FLEURS, COURONNES, ETC.
Attention. Les M. sont en fond de jardin au Vieillards’Home, les L-T aussi, mais expulsés à l’asile, en désintox.
Il y a un repas de pendaison de crémaillère, et un autre de fiançailles (???) MAIS JE LES AI PLUS OU MOINS RESSOUDÉS
JE REPRENDS À PARTIR DE DERNIER ÉTAT BIS (??), QUI SE RABAT PETIT À PETIT ICI. Ne pas omettre les repères au fur et à mesure.
-
Chercher «s’incline» p. 59 (parents disparus, entrés dans deux sectes rivales). À partir de « baveurs » p. 20, cela semble se réinsérer dans ce qui précède. Chercher dans la suite pour superpositions possibles.
REPRENDRE LES REPÈRES pour entretenir la cohérence.
Stabbs, roux, est le demi-frère de Kuruna, noir.
Noëldieu a attaqué Stabbs et vit avec Kuruna
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NE PAS OUBLIER QUE BGD. EST DANS LA MAISON DES SŒURS ET AUSSI DANS LE PAVILLON AU FOND DU JARDIN.
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DÉBUT
1
À la mort de Myriam, Bogdan ne fut pas accablé de chagrin. Il demeura près du corps, assis. Les haut-parleurs diffusaient en sourdine Good bye strangers. Plus loin, d’autres chambres émettaient des relents de déjections et de détergents. Trois étages de portes battantes, de salles imprécises, de corridors et de serpillières, de chariots qui chuintent et de soignantes qui s’interpellent.
2 Sur le lit gît Myriam, en peignoir, tête calée sur un coussin de glace, lèvres mauves et torsadées. « Je ne veux pas rester au Vieillards’Home » dit Bogddan, le veuf.
- Vous occupez notre meilleure chambre.
- Pourquoi m’avez-vous séparé de Myriam ?
- Son agonie vous aurait troublé.
- J’adore les agonies.
Claire glisse dans leur étui ses verres fumés ; un reflet de monture éblouit Bogdan : « Claire ? je ne veux pas mourir ici ». Good bye stranger contient sept minutes de claviers ; voix de fausset des Supertramps, tierce, sourdine. Bouffée de violettes. LA GLACE ! crie l’infirmière – en plein mois d’août ! Les glaçons glissés sous la nuque s’entrechoquent. Bogdan pose la main sur l’avant-bras de Claire : « Montez le son ». Les soignantes le fixent avec indignation - un jour trouver ton / paradis – batterie feutrée liée pour toujours au profil de Claire. Les soignantes le fixent du regard un jour trouver ton / paradis – pulsions assourdies - pour toujours indissociables du profil de Claire
X
Bogdan et Claire, à titre d’avertissement, visitent cinq domiciles.
1
Dans un premier étage vit une vieille au mobilier de bibelots et de napperons blancs j’ai tout reverni les meubles 26 Rue Judas voici ma bibliothèque ( Portugais classiques et modernes) « La circulation m’a longtemps gênée. Puis je m’y suis faite. À présent l’été je laisse la fenêtre ouverte et j’ai fleuri la terrasse sur cour… » La vieille dame sort d’un tiroir un courrier récent, où la propriétaire se plaint d’un gendre chômeur, d’une fille aux études coûteuses – “Sommation de Déguerpir” en pièce jointe. Claire prend Bogdan à témoin : “À présent a menina Pinto végète, comme vous voyez, dans un studio meublé : le lit, la table. Une chaise, et une coiffeuse à deux rangées d’ampoules.
3 - Les toilettes se trouvent au fond à droite, précise la locataire ; Claire la dissuade de soulever le rabattant.
“Il ne s’agit pas d’une spoliation, Bogdan ; mais d’une simple application de la loi. Tout propriétaire est en droit de réagir ainsi.”
Fin du premier avertissement.
Bogdan croit tout ce que dit Claire, directrice à 23 ans du Vieillards’ Home, en anglais dans le texte. Blonde aux pommettes écartées. Que pèse une Lisboète de quatre-vingts ans rue des Judas près de Basse Moline ?
...Bogdan reçoit l’assurance de quitter bientôt le Vieillards’ Home.
Le lendemain, Claire :
« Tu n’aimes pas les femmes seules.
- Je me comprends.
- Fermez bien votre porte à double tour ». Claire ne s’est pas décidée pas entre tu et vous.
« Eh bien, laissez-vous donc noyer dans vos obsessions.
Bogdan digère mal ses représentations charnelles et son expulsion programmée.
R. 2
Deuxième visite
“Chez Léger. Passe devant.”
Qui est-ce ? Le battant se referme et se rouvre derrière la chaîne. “Nous ne pouvons loger personne”. Les voix sont âgées. « Pas de migrants ! »
« Service Social » répond Claire.
Ce qui est faux.
