi se passe la journée, feuille à feuille, comme ces gaufres que l’on appelle, chez Jean-Jacques dans ses Rêveries, des oublies.
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Ce jour, Anne est hospitalisée, je suis inquiet, et dois me défendre contre les sollicitudes excessives. Il me faut rester face à moi-même en évitant les représentations théâtrales à ma propre adresse. La somatisation doit être combattue aussi. C’est ainsi que se manifeste le profond égocentrisme dont certains autres me taxent, sauf les bêtes, qui ne jugent pas, qui ne conseillent pas. À la même date en 51 nouveau style, un rapide griffonnage m’informe que je suis passé voir Stéphane. Il est metteur en scène et directeur de troupe. Il m’a fait jouer en 46/47 n.s., et nous avons fait de notre mieux. Il a repris les textes d’un fascicule de réflexions et méditations : ce sont les écrits des poilus, survivants ou non. Le plus rigolo est celui de ce soldat, écarté pour chier, dont les couilles ont éclaté sous ne grenade mal placée. Comme diraient les féministes, un homme de moins à nous faire chier. Toujours est-il que Stéphane, consciencieux, s’est rendu à Verdun pour des histoires d’uniformes. Il en resterait certains, inutilisés, encore enfilables ; eh bien non, justement : à l’époque, les hommes faisaient au moins 10cm de moins qu’aujourd’hui : les uniformes conservés sont devenus étriqués.
Les représentations furent excellentes. Le castré fut joué par Bedouret, qui ne l’est pas, loin de là, au naturel. De toute façon il reste habillé. Ensuite, Stéphane s’est rendu à Paris, sans autre précision : il y a toujours quelque chose à faire à Paris : démarches, contacts. À présent Paris est interdit aux non-possesseurs de Qrcode, autant dire à tous les pauvres. En surface, les clochards ! Allez hop ! Tout les inadaptés au progrès, dégagez ! Tenez, moi-même (encore un égocentrisme ; c’est insupportable) : j’avais un portable. Et je l’ai
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remplacé, car il faut bien faire marcher le commerce ; donc je ne le consulte plus. Stéphane devra me contacter sur le nouveau, et non plus sur l’ancien.
Comptez je vous prie le nombre de « je » dans ce texte, vous aurez une idée de l’indécrottabilité de mon nombrilisme.
Ce 20 mars-là, votre serviteur s’est livré à un shampoing, le
premier en « flacon 2 », le second en « flacon 1 »,
puis il a lu du Sartre. Vous trouverez confirmation de tout cela
gravée en bons cunéiformes sur le tablier des lois du Code
d’Hammourabi (cliché Alinari Frères). Ce même jour, une mention
« urgent » rappelle au propriétaire qu’il faut trois
sujets de seconde pour le mardi qui vient ; or, nous sommes
déjà, en ce temps-là, un samedi. En revanche, LPCS n’a pas été
respecté. Cette abréviation est aussi mystérieuse qu’une ligne
de cunéiformes martelés. Le sigle complet se trouve en début
d’année : « LPCSTDQP »...
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Je m’étais dit sottement « cette date remémorera tout ce que j’ai vécu avec Djanem ». Il n’en est rien, car je n’ai rien noté de ce temps-là, crainte d’annotations jalouses et fielleuses ? Et rien ne subsiste sur les eaux quatorze années plus tard. De même serai-je anéanti dans 14 autres ou peu s’en faudra. Le 6 à neuf heures du soir, les astronomes auront noté une forte visibilité de Mercure « à gauche du croissant de lune », la veille. Et cela devait se maintenir la nuit. La nébulosité, endémique en nos contrées, empêcha de voir le Messager des Dieux.
Pourtant je m’étais levé plusieurs fois dans la nuit : rien, kloum, quéquette froide. Et de toute la journée rien ne restera, pas même ce vague indice : j’ai franchi le seuil de la regrettée bouquinerie où trônait dans le jazz la stature tassée de l’officiant Alain G. Qui m’avait refusé une revue parce que personne ne s’intéresserait à un exemplaire isolé, plus une seconde fois, où je lui présentais la collection complète, argu-ant cette fois que jamais il n’écoulerait une telle quantité.
Sur quoi j’avais balancé un doigt d’honneur, en ressortant, sans qu’il l’eût vu, replongé dans son jazz et ses incessants feuillettements. Puis ses poèmes à la Céline m’avaient touché. Et depuis qu’il a cédé aux sirènes de la publication, il me semble, si je ne trompe, qu’une fissure d’insincérité commence à parcourir l’œuvre, la recherche d’un bon procédé efficace, d’un modèle qui plaise. En ce temps-là, il officiait encore. J’ai acheté Salinger en mauvaise traduction. Quand le héros s’exclame putain de bordel de merde, on ne rend pas cela par « ô mon Dieu que je suis maladroit zut alors ». Et Buddenbrooks, auf deutsch.
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Le crabave ayant bien craché sa peau, après constatation qu’un enregistrement s’est transformé en écran de télévision, et que « 3 pages » de « Williams » ont été lues ou recopiées, nous devons relater l’accomplissement de la consigne « NPRA », aisément déchiffrable en « Ne pas râler ». Une éducation morale et chrétienne implique une recherche incessante du mieux. Encore aujourd’hui, « ne pas râler » reste la devise ; car après s’être rendu compte que la râlerie règne quelle que soit la circonstance, x ou – x, force est de constater que le problème réside en soi et non à l’extérieur, et qu’il faut lutter contre soi. « ÉdutAnecarb » est une des formules regroupant une série de rites.
Le lendemain s’ajoutera non pas un signe + mais un « b », comme « budget », car « de tout temps » nous avons galéré pour stabiliser, en vain, notre situation financière. Il va de soi que nous avons fait exprès de toujours échouer, et j’emmerde la clique bruyante des psychanalystes à deux balles.
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Vous pensez bien, amis asticots lecteurs, que pour rien au monde je ne passerais l’anniversaire de ma mère, qui m’a bien emmerdé la pauvre. « Jamais mon père ne m’a manqué de respect » : non, mais il l’a brutalement séparée de sa mère à 9 ans, et l’a envoyée en internat pour ne pas contrarier sa seconde femme. Il y a plusieurs manières de manquer de respect à sa fille : celle-là n’est pas la pire, mais ça démolit, quand même. Toujours est-il qu’en 53, elle aurait fêté si l’on peut dire ses 95 ans. Elle atteignit les 73 en râlant de toutes ses forces, ce qui achève la démolition précédente.
Quant à Moâ, j’entrais chez mes amis à l’improviste, afin de râler joyeusement sur tout, et sur moâ-même. Il paraît que c’était rigolo. Les amis pouvaient même parler d’eux, rendez-vous compte ! Mais au bout d’une petite heure, ils se levaient, ou je me rendais compte enfin de mes importunités, ne fût-ce qu’un tantinet. En ces temps-là, ma précieuse personne poursuivait une existence laborieusement apitoyée, notant sur ses éphémérides les points saillants du jour. Elle se champouinait tous les quatre jours, notait l’existence d’un bled nommé Bardoc en Australie, et s’agitait sur un tapis de sol afin de fortifier ses petits muscles.
À présent, parlons d’autrui. Le Sieur Onfray tenait déjà sa renommée, indifférent aux calembours genre « Onfray Mieux de la Fermaie », « Onfray- Tille du Gland » et autres calamités. Il bénéficia sans nullement le soupçonner d’une grosse émission radiophonique sur l’une de ses œuvres, avant ou après laquelle sont intervenus deux autres animateurs : Jean-Claude, disparu dans les brouillards de l’oubli, et Joël, qui s’en est mieux tiré. Ce dernier présidait à l’Émission de Musique Classique.
Il avait soumis ses enfants à la pratique du violon et du piano, et m’informait qu’il programmerait prochainement une œuvre intégrale de Schubert. Schubert, Joël, qu’êtes-vous devenus ? Jean-Claude, je m’en fous.
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Les évènements se bousculent sur la page. « 473 : y en a pas --→ 474 ». De quoi s’agit-il ? « Claudine 8 (internet) » - ne s’agit-il pas de cette octogénaire de St-Gaudens, qui se consolait de ses béquilles en s’entretenant avec moi ? Puis elle s’agaça de mes amours Latresniennes et refroidit nos relations. Moi de même. Que David soit venu changer la batterie de ma petite toto noire importe peu. Mais que Greig ait incité Arielle à se faire opérer, pesant 95 kilos, voilà l’important. Rien ne concerne le lecteur, à supposer qu’il s’en trouve, dans ces prénoms sans portraits.
Tout écrivain doit régulièrement se confronter au néant de son œuvre, au néant tout court. C’est un exercice, comme de se laver tous les jours. Une conjuration. Du mauvais sort. Nous sommes des centaines de milliers sur le globe. Les Prix Nobel de Littérature sont affaires de politique et d’opportunité. Corvée accomplie : au boulot.
Nous nous sommes trouvés à Befendriana. Où était-ce. Nous avons recouvert les Géorgiques de Virgile. Le pire des livres, si on le lit vite. Il faut savourer chaque vers en bouche, comme on dégusterait sa cuillère d’huile de foie de morue. Vous ne savez plus ce que c’était, que l’huile de foie de morue.
« nprdt » : « ne plus râler du tout ». Cela remonte au 14. Et prouve l’extrême puérilité du scripteur, qui a besoin de se confier des missions de gosse. Un désir touchant de bien faire. Une structure mentale cloisonnée en « qualités / défauts ». Très sévèrement blâmée chez les freudiens.
Ma fille travaille à nettoyer des surfaces chez les gens. Voici un nouveau client : « Lefrançois » - qui se souvient de lui ? Quelle obscurité l’a bouffé ? Quel procès pourrait-il déclencher contre moi ? Ce Monsieur est richissime. Proche de Sarkozy, d’appartement très luxueux, qui n’a pas s »grand-chose à foutre ». À la fin, non. Pour ma part, j’en suis à 800€ de découvert. Il faudrait, dans mon carnet de Bonnes Résolutions, écrire : Améliorer ùon budget ». Heureusement, les dépanneurs sont là : la radio de bord, mal coupée, aura bouffé toute la batterie.
Bien tourner le bouton. Jusqu’au clic.
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Un rapide coup d’œil sur cette page fatale mais pas plus que les autres, m’a confirmé dans la conviction suivante : les accidents de la vie, au sens aristotélicien du terme, ne sont rien. Seules comptent les évolutions et tribulations de l’âme : ce qu’on a pensé, ou lu. Mieux encore : l’immuable unité placée par Dieu en nous. Si tu ne crois pas en Dieu, regarde autour de toi, et en toi : tu le verras partout.
Ces graves paroles dites, reste à se pencher sur cette journée d’il y a treize ans. La seule indication concerne le soir : « Tremblay ». S’agit-il du grand pédé canadien ? A-t-il écrit une pièce de théâtre ? Non, vingt-huit. Son titre n’est pas sur le petit carnet. Bedouré a joué , « sur fauteuil roulant en alternance ». Il est venu poser ici, deux ou trois fois. Il n’y reviendra plus, parce qu’Arielle a forcé la main à son modèle : « Tu ne contraindras pas ». C’est un excellent acteur, maigre et dégingandé. Mais il n’accepte pas l’empressement. Peut-être interprétait-il deux rôles, un père dans son fauteuil, un fils ingrat devant le fauteuil.
De tant d’efforts d’interprétation rien n’est resté dans ma mémoire.
Ma mémoire n’est pas parole d’Évangile.
« Un spectateur sonné dit qu’il ne comprend pas comment on peut haïr son enfant à ce point-là. ». Il s’agit vraisemblablement de l’entretien démagogique affecté aux contacts entre l’acteur et son public, alors que Bedouré ou d’autres sortent de leur rôle, tout chauds et les poils collés d’émotions. Pour bien montrer que c’est un jeu, n’est-ce pas, juste un rite, une émotion vite effaçable, on prend un café avant de rentrer chez soi. Une spectatrice, femme de ce spectateur , a parlé en sens contraire : entre ses fils et elle, existe trop de différences. C’est ce que l’on dit, pour justifier, disons, une tenace inimitié, voire une… indifférence.
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2013 13 mars
« Journée pépère ». « Quatorze juillet - Rien ». « Mort de Jean-Paul II à 21h 27 » (deux avril 2005). Aussitôt les médias du monde entier se transformèrent-ils en vaste chapelle toute bruissante d’ onctueux murmures et de louanges en torrents. Jean-Paul Ii, santo subito ! pour Moi, n’avait été à l’Église que Johnny Hallyday à la chanson française : un histrion, mettant en vedette ses paillettes sur sa nullité, ou sa vanité des foules. Qu’il ait été vigoureux opposant aux dominateurs soviétiques ou grand pape sous tels ou tels aspects ne saurait contrebalancer ce masochisme ostentatoire dont il crut bon d’abreuver le monde pendant toute son agonie, sans en excepter une heure.
De même le Pape actuel (13 mars 2013) que personne n’appelle François Ier et pour cause, n’est-il qu’un imposteur imposé par une camarilla promusulmane et prorelativiste, le vrai Pape restant Benoît XVI, emberlificoté sans doute par de sombres histoires de pédophilie couverte ou d’hostilité ô combien justifiée envers les exactions de la stupidité mohammédienne. Aussi bien n’est-ce pas la première fois que deux papes coexistent plus ou moins pacifiquement. Et toutes les radios de bruire et non pas de bruisser, car il faut bien réfléchisser pour bien choisisser, de bruire disions-nous, de saintes paroles et de saintes Écritures. Attendons en tendant le dos les avalanches abrutissantes qui nous attendent tous à l’occasion prochaine de la Reine d’Angleterre décédée.
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28052010/2057/2022 ancien style (« a. s. »)
En cette belle St-Germain de douze ans d’âge, la récolte sera sobre : une émission sur Thomas More, L’Utopie, « un peu pensum malgré tout », et des extraits de trans musicales rennaises, « rocks super ». Épuisons donc ces maigres sujets. Thomas More, pédé avec Érasme (que ça se sache, bizuths, que ça se sache!) composa, juste avant d’en crever, une « utopie » qui n’eut pas l’heur de plaire au tyran sanguinaire Henry VIII, avant tout préoccupé de sa bouffe, de ses guerres et de sa Quéquette, ce qui fait peu. Nous pouvons dire sans ambages que la religion anglicane est suspendue depuis plus de quatre siècles aux parties génitales de cet ignoble goinfre.
L’Utopie soutient le parallèle avec l’Éloge de la folie, de l’illustre Néerlandais. Il faut les avoir lus tous deux, ainsi que maintes notes explicatives, pour bien se persuader de leur convergences (je vous en prie…) de conceptions. Les deux dénoncent la folie humaine, l’un d’eux hélas en élabore un remède : une cité où l’on s’emmerde. Heureusement, son ouvrage se termine par une satire violente des expéditions guerrières menées par le roi. Une fois qu’on a lu cela, on peut soutenir une conversation de bon niveau avec des professeurs ou étudiants, à condition de ne pas monter trop haut en matière de notoriété, car les spécialistes de la spécialité deviennent imbuvables en proportion exacte avec l’enflure de leur grade : ils vous reprennent, vous somment d’avoir une opinion sur des points de détails et corrigent avec aigreur vos moindres approximations de profane.
Il en est peut-être de même des spécialistes du rock, mais j’en doute. Quand on danse, on ne polémique pas. Le rock terminé, chacun discute des influences réciproques de ces
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électriques, en remontant jusqu’aux Suprem Papies. Bientôt Mike Jagger nous dansera sa dernière Danse Macabre. Nous connaissons l’ex chef de file des Transmusicales de Rennes. Il est allé jusqu’au bout de ses rêves, n’étant déjà pour ses seize ans amateur que du rock. « Brel, Brassens, j’ai sauté tout ça » dit-il franchement et sans regrets, car il ne faut jamais se renier. Nous avons lu cela dans un remarquable numéro de Téléragnagna, où sa photo paraît quatre fois en quatre pages. Mon ami Lazarus obtint de même, feignant une grande surprise, une « dernière » du Monde consacrée à sa personne et à son œuvre.
Il n’y a que le Collignon qui vous parle, avec son nom de famille à la con et ses comportements erratiques et non pas érotiques, pour ne pas avoir été foutu de s’approcher de la moindre mention dans la presse, sauf renversé par une automobile un vingt juillet 66. Il a survécu à l’ombre de toutes ces gloires, passant de la rancune puérile aux savonnettes à vilain de la sagesse à deux balles. Son modèle, c’est Xavier de Maistre, auteur du merveilleux Voyage autour de ma chambre, sous l’Empire, et frère de Joseph, sombre géniteur des Soirées de St-Petersbourg, où l’Inquisition trouve un terrible défenseur, et qui fut l’obscur maître à penser de Baudelaire.
Le Vieux Singe Vert n’a plus de gros sel à semer, c’est au sein de ses salles de cours qu’il a connu la gloire et le scandale, semant d’ineffaçables souvenirs de pitreries et piètres calembours chez ses auditeurs et trices qui « le soir, à la veillée », transmettront les facéties du « camembert disciplinaire » et de « la grosse que t’as dans le derrière ». Ce n’est évidemment pas avec de telles turlupinades qu’on se fait un nom dans la hiérarchie universitaire.
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Le rond tout autour du quantième indique une activité sexuelle. Au risque de décevoir le lecteur, je suis passé de HS en HS, entendez par là d’Heures Supplémentaires en Hors Service. En ce temps-là, ten years ago, les évènements conservaient leur caractère épiphénoménal, éphémères et accidentels. Nous les tenions pourtant pour capitaux. Hollande-la-Merde venait d’accéder au trône, percé, tandis que nous rafistolions notre toile cirée (aucun souvenir) ou que nous contactions à la fois Lazarus et Camus du Gers (« Le poulet de plein air / Élevé dans le Gers » - on ne prononce pas le « s », mais on grasseye vigoureusement la finale, quelque chose comme « le Gè - a »).
Toujours est-il que nous avions reçu, fomentant de folles espérances, une proposition de texte pour un site internet d’activité picturale. Premièrement, c’était payant, ô combien. Deuxièmement, inefficace, car il fallait faire de la publicité pour amener le chaland sur un site… publicitaire. Troisièmement, le rédacteur, Yves Bordes, qu’ici j’immortalise, présentait des lacunes en anatomie féminine, confondant « vulve » et « vagin ». C’est moi qui ai dû expliquer à ma mère que le « vagin » était interne et la « vulve » externe. À 16 ans. Y a plus d’enfants. J’aurais pu embrasser, quelques jours plus tard, celle de MM, à travers le tissu du moins de son jean, qu’elle avait bien plaqué sur l’écartement de ses jambes.
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Mais on est gentleman ou on ne l’est pas, et je m’abstins. Jamais je ne saurai si mes occasions furent manquées par lâcheté, pédérastie ou manque de désir véritable. Il est des secrets de vie qui ne se découvrent que sur son lit de mort. Et puis les jambes se fermèrent, la MM disparut, car elle non plus n’aurait pas fait le premier pas : on est une femme ou on ne l’est pas. Sa meilleure amie s’appelle Jew, quoi qu’elle ne soit pas juive. MM et Jew tantôt s’adorent tantôt se détestent. Ces deux amies sont chatouilleuses sur le rapport du respect mutuel, se vexent et se rabobichent au gré des années.
Ce jour-là de la Sainte Audrey, nous avions reçu en plein air les deux inséparables momentanément non séparées. Aucune fâcherie n’avait pointé son nez. MM avait réfréné ses ardeurs transpyrénéennes, avait évoqué ses souvenirs de conteuse, car nos vertes années avaient connu la sympathique expansion du conte à nuit tombée autour d’un petit feu. Elle y avait excellé, c’étaient de bons souvenirs. Elle avait posé pour un peintre sulfureux et suicidé, mais de ces souvenirs-là se montrait peu prolixe. La modèle conteuse s’était tirée le portrait en se souriant largement, ce qui témoignait de son entière satisfaction.
Mais nous savons à quel point nous pouvions éprouver d’autres soirs ces attendrissements narcissiques de haute consolation, et nous avons souri avec elle.
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Le 4 juillet 2060, Independance day comme les autres, illustre parfaitement l’exemple de la vie brute et sans pensées ni faits notables. Qu’on en juge : « J’arrive à scier deux branches d’un coup, l’une entraînant l’autre ». Quelle merveille en vérité ! La veille, je m’étais « entaillé le doigt à travers un gant » : s’agit-il du plus ou moins) érable japonais ? Who cares ? (« On s’en fout »). Que pensait-on ce jour-là ? Nulle trace. « Matin : achat turquoise, charmant vendeur tatoué, pourrai revernir pour ajustement » - quelle turquoise ? À qui destinée ? À Katy, en souvenir d’adieu et d’éloignement ?
...À mon Népouse pour sa fête le 26 du mois ? L’ai-je achetée à ce bijoutier d’Asie, qui m’a suivi dans sa boutique ? Les Indiens se tatoutils ? Étais-je sous le charme masculin ? Nous étions-nous dragués sans que nous le sussions ? Je serais revenu par la rue « Clairefontaine », dont j’ignore la position, où une camionnette a passé « sur un cône élastique » ? Voilà un bel évènement, bien propre à réveiller la veine épique ! Et nous avons vécu. Nous avons corrigé le Garvani en Gavarni, auteur d’une phrase sur Balzac : « Je vis un petit homme rondelet, aux jolis yeux noirs, au nez retroussé, parlant beaucoup et très fort ».
...L’homme du Midi, cong. Nulle part on ne dit si Balzac avait l’accent du Tarn – il est vrai qu’il fut élevé en pays de Loire. « Je le pris pour un commis de librairie ».
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Vulgaire Balzac, à l’entendre. L’agenda est de 46. Tous les jours sont décalés. Ce qui fut dimanche alors devint Jeudi. La « case » du dimanche, toute petite, car on ne fait rien le dimanche, devient demi-case du jeudi. Ce jour-là pourtant nous avons pensé, composé, lu des choses. De quoi nos rêves sont-ils faits ? La bouillie crânienne existe-t-elle chez les plus grands ? Jean Genet dit que si. Notre fraternité humaine s’arrête aux os de notre crâne. Le lendemain s’écrit au verso. Il représente le comte de Mortsauf, aigre, sec et noueux, trois pouces de jambes et le trou du cul tout de suite.
Tel est le mari dont la châtelaine de Clochegourde évita la couche le plus possible, appuyé des deux mains sur sa canne béquille, couronné de calvitie et le tissu fripé de la cravate aux guêtres.
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Ses ailes de géant l’empêchent de marcher
De même les manches de mon trop grand costume.
Je suis un « voudrais bien » - ein Möchtegern.
Toujours est-il que si « dire du mal de soi, c’est bassesse », je vous emmerde.
Poursuivons notre entreprise. « Quand on a tort, il faut continuer. Cela donne raison ».
Le 15 juillet 2014 / 61 N.S. - rejoint ces jours neutres où l’on s’est contenté de pisser, de manger et de boire. En ce temps-là Beau-Papa tournait de l’œil, à quelques semaines de sa fin. Il fut en vie jusqu’au bout. D’où j’ai conclu que la lumière ne s’éteint qu’à la fin.
Nombreuses notes répétitives en tête de colonne : n(e) p(as) r(âler), « chinois » -leçon non faite, cette langue est infernale, impossible à écrire et moins encore à prononcer), « repasser la chemise que je remettrai ensuite » : en effet, la repasser pour l’enfiler dans six semaines contredit la logique.
De plus, nous sommes allés à Cultura, 4 ans avant la prise «la main dans le sac ».
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Mon travail fut de commenter La Bêtise chez Flaubert, fade dissertation à la maigre sauce universitaire. De nos jours, on dit « la Connerie », en ajoutant « humaine », au cas bien improbable où il existerait une connerie animale. À Flaubert, une intonation dédaigneuse, un fort appui de première syllabe, a dû suffire. Et toute la dissertation souffre de cette fadeur contemporaine, qui fait fi de l’indignation paroxystique de Gustave. Le même jour, à Cultura (« L’esprit jubile », slogan ridicule) nous avons rendu en caisse l’album de Mapelthorpe sur Rodin, car il ne suffit pas d’avoir été pédé pour justifier d’une élégance photographique.
Rodin ne sculptait pas lui-même, laissant cela aux « praticiens ». Je fus déçu que Michelangelo se fût aussi livré à ces pratiques, séparant le concepteur de l’exécutant. Il en est de même en littérature, mais l’objet « livre » diffère de son contenu. En matière de sculpture, les deux coïncident. Mal à l’aise. Vraiment mal à l’aise. Pourtant le peintre peint lui-même. Et nous avons bu deux chocolats chauds. « On commence à vous connaître ». Serait-ce le début de la glaire ? Nous étions les chouchous de la serveuse, philippine. Elle nous passa un jour des petits cookies en miettes dans leur emballage.
Imaginons la déception de cette admiratrice quand elle découvrit que nous étions , de fait ou par recel, adeptes du vol à l’étalage ? En 2061, nous n’y pensions pas. « Je deviens de plus en plus révolté face à l’antisémitisme ». Rien de plus légitime. Suite à quels propos radiophoniques cette réaction s’est-elle accentuée dans les vrilles de mon cerveau ? Rien ne me reste en mémoire.
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L’impression se confirme : rien ne justifie les notes événementielles, sauf à marquer le temps qui passe. Un calendrier ferait l’affaire, un éphéméride. Faute de quoi tout sombrerait, pour le coup, dans l’insignifiant et le vide. Nous éplucherons les maigres indications de ce 27 juillet de sept ans. C’est ainsi qu’une leçon de hongrois n’a pas été faite. Nous ne parviendrons pas à connaître cette langue, u juste quelques mots et expressions, pour épater le bourgeois. La Hongroise que je croisai jadis fut agréablement surprise de ma petite exhibition, qui l’a réconfortée «à l’autre bout de l’Europe ».
Plus mystérieuse est la mention de l’année « 1988 » (2045 n.s.) : nous serions-nous inspiré de cet autre recul, à l’instar de Claude Mauriac voletant d’année en année ? En tout cas, nous avions déjà un « canon », comme à la messe : lire-écrire, etc. Je « mets le n° 2 » : à quoi ? de quoi ? c’est aussi passionnant qu’une énigme de Jules Verne (message de l’île Tabor) ou le secret du « scarabée d’or », ou aussi chiant que n’importe quoi, car notre nous de modestie se pousse tout de même un peu du col. Donc, je travaille, à mon boulot d’Écrivain, ce qui n’empêchera pas de « porter le manteau gris au pressing », ce qui n’a pas été coché non plus.
Mais le corps est plus exigeant que l’habit : « Avec le kinési, repasse films et diapos des Inconnus ». L’épaule avait été semi-démise par une chute sur le trottoir
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et sur le cul. Le kinési, jeune et affable, m’avait-il montré sur son cemartephonne des extraits de ces pittoresques déboyauteurs de méninges ? Avions-nous à ce point sympathisé ? La chose n’est pas exclue. Je lui « sortais des vannes » qu’il avait la sincérité ou la politesse de relever d’un grand éclat de rire, à tout le moins d’un ricanement. Un jour je n’ai plus rien trouvé à dire. Épuisement du répertoire et du récepteur. Ce sont des choses qui arrivent. Rapport social n’aboutit pas nécessairement à l’enculage ou à la baise.
Qu’est-ce qui peut bien faire naître un tel raccourci dans une tête. Me suis-je bien détaché de la matrice. La question s’adresse à chacun de nous, au pluriel cette fois. Indice en est au film du soir, puisque la télévision règne : Scènes de la vie conjugale d’Ingmar Bergman. « Mec ignoble, leçon de féminisme, ce couple n’a rien à voir avec le nôtre. Mais fûmes scotchés ». Le « nous » désigne pour finir le ménage où nous vivons. Les grandes thèses et vérités ne m’ont jamais paru concerner mon ou notre cas…
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Voyons voir ce que nous allons voir. Le vide du cerveau comblé par un bon riz-calmars, attelons-nous à ce sept août 2063. Que nous n’aurons pas vu, mais que nous traiterons quand même. De plus en plus se confirme ce résidu sans preuve dont se constituent nos évènements passés. Nos personnages de al vie sont déjà là, avec leurs caractéristiques. Il y a Christophe, accompagné de la phrase « Je me méfie des loups solitaires », métaphore flatteuse dont se sert l’État pour désigner nos assassins de groupes. Ils n’auraient pas de complices. En effet, sauf à compter les musulmans modérés ou dits modérés.
Mais qui a dit « Je me méfie de ? » L’essentiel est que mon gendre et moi soyons d’accord. « Revenue de David et Léa (gâteau chocolat) ». Bon souvenir à coup sûr : notre petit-fils, la compagne de celui-ci. Mais nulle trace de ce foutu gâteau. Préparé par Léa, sans doute ? Car elle a la main pâtissière. Comme nous ne sommes pas dans nn roman , ne me demandez pas son goût, ni sa couleur. « Délicieux repas ». Jacqueline F., que je connaissais, gourmande Dieu merci par les deux extrémités, conservait le plat de la journée dans son éphéméride à elle, avec, parfois, la photographie d’icelui plat.
Je l’ai imitée : « rillettes de thon, timbale de légumes, viande rouge ». Vraiment inoubliable – vraiment oublié. « Léa montre ses catéchismes » : cedant escula
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animæ, que les plats le cèdent à l’âme : d’abord le ventre, ensuite Dieu. Le Dieu des petits enfants, celui de Léa qui fut fillette, et communiante. Il fallait apprendre par cœur les définitions du catéchisme. « Qu’est-ce que Dieu ? - Dieu est un Esprit » suivi de précisions conformes au dogme. Nous en avons tous possédé un, je veux dire un catéchisme, et je l’avais montré à ma petite belle-fille, qui m’avait montré les siens, car elle en avait eu plusieurs (un par diocèse peut-être?). Peut-être se souvient-elle de ce moment de confiance, mais celui qui écrit, non.
David, incroyant comme ses parents ce dont on ne peut lui tenir rigueur, avait apporté au moins des clichés de ses anciennes consoles de jeu : Dieu est dans les consoles de jeu. Et l’écrivain du jour ne se souvient de rien.
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Nous abordons à présent l’ère contemporaine, où je peux avec certitude enfin déclarer qu’ « ainsi donc le décor de ma mort est posé », puis que me voici dans mon (avant-)dernière demeure. Mais ne jurons de rien. Ce jour-là nous pesions 86,7 kilos, en baisse depuis 88,1… Les deux villes, sur deux Atlas, étaient « Kennett » et « Dancheon » (sans doute coréen). Les rites n’ont guère changé, les deux Atlas se sont fondus en un. Tous les jours changer de domicile et de patronyme, pour que mes parents et leur deux morts ne me rattrapent point.
C’est le jeu. Xavier, gérant de radio, présente sa femme Jocelyne, plutôt Tiphaine. Et de cela, le souvenir demeure : elle est blonde, belle, intelligente, et travaille sur la vallée de l’Omo, cours d’eau éthiopien, cadre d’abondantes recherches archéologiques : un des multiples berceaux de l’humanité. Elle a sous les yeux son portable, et pour ne pas la laisser seule, je l’intéresse un peu en étalant ma maigre science préhistorique. Elle s’y montre sensible, puis il faut la laisser à sa thèse. Depuis je ne l’ai plus revue, ses deux enfants seront Azur, Aimé. A-t-elle poursuivi ses recherches ?
N’avons-nous pas plaisanté sur mon épouse à moi, qui « reste à la maison, la vraie place d’une femme » ? Xavier ne passait-il pas l’aspirateur dans le studio en bonne ménagère ? Ne sont-ils pas amoureux l’un de l’autre ? Depuis je m’enquiers de cette famille invisible. Ma vieillesse courtise la jeunesse à grand renfort de pataudes plaisanteries et de pitreries poussiéreuses ? L’âge est toujours là, et mieux vaudrait de temps en temps la discrétion. « La Clé des Ondes » se veut « radio d’opinion » (de goche évidemment, « de gôche » se prononçant comme « la gauche » et n’ayant pas de raison d’être). Le professeur en retraite a viré sa cuti, passant d’extrême gauche surjouée à « droite extrême », sans plus de conviction dans les deux sens : Tout le monde a tort, tout le monde a raison, les hommes tournent dans le tourbillon, le temps tire la chasse.
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L’émission porte sur le controversé Jeanson, pitoyable chieur du pamphlet anti-Camus, aussi bien qu’éminent connaisseur de Montaigne et de Sartre, apparemment si opposés de convictions et de destins. Sartre se comprend mieux par le théâtre, c’est en effet par là qu’il convient de l’aborder. Ensuite, il s’est sabordé de contradictions : la non-transcendance ne s’accordant guère avec un hypothétique « sens de l’histoire », de goche évidemment, le « pratico-inerte » restant à définir, et l’emprisonnement matériel du sujet restreignant considérablement les considérations aberrantes sur la liberté, laquelle se trouvant comme c’est bizarre considérablement réduite, merci Mone l’Abreuvoir.
Montaigne au contraire ne pratique aucun dogmatisme, remêlant les recettes de l’antiquité, attachant surtout par la voix. Seul importe à présent le silence
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Nous abordons la dernière année avant la Grande Bascule Totalitaire. « Ne détestez pas votre époque ; vous n’en connaîtrez pas d’autre ». Et déjà, voici quatre ans, le vide effectif de la vie se faisait sentir. Nous (vous êtes inclus) repérions deux villes sur les Atlas, qui continuent à vivre sans nous connaître : Sandovo en Russie, et Glendalough en Irlande, avec leurs joies leurs peines, leurs connards et leurs sensibles, leurs fausses couches et leurs feux de broussailles. Et moi et moi et moi. Mes petites brouilles : « Gérard me radresse la parole sur Olaf pour me montrer qu’il n’et pas vexé » - qui me dit qu’il était vexé ? « Ne cherchez pas à vous mettre dans la tête des gens ».
Simplement, nous n’avions plus cherché l’occasion de nous parler. Il s’entend mieux avec les deux copines qui se fond des choses dans le lit, mais qui me dit ce qu’elles font ? Je le croyais homosexuel, puisqu’il fut dans la marine, parmi d’autres choses, mais qu’est-ce que je connais de lui ? Le chat Olaf n’a rien d’un norvégien, c’est un bâtard pure race et tout rouquin, adorant les gratouilles. Gérard le gardait quand nous n’étions pas là, il fournit d’inépuisables sujets de conversations : les plus de 65 ans parlent volontiers de leurs chats. Et lorsqu’ils ont fini, les maniques du grec se plongent dans Polybe, qui dissertait sur l’armée romaine ; son style est dégueulasse – lui aussi vivait dans une civilisation qui voit son meilleur derrière elle.
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La romaine allait succéder à la grecque. On était dans « l’entre-deux ». Polybe avait été fait prisonnier. Il avait appris le latin. C’est vieux, toute cette histoire. Ça serharhien. Le grand critère, chez les prolos, c’est « la question de si ça sert à quèkchose», pour parler comme eux. La télévision vante les exploits physiques et sportifs. Mais ceux qui aiment le grec, ah les pédés… « J’ai vécu chez moi », c’est ce que me répondit Véra, lorsque je lui demandais un jour, pour meubler, ce qu’elle avait pu faire depuis la dernière fois que je l’avais vue. Excellente réponse, coupant court à tout papotage. Car ceci ne nous… regarde pas. Je vis donc chez moi, comme nous tous,
Et je constate l’inclinaison de ma femme, atteinte du syndrome de la Tour de Pise, ainsi que moi. Autre point commun au plus de 65 ans, tout chat mis à part. Nous devrons tous les deux prendre garde à ne pas marcher à petits pas trainants sous un angle vertébral désastreux. Nous ferons des siestes, où cela ne se voit pas. À la seconde sieste du jour, nous nous demanderons s’il est bien sain de s’abandonner ainsi. L’organisme a-t-il à ce point besoin de se reposer ? Ou bien de glisser lentement vers les quatre planches, cinq avec le couvercle ? Il faudra demander au médecin. Mes deux seins et mes dix caments, dit San Antonio. Ça ne me fait même plus rire.