Pierre Léger a le cheveu crépu, le teint basané d’un quarteron. Menton lourd et 60 ans. Son épouse longiligne, Reinette, porte une jupe blanche doublée satin.
« ...cas sociaux » murmure Claire cependant.
- Nous avons nous-mêmes bâti cette maison.
- Trésor : c’est toi qui l’a construite.
- Pour toi, et pour nos enfants. »
Le mari reconnaît qu’il n’avait nul permis de construire. Un beau jour, les hommes de loi sont venus. Maison longue et basse, crevasses où l’on passe le doigt. Léger Pierre est à la retraite. Reinette n’a jamais travaillé (sé timoun-la c’est pas boulot). Longère hypothéquée – à leur âge, plus rien à souhaiter qu’un placement au Vieillards’Home par exemple : 24m² pour deux, dont les enfants régleraient la prnsion. Bogdan est au comble de l’indifférence. « Tout sera vendu - vous verrez, Bogdan ! » Le vieux Polonais ne sait pas ce qu’il verra. Ils ressortent ensemble, Léger derrière eux bouche ouverte et front transpirant. « Je ne vois rien qui me convienne », dit Bogdan. Dehors : « Tout sera fait pour me couper de Myriam, empaquetée, sous terre. Je n’arrive plus à la revoir ».
3
Troisième visite un nouveau couple des Antilles. L’homme est tout le portrait de Léger : un quart de noir, la tête plus massive, regard moins flou. « Il va nous emmerder », dit Bogdan avec humeur (tout est fait pour l’isoler, etc. - Eh bien Bogdan, écoutez donc les autres, faute de les apprécier ») ; Bogdan répond qu’il connaît tout ces bons conseils par cœur.
4
Quarte porte
Il y eut un jour, puis il y eut une nuit. Claire tira Bogdan encore de sa torpeur. Le nouveau locataire en péril, homosexuel métis dit « Solange », égrène à son tour sa litanie : « ...privé de logement » - soupir de Bogdan - « ...par les manœuvres de ma femme… ne me parlez plus des femmes...» Claire laisse échapper un geste de lassitude. Le métis a vite surveillé ses intonations de mulâtre. Il se présente comme bijoutier. Il a tout perdu. N’a jamais satisfait son épouse, qui l’a plumé de tout son capital. Même le matériel, « les outils », elle les a revendus.
- À soixante ans... poursuit Solange.
- ... il n’a plus pour ressource - qu’un dossier d’admission au Vieillards’Home , où lui seront servis trois repas par jour.
- Il me restait quelques diamants, dit le bijoutier. De tout petits diamants. »
Un jour sur deux, Claire et Bogdan ont inspecté les seniors du crû. Les scènes se sont déroulent dans l’Aube, à Ste-Savine près de Troyes.
« Je pensais que vous seriez triste, Bogdan.
- Myriam reviendra, répond-il. Claire se rajuste une mèche. « Ces gens qui doivent me succéder, dit Bogdan, n’ont pas la moindre personnalité. Je ne peux pas leur ressembler.
- Qui vous le demande ?
- Eux-mêmes.
Claire rajuste sa mèche.
5
À la cinquième porte, au lieu-dit Vieilles Habitations, le couple c’est présenté : « Evguéni Lokinio. - Alphonsine Turc, épouse Lokinio. - J’étais chef de gare, dit-il, et ivrogne. - Nous avons eu six enfants, dit-elle, je suis une incomprise, je bois du Guignolet-Kirsch ». Vieux-Bogdan demande s’il faudra aussi s’apitoyer sur ces deux-là. Evguéni précise : « Nous avons bu tous nos revenus. Pourtant j’étais autoritaire, et nos enfants nous respectaient. - Vous les avez détruits, intervient Bogdan, jusqu’à leur quatrième génération. – Deux auraient suffi, persifle Alphonsine. - Il n’est pas nécessaire dit Claire. Alphonsine s’emporte : « Nous nous passons de vos sermons. » Nez en couteau.
Vieux-Bogdan se tourne vers Claire : « Est-ce que les curés parlent encore de la Bible ? - Seulement de ce con de Jésus. - Insultez-moi, et je porterai ma croix » psalmodie Evguéni. - Vous entendez ? dit Alphonsine. Trente-cinq ans que ce Chef de gare se prend pour un Pasteur. Et ça boit… »
Claire et Bogdan ne laissent rien paraître.
- Quarante ans, c’est bien jeune, objecte Bogdan.
- Ces jeunes ont engagé une procédure, dit Claire, pour les expulser.
- On n’expulse pas les vieux.