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090919/2066/// 2021//2068
Le passé nous rejoint comme une branche de tenaille. 2066 présente toutes les caractéristiques de notre vie actuelle, à ceci près que l’épreuve épidémique était encore à venir. La vie n’est qu’une succession monotone, que nous tâchons de circonvenir à grands renforts de potacheries. En ce temps-là, nous habitions ici, comme aujourd’hui et pour toujours. Nous prenions de la sertraline afin d’éviter tous cauchemars : la mention « sertraline » court en cimaise sur les deux pages. Nos pérégrinations de papier nous avaient conduit à Makokou, Gabon, nom rêve pour trouver cons les noms noirs.
D’ailleurs, Mougabé serait mort. Deux ans avant la reine d’Angleterre. Ce salopiaud avait viré tous les Blancs, ce qui avait eu pour résultat une paralysie de production dans toutes les fermes. Le peuple était libre, mais crevait de faim. Crevait de faim, mais libre. Moins important, et plutôt coq-à-l’âne, le cochage de Gourribon m’indique la vision de ce personnage, ou son téléphone. Nous avons cherché 20mn Romans et contes de voltaire, sans le retrouver. Ici voyez-vous, le Désordre règne. Tout ce qui tombe est englouti. Voltaire aussi bien que le reste : on cherche vingt minutes, et si l’objet ne se trouve pas, on le laisse mourir dans sa mauvaise volonté.
Une femme à genoux se plaint dans l’herbe en se tenant le ventre : t’en souviens-tu ? Non. C’est très mal. Tu ne respectes pas les douleurs de la femme. Arielle consulte pour enflure au bras gauche. Il ne lui faut qu’étirements et surveillance d’esquilles : c’est peu de chose à comparaison d’un ventre. De plus, « j’oublie ma sacoche noire sous la chaise ». Se souvient-on de cela ? Non. Nous oublions nos actes et nos objets. Gérard est venu « pour quelque chose de très grave : la voisine s’est fait voler sa voiture. Des malfrats se sont introduit dans sa chambre pour en subtiliser les clés.
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L’éternité, c’est aujourd’hui pour l’éternité. Je me cite.
La bonniche s’est prise pour un écrivain. Je me cite.
Dire du bien de soi, c’est vanité. Dire du mal, c’est bassesse. Peut-être de Baltazar Gracián. Ou de l’auteur du Corteggiano.
Ici le 23 – 9 – 2020 qui frappe à la porte. Parcours aride du désormais proche. C’était un mercredi. J’étais à Webster (South Dakota). Je devais faire « pds », suivi de « cc ». La mention « à m » a été rayée : « à moi » ? ...non, « à minuit », heure maximale du coucher, jamais respectée. Soyons narcissique : « Ce qu’on te reproche, cultive-le : c’est toi ». Cocteau. Puisque mes écrits ne touchent personne, enferrons-nous sur nous-même et n’en ayons rien à foutre.
Moimoimoimoimoimoimoi.
Repérage de la « beauté de l’atelier ». Toujours flottera en moi cette image de l’artiste peintre devant son chevalet. Désormais vision rare, puisqu’un foutu avc est venu tout confirmer : « Je ne fais plus ce que je faisais ». Tandis qu’Arielle dessine et peint, je «lis Xénophon Helléniques, les Spartiates attaquent Thèbes », ce dont nous nous foutons éperdument. Pour noter cela le lendemain, il faut nécessairement que rien n’ait accroché la mémoire, et que le long tunnel de l’érudition
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superficielle se soit déjà creusé. L’éternité, ça y est, j’y débouche. Quelle idée d’aller ce soir au spectacle. De réchauffer les seules relations dont nous aurons été capables : des êtres inutiles, cramponnés à leurs activités, aveugles au reste, ce qui convient très bien à nous. Le midi, nous « mangeons un brocoli » : faut-il que nous nous soyons emmerdés. Nulle trace évidemment de nos mémoires là-dedans.
Ce jour est celui de la MORT DE JULIETTE GRÉCO. Je ne l’aimais pas. Trop gouine. Trop chichiteuse. Trop distinguée. Déshabillez-moi : imbuvable. Ignoble. Quel jeu détestable que celui de la supériorité. Un jeu, oui. Mais pourquoi celui-là ? Une femme exquise dans le privé. Nous n’en doutons pas. « Prends enfin rendez-vous chez Fanny Lecomte orthoptiste pour le 1er octobre à 9h » - aujourd’hui j’en suis encore là, pour surveiller ma ma « macula », qui se dépiaute progressivement. Incurable. À plus de 70 € la consultation. On gagne bien sa vie après 13 ans d’études.
« Longue journée sans rien ». J’allais le dire.
« Tu regardes le mur de ta cellule. Et soudain cinq années se sont écoulées » Au nom du fils.
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Nous voici à l’aube du présent. Certainement je me souviendrai de ce jour-là. Pas plus tard que l’année dernière, et c’était déjà aujourd’hui. Je disais à Sonia « l’avenir, c’est aujourd’hui jusqu’à la mort ». Elle me répondait « oui » comme à une évidence. C’était mardi. Un grand T4 trône dans un cercle, dont nous avons oublié toute la signification. Ce jour-là, notre répertoire nous entraînait à Kajuru, au Nigeria, dans le Kaduna. Bien prononcer « Kadjourou », « Kadouna ». Dieu fasse que jamais je n’y mette les pieds, que j’échappe à Boko Haram. Toujours avoir Carrère en ligne de mire, ce fils à maman capable de faire chier avec ses émois de puceau catholique.
Ah mais, c’est que l’on a sa petite personnalité. Il faut s’appeler autrement : changer de personne, pour échapper au couteau de papa : je lui couperai la bite ! Il ne l’aurait pas fait. Mais je fais semblant d’en trembler encore. Et il ne m’aura pas : je m’appelle, pour aujourd’hui, Henri TRESTES. Je suis né en 1870, le 26 août, 120 ans pile avant la mort de mon père ; et mort le 5 décembre 1970. Cent ans, et déjà mort : invulnérable. Ayant vécu les deux guerres mondiales. Et voici deux visites : l’agence n°1 nos envoie une sosie d’Éric Zemmour. Sympa mais laid. Le second vient d’ailleurs, estime la maison à 350 000€, celle du fond à 180 000 – euj’chui propriétaire foncier, Monsieur !
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Selon nos supputations désuètes, l’année 2007 ex-1960 appartient aux préhistoires enrubannées de notre passage terrestre. Nous venions d’avoir 16 ans (Que la vie est bêêêle – Quand on a seize ans – Que de joies nouvêêêles - O-oh yeah / Chaque jour c’est le printemps) eh bien ça dépend dit le bourreau. Nous entrions dans ce qu’il est convenu d’appeler « Classe de Première ». Nous faisions connaissance avec M. Béchier d’Évian, professeur de français. Celui d’histoire s’appelait Dupeu (Excusez-moi du peu, c’est quand il y en a beaucoup, par ironie).
En Troisième, Catherine Pujols.
En Seconde, Anne Bettendorf.
En Première, personne.
Et une petite fille sournoisement tripotée, qui aurait dû nous emmener fissa emmener en rééducation psychiatrique. Avec toutes sortes d’excuses pour effacer le méfait.
Le nouveau carnet, correspondant à une nouvelle décennie, aurait dû contrôler nos impulsions pédophiles, en langage codé, afin de nous en affranchir. En même temps, nous étions Bon Élève. Cela impliquait une documentation, que nous aurions trouvée dans « Miroir de l’Histoire » (parution cessée en 1981/2028). Du moins le 6, mais qu’importe Icello. Et ce dimanche-là, nous avions fait, chez nous, une version grecque, car « Il sait le grec, madame, comme homme de France ». Il nous fallut aussi couvrir nos cahiers, les « vieux, finis », et les neufs. Nous les étiquetâmes, il fallait deux étiquettes de plus. L’après-midi, nous avons « fait » des vers latins : traduit, simplement. Nous étions bien moins doués que les Connolly de Dublin.
Une révision de morphologie et de syntaxe verbales grecques s’imposaient (« programme « vvss » (?) = Verbes + propositions » - colorier, oui, colorier ! « et mettre à jour le cahier d’histoire ; lire Sainte-Beuve et Montaigne, réviser vocabulaire grec (voir le 11). Émouvant, n’est-ce pas ? Le lendemain, je parlais avec Michel Simon, en tournée à Tanger, qui recevait des élèves à la bibliothèque. Je lui ai si bien tenu la jambe que, prenant conscience de mon accaparement, je cédai la place aux autres questionneurs, mes camarades. Nous lui avions demandé (il jouait ce soir-là Courteline) ses rôles préférés, ainsi que son opinion sur Le paradoxe du comédien. Je ne devais plus jamais rencontrer Michel Simon(1895-1975).
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...Les droits de succession seront énormes. Notre second agent est formel. Avant que je sois dans le formol, rien ne vaudrait un passage chez le notaire, où ma personne déléguerait à mon petit-fils pouvoir d’administration en cas d’incapacité de ma survivante. Il fait ce qu’il veut. C’est mon pourvoyeur d’évènements, car je ne veux pas en provoquer moi-même : je ne voudrai plus jamais devenir responsable de quoi que ce soir. Tel le roi Arthur, je me rends le matin au bord de la rivière pour voir ce qu’elle amène. Mais qu’on ne me charge d’aucune action. L’agent, brave rougeaud, s’éloigne.
L’après-midi, je suis allé chez Jules. C’est un magasin de bretelles. Mes seules fantaisies vraiment personnelles sont les achats. Mes bretelles sont prêtes. Mais je me suis tenu au bord du magasin, sur le seuil : pas de masque – et si je contaminais le vendeur ! La stupidité est en marche. Je suis bien content. J’ai mes bretelles. Achetées par électronique. Moi aussi je fais marcher la machine.
Nous écrivons sous la menace. Que s’engloutissent sous nous les lignes que nous traçons, à la faveur d’un cataclysme informatique. Début 2015 : « La France s’ennuie ». Elle se réveillera d’un coup en mai, sans comprendre ce qui arrive. Dans notre destinée de cloportes, comme chacun et la Destinée s’empressent de nous le rappeler avec la joie de rabaisser, survint ce février ravageur. Mais juste avant, le 21 janvier, ce fut l’anniversaire de la décapitation du roi, pour avoir invité l’Allemagne à nous envahir, ce que tout le monde s’est empressé d’oublier.
Tout est dans mon carnet : « Promenade voiture vers Grand Pont avec parents d’A[nnie] ». D’une petite écriture hâtive. La veille, Arielle entrait en clinique, dans la
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sinistre Anouste, « chez nous » en basque. « deviner » d’après Google Traduction. C’est peut-être du béarnais. Comment puis-je me souvenir de cette « promenade » ? Le Grand Pont était-il celui d’Aquitaine ? On emmenait monsieur Gendre prendre l’air. Plus tard on lui proposerait de divorcer, pour renfoncer sa fille dans la boîtapsy. Gendre n’a pas voulu. N’a pas saisi la perche tendue.
C’était ma femme, ou bien les bordels, et ma mère. Arielle et moi habitions rue de la Maison-Daurade, en face d’un bordel où entraient parfois des hommes jeunes et bien habillés. Du premier nous donnions sur l’immeuble d’en face, mais une vitre floutée nous en cachait une bonne moitié ; pour apercevoir l’entrée du bordel, il fallait se rapprocher de la fenêtre et regarder bien en dessous. Jamais je n’y serais entré. Pensez, en face de chez moi… la réputation… le dépaysement, aussi… Je lisais Bérurier et ces dames. Brigitte Bardot chantait Harlay Davidson. Nous sommes tous prostitués. Deux ou trois choses que je sais d’elle. Ça remet bien des choses en place. Godard était encore compréhensible. Nous revenions de Tours. Nous allions souvent au cinéma. Nous étions très importants, comme tout le monde, mais nous ne le savions pas. Que c’était comme tout le monde. Nous étions revenus au bercail, chez Beau-Papa Belle-Maman. Papa-Maman pour elle. Pas mieux que les miens.
Les miens n’ont pas compris cette substitution. Ce tout de passe-passe. Liberté zéro. Conflit promiscuitaire. Déménagement dare-dare à deux pas du Grand-Théâtre. Internement d’Arielle « Chez Nous » en basque ou béarnais. Refermons la boîte. Archéologue, salut.
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Ce lointain carottage sera-t-il encore le temps des masturbations codées ? Vraisemblablement. Comment peut-on dire en studio qu’il ne faut surtout pas penser à ses lecteurs ? Il est toujours là, sur mon épaule, qu’il ou elle s’appelle Aliénor, David ou Sonia. L’œuvre n’est qu’un dialogue entre le lecteur et moi. Je ne lui sers pas la sauce qu’il veut, mais je la lui propose. Il fait la grimace ou non. Il repose mon livre ou non. Mais il n’a pas cessé d’être là.
En 2008 n.s., nous habitons Tanger. La fin octobre marque la découverte de Mme Licari, dont nous avons découvert le fils, tout de noir vêtu, à la faculté des Lettres.
C’est un petit carnet tout souffreteux, fier et rafistolé, à tranche jaune. Le 28 octobre est la fête de maman, Simone, à qui j’ai projeté d’acheter un presse-fruits. On est très macho quand on a 17 ns. Ma prof de philo va mettre tout cela à mal, en m’inculquant ma première giclée de féminisme. J’en ferai un exposé, chez Véra, où je lirai mes inquiétudes de submersion par les femmes. C’était bien élémentaire, mais j’y croyais, et je pensais que les femmes de 17 ans me rassureraient. Véra ne m’affirma rien, mais ne refusa rien. Son nom était Benazerraf.
Les dates s’agrémentent d’un G, pour géographie, ou d’un H, pour histoire. Ce 28 octobre-là, c’est la géographie. L’année du bac, on s’organise.
« Aller Bastianelli spectacle » : est-ce l’organisateur ? Pomport, Jacotte : un garçon branlomane, une fille lesbienne selon elle. Puis elle pondit deux filles. Nulle n’est parfaite. Chacun de ces deux noms mériterait un demi-volume. Pomport n’a
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pas voulu renouer. Il habite Genève, à l‘abri des poursuites judiciaire. Ce fut un magouilleur, qui m’avait dépouillé au poker. Sa mère a refusé de me rembourser. Elle avait raison. Jacotte me trouvait « très intelligent, mais trop complexé ». Elle pouvait parler. Toute une vie est passée sur nous. Véra Benazerraf est morte. Je serais veuf, mais plein de judéité. J’avais prêté à Jacotte, brune grognonne, Le Chapelier et son château de Cronin. Le chapelier faisait faillite, mais achetait un gros diamant pour son doigt et sa bague. Il périssait, si j’ai bonne mémoire, dans la catastrophe ferroviaire où tout un train s’était abîmé dans un Firth écossais en pleine tempête.
Plus tôt, Angers avait connu un tel malheur avec un bataillon englouti dans le Maine : effet des pas cadencés ou des coups de roues sur les rails. Cela se démontre par les lois de la physique. Jacotte ou Jacqueline resta comme moi d’extrême droite, comme sont devenus nombre de pieds-noirs. Je ne sais plus où elle habite. Elle était peut-être juive, elle aussi, car son de famille se retrouve à Toulouse, en signe de protection du Duc. Nous s(…?) …
Cætera desiderantur
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Premièrement : découverte de La difficulté d’être. Gide taillé dans l’onyx. Une envie d’apprendre par cœur.
Deuxièmement : la confirmation que trois mois de vie puissent surpasser en gravure tant d’années écoulées presque en vain : septembre-décembre 2009 au lieu des années 60 où je vis. « Nouveau style » a les mêmes initiales que « Notre Seigneur » : N.S.
En ce temps-là nous subissions à l’Internat Montaigne le pire trouble depuis les colonies de vacances : la sottise du collectif, combattue par mon imitation de la folie. Je fouettais les piliers du préau à coups de ceinture en criant Sale juif j’auri t peau. Dans la cage d’escalier privée je hurlais devant la porte de son appartement des insultes ordurières au Directeur. Ma mère fut convoquée, venue du fond du Rhône pour entendre de sa bouche que j’étais vaurien de la pire espèce et que je n’arriverais jamais à rien. Mes cours se firent par correspondance. De 5 sur vingt je suis passé à 12, Mention Assez-Bien au concours de Propédeutique, avec des majuscules, parution au Sud Ouest de Mussidan.
Ah mais. On se redresse. On consulte le 9 novembre, le même dans tous les calendriers chrétiens : cela commence par une incartade. À huit heures moins le
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quart en permanence, mal lavé et le nez bouché, je me tourne vers le pion et lui lance J’en ai marre de ce Rimbaud. « Poâlade » en marge, car je faisais rire, à peu de frais. Rimbaud n’a pas ma révolte. La mienne rampe et mijote plus bas. Rimbaud avait la tête exacte des petits connards qui me faisaient chier dans les cours de collège. Une tête à claques. Et moi une tête à les recevoir, ce qui est différent, s’apparentant plutôt à une tête de couillon. Jamais Rimbaud ne m’a parlé ; je n’y peux rien. Baudelaire toujours.
Ce jour-là j’ai révisé mon histoire. Joubert nous expliquait la Première Guerre Punique par la variation du cours du blé sicilien. J’ai compris que l’Histoire n’était pas pour moi. La géographie n’était que de la physique : rotation de la terre, précession des équinoxes et formation de l’alizé. Repouah. C’est ainsi que l’on devient professeur de lettres. « Grève puis inquiétudes, toute la journée en permanence. SSSSS. Sifflement dental de désapprobation. Pour les acclamations, faire PCHCHCHCH.
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Le 19 novembre est une date ingrate, qui existe cependant ; l’an 2010 n.s., marqué par un flirt plus que poussé avec l’homosexualité, indique cependant, comme chez les femmes (je maintiens) une activité masturbatoire fréquente et régulière, et des relations avec des prostituées, Georgette l’avant-veille. Ce jour-là, l’étudiant « louera des places à L’Olympia, depuis transformé en résidence de gros bourges. Le même mentionne consciencieusement les cours du gros Lefèvre, à 14, 15 et 16 heures : sur le Roman de Renart, vraiment rasoir : n’a-t-il pas été jusqu’à dessiner un croquis pour expliquer la façon dont ce héros s’est creusé un tunnel sous une clôture ? celui qui ânonna un cours sur Tristan et Iseut au point de provoquer sa fuite sournoise en plein cours ?
Il est vrai que de s’être exposé aux rayonnements de Rougemont écrase les poussiéreuses intervention du gros Lefèvre. Mais l’évènement du jour figure en djungo : en toutes lettres, 21 rue David-Johnston : c’est l’adresse d’Arielle, dont j’ai fait connaissance peu avant, qui seront mon adresse et ma femme. Pour elle, sans y réussir, j’ai voulu emprunter un livre à la bibliothèque : lequel ? « Repas et café-cognac avec la susdite » (désignée par ses véritables
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initiales). Ce fut donc mon premier baiser, grâce au cognac. Elle accepta ; me laissant entrevoir l’éblouissante perspective de devenir un « camarade », selon son propre terme. Il est vrai que mes projets de camps de rééducation pour femmes, lesquelles à mon goût « ne se sentaient pas assez femmes », n’avaient rien de motivant pour elle. C’était bien gênant que ces femmes se permissent de vivre librement, avec leurs propres opinions et décisions, quelle inconscience en vérité, quelle insolence !
Mes convictions étaient articles de foi, et je ne les aurais remises en cause pour rien au monde. Mon rêve était assurément de me faire démontrer le caractère absurde de mes prétentions, et celui d’Arielle peut-être de me convertir à moins de psychose. Mais de nos jours encore, une femme qui me plaît se fera d’abord engueuler de ne pas, spontanément, se fondre d’amour pour moi.
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03 12 64 Cocteau disait (bonne introduction) que notre mémoire nous restitue confusément de vastes périodes qu’il nous a bien fallu vivre en détail. En 64 j’avais vingt ans et je ne vais pas citer Nizan. Et la page du 3 décembre compte 13 étoiles juives à l’encre rouge. D’autres pages exhibent des croix gammées, j’en ai détruit une aujourd’hui, recouvert l’autre d’une carte de Noël. Ce qui me fascinait, c’était le couple bourreau-victime, qui sont et ne sont pas les deux faces d’une même pièce. La croix gammée se mêlait aussi à une évocation explicite de l’homosexualité.
Pourtant je déteste Portier de nuit.
Les jours de semaine sont remplacés après rature, car il s’agissait d’un agenda de 1963, comme le précise l’écriture de mon père en tête de carnet. J’en tenais une sacrée dose, à 20 ans. «Au cours de Fournier, s’éloigner des fenêtres ». Pourquoi ? Fournier était un vieux gâteux. Il ânonnait de son bureau ses propres fiches, ou lambeaux de papier, sans la moindre explication. Il recopiait l’évolution phonétique des mots grecs au tableau, à la craie. Les étudiants se pressaient à son cours, on entendait une mouche voler, et nous recopiions le moindre détail du tableau, car ses annotations sans suite révélaient une grande érudition. Nous n’aurions jamais trouvé cet enseignement ailleurs, dans aucun livre. Il m’a tapoté le bras pour n’avoir fourni aucune excuse à mon absence de son cours d’IPES ; Institut de Préparation aux Enseignements de Second degré. Cela me permit plus tard de devenir étudiant salarié, avec promesse de servir 10 ans. Mais ce jour-là, j’étais de manifestation, avec banderoles, jusqu’à la Place de la République, devant le Palais de Justice.
Monsieur Laugier, mort depuis, alors jeune, fit un discours. Et nous scandâmes « Université Démocratique » - un vieil ouvrier fut très ému à la Bourse du Travail. En ce temps-là, l’estime pouvait être réciproque entre étudiant et ouvrier. À présent, c’est plus con l’un, plus con l’autre. Mais je me fais vieux.
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« J’ai déjeuné chez mes futurs beaux-parents ». Une telle phrase mérite à coup sûr de passer à la postérité. D’ailleurs, elle y figure déjà. Cela pourrait nous mettre sur la voie d’un abandon de prétention. Ainsi vaincraient ceux qui m’auraient entraîné avec eux sur la voix du mensonge : dissuader les autres de faire ce que je fais moi-même. Monsieur N., futur beau-père, me demande pendnat le repas si mes parents écoutent aussi le Jeu des mille francs : fallait-il qu’il n’eût rien à me dire à ce point ? Non, mes parents n’écoutaient pas le…
Ils n’écoutaient pas la même radio. Nous étions revenus du Maroc depuis 3 ans, nous avions coupé tout quotidien avec la Métropole, et je ne me souviens que d’un Colonel Dordogne, héros d’un feuilleton radiophonique se voulant drôle. Nous y habitions, en Dordogne, à Mussidan, sale bled de ploucs. On s’y foutait de ma gueule, parce que j’avais l’air et les propos d’un intellectuel, chose honnie dans un chef-lieu de canton de 3000 habitants. Mes airs de morpion prétentieux faisaient la joie des cadors « quin e se prenaient pas trop la tête ».
Ce jeudi, je revenais à Ste-Foy-la-Grande, berceau de tous les Reclus. J’étais pion, je me soûlais avec les pions au bar « L’Amiral », qui doit encore exister. Le patron y était son principal client. Il était rouge comme un jambon et sa femme l’avait laissé tomber. L’alcool, cause ou conséquence ? Disons les deux. Le patron m’avait surnommé Beethoven, parce que ma première apparition s’était faite sur une imitation de chef d’orchestre, à grands mouvements de bras. Le soir j’avais pris le train, emportant avec moi les souvenirs suivants : « A(près) – m(idi) : Parle sur deux chaises avec Annie, de ma vocation ».
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Vocation d’écrivain. « Je m’voyais déjà... » - c’est à 20 ans que la vocation crie le plus fort. « J’en aurai connu, des artistes », me dira plus tard un entonnoir à bites féminin. Car j’en ai eu, oui, j’en ai eu. Quelques-uns. Comme ça, sans plus. Annie et moi étions-sur deux chaises de chaisière, au Jardin Public, avec des motifs de trous dans le métal à cul. Puis nous avons voulu flirter sur un banc, mais il était sale. Nous ne voulions pas salir nos vêtements. Nous resterions ensuite plusieurs jours sans baiser, elle chez ses parents, moi chez Thoulouse, dont la femme louait des chambres pour les pions.
Dans le carnet, cela s’appelle « ici », comme une évidence. « Ici au moment où j’écris ». Aujourd’hui c’est Mérignac, pas très loin, et non pas Istamboul ou Dieu sait quelle métropole macédoniens… Il m’a fallu en rabattre . Y avait-il donc un réfectoire pour les pions de l’internat ? Ouvert à ceux de l’externat ? Et là, j’imitais du jazz, après avoir UN PEU trop bu, du vin de cantine. Un prof s’appelait Normand.
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Et on s’retrouve à cinquante ans comme chantait l’autre, à 78, un 29 décembre après tant d’autres comme tant d’autres. Celle-là je n’allais pas nous l’épargner. À quoi sert d’écrire si c’est pour surveiller ses clichés ? En ce temps-là ma pauvre dame, nous vivions l’époque héroïque de Tours en Indre-et-Loire, qui nous marquerait pour la vie, sept mois qui resplendiraient malgré les énormes mésententes. Tout le temps que j’aurai passé en dehors de Bordeaux me semblera à tout jamais merveilleux. Et pour les vacances qui s’appelaient encore de Noël, nous nous recroquevillions à Mussidan, le pire trou du cul de l’hexagone.
Tantôt àvec mà femme tàntôt seul, àvec cette insàtisfàction sàns trêve de là jeunesse, qui se croit màline de tout dénigrer àu nom de là révolution de mes couilles. Il fàllàit àlterner « grec, itàlien, làtin, Ràbelàis, Bàlzàc », je cite, et surtout « C. de là P. », dont l’àbréviàtion demeure obscure. Quànt àux Grenouilles d’àristophane, elles étàienr repoussées en fin de journée. Cette comédie-fàrce m’embàllàit, àu point que je là décàlquàis en français, avec un texte comique de mà composition, qui n’àvàit de comique que mon inconsciente présomption…
« àutre journée vàseuse », et comment pouvàit-il en être àutrement, àuprès de pàrents mous qui ne cessàient de nous obséder de leur perpétuel càfàrd, rien de ce que nous disions ou fàisions n’étànt de leut goût ou de leurs préoccupàtions… « Je descends en ville àvec pouce sur le déràilleur détràqué, àchète càrte chez Dindinnàud et l’écris dàns un couloir de màison où l’on vient, puis sous là hàlle de Mussidàn, il pleuviote, puis vàis chez Càsàmàyou àcheter 3 pàtisseries. Mme Làcombe, complètement stupide, semble bien ne pàs m’àvoir reconnu, ou bien àvoir refusé de me sàluer pàrce que j’àvàis les cheveux longs. Reviens trempé ».
Ceux qui n’ont pas connu Mussidan d’il y 60 ans n’ont rien vu.
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Le défaut de Carrière est de s’attarder sur soi-même en se croyant important. Il ne fait que se rendre ridicule.
En 2014 n.s., notre mode fut d’écrire en tout petits caractères afin d’en noter le plus possible. Nous étions très timides et nous pensions des génies méconnus. Le 9 janvier comporte plusieurs dizaines de lignes, dont certaines au Bic rouge, plus susceptibles de se faire retenir. « Matin : me fais engueuler par le gardien du 2e pour avoir laissé des usuels en pile sur une table alors que ce n’était pas moi ». Notre héros commence mal sa journée à la bibliothèque. Il doit avoir une tronche à se faire engueuler. « Au rez-de-chaussée, attends l’ouverture dans le fumoir en regardant un chien blessé tenter de rentrer alors qu’il bourrasque dehors ».
Pauvre chien, si comparable à son contemplateur. Noter la préciosité du lettré : «il bourrasque », ma chère. « Ont retrouvé mon classeur vert (en bas » : information capitale – allons, tout le monde n’est pas si méchant que le gardien du 2e. La bibliothèque, en bord de Loire, était mon point de repère à Tours. « Après-midi : bibli, d’abord passe hôtel Marceau, confonds cliente nouvelle du 9 avec fille de la patronne » - elle avait donc une fille ? Cette patronne que je croyais ravagée par la masturbation l’était bien plutôt par les neuroleptiques. À chacun ses obsessions. Je m’étais marié pour courir la gueuse, ma femme aurait couru le gueux, et nous nous serions raconté nos escapades à la Choderlos de Laclos. Hélas. La patronne serait plutôt cette connasse de propriétaire, qui louait un appartement chauffé au poêle à bois, et nous traitait de fort haut – pensez donc, des étudiants, qui ne savaient même pas entretenir un feu.
De tout cela, aucun souvenir.
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Nous revoici plongé dans les ténèbres les plus reculées. Nous délions les bandelettes des momies. En ce temps-là, FC habitait Monsempron-Libos, sous Fumel, aux confins du Lot-et-Garonne. Il enseignait le latin sur la colline. Il se rendait chez le bijoutier (il y en avait à Libos, en bas) qui lui vendait un tournevis « hors commerce », car il n’y a pas de petit bénéfice. Aucune trace ne subsiste de ces subtilités. Mais un évènement gît peut-être dans les papyrus de l’inspection : la visite, impromptue, de l’Inspecteur de latin. Cette matière deux fois morte faisait ce jour-là l’objet d’une composition en classe : t’as révisé pour ta compo ? n’était pas le signe d’une irréparable aliénation pédagogique.
On ne peut pas « réviser » pour une « compo » de version latine.
L’inspecteur veut assister à un vrai cours. On interrompt tout, place à l’improvisation. Car les cours de latin se préparent comme les autres. Clop s’est donc rabattu sur l’ancienne méthode : un élève, une phrase, un mot à mot. La version porte sur le cordonnier d’Apelle, que ce dernier remet à sa place : « Cordonnier, pas plus haut que la sandale » (« je veux bien corriger le dessin de ma sandale, mais tu n’es pas qualifié pour les autre détails du costume représenté ») – sutor, ne supra crepidam). Les inspecteurs n’en sont pas encore aux grandes élucubrations sur l’inutilité de traduire, étant donné que les traductions sont désormais accessibles à tous.
Mais savoir traduire est essentiel. Savoir calculer aussi, sans le secours d’une calculette. Chaque élève s’escrime sur une phrase, même si c’est vieillot et rébarbatif. Qui a dit qu’il était agréable d’apprendre ? Pense-t-on qu’il est plus agréable, plus amusant ! de chercher les subjonctifs dans un texte en les classant par catégories d’emploi ? Verdict : « l’analyse n’est pas assez vivante et la traduction pas assez rigoureuse ». Les épreuves du CAPES n’emballent pas F-C, peut-être que son épouse fera « marcher » son atelier de peinture, L’avenir prouvera que non.
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170270/2017 170223/2070
Transportons-nous à présent dans notre préhistoire, qui est celle de tout le monde. Nous faisons à nous deux moins de 50 ans, rue David-J., célèbre pour sa circulation intense. Notre lit se trouve tantôt perpendiculaire, tantôt parallèle à la fenêtre, qui tremble tous les matins à nous faire lever. Pour faire un peu de ménage, ma personne s’ « attaque au couvre-divan jaune marocain » - du diable si ce « couvre-divan » jaune a laissé quelque trace que ce soit ; c’est lui qui est marocain, et non le jaune. « Charroi du matelas et du c[ouvre-] divan dans les chiottes ». Le Maroc se corse. La topographie se brouille : les toilettes se trouvaient entre les deux étages.
Cela ne se peut. C’est tout petits, ces cabinets. Avec une simple lucarne d’aération. « Il pleut sur la terrasse, impossible ». Lucarne trop étroite, donnant à ras de terrasse en effet. Je suis le roi des dimensions. « Je bats le matelas sur le rebord de la pièce du fond » : il a donc fallu le coincer depuis l’extérieur de ladite pièce, qui me servait de bureau. Et sous la pluie, spectacle grandiose. Hercule lui-même, etc. « Puis j’essaie de taper le couvre-lit » - le couvre-divan servait de couvre-lit – j’ « y renonce ». La literie à demi-détrempée fera l’objet d’un nettoyage à l’aspirateur, lequel s’ouvre sans cesse ». Il semble en effet que nous n’ayons pas trop de dispositions à tenir un ménage comme nous l’ont montré nos bons parents.
Arielle doit « me fuir en haut » : l’étage au-dessus, autrement dit l’atelier de peinture. Une artiste ne saurait supporter un homme de ménage dépourvu de tout talent domestique. Ni s’abaisser à la moindre collaboration. L’épouse ici n’a jamais participé à l’entretien de son intérieur. La faute en est au jeune monsieur, qui étale sans… ménagement son « humeur massacrante ». L’inversion des rôles eût été plus conforme aux conventions. Bien sûr.
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Page blanche. Service militaire. Défense de lire, même et surtout du Musset. On vous castre, pour faire de vous des hommes. Écrasez votre banane ! Langage fleuri. Je m’en fous, le professeur de français que je suis va leur montrer, à cette bande de réserviste, le vocabulaire que je me tape. Nous venons de passer de la chambre Noirmoutier à la chambre Jarnac, 12e compagnie. Je suis allé à la chambre Noirmoutier. C’était dégueûlââce. Adjudant Bernès, ancien professeur de géographie. L’enseignement mène à tout. Je l’adore, il a du charme, je lui colle au cul, il me méprise. Collignon, t’as l’air con. J’aurais dû dire « C’est l’uniforme, mon adjudant ».
J’étais bon pour le trou. C’est de la persécution! dit Lopez, distinctement mais sans se faire voir. Qui c’est qu’a dit ça ? Qui c’est qu’a dit ça ? L’atmosphère, mon adjudant, l’atmosphère. Mais l’uniforme, ça rend con. C’est à se demander. Le sergent François trouvait «dommage » que nous fussions, parfaitement, fussions, en manœuvre, « parce que là, on aurait pu égorger les sentinelles par derrière pile poil ». Il ne faut jamais sortir sans son François. Pour les archéologues, précisons que c’était le grand pianiste mort l’année précédente à 46 ans. L’alcool tue. Réserviste de s’esclaffer. Le sergent n’aurait rien compris.
« Je n’ai jamais vu autant de cons au mètre carré » « Qu’est-ce qu’il a dit ? » Une femme répète ma phrase. D’autres hommes, dans la cour du Musée de Moulins, s’amusaient, sérieusement, à rejouer des scènes de l’armée, « Garde à vous », regards sévères, une fierté d’avoir vécu ces grandes heures de virilité. Cons comme des chasseurs. On vous engueule. Pour un oui pour un nom, ou rien du tout, pour le principe. On s’adresse à vous en gueulant. En engueulant. Pour faire de vous des hommes. Gazal appelait sa mère. Pas moi. Une réunion se tient après les classes. « Dites-nous ce qui ne va pas ». Les tourlourous de vingt se plaignaient d’être engueulés, de subir des réflexions fines (les gauchers, y en a de plus en plus de ces mecs-là). Le caporal prenait tout en considération, promettait que cela ne se renouvellerait plus.
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0310371/2018 2023/2070 Et moi, « moi qui suis toujours le plus fier », je ne disais rien, renfrogné, réserviste. « Et l’ancien, là, qui n’a toujours rien dit ? » Je ne dis rien parce que cette brutalité des instructeurs était voulue. On brime le soldat, pour ensuite relâcher la pression, et passer pour des libéraux pas si méchants que ça. C’est la dernière chose à dire. « Ben, on est à l’armée. - Qu’est-ce que tu veux dire ? - On n’est pas là pour rigoler ». Le sous-off se tourne vers l’assemblée, approbateur, instigateur : « Hein ? Vous avez entendu ? » Les autres baissent la tête : on n’est pas là pour rigoler. L’armée, ce n’est pas une colonie de vacances. Pourtant le comportement s’en rapproche. Il me semble m’ébattre au milieu de gamins de treize ans.
Je replonge en quatrième.
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Ce que nous craignons tous est arrivé : une page blanche, à petit quadrillage, dans un carnet souple et noir à bouton-pression. Le saint du jour n’est pas indiqué, mais c’était un dimanche, comme aujourd’hui. Pourtant quelle avalanche de minuties quotidienne ! Arielle fréquentait assidûment celui (ou celle) qui devait engendrer Djoulia. Personnellement, je courais, mollement, aux basques de Nicole F., que je ne couvris pas. L’homme n’a pas fait le premier pas, il s’est contenté d’embrasser les paupières au réveil, et d’aller se recoucher. Nous avons appris depuis, à notre grand désappointement, que ces dames apprécient la décision virile, au point de perdre toute retenue, subitement transformées en machines à vapeur privées de toute nuance.
Mais ça, c’était avant.
Notre quartier général se trouvait aux Arts, café somptueux aux banquettes de skaï, ébréchées sous des générations de culs. Au-dessus couraient de grands miroirs muraux, pratiques pour s’observer, soi-même et les autres réciproquement. Nous étions le groupe des Loches. « dont la morphologie est adaptée pour reposer sur le ventre, au fond de l'eau ». Cette appellation ironiques nous avait été attribuée par un Irlandais assimilé, féru de bordeluche, en raison de nos prédispositions à ne rien devenir d’autre que des poissons de fond de rivière : apathiques et sans avenir. O’Letermsen est devenu semblable à nous, avec un décalage de trente ans. Beau sursis, bien tenté, bien raté. Sic transit gloria, etc.
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Cinquante ans. Peu à peu, avec de grandes crevures de falaises. Mais un jour définitif, lequel ? Tout a reculé d’un coup. Sonia venait de naître. Son désir est de ne pas se faire remarquer. Elle avait deux mois. Personne n’est préparé à une naissance, surtout le nouveau-né. Nous avons confié l’enfant à la grand-mère, étage en dessous. Anne flageolait, j’étais à Cadillac, non loin de l’asile, des pompiers, de la police. Mes élèves ont plus de 60 ans. Bien la peine de vivre. La page est vide, sauf la mention de l’Annonciation du Seigneur. Magnificat. Je n’ai que des sottises à dire. De terribles sottises qui ne disent rien. Le 25 mars était un dimanche.
Déjeuner chez les grands-parents. Le Jeu des Mille Francs, le jambon-purée plus glace au praliné (pouah). Impossible d’imaginer plus loin. Tour et détour autour du pot. Les enfants, ce n’était plus nous. Nous n’étions plus nous. Jamais je ne repense à tout cela. Rien sur le carnet. Rien ne valait la peine d’être mentionné. Les autres parents se concentrent sur leur bébé. Notent ses regards, ses sourires. Nous n’avions aucune volonté. « Ça se tassera avec le temps ». Nous allions au cinéma, nos nuits étaient complètes, je chargerais bien ma femme de toutes les fautes. L’irrésolution, ce n’est pas facile non plus. Encore à présent je joue la victime : « C’est pas ma faute. Pas fait exprès ».
L’enfant devient adulte quand il a pardonné à ses parents. Nous ne voulions pas être adultes du tout. Ça n’excuse rien. Nous aimons l’enfant. Nous le confions la plupart du temps à la mère et belle-mère, J’entends Sonia crier Coco ! dans l’écouteur du téléphone. Lui annoncer sa mort comme ça, par téléphone, à 18 ans. Dieu a autre chose à foutre. Tu ne vas tout de même pas de décharger de ça sur ce fantôme. Ou alors « de toute façon, je ne suis jamais content ». Tu ne noieras pas le poisson. Onzième Commandement. « Mes
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parents ne se sont pas occupés de moi du tout ». Alors l’amour… Peu de poids. Le plus bel instant de ma vie sur le plateau de Millevaches, de Mille Sources.
Celles de la Vienne, introuvables sous la prairie. Anne roulée dans l’herbe lance son enfant vers le ciel en riant. Le lendemain matin, l’hôtelière nous engueulait avec le plus profond mépris parce que notre gosse avait pissé dans les draps. C’est encore nous les victimes. C’est trop injuuuuste… Sonia cherche toute sa vie. Nous en sommes tous là. Ce ne sera jamais une raison. Elle sera âgée quand elle me lira. Nous avons fait du bien. Plus tard, il n’« est jamais trop tard, « mais quand même ». Le poisson remue encore au bout de la ligne, nous ne l’avons pas noyé. Quand on a compris, rien n’est résolu. Pas notre faute, on vous dit. Un enfant ! Cela ne finira donc jamais ! « La Reine morte » de Montherlant. C’est tout ce que j’ai trouvé.
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En 74 de notre ère, le monde n’avait pas la même forme. Les pantalons flottaient sur les chevilles, et Giscard s’apprêtait à rendre adultes tous les jeunes de 18 ans. Pour nous la dalle funéraire se levait trop tard, nous étions déjà fusillés. Mais nous avons visité l’Écosse, la Bretagne et le Tarn. Schulmann sortait de son coma verbal, où elle ne disait plus un mot, lui substituant une logorrhée rédemptrice. « Parle encore, parle, parle ». Une telle épreuve scelle à jamais un couple. En Écosse elle a dessiné, en Bretagne nous avons trouvé un hôtel un quinze août, dans le Tarn elle a reparlé, tandis qu’on extrayait les corps d’un cimetière pour les replanter ailleurs, et j’attends la résurrection des morts.
Pourtant je pense peu à tout cela. En avril nos ailes ne se déplissaient qu’à peine. Nous fréquentions de vieilles connaissances à présent, autrefois comme nous en pleines années vingt, de Lazarus 24 à moi-même 29, 26 et 28 pour les dames. Les plus jeunes avaient pris les plus vieux pour novices, inversant les fonctions. Ils nous apprenaient à vivre, Florence et Lazarus, et nous nous laissions faire, puisqu’ils ouvraient la voie vers une perfection montante ; moyennant quelques efforts de bonne volonté, il nous serait aisé d’arpenter les chemins de crête déjà empruntés par nos cadets.
Nous les avions reçus dans l’atelier de peinture au troisième étage, car notre immeuble était le plus hait de la rue. Nous étions perchés cinq ou six, revenant peut-être d’un cinéma, car les cinémas existaient encore, et projetions d’aller ensemble explorer les côtes et reliefs de la Scotie. Lazarus et Florence, pour leur part, camperaient sur les dunes flamandes. Nous les y rejoindrions après notre épopée. Il paraît que Line m’avait ouvertement dragué, une autre femme (on disait « fille »), car les réunions d’amis existaient encore, elles aussi. Ma foi, je ne m’étais pas aperçu de ces avances, que certains hommes (il en existait encore) ont toujours eu beaucoup de mal à percevoir. Les femmes repèrent sans erreur les dragueuses, à se demander si elles ne se signalent pas en premier lieu à la femme d’à côté : « Tu vois, moi, je drague, espèce d’empotée ». Florence avait vu
cela tout de suite, et s’en était offusquée, plus tard, en comité restreint. Mais elle m’a reproché de m’être laissé faire. Ah bon.
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Plongée de plus dans ces abysses à titanics. Giulia avait 2 ans 2 mois. Elle a mangé avec nous à table comme une grande. Cependant nous ne l’avions pas entièrement prise en charge. Tous les mois j’ajoutais cinq grandes et généreuses minutes au temps que je pouvais lui accorder. Après calculs, les 24 heures auraient été atteintes pour ses 24 ans, ce qui témoigne d’une fibre parentale pour le moins déficiente. De mon côté, j’achevais ma première année d’enseignement au collège d’Arveyres, m’épuisant en clowneries. « Ils ne s’occupaient pas de moi du tout », dira Giulia. Il est trop facile d’accuser le destin, sévère d’accuser les parents.
L’étage au-dessous résonnait de violents accrochages entre les grands-parents auxquels nous confiions notre fille. Au moins ce jour-là, une heure vingt lui furent épargnées. Ainsi se transmettent les chaînes familiales. Voyons ce qu’il nous fallait faire : « chercher le pantalon », au pressing sans doute. Le patron était un sombre con dépourvu d’amabilité. Puis, il fallait « lire un auteur moderne, avec commentaires, peut-être comme devoir de licence ». Ce qui correspondait parfaitement avec un falzar propre. Bien soigner son pantalon et sa culture, avec une petite place pour sa fille.
L’auteur choisi était Freustié : qui se souvient de lui, mort en 83, sauf Libourne, qui lui a consacré une passerelle, et un prix littéraire ? Ne délivrer que sur ordonnance : il ne me semble pas avoir plongé dans ce chef-d’œuvre. J’en ai rédigé bien d’autres. Sans compter les lettres à mes parents, auxquelles je m’astreignais : « Celui qui cache quelque chose à ses père et mère commet un péché mortel ». Ne laissez pas vos enfants lire n’importe quoi. Ils en conserveront des traces ineffaçables. N’avons-nous pas tous nos excuses ? Je lisais une Histoire Sainte. Nous étions en visite chez M. Ravaux et Mme Antion, maman de mon tonton par alliance de ma tata.
Leur fils, tonton René, ne m’a montré que l’attitude d’un psychorigide, imbu de sa personne, pétri de mépris envers son neveu de 12 ans, moi-même. Pour lui, un gosse devait fermer sa gueule, afin de récolter l’expérience de ses aînés. Il m’a dit que je serais professeur, plus tard, quand j’aurai rejoint son niveau en faisant des études : « On aura toujours besoin de professeurs ». Cette affirmation devient de jour en jour plus audacieuse…
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Imaginons. Nous sommes à Bergerac, où le héros n’a jamais mis les pieds. Il a fallu d’abord accompagner Arielle, qui prend son Pullmann à 6h. Du matin. Ensuite cela devient confus : « lis Barnabooth ici », ce qui est un chef-d’œuvre. Que veut dire « ici » ? Bordeaux ou Bergerac ? « Cherche Sonia » : où ? pour aller où ? Le soir, je me trouvais chez mes parents sur la Dordogne. Voilà bien du mystère. Suis-je revenu de la gare, pour lire Valéry Larbaud ? Ai-je repris Sonia chez Coco, pour l’emmener chez mes parents ? Le lendemain c’était l’aventure, l’avventura : je devais explorer les sauvages contrées de Guéret.
Un silence me paralyse et j’ai des taches dans les yeux, comme des mouches qui se déplaceraient. Chez Papa, chez Maman, je manquais de naturel. Je partais de là comme on s’élance de la Lune vers Mars. BERGERAC-GUÉRET ; c’est le titre du 29. « Prends Arabe rééducation Périgueux » : en auto-stop ? Était-il boiteux ? « ...puis route Limoges » : avec une croix dans un cercle. Qu’est-ce que cela indique ? ...une conversation poussée ? Le premier arrêt fut pour St-Yrieix. Soif, Jardin Public, enfants qui jouent. Là-bas se trouve la fontaine de la Pissotte, d’où elle coule en petit filet. C’est bon à boire. « Meilleur que l’eau de la ville » me dit un vieux vieillard. « Une eau qui vaut de l’or » - exact : on en trouvait par orpaillage. « Bois voluptueusement ».
Un arrêt encore dans un bosquet de sapins après les Milles, debout au soleil.
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Messieurs, examinons cette page blanche. C’est un jour perdu pour l’histoire de ma Vie (je joue). Cette année-là fut de grande agitation, mais il n’en subsiste à peu près rien. L’agenda ou mémorandum n’était garni, de loin en loin, que d’exercices supplémentaires infligés en punitions, car c’était notre façon de faire : ineptie ? Mais une indication postérieure permet de rappeler en surface certains faits marquants.
Sans doute quelques jours plus tard, je suis allé avec Julie prospecter en vue d’une location dans le Gers, sans prononciation du « s » final comme en atteste le slogan « Les poulets de plein air / Élevés dans le Gers ». Nous allions au-devant d’aventures et d’humiliations. Un paysan demande à Julie si la moumou va lui faire momo. Julie se tourne vers moi, elle a 4 ans : « Pourquoi il parle comme ça le monsieur ? » Renseignements pris, il s’avère que le brave homme, devant ses barbelés, demande si la vache lui a fait peur. La mission consiste à demander autour de nous, d’un habitant à l’autre, s’il a ouï dire d’une location saisonnière.
Notre vacher n’en ayant pas entendu parler, nous poursuivons. Une femme locale demande le nom de ma fille : « Jjjjoulia ». Il est plus intéressant de bien insister sur le « j » afin de souligner un certain exotisme. « Et quel âge a-t-elle, cette « Jjjjoulia » ? Ma prononciation renvoyée révèle son profond ridicule. C’est promis, je ne le ferai plus. Cela m’apprendra à vouloir paraître ce que je ne suis pas. Il paraît que c’est le vice de Madame Bovary. Je n’avais pas lu ce roman sous cet angle. Un entretien se déroule à domicile. Les consultés me regardent avec ironie à leur table. Impossible d’avoir la moindre précision sur le montant de la location.
Un petit vieux très aigre, tout droit sorti des années 50, ferme le poing en s’adressant à la propriétaire : « N’aie pas peur de mettre un bon loyer ! C’est un enseignant ! Ils sont riches ! » Malgré les mines ridicules de mes supplications, il m’est impossible d’arracher à ce groupe de grinçants la moindre indication de prix,
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même approximative. Je me lève sous une avalanche de mimiques ironiques et méprisantes. Une autre aventure nous amène dans un fossé boueux. Un tracteur bien pratique nous tire de là, puis se renlise, et le câble se casse. Un second tracteur vient au secours du premier, et de nous deux, toujours coincés dans le bourbier. Voilà des paysans que j’aurai du moins bien occupé. Nous arrivons enfin dans la cour de ferme, au sommet de la pente, au sec. Nous accueille un chien boitillant sous un corps en forme de parenthèse parallèle au sol.
Je m’enquiers de cette pauvre bête. On me répond qu’il a bouffé des œufs, et que pour le punir, on lui en a fait manger un, tout imbibé d’essence. Depuis, le chien marche courbé, empoisonné, paralysé. Inutile de s’indigner, ils ont raison, ils trouve ça marrant, « comme ça il ne recommencera plus ». Admirons la sagesse paysanne. Le bouquet se situe dans la visite accompagnée d’un somptueux abri de jardin très orné, très bien équipé, dont on ne cesse de me faire mousser les mérites. Assis à la table enfin de négociations en présence de toute la famille, je demande, sottement, le prix. D’autres avantages mirobolants de ladite baraque me sont énumérés, avant l’annonce : « Deux mille francs ».
C’est une technique comme une autre. On fait le baratin, et l’acheteur, épaté, subjugué, ne peut qu’acquiescer et casquer. Je me lève pour signifier la fin de l’entretien : « Si vous me l’aviez dit plus tôt, vous n’auriez pas eu besoin de si longs discours » - la longueur de l’argumentation n’étant pas, messieurs, un motif d’acceptation, que je sache… Je pars sous les sarcasmes : « Si vous chercher quelque chose à 200 francs, vous ne trouvez rien ! » Le lendemain, nous confirmions à telle jeune lesbienne de Collioures que noua acceptions sa maison comme locataires, à 200 francs. Parlez-moi des Gersois des années Soixante-Dix.
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Le 33e anniversaire de Noble Dame se distingue par une virginité
totale : nous savons seulement que l’Héritière a les
oreillons et ressemble à un œuf de Pâques, et que viendra ensuite
l’annonce de Notre Nomination à Vienne, annoncée « de façon
lugubre ». Sainte Sophie. Dernier anniversaire rue
David-Johnston. J’ai demandé trois postes, ils seront pourvus
tous les trois : Valenciennes dans le N
ord,
tout près de Lille ; à la Réunion, Le Port, pour lequel aucun
renseignement ne me sera fourni sur le remboursement du
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déménagement. Le troisième, Vienne, sera préféré en raison de sa haute culture et de ma connaissance de la langue allemande.
Il sera primordial d’éviter ces mauvais écrits où l’auteur nous parle de lui comme s’il était de la première importance de connaître et d’apprécier chaque point de sa précieuse vie. Cette nomination viennoise venait de loin. Les Quatre-Parents resserraient leur étreinte. Ma Personne se voyait devenir petit tas d’aigreur condamné à vieillir sur place, sans aucun courant d’air, à voir toujours les mêmes têtes, à subir les moindres récriminations. L’avenir semblait aussi morne et prévisible qu’une étape de Théodore Monod, qui du haut de son dromadaire matinal apercevait déjà l’emplacement lointain de son campement du soir. C’était une tenace rancœur. Pour : la nécessité de changer de lieu, afin de voir du nouveau et de remettre en cause un mariage paralysant. Contre : le fait de s’imaginer que déménager suffit à résoudre les problèmes (changement d’herbe réjouit les veaux), alors qu’il est si facile, aussi évident, de compter sur son entreprenante volonté pour modifier la donne et se désembourber des conventions familiales.
Argument financier : « Nous ne payons pas de loyer ». Balayage de l’argument : « Nous gagnerons deux fois plus, et plus ». Ne pas adopter de ton familier, ni trop de véhémence, comme si nous étions la première personne du monde, qui nécessairement passionne tout le monde. Chose extraordinaire : les contraintes administratives nous forcèrent à l’esprit de décision, aux affrontements administratifs. À présent, à 78 ans, nous n’y parviendrions plus.Comme tout le monde, oui, nous sommes comme tout le monde. Nos aventures ne concernent pas nos lecteurs. Nous avons donc vécu ce mois de mai dans la frontière, entre monsieur qui désirait partir, et madame qui ne le pouvait, exposant à Paris.
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Tant de choses à éviter. Tant de choses à évider. Cela ne veut rien dire. Aigreur et nostalgie : à tout prix, fuir. Nuit passée à Scheibbs, Autriche. Le matin, contredanse sur le pare-brise. Surtout ne pas être banal. Raté. Nous nous sommes promenés en ville. 4000 habitants, métropole. Nous étions actifs, voyageurs. Achetions des pellicules pour prendre des photos. En ce temps-là, il fallait des pellicules. En ce temps-là, régnait une mauvaise ambiance dans la voiture, dans le véhicule. Nous ne savions pas respirer raisonnablement. Parfois nos contentieux se réveillent en pleine nuit, je tape sur ma femme, juste à côté. <en ce temps-là nos pouvions monter un sentier raide sous les pins.
Nostalgie ? Que nenni. « Sonia monte sur des branches sèches à proximité de barbelés ». Fais attention. Détourne notre attention de nous. « Ils ne se sont pas occupés de moi du tout ». Arrivée à Mariazell, de vagues souvenirs se présentent : bondieuseries à la pelle, jumelage avec Lourdes, vaste place, matière plastique, chapelets. Toujours une râlerie latente. Et un bout de messe, « église splendide », c’est dans le carnet. Basilique plus exactement, fondée l’an 1157 ; « assidûment fréquentée par les Habsbourg », c’est dans la notice : « caissons baroques, buffet d’orgue luxuriant ». C’est de moi. En guise d’objet de piété, j’achète à Sonia une trompette d’enfant. « Restau frais, service lent » (c’est exaspérant, ça), garçon stylé parlant français ».
Puis une autre montée, forcément, nous sommes en montagne, montagne à vaches, une vache enfermée pousse des hurlements de mise bas, nous avons peur des monstres et revenons nous rencogner à trois sur le siège avant puis à trois sur un banc de halte. Figurez-vous que nous avons vu sur un vélo une femme suivie d’un chien, et qu’un homme nous a demandé comment se disait blau en français. Auf französisch. Suivit un
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retour claquant par autoroute, et je me souviens encore d’un coup d’œil sur le portique indiquant la distance de Vienne. Du reste, si peu.
Ainsi donc, ce jour-là, en pleine Autriche viennoise, le professeur de latin acheva son cours « en beauté, en patassant comme un lapin ». Il n’en fallait pas plus, il n’en fallait pas moins, pour amuser des enfants de 15 ans : « Le professeur a fait « pata-pata » en imitant le lapin » (avec torsions du museau, sans doute). Il était rigolo. Limite ridicule. En deçà, au-delà ? ...de plus, il avait dessiné au tableau le portrait du « pieux » roi de Rome, sou forme d’un pieu couronné. Suivant en cela Descamps, graveur, caricaturant Charles X fiché dans un trou de jardin. Il semble avoir existé plusieurs versions sur ce thème, les traits du monarque figurant ou bien au sommet dudit pieu, ou bien dans le bois du même.
Les cours devaient tous sacrifier au dérisoire. Il était indispensable de se délivrer des angoisses en évitant toutes les blessures, donnant lieu à d’autres blessures plus cruelles encore si la plaisanterie n’était pas reçue. Le même jour, le professeur vantait le Tartuffe de Molière. Il était capable de passer du sérieux au burlesque. On peut jouer ce rôle, et tous les autres de cette pièce, au premier degré, en pleine outrance, le but étant de faire rire. Molière interprétait aussi Alceste, en faisant rire - « ...lorsqu’on vient d’en rire, on devrait en pleurer ». Aucun aspect du rôle n’échappait au maître. Molière avait interprété, plus jeune, du tragique, même en faisant rire à son corps défendant.
Les élèves ont à présent 43 ans de plus, autant dire 58 à 60. Ils ne pensent plus au professeur que vaguement, par intermittence. Il les aura bien fait marrer, eux-mêmes l’auront jugé bien touchant à distance, Il fallait bien se produire en public. Mettre les rieurs de son côté comme on dit. Transmettre tant bien que mal. Mais qui parlait du roi Numa, et de sa nymphe Égérie ? « Eh, Gérie, viens donc dans le buisson que je t’explique ». Le comique du voyageur de commerce. Du colporteur. « Le prof et le bateleur ». Le cours s’achève en tapant du pied, pata-pata, comme un lapin.
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Voici venir le temps des humiliations. J’en ai subi beaucoup. Comme tout le monde. À ce qu’ils disent. Comment noyer le poisson ? Les faits : je suis convoqué chez le Conseiller culturel de Vienne, appelé le Concu. « Le Conscul » chez Bastide. On se plaint de moi. Les parents d’élèves m’accusent d’ « expressions obscènes ». Je dis que cela soulage les élèves. Me voyant rougir, le Concul conclut que je saisis l’incongruité de mes propos. Dans mon idée, la liberté de mes propos défoule mon auditoire, mais la cité de Freud a besoin du psychanalyste.
Ma position est cependant intenable, au vu des principes de déontologie. Je me suis mal défendu, les collègues en sont d’accord. J’aurais pu invoquer les mânes de Rabelais, plaider que l’esprit gaulois est aussi l’esprit français, mais je me contenterai de dire que je préfère me taire, pour ne pas m’énerver. Le verdict sera : « Encore un an », puis on me gicle. Ceci grâce au dévouement du syndicat et autres. En effet je me suis confié à mes élèves, Rauch, fille de pantalonnier, et Lackner, de mère iranienne. Elles me disent que « ça ne se passera pas comme ça », des larmes dans les yeux.
Une pétition en ma faveur circulera parmi les parents d’élèves, et ce n’est que d’aujourd’hui que je m’avise de ceci : quarante-deux ans plus tard, il se pourrait que les parents plaignants aient été les mêmes qui me défendaient par le suite. J’ai conservé toutes ces lettres de satisfaction. Plus tard, j’ai été signalé comme grossier. Monsieur Fernandès est même allé au Rectorat de Versailles, où lui furent communiqués certains papiers confidentiels qui ne l’étaient apparemment que pour moi. Mais je n’ai jamais pu m’empêcher de raconter des salaceries à mon auditoire.
Pourquoi ? je devrais plonger dans mes arcanes, plaider que c’est tout de même mieux que la pédophilie, mais cet argument ne tient pas. Je n’aurais jamais tenir ces propos. Je n’aurais jamais dû faire rire. J’aurais dû être chiant, adulte, « comme tout le monde ». Ou alors, original, mais de façon mature. Mes élèves ont voulu me garder. Les coups de téléphone se sont multipliés pour moi. De Dispot et de Casset à Laab : qui était ce « Laab » ? « Tourbillon, même » : on veut virer un prof pour propos malsonnants, imitations de pets par la bouche ! Allusions constantes à la masturbation clitoridienne ! Jorépadu. Casset, délégué syndical, téléphone au Conscul.
Ce dernier me proposait ma démission, ou alors, il « faisait suivre le dossier ». Il l’a fait, de toute façon. Il en parle dans ce qu’il envoie au Rectorat de Versailles, où je vais me retrouver à la rentrée 82. Il fallait me mettre à l’asile dès l’enfance.
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De ce jour, ne plus râler, ne plus se plaindre. 21 jours jusqu’au 30 07 de cet année, 39 ans de le mort de ma mère, championne toute catégorie de râlerie et de geignardise. Amen.
En 2029 n.s. nous revenons d’Autriche, chassés comme des malpropres. Puis-je râler par écrit ? Théoriquement, non. Voir l’article. Si je ne gémis plus, je n’écris plus. Il est vrai que bientôt je ne pourrai plus lire, ma vie baisse et s’use (contrepet). Nous sommes catapultés à St-Germain-lès-Corbeil, dans un quartier de riches cons. Je me sers d’un agenda venu de Prague, eux jours, aux mois, en langue tchèque. Sobota, c’est samedi. 10, c’est 10 (d’où l’intérêt des idéogrammes chinois). Července, juillet. Penser à se raser. Mettre aux pieds d’Ariel une cuvette et une serviette pour se laver les arpions.
Cette âge du 10 juillet s’ornait, comme le lendemain, du point d’interrogation fatal :R.A.S., journée morte, nous avons mangé, chié, dormi. Le 28 septembre 2063 n.s., relisant les lettres à mes parents, que j’ai eu la faiblesse de conserver (les lettres), je note que Sonia nous a tendu (et non pas tondu) un gros morceau de pelouse. Car, oui, nous avons de la pelouse, autour de cette belle villa perchée au-dessus de Corbeil, désormais cauchemar des politiciens. Nous avons été nommés à deux pas de là. Bientôt, le serviteur devra travailler à 1h 3/4 de son domicile, à Meulan. C’est tout près, sur la carte.
Après vélo, train, métro, RER et re-train, je serai tout à fait en train pour les élèves, en pleine forme et gavés de Chocolat au lait. Si je prends l’automobile, ce sera le même temps. La maison est vaste, éclairée, bien distribuée (« ne plus râler » : valable pour le courriel adressé à Te Anaa, ingérable pour l’écriture) (nous en avons vu d’autres) (de renoncements). Si Djoulya nous arrache la pelouse, c’est qu’elle est mal entretenue (la pelouse). Il faudra tondre. Nous nous promenons dans le lotissement. Le loyer est élevé, et s’élèvera sans cesse, car « on » a flairé le fonctionnaire qui vient d’Autriche, et qui peut payer.
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Hélas, grognasses, notre salaire est divisé par deux. « Je râle, je râle soir et matin, Je râle, sur mon chemin »… Des meubles vont nous suivre, à moins qu’ils ne soient déjà installés. Bientôt nous recevrons de quoi tout éparpiller. Nous n’aurons aucun ordre et dédaignerons les travaux ménagers, y compris ceux de Djoulya, qui n’osera inviter personne ici, ses camarades bénéficiant de parents normaux, qui font le ménage (madame, ou la femme de ménage) et reçoivent dans l’impeccable. Nous jouerons au badmington sur la pelouse arrière, et le volant souvent atterrira chez les voisins, les « Delande », dont madame sera l’institutrice de notre fille, et monsieur le prochain mort du quartier (leucémie ? stère).
En bordure du petit bois, deux enfants salauds déroberont à notre fille une boule en baudruche qui saute, à peine offerte, aussitôt subtilisée. Je crois que mes pneus seront crevée, mais je ne dois pas devenir parano dans mes souvenirs. Notre véhicule est encore immatriculé en Autriche, terminé par 042 (« Allez les verts ! - Mais non, tu vois bien que c’est une voiture étrangère » - bien nous prend de n’être pas arabes. En face, de braves Lorrains bien épais. Je suis un Lorrain fin. Fin.
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En ce temps-là, voici 40 ans jour pour jour, Cloporte séjournait sans doute au domicile de ses parents, à Bergerac. Lés évènements furent ceux de toujours. Il était seul, sans fille ni femme, avec sa mère un an et sept jours avant qu’elle ne mourût. La nuit précédente un orage avait provoqué » une forte insomnie. À 15h 45 devait prendre place un rendez-vous chez le dentiste. Ni de l’orage ni du dentiste il n’est fait mention dans la mémoire à éclipses du cloporte. Une lettre G indique la présence souhaitée d’une action hellénique, « EF » se rapporte à Élias Fels mais pas plus de 20mn, « MA » et « GM » se rapportant à Moyen Âge et à Grammaire Moderne.
Le cloporte s’organise.
Explorant la librairie de Bergerac, il repère, au fond, avec un « d », Cérémonies secrètes, composé par son épouse et imprimé à leurs frais, car le « lyrisme démodé » ne convient pas aux éditeurs. Enhardi par cette découverte inespérée, il entre en conversation avec le libraire, « ancien copain Castor Astral ». Cette mention semble inexacte : le Cloporte n’a lié aucune « copinerie » avec les éditions du Castor Astral, dont les membres lui ont surtout paru bien imbus d’eux-mêmes et de leur mission apostolique, étant bien entendu que lui-même s’exonère totalement de ces gros travers.
Il trouve à son interlocuteur une « tête de brave pédé », ce qui demanderait une définition plus explicite. En tout cas, le Cloporte n’a rien aux dents, voir plus haut. Alors, il téléphone à Monique de Villamblard. Il osait encore. Il n’avait pas été remis en place par les halètements angoissés de son interlocutrice. Cette dernière le traitait encore honorablement. Alors survient sur cette page une mention insolite : « Dans le noir, parents absents, tous volets fermés ». Le noir n’était sans doute que relatif, dû aux dits volets clos, mais où pouvaient bien avoir disparu les susdits parents ? Étaient-ils coutumiers de pareilles escapades ?
La maman de, et non la mère de Fier-Cloporte n’était-elle pas caractérisée par une
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position allongée soigneusement entretenue à grand renfort de geignardises ? Les parents de ce grand con de 38 ans se seraient donc absentés de leur clôture monacale ? Le soir, alors que mère et fils étaient sur la terrasse de côté, sur des fauteuils d’intérieur, le voisin Pouliquen s’adressa à la cantonade : « Tu ne veux pas venir voir le tableau ? ». Le tableau, c’était notre mère, affublée de lunettes noires dans le jour couchant, douloureuse, et son fils, la main sur le dossier, raide comme un hallebardier suisse, tous deux inexpressifs et le visage droit.
Jamais fauteuils boiteux tapissés à l’ancienne (motifs de fleurs et fougères, cul velouté, gros clous se touchant presque) ne furent conçus pour trôner sur un rebord te de zéro mètre quarante, pour évaluer le paysage plutôt restreint du mur latéral de M. Pouliquen, compagnon de Mme Planet. La maman du Cloporte eût vu d’un bon œil une liaison de cul avec ladite concubine, grande blonde ordinaire et presque lorraine, dont elle eût obtenu, en qualité de voisine mitoyenne, maintes révélations sur les comportements sexuels de son fils, et la forme des traînées de sperme sur les draps de la traînée.
Aussi FC fuyait-il de toute son indifférence ladite candidate blonde, car on ne baise pas une femme sans mystère. À présent les femmes sont à peu près aussi séduisantes que des boys-scouts, le seau de plage d’une main et le clitoris de l’autre. Mère et fils posèrent devant le voisin, lui-même assis derrière l’inexistence d’une séparation à peine grillagère, et qui n’était pas, quant à lui, le moins du monde ridicule. Maman FC se replia dans le jour tout à fait finissant, son fils en fit autant, et la porte fenêtre sur eux deux s’est refermée.
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Plutôt que de retracer pour la vingtième fois ce qui s’est passé ce jour-là, indélébile dans ma mémoire, je raconterai l’enterrement de ma mère, Simone Liénard, née le 14 avril 1911, profonde geignarde enfouie dans le malheur et prématurément morte le 30 juillet 1984, St-Abdon, à l’hôpital de Bergerac. Je me suis enfui dans ma voiture, sans assister aux signatures des assistants à la messe, qui me voyant gagner en hâte mon véhicule, ne signèrent rien du tout. La caisse fut enfournée dans la camionnette Citroën à cannelures parallèles, et sans trop ballotter le cercueil, le convoya jusqu’au cimetière dont j’ai oublié le nom (Beylive?).
Mon père était là, stoïque ou absent, ou les deux. Je suis resté seul tandis que le pousseur accumulait depuis son engin la terre qu’on avait dégagée pour y mettre ma mère. Le conducteur me jeta un regard inquiet, au cas où j’aurais voulu me lancer dans la fosse, mais je n’en fis rien et rejoignis le groupe qui s’était éloigné. Le puisatier portugais en faisait partie, puisque nous l’avons retrouvé chez nous, mon père et moi, autour d’une bouteille de rhume blanc, très fort, un vrai désinfectant que je sirotais à la bouteille. Le puisatier nous raconta le sommet de sa vie, lorsqu’il était suspendu dans le trou, découvrant après maintes réflexions puisatières la raison d’une fuite et son remède.
Les gens racontent toujours la même histoire. Ils n’en ont qu’une à raconter, et la refilent à tous. Telle hôtelière qui vous révèle au fond du Tarn-et-Garonne la mort subite de son mari et les sentiments délicats qui l’envahirent alors la répétera intacte au client suivant. Mais revenons à notre mère. Et à ce 2 août, où se célébrait la fête de ma grand-mère Alphonsine, alors que c’est la St-Julien. Alphonsine était la belle-mère de ma mère. Donc la mère à papa. Ce matin-là, nous étions tendus, et Sonia soupirait dès qu’on lui parlait des devoirs de vacances. Le jour de l’enterrement de ma mère, je tenais à faire travailler ma fille.
« Annie ne comprend pas pourquoi je suis tendu, ben voyons ». Je cite. Elle m’a
forcé à baiser, la veille au soir, sous prétexte que de toute façon je n’aimais pas ma
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mère. Possible. Mais j’ai pleuré en silence tout le reste de la nuit. Alors j’étais tendu. Forcément. Il ne faut pas râler dès le matin. « Il faut savoir. Mais moi je ne peux pas ». Il fut dur d’attendre l’heure. En notant les évènements, j’avais (« oubli significatif ») omis de parler de ma mère dans son cercueil. Elle avait un physique « très dur, de rejet ». « Vous m’avez bien fai chier. Maintenant je vous emmerde ». C’est scato mais c’est comme ça. Sonia fut choquée : « Il manque un bout d’oreille ». La faute du froid. Et je n’aurais pas dû choquer ma fille par la vue de sa grand-mère ainsi.Elle ne m’en a parlé que des années plus tard. Annie s’est mise à pleurer, alors, je suis sorti de la pièce. C’était trop fort. Nous étions avec les Costa, les Portugais, qui respectent la mort et la famille. Nous étions en sous-sol, près des canalisations de chauffage central, Dieu merci éteint. Et le soir, j’ai écouté la Quatrième de Beethoven.
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Ce douzou-là, j’ai vécu. Victor Hugo ne comprenait pas lui-même ce député parisien, qui prononçait ainsi le 12 du mois d’oût, ailleurs prononcé avec le « t » final. Ce jour-là, 2032 nouveau style, j’ai 40 ans, nous voyageons, la michpahha et moi, de Bergerac à Meulan. Tout s’est passé sans encombre. D’abord, je porte à la poste un paquet de traduction que j’envoie à Daniel G., désormais rattrapé par un cancer. Je ne me souviens de rien. À vrai dire de toute la journée. Nous roulons donc avec « la nouvelle voiture » : laquelle ? La vert olive ?
Pour une fois neuve ? qui n’a pas fait plus longtemps que les autres ? C’est intéressant. Non, ça ne l’est pas. Chère demoiselle lectrice aux Éditions Machinchose (je n’en ai pas connu d’autres), ce que nous jetons ainsi à la mer nous autres écrivains, c’est la friture d’embruns qui constitue nos vies, S’il ne devait s’écrire que les choses « intéressantes », nos bibliothèques seraient pleines de pages vides. Viggo Mortensens, dans Captain Fantastic, interdit à ses enfants le mot « intéressant ». Car « pour qu’une chose devienne intéressante, il suffit de la regarder longtemps » (Flaubert). Certains se filment toutes les minutes, pour léguer aux singes à venir le témoignage de sa simple vie de retraité américain.
Par exemple, si personne n’a regardé, n’a trouvé intéressants nos hamsters mis à gambader sur l’aire d’un parking, c’est qu’il n’y avait personne pour les regarder. Nous n’avons pas quitté nos bestioles des yeux. Nous les avons remises en cage. Pauvres bêtes si résistantes. Aucun souvenir. Je parle avec A[rielle] « en suivant assez loin l’herbe au long de l’autoroute ». Faut-il qu’un tel trajet soit aussi dépourvu d’intérêt (vous voyez bien!) que le simple fait de regarder l’herbe sur des hectomètres mérite de figurer sur l’Agenda/Memorandum de monsieur ? Pourtant le coup de téléphone à Papa (depuis une station, car le téléphone portable n’est pas même encore dans les limbes), où mon paternel demande réclame de renvoyer des chaussures et du dentifrice pour mettre dessus nous a semblé très drôle ?
Pas de souvenir non plus. Autre miracle : Arielle a consenti à conduire « dans le Poitou ». La province n’a rien a voir. Simplement, bien avant son avc, mon épouse avait délaissé la conduite.
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Nous avons reçu nos père et beau-père en notre appartement de banlieue, et nous l’avons trimballé à Paris, voire à St-Germain-en-Laye, où naquirent Louis XIII et XIV. Et dans la chaleur j’accumulais les activités, cochant chacune d’elles d’une croix. Sonia avait 13 ans, nous autres la quarantaine et Beau-Père 66. Il était en costume crème de vieux beau distingué. J’ai fait une leçon de tchèque. Les tâches en suspens font l’objet de renvois vers le haut, exemple : « Lecture suivante », « Khyrrs et Tzaghîrs » tirés de mon imagination, relatant la fusion d’un couple de civilisations en déconfiture.
À propos de confiture, il faisait chaud et rien de mieux qu’une visite de musée : celui de St-Germain-en-Laye. On y voit, on y parcourt impitoyablement toutes les étapes de la ville, en commençant par la pierre polie (paléolithique), taillée (néolithique) ; puis nous avons vu des herminettes de bronze, dont le « tranchant est perpendiculaire au manche », « et tout le tremblement » (and the whole sheban, j’adore cette expression).
Nous avons parcouru par-dessous de remarquables reconstitutions des plafonds de Lascaux, du moins sur dix mètres, impressionnant mais indisposant par ses aspects rougeâtres de cirage laqué . Et plus cela évoluait vers l’inévitable temps présent, plus Arielle montrait d’enthousiasme, et moins j’en montrais moi. Tel est l’inconvénient des présentations chronologiques. Pour toutes ces villes autrefois glorieuses, le grand sommeil paralysant s’est installé depuis les annexions républicaines, et il est sans exemple de voir des villes individuelles passée la guerre Quatorze, où les Français n’ont plus fondé que la France, Une et Indivisible.
Enfin notre maigre smalah se trouva affalée sur une banquette de couloir, épuisée de visite et de station debout. Le Patriarche avait ôté l’une de ses chaussures, signe manifeste de laisser-aller. Puis nous clopinâmes vers la chapelle, où glapissaient d’incongrus présentoirs expliquant l’art et la manière des recherches archéologiques en milieu fluvial : mortel, et bien mal adapté au recueillement. Alors, nous avons bu de l’eau froide en gobelets de plastique, et même tiède en nous trompant de bouton.
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Inspiration digestive. Une chanson parle de « 1987 ». Les années de la quarantains sont devenue nostalgiques. C’était une époque enfouie, où se déroulait une vie pleine t bien vivante, mais dont tous les sujets de préoccupation, se sont envolés, vains comme les poils au cul de la belle Isabelle. Je suis descendu à pied à la banque : vous vous rendez compte ? Ce n’est pas à vous qu’il arriverait de tels évènements. Et M. Jouveneau ? Vous ne connaissez pas monsieur Jouveneau ! Moi non plus. Plus du tout. Il m’a dit, ce con d’employé, que le remboursement d’un emprunt, c’était le total ou rien du tout.
Alors, tenez-vous bien, j’y suis retourné avec Arielle qui m’a donné procuration pour le livret épargne-logement ! Incroyable… En ce temps-là, lointain, lointain ! nous ramions encore (du verbe « ramer ») pour nous sortir de notre bourbier financier : des comptes finissent encore désespérément les mois, sur les pages de notes. Ce 4 septembre, anniversaire de la III e République, fut donc une « journée galopante ». Et Xavier de Maistre avait joué au loto, acceptant le stylo du buraliste, qu’il m’avait prêté au lieu de me le vendre. Tête amère dudit quand je lui ai rendu le petit zizi au lieu de le payer.
Ah, c’était dur, la vie, en 1987, faudrait pas croire. Il faut tout noter, braves gens, avant que tout ne s’envole. Nous sommes allés rechercher « Joulya » à Verneuil, « où il n’y avait personne ». Et qui aurait dû s’y trouver ? « J’ai attendu à part en lisant Guyotat dans la voiture » : c’est la mère qui doit s’occuper de la fille, pas au père. Le père, lui, se plonge dans un livre. Infect, ce livre : Tombeau pour 500 000 soldats, ou « L’Odyssée des boules sécrétrices », car on bouffe de la couille à chaque page à tous les étages. Pour écriver, soyez pédé. Quel rebelle. Au pont de Triel, infecte queue » (vous voyez bien…) pour travaux. C’est la vie. Thirsty-six years ago. L’essence m’échappe quelque part. La vie conjonctive, comme les tissus du même nom. Juste avant, nous avions ausculté l’hôpital d’Évecquemont. Arielle cherchait un emploi. Elle avait fait bonne impression. Nous nous sommes promenés, en supputant nos gains...
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De plus en plus obscur. Année du double huit. Ou 35. Où j’étais enseveli dans mes fonctions, dans mon tourbillon de basses choses. « Boivin revient en salle Toulotte, totalement inintéressant ». J’ignore de quoi il s’agit. Boivin était un jeune con, très beau, bien pédé selon lui. Toulotte était prof d’art plastique, célèbre pour avoir rabroué un petit con : « Vous êtes comme les dinosaures, une petite tête et une grosse queue ». On ne l’avait plus entendu, le cador. Le professeur que j’étais emprunte son livre à Marjorie Begey, dont j’ai tout mais tout absolument oublié. Elle me dit « Faudra payer ». Je réponds « Je paie en nature. Vous viendrez me voir à la fin de l’heure. » De nos jours, ce serait révocation immédiate.
« Gros hourvari dans la salle ». Évidemment. C’est bien le moins. On se marre, on s’indigne, on rapporte, et tout s’oublie. Nous sommes tous, nous les professeurs masculins, sous l’épée de Damoclès de nos faits passés. « Dominique Capeillé m’apprend qu’elle a perdu un enfant à Marseille. Me traite amicalement de pestouille ». J’ai voulu me la taper. Elle m’a dit que je la tripotais, à la grande indignation de Nazé. Je suis ressorti de la salle des profs en claquant la porte, mais je me suis pris le battant sur le talon.
Effet raté. « Je ne t’ai pas attendu pour faire ma vie ». C’était vachement conflictuel, tout ça. J’avais 43 ans. Comportement de 14 et demi. Voici mes projets d’écrivain : « Essayer histoire d’un faux peintre à la Paysan, qui réussit et qui emmerde tout le monde… puis se prend peut-être à son jeu, ou se renie, mais dont on dit qu’il s’est renié sans savoir… Imposture de toute œuvre d’art ! Après tout, c’est bien ce que je veux faire en littérature ! » Le tout bien rayé en biais. En conflit avec tous, et le cherchant. Enfoui sous une profession de merde. Noyé dans son nombril. Encore aujourd’hui ?
Le temps. Le temps qui m’était compté, mis en miettes par le rouleau compresseur lancé au galop. Silhouettes de collègues. Jamais je ne pense plus à ces choses-là. J’étais un hochet conscient. « Acheté un falzar ». Mais « Annie au lit ». Déjà. « Budget néant » : et le falzar ? Tout éparpillé. « Voir Murcia pour Lemarié ». Quelle rapport ? Murcia avait un beau cul, tout rouge dans son falzar collant. Elle en pleurait. On ne voyait que cela, chez elle. Qu’aurais-je pu faire ? Qui me demandait quelque chose ? Boivin disait qu’il aurait aimé « sa tête sur le corps de Murcia ». Mais tout le monde prenait Boivin pour un con. Se prendre les uns les autres pour des cons me semble l’activité sociale la plus caractéristique. Ma tension est de 15/8. Tabagisme passif. Acheter un tensiomètre.
Des silhouettes dans un grand panier à salade. Un mot de la fin ? Mon médecin prend sa retraite. Lui offrir un livre. Lequel ? Il a fallu vivre tout ce passé. « Annie au lit ».
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Nous replongeons dans les années vaseuses. La quarantaine fut non pas la décennie de la réalisation, mais celle de la stagnation. Pour tout dire, je croupissais à Meulan. Meuh ! lent…
« Arielle s’était absentée à Bordeaux » (avec diérèse, et hiatus).
Et je téléphonais (oui ! tel quel!) à Magnard, pour m’entendre dire qu’ils ne s’occupent que de livres pour la jeunesse. Ah que pouah. M. Leblanc, éditeur, me conseillait d’écrire pour d’autres enfants. Pendant ce temps je regardais ses poissons rouges. En 2036, je me renseignais pour acheter ? louer ? Une ponceuse-cireuse. Julia, enceinte, était partie. Où est l’égocentrisme ? Un magnéto à bandes ? Archaïsme ! Marie-Pierre fait un « pot » (d’adieu ?) au CDI : Centre de Documentation et d’Information… qui était Marie-Pierre ? Comment peut-on survivre avec un prénom pareil ?
Je vivais tout cela en toute conscience, prenant tout cela au sérieux, M. Dutelle, ingratement trahi, sans doute mort, me demandait sérieusement si 90 choristes pouvaient tenir dans l’église de Meulan (au-dessus d’un tunnel, mon Dieu que les bouffe-curés du XIXe siècle avait de l’esprit!), et j’exprimais mes doutes en présence de Môssieur le Principal, qui portait le nom d’un chef-lieu de canton près d’Évreux. « J’ai une éducation musicale ! » s’écriait-il devant le professeur de musique. J’ai vécu cela, moi, le grand homme, le génie caché. Le soir, je téléphonais à mon épouse, là-bas très loin à Bordeaux, pour lui communiquer le numéro de Mme Legendre, « qui m’avait contacté après mes mouvements » !
Qui était Mme Legendre ? À quoi servait-elle ? À quoi devait servir cette ponceuse-cireuse en location à Loca-Tout ? Mais bien sûr que je me demandais à quoi je servais, on a une éducation philosophique ou on ne l’a pas ! Et comme on est vachement lucide, on écrit en toutes lettres « Rien à signaler » sur sa petite colonne du 28 ! C’est fou ce qu’on réfléchit ! Ce con... Devant le flot de réflexions adolescentes qui m’a toujours porté, par fidélité à moi-même (« Monsieur Moi-Même » de Stendhal), l’écriture marque une pause, flairant la pose évidente. Vous avez dit « écrivain » ? « Cordonnier, ne t’élève pas plus haut que la sandale ».
Rideau. Clapet. Camembert. C’est bon le camembert.
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Le neuf octobre, mon père était mort depuis un mois et 13 jours. Je n’en avais pas eu de chagrin, car il était resté digne. Et la rentrée s’était faite. La page du carnet se hérisse d’actions à faire, des agenda. Il fallait « envoyer des choses », y compris désormais à Blanchard. Ma résolution était prise. Il venait de reprendre contact. La journée fut marquée de trois évènements : Joubert, ce germanophone au sourire de fiel, a prononcé l’expression « Nous diverserons », ce qui me fait lever les yeux au ciel. Évènement considérable ! Quand ce fut mon tour de présenter aux parents d’élèves mon plan de campagne pour le latin, je m’exprimai debout : les phrases immortelles que j’ai prononcées ne sont pas venues jusqu’à ma mémoire, ni à celle de la postérité.
Ensuite, j’ai trouvé le temps de passer chez Sonia, aux Mureaux, jeune mère de famille, David ayant 11 mois et 11 jours. Elle est en larmes d’épuisement, « puis ça va mieux ». C’est dur d’être une mère. Tout est dur. À deux pas de chez elle, plus loin sur le plateau, quartier Croix-Verte, j’ai fait mon émission, dans les studios de Radio Vexin Val-de-Seine. Cela portait sur monsieur René Char, dont je n’aime pas la grosse bite qui traîne partout. « C’est moi que j’suis le Grand Héros d’la Résistance » : pouah. Puis, trois chansons de Renaud, «en prévenant Sonia » (par téléphone?) - elle va mieux mentalement.
Ensuite je téléphone à Arielle, qui séjourne à Bordeaux chez Muriel. Donc c’est fou ce que je me préoccupe des autres. Sans oublier mes sept heures de cours ce jour-là. Nul ne peut écrire que ce qu’il est. Ce que je suis, ce sont 30 minutes, dont j’ai omis de fixer le début. C’est à moi aussi d’accomplir la « corvée administrative », cochée « faite », concernant « P/M » : de quoi sont-ce les initiales ? « Sont-ce » est ironique, bien sûr. « PS ou MGEN » : adhérais-je donc encore au Parti Socialiste ? Je suis encore à la Mutuelle Générale de l’Éducation Nationale » : plus fidèle à l’assurance, qui, elle, au moins, fonctionne, le parti pataugeant dans ses restants de marigot.
Mais les mouvements sur tapis de sol sont restés lettre morte, ainsi que l’Écriture, le Dactylographiage et la Télévision. Aujourd’hui, on se bat en Israël. Juste pour dire.
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« En ce temps-là, Jésus dit à ses apôtres » - ou plutôt Grimbert dit à ses collègues : une de ces vannes pourries dont on se souvient, et des éclats de rire qu’elles ont provoqués. Saint Grimbert Apostolos raconte qu’il a mangé une crêpe dans laquelle un de ses élèves s’est mouché. C’est vomitif, tout le monde à dû se récrier à grand renfort de « bê », « fê », et autres onomatopées de dégoût. Mais rien n’en transpire aujourd’hui dans mon cortex. C’était un fameux conteur que Grimbert. Il disait « deux coups dans le saignant, un coup dans le merdeux », pensant s’attirer les grâces de jeunes femmes officiant dans la même communauté enseignante.
Mais il savait se tenir. Pas moi. La preuve : chez une collègue hospitalière, lors d’un festin de dix ou douze couverts, votre serviteur en avait sorti une bien bonne, de cette farine et de ce tonneau. Il se tourna vers son voisin de droite, le même qui vous parle en ce moment, et sur le ton le plus réprobateur et comminatoire possible, m’asséna cet avertissement : « Encore deux comme celle-là, et je m’en vais. - Deux ? - Deux ». Un sursis. Monsieur était trop bon. Il me fallut donc l’ignorer, le laisser à ma gauche égrener ses bons mots de bonne compagnie. Je me rabattis donc, en bout de table que j’étais, sur le mari de notre hôtesse, stewart sur les lignes d’Extrême-Orient, dont la fadeur m’enveloppa durant tout le festin.
À part cela, un type charmant, séducteur de Bobinet et de Balik, ignorante de son nom qui veut dire Poisson, en turc. Je corresponds encore avec Grimbert, il publie des photos de juifs assassinés, que nous gratifions d’imoticônes affligés, puisque c’est tout ce qui nous reste à la fin de nos vies. Nous avons 80 ans. Les fauchés par la mort n’en ont souvent que 20. Le soir de ce lointain 22 octobre, l’émission Lumières, Lumières, portait sur l’antisémitisme chez Walter Scott, Ivanohé.
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Exhumons. Trente années depuis. Seul à Meulan, où je me suis consumé. Arielle à Bordeaux, récurant et briquant l’appartement maternel, écuries d’Augias, comme nous en laisserons à nos successeurs. Une exposition en vue. « Le mec de l’imprimante », qui est ce « mec » ? « quête des compliments sur les affiches de ma femme » (je disais : « ma femme » ) « Ben euh... » Du diable si je me souviens de ce résidu d’évocation, de cette exposition, de cet « imprimantier »… De nos jours il faudrait tout un effort d’équipe, alors que j’ai cédé devant les concepteurs du jeu, celui qui m’a mis hors-jeu, ou que…
Les autres sont comme le moi ; mais si le moi est indéfinissable, comment peut-on définir « les autres » ? ... « Téléphone Pompes Funèbres pour dettes persistantes » : ce sont elles (curieux féminin) qui m’ont contacté. Que dire de neuf sur les Pompes Funèbres ? qui me distinguerait des autres ? Quel était le son de la voix dans l’écouteur ? Homme ou femme ? Administratif ou comminatoire ? J’aurais pensé que les relances auraient occupé plus d’années. Ici, un an et demi, cela correspond sans doute à la coutume : à 18 mois, un rappel. « Il faut bien que tout le monde vive ». Je manie aussi bien le cliché que tout autre.
« Arielle est allée voir Christophe Colomb à Bordeaux, je ne peux la joindre.
« Demande volume revues aux Palmiers » : - Ah non, pour les revues, c’est à côté » - très drôle » - quels volumes, de quelles revues ?
Qu’est-ce que c’est, « Les Palmiers » ? ...librairie ?
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Mon père aurait 113 ans. Le 16 novembre 2040 n.s., il en aurait eu 83. Même pas fichu d’en atteindre 80. Pour ses 83 ans donc, je m’étais bien bourré la gueule, non pas en sa mémoire, mais parce que tous les jeudis, à Radio Vexin-Val-de-Seine, j’animais à moi seul une émission dite littéraire intitulée « Lumières, Lumières », en l’honneur de Manset. Gérard. Et comme ce soir-là je recevais Defrance, Bernard, j’étais tout émoustillé, tout ému, tout artificiel, et nettement plus ivre que de moyenne.
Defrance ne dit plus rien à personne. Il s’était pourtant dénudé devant sa classe de terminale, à la suite d’un pari : « Si vous me proposez une énigme que je ne peux pas résoudre, je me mets à poil ». Énigme : « Je suis Sophie, et je ne suis pas Sophie. Qui suis-je ? » Il partit dans de grandes explications sur la sophia, qui était à la fois sagesse et non-sagesse. Mais ce n’était pas cela. Le premier « suis » venait du verbe « suivre », et la réponse était « son chien ». Le chien de Sophie. À poil Defrance. Et muté d’office par l’inspection académique.
Il est venu en compagnie de Maud, ancienne élève, et sans doute une seconde fille, toutes dépaysées en début d’année d’être à deux dans une section technique de garçons. L’interview du prof hors normes et de ses deux lycéennes se passa dans un feu roulant de rigolades et de plaisanteries fines, et je le voyais bien, de l’autre côté de la table, que ces demoiselles se foutaient de ma gueule, car elles pensaient que je me sentais drôle, alors que je leur semblais parfaitement ridicule. Dans Vol au-dessus d’un nid de coucous, l’acteur principal se croit très rationnel, alors qu’il se comporte tout à fait follement.
Expliquons tout cela : trac, masque de l’indifférence, pulsion masochiste de ridiculisation – tout colle, et rien ne colle. S’il faut absolument une référence à
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la logique, disons que face au professeur qui s’était mis à poil devant ses disciples, je voulais moi aussi me mettre à poil, mais dans l’indignité. Sur le moment, je voulais juste être drôle. Et de tels moments se sont maintes fois reproduits sans doute. Ce jour-là de surcroît coïncidait avec la mort de mon père, instituteur lui aussi contestable, que je voulais racheter en endossant ses ridicules. « Nous voilà bien avancés ». Mais nul n’expliquera jamais le « passage à l’acte ». Jamais Defrance ne m’a reparlé de ce soir-là, nous sommes restés en bons termes jusqu’à ce qu’il me dise de rompre là, car je disais du mal de ces populations de banlieue qu’il faut, n’est-ce pas, savoir comprendre.
Depuis, la paresse m’a réduit au bon sens, et je ne veux plus remettre en cause mes bribes d’opinion, paniqué à l’idée de me déconstruire, ce que la mort fera bien tôt ou tard. Donc j’enterre : les petits cons de banlieue sont des cons.
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Profits et pertes : ces épisodes sont oubliés. « Cours brouillon au début sur Euripide » - oui, en Troisième. Je ne doutais de rien. Chaque élève a droit au meilleur. « Me vois remettre un manuscrit de graphie byzantine » où « C » vaut sigma. Certains parents d’élèves auraient-ils voulu s’associer à mes desseins pédagogiques ? Un bien grand mot. Un garçon de quatorze ans m’avait bien surpris par sa connaissance de l’Égypte antique, et pouvait même déchiffrer certains cartouches. Passant un jour sans le chercher devant son domicile, je vis un bâtiment sans fenêtre apparente, à demi-enterré, au toit pyramidal, protégé par un fort système de sécurité…
De même m’avait-on confié un texte en polonais, langue que j’ignore. Quant au manuscrit byzantin, il me coûta dix francs (1€ 60) - où a-t-il disparu, je l’ignore aussi.
...Et si par hasard ce cours sur Euripide m’avait été donné, à moi, en faculté ? Nous n’habitions plus en région parisienne…
L’après-midi, je suis passé chez Sonia, à Pessac, et nous nous sommes promenés rue des Deux-Ponts, dans ces lotissements comme des jeux de construction, avec leurs petits jardins d’agrément. Là encore aucun souvenir, pas même du chat « mafflu » que nous avons rencontré. Pauvre bête. Il était une fois un chantier, Avenue de Genève : il n’en reste rien. « Sonia prend des prospectus de droit à l’extérieur de la librairie « Mon Livre » : vérifions.
C’est Avenue Albert Schweitzer. Tout a disparu dans ma mémoire. Et ce n’est pas tout : sans doute au téléphone, je lis à Lazarus une lettre à Perraudeau, dont les termes sont à changer. Lesquels ? ...pas assez codés pour un contact social fructueux ? Question : à quoi servent les jours dont on ne se souvient plus ? The answer is blowing in the wind. Un agenda, c’est pour les choses «à faire », « à se rappeler « , certes, mais pour les faire. Nullement à collecter ses souvenirs. Ce que cela devient la plupart du temps. Je devais me soucier de ma mutation : l’année sabbatique avait commencé…
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Le petit carnet de 42 est le dernier des petits carnets. Il est écrit tout petit. Son époque est si reculée qu’elle n’a plus d’âge, car nous vivions aux antipodes extrêmes de l’ère présente. Je commençais à exercer pour de bon, dans une station balnéaire. Il fallait acheter des médicaments à la pharmacie V., 28 ans de moins dans les babines. Nombre important de fournisseurs dont j’aurai connu la jeunesse et la maturité, à présent rattrapés par la même déesse que moi, égrotants et nostalgiques. Nous fêterons demain les 80 ans de Jacob, juif bon teint, embarrassé d’embonpoint ; en ces temps-là, 52 ans, il venait en ces êtres, « sanglé comme un Goering », afin de « remettre en place notre interrupteur carré déboîté.
Lequel ? Nous en avons tant. Plus déboîtés l’un que l’autre, faisant trembloter les lampes à la moindre manipulation, éblouissement-noir, éblouissement–noir. Le confort n’a guère évolué. Nous nous en foutons : 20mn est le temps maximum dévolu au bricolage, au nettoyage, à toutes ces corvées flétries sous l’épithète «matérielles ». Rareté aussi des achats de fripes : cela vous intéresse ? Ni vous, ni moi. Pas plus que ces lignes. Un « ensemble mauve chez Kiabi pour Julia ». Ensemble disparu. La vie est faite de cela. Mais nous avons mieux : un nommé Choisy, sympathique et de nos âges, expose à lui tout seul à Léognan, où ne sévissait pas encore le curé Vadeboncœur, suicidé du haut du clocher.
Il a de beaux bleus, le Choisy, par Montaigne et La Boétie. Il nous draguait à Labrède, lorsqu’il nous prenait pour des huiles de la peinture du même. Et lorsqu’il apprenait que nous étions pékins, simples quidams, il nous fuyait, flairant truffe visible de plus grands calibres sociaux. Mais cela se voyait. Les vrais lèches-culs le sont de naissance, les autres ne sont que menu fretin d’arrivismes rancis. Nous n’avons plus rien connu de lui depuis ses coups de museau quémandeurs. il dessinait, peignait dans la perfection de l’art, mais son manège balourd et taupinier l’avait classé parmi les indésirables. Il nous a souvent servi de plastron en notre privé. Il adorait Stravinski et le jazz. Il reproduisit leurs analogies dans ses traits. Mais rien qui l’approchât, dans nos interprétations subjectives, de la richesse d’arrière-plan que nous sous-entendions chez Arielle, présente à côté de moi. Le soir nous dînions à « La Paillote », chinois, en plein courant d’air au flanc droit, porte ouverte et fermée, puis ouverte et fermée. Ce samedi matin, je n’avais pas râlé. C’était prévu, coché.
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Oui : une hantise consiste à s’imaginer le triangle du Médoc submergé par un tsunami géant, qui engloutirait une bonne moitié du département. Il ne resterait plus qu’à faire ses prières, ah ah ! Make your priers, and make it short – et surtout, comment poursuivre une conversation, plus encore, avec un jeune homme que nous ne voulons pas avoir l’air de draguer ? Comment suivre une conversation tout court ? Virginia Woolf participait à des réunions de personnalités extraordinaires, où chacun partageait ses intérêts plus ou moins enthousiastes : comment faire, si nous considérons toute conversation comme nulle et non avenue, puisqu’elle n’est le fait que d’êtres humains destinés à la tombe ?
Car là est la question. Alors, Arielle me rejoint. C’est elle que j’ai mise en tampon entre les autres et moi. La question du lieu semble en partie résolue : il n’est plus question de salle de profs, mais de point de vente. « Ai été pris en photo par la correspondante de Sud Ouoest, une jeune aux gros doigts boudinés masturbatoires ». Et mon flair ne m’a jamais trompé : une gonzesse qui ne sort d’une vigoureuse branlette que pour entrer dans une autre me saute aux yeux immédiatement, quelles que puissent être ses farouches dénégations, et proportionnellement à la véhémence de ces mêmes dénégations.
Alors un vague, très vague, vaguissime relent d’une espèce de souvenir me remonte. Elle a lu dans mes yeux, et un conflit n’aura pas manqué de naître de mes infaillibles intuitions. Quelles passions !…
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21 décembre 2043 n.s. Contexte : deuxième année d’enseignement au Lycée d’Andernos, où je suis très satisfait de moi-même et de mes plaisanteries à la gomme qui éloigneront Mlle Wovvo de mes cours, pour grossièretés constantes et atteintes à la dignité de Mademoiselle. Mes collègues me diront « Bienvenue au club, cette mère de famille en veut à tout le corps enseignant de ne pas assez admirer sa fille ».
La première phrase laisse perplexe : « À Andernos, table avec des agendas, sans tapis » - pourquoi ? Il devait donc y en avoir un ? S’agissait-il d’un représentant de commerce étalant sa marchandise ? « Mon carton à chaussures de bouquins pas vidé » : que fait là un carton à chaussures ? À même la table ? « La vitrine en vrac dégueu » : cette boîte était-elle donc dans une vitrine ? Comment peut-il y avoir une vitrine sur une table ? « pas le temps » de mettre mon affiche en vitrine de porte » : la porte de la salle des profs ? Elle n’était pas pourvue de « vitrine », que je sache. Devais-je afficher une proposition de vente de livres ?
Nos souvenirs s’appuient sur des vestiges difficilement déchiffrables. Nous pensons pouvoir nous y rattacher 27 ans plus tard, mais en vain. « Tu ne sauras pas reconnaître cette femme sur cette photo » (ne te mets donc pas en peine de l’avoir aimée ou non ». C’est Louis Jouvet qui montre la photo. « Réjane » - non : Régine - « Beauséant » - non plus : ce nom de jeune fille signifiait « étendard », « oriflamme » , en ancien français) m’achète Happy Nightmares, dans la logique de son professorat d’anglais. Donc, je désirais me débarrasser de certains livres, et même du « matériel de Beaux-Arts », revendu au « tenancier du magasin » : me serais-je donc prêté à ce trafic mesquin non pas en salle des profs, mais dans une vitrine de libraire-papetier ? « Un jeune homme me parle de la submersion du Médoc, je ne sais comment poursuivre la conversation ».
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L’époque est propice à la naphtaline. Quarante-quatre ne s’est signalée que par l’intervention téléphonique de la Vipère, où nous étions chargé de toute la délinquance péribassinière de la jeunesse. Il me souvient aussi d’insuffisances pédagogiques notoires, les cours de terminales se résumant à des récitations de manuels vite repérées par les aspirants bacheliers. Voilà où mène la paresse intellectuelle. Mais nous abordons le dernier jour de l’année : ouvrons le carnet vert bronze. « Chez Boulanger » - c’est la bureautique, juste avant l’informatique. Notre (sympathique) héros entre là-dedans épaules relevées, tête basse, « Dieu merci » aussitôt rectifié.
Il faut acheter une cartouche d’encre. Tiens, aujourd’hui aussi. Passionnant. Je « m’observe, hideux, sur une télévision ». L’essentiel n’est-il pas de m’observer moi-même en personne. Souriez, vous êtes filmés. Et votre image se voit renvoyée vers vous-mêmes, qui la regardez. Depuis peu j’ai compris que mon immensité s’était refusée à l’immensité de qui que ce soit d’autre. Avoir conscience de son blocage n’implique pas déblocage. Il est probable même que les flèches vont s’abattre sur le premier sujet venu. Il sera tout trouvé : « Soir : à 9h, chez Muriel ». Cible favorite et imméritée. « Soirée morne, Monique A. me dit qu’on ne sait plus où on va question économie » : évidemment – elle est d’une ignorance égale à la mienne.
« Xavier à l’autre bout de la table pérore sur les Noirs et les Juifs, dit que beaucoup de pensionnés du chômages n’y ont pas droit ». Je réponds « Faudrait tous les gazer ». Comme ça il ferme sa gueule. Ma main gauche applaudit. C’est peut-être ce soir-là qu’il s’est mis à comparer le rendement au travail des Sénégalais, Vietnamiens et Cambodgiens. Il faut choisir ses fréquentations. En brave gauchiste rationnel. D’ailleurs sa femme, Armelle, à côté de moi, le contredisait. Pour les chômeurs. « Elle m’a parlé de sa fille qui fait grec-allemand ». Excellent ticket. Si c’est pour être aussi conne que son père, c’est bien parti. Mais ni le grec ni l’allemand n’en seront cause.
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Données brèves. Qu’on en juge : « Beaucoup de corvées le matin (Boulanger, achat du répondeur. Τφ : petit vendeur « en brosse »accrocheur). Mangeons à Carrefour, des garçons à droite, des filles à gauche, employés de magasin. A a le cafard ». Elle ne l’a plus jamais. C’est d’ailleurs assez déstabilisant. Mais tant mieux. Rien ne reste en mémoire de ce palpitant samedi. Boulanger vendait des « répondeurs » : nous avons donc utilisé de ces appareils éphémères, aussitôt remplacés par d’autres plus performants. À présent, la fonction « répondeur » demeure souvent inexploitée, parce que j’ai la flemme d’y comprendre quelque chose.
Le « petit vendeur » dit « accrocheur » a 23 ans de plus. A-t-il encore la brosse, ou plutôt une bonne calvitie de commerçant ? Nul souvenir non plus. Quelle idée de manger « à Carrefour », dans une succulente cafeteria bien sûr. La séparation des sexes est déstabilisante pour un chaud rapprochement des sexes, et nous évoque des pensées toutes faites sur l’immaturité supposée des jeunes employés de magasins, sur l’homosexualité larvée partout où elle n’est pas, et autres fariboles.
En haut de la page figurent les devoirs du jour. Il n’étaient que 9, deux seulements furent accomplis ; « ne pas râler », très important ! Sur la même ligne, L pour « lire », É pour « écrire », et le nombre 80 suivi d’un 2 entre parenthèses : deux fois 40 mn ? Réfection de Monségur : celui du Lot-et-Garonne bien sûr. Sans le « t ». Je l’aurai bien peaufiné celui-là. Un curé voyeur, un instituteur qui ne l’est pas moins, deux enfants dans la tourmente. A(rielle) absente, Noubrozi impossible. Nous ne voyons pas en quoi la présence d’Arielle aurait rendu la confection de Noubrozi possible. Monségur a donc bénéficié de 30 mn de confection.
Il est question, également, de Plutarque, de 17mn de lecture prévue, de 35mn de lecture, de « F5 », de « CH » ou « C II » barrés en chiffres romains. Palpitant.
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La veille du 26e anniversaire de Julia fut emplie de cours au lycée d’Andernos. C’était un vendredi. Une inspection me fut révélée pour le mardi suivant, ainsi qu’à mon éminente collègue Corinne. Ces inspections largement prévues sont de portée nulle. Il ne s’agit pas de savoir si nous faisons de bons cours, mais d’évaluer leur obéissance aux incessantes réformes de l’Éducation Nationale, qui un jour qui sait retrouvera le titre d’Instruction Publique. Ah oui, c’est pour ne pas sembler exclure l’école privée… L’inspecteur devrait m’inspecter l’après-midi, pour éviter un devoir en classe, car en ce temps-là, nos élèves savaient encore écrire.
J’ai voulu tomber aux genoux de notre Proviseuse, ou ProviseurE, comme nous dirions en nos temps d’ignorance, pour m’avoir accordé un emploi du temps si conforme à mes modestes demandes. Il s’agissait sans doute de celui de septembre. Elle me répondit « Allez-y, là », de même qu’une femme vous enjoindrait de la baiser, immédiatement, sur la table la plus proche. Je l’aimais beaucoup, mais elle me préférait un garçon de laboratoire, dans les bras duquel un jour je la vis se jeter. C’était un grand baratineur, et moi un grand jaloux. Cependant, mon aimable administratrice ne me garantit pas nécessairement un excellent emploi du temps pour l’année suivante.
Il ne subsiste aucun souvenir conscient de ces remarquables incidents. Mais il se trouve que nous avons, chez Chacal, vu un film, télévisé sans doute, qualifié d’ « atroce », avec les points de suspension renforçatifs. En ces temps lointains d’avant 48, nous fréquentions assidûment cette Marie-Pascale Chacal. Nous avons donc lu ce qu’il convient de penser de ce film. C’est un hommage à l’ouvrage de James Joyce, sur fond de guerre yougoslave. Les séquences sur le siège de Sarajevo furent tournées à Mostar. Bernard-Henri Lévy reprocha au cinéaste Angelopoulos d’avoir pris le parti des Serbes dans ce Regard d’Ulysse. Gian Maria Volonté mourut pendant le tournage, remplacé par (je vérifie) Erland Josephson, conservateur du musée cinématographique. Il existe donc des rushes tournés avec Volonte. Impossibles à retrouver pour l’instant, car la paresse et le temps m’habitent, sans jeu de mots.
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Des millions de personnes perdent un être cher. Mon chat Olaf n’est pas encore là. Il faut nous reporter au 16 février 2001, avant les Tours de Manhattan. Quand nous fréquentions encore Marie-Pascale, et Lorette décédée. Quand nous parvenions à récapituler sur trois jours les évènements des 72h précédentes, alors qu’aujourd’hui c’est à peine si nous parvenons à racheter deux ou trois bribes à la journée. Nous devions remédier à l ‘absence d’éclairage dans le bureau, désormais bric-à-brac bibliothécal. Rien n’a été fait de la colonne des agenda ou choses à faire, de Dorelon (mort en 51) à la « lecture d’une revue ».
En revanche, voici un évènement : « Au Monoprix, une femme évanouie derrière moi à la caisse. N’ose y toucher, n’ayant aucun diplôme de secouriste et craignant de la toucher (attouchements?). On me regarde un peu de travers, d’autres femmes la soutiennent et l’assoient ». Je cache mon inertie sous les beaux prétextes de l’incompétence et de la pudeur. Mon petit couplet rageur est en place : « Quoi ? Toucher une femme et se faire traîner devant les tribunaux pour attouchements ? Qu’elles se démerdent ! » Mauvaise foi pure et simple. Insensibilité. Égocentrisme.
Goasguen (Joël) reçoit mon récit le soir même, m’approuve sans doute d’un ricanement veule, car il aime se faire aimer, tolérer, accepter. Il n’y a plus de valeureux chevaliers. Dans mon entourage. Émission sur La Droite de salon, d’un certain Baurelyre (formant anagramme avec Dieu sait quel amorphe politicard aussi courageux que moi. Les griefs de cet anonymes sont d’ailleurs très gris, très mous, sans aucune viande à mâcher. Tout par allusions, sans jamais démasquer quiconque. Ménageant la chèvre et le choux, dans un style empesé, compassé, voulant se faire passer pour le Norpois de La Recherche, sans attraper le ton si noble et si distingué du vénérable diplomate.
Nous l’avons copieusement rossé. Il ne faut pas rater l’occasion. Mais ça va.



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