- Si. Les Lokinio-Turc, ces ivrognes, ici revisités, furent déjà expulsés de leur précédent domicile, pour avoir martyrisé leur troisième fils, battu chaque jour, sans laisser de traces. Lui ont fait porter les vêtements de ses frères aînés. L’ont placé en internat dans la ville même, à deux pas de leur domicile. Plus tard ils se sont opposés à son mariage. Bogdan demande si les aînés ont été moins brimés. « Oui. Mais les Lokinio-Turc n’auraient jamais dû s’acharner sur le dernier comme ils l’ont fait ».
FIN DES VISITES.
6
AUX VIEILLES-HABITATIONS
Bogdan, fasciné, observe dans les yeux et sous la peau de Claire, si harmonieusement répartie en muscles, l’incarnation de toute la vertu du monde ». - « La vertu, Bogdan ? - Justice, Droit, Égalité. » Claire se met à rire, comme elle aime à le mettre en scène.
Bogdan se fait indiquer sur un plan l’adresse ancienne des Lokinio-Turc, aux Vieilles Habitations : «Regardez bien, Vieux-Bogdan : Vous habitiez là tous les six, vous, et eux, du vivant de Myriam - il n’y a pas si longtemps – nos quatre grands-parents, et vous deux.
« À présent, de plus vieux que vous occupent ces masures ; au fond de ce jardin, derrière les Acquatinta, quadragénaires à présent. - C’est bien jeune dit Bogdan. - Ils ont fait expulser les crasseux, les ivrognes. Vous y étiez tous, nos quatre grands-parents, paternels, maternels…
- ...les Mazeyrolles…
- ...et vous, déjà en fond de jardin...
7
LA VIRÉE DES MAZEYROLLES
Dix-sept ans de séjour ! ...dans le jardin en friche – entre les deux Vieilles Habitations, les quatre grands-parents avaient jeté deux gazinières, quatre batteries à plat. Les Lokinio disaient : «Notre Fils viendra, et nous délivrera de tout cela par camionnette » mais les quadragénaires, les Acquatinta – n’y ont plus cru. Ils ont tout fait virer, d’office : encombrants, déchets, fines bouteilles, et les Mazeyrolles sans hygiène ni savoir-vivre. - Les cousins de Myriam ! -Les vieux Mazeyrolles ne l’ont pas supporté non plus. Un vrai concours de déchetteries. D’abord, les Acquatinta, la bonne quarantaine, leur ont doublé le loyer, dès qu’ils sont devenus leurs propriétaires. - Par exemple ! - Puis persécutés. - Comment cela ? » Vieux-Bogdan ouvre de grands yeux. - Pour gagner la rue, les quatre vieux devaient traverser le jardin. Cela s’appelle une servitude.
« «Mettons que les Acquatinta, quadragénaires, pleins de soleil, déjeunent en plein air : les vieux les saluent humblement. Les nouveaux acquérants, les jeunes, répondent sur un ton condescendant, imperceptible et sec.
X
- La Marie-Thérèse Mazeyrolles, c’était la fille de… »
- Elle n’a plus qu’une dent sur le devant. Les enfants l’appellent Bloutousse. La lèvre qui pend. Cheveux peroxydés. Coquette. Hideuse. « - ...ça fait longtemps que je ne l’ai pas vue ! ...si iongtemps !
- Son mari Robert traîne des pieds dans l’allée.. Trapu, lourdaud, voûté.
- C’est lui ! tout à fait lui !… le cousin de Myriam !…
Les souvenirs de Bogdan lui remontent comme une extrême démangeaison.
XXX
Après chaque visite domiciliaire, Bogdan et Claire prennent un lait fraise glacé plus un diabolo menthe au Bar de L’Érection (le garçon marmonne : boissons de gonzesses). Bogdan se fait tout répéter par Claire, comme du miel sur les aphtes.
...Ces Mazeyrolles, anciens voisins, expulsés vers ici, sont restés aussi crasseux qu’ailleurs. Bogdan demande combien d’armoires déglinguées sont venues se réemboiter dans cette nouvelle installation. Au fond de ce nouveau jardin, dans ce nouveau quartier, non plus derrière les Acquatinta, comme là-bas, mais derrière le terrain du Groẞhaus. Mêmes dispositions, mêmes conséquences. On a donc déporté les gros sales, tous les quatre, par couples. Ils se sont donc ainsi réinstallés à proximité, de part et d’autre de leurs déchets ressusscités. Bogdan veut savoir s’il est vrai que, là-dedans, les Mazeyrolles ne possèdent plus qu’un petit écran qui fonctionne, juché sur un plus grand, lui-même irréparable. « Je parie » dit Bogdan « qu’ils sont devenus sourds et se crient dans les oreilles».
Claire l’examine avec une attention qui pourrait sembler de la tendresse.
X
LA VIRÉE DES LOKINIO-TURC
À quelques jours de cette visite, Evguéni Lokinio, le Chef de gare, et Turc Alphonsine, recommencent à se battre. Ils puent l’alcool au premier mouvement. Rien n’a changé. Evguéni, c’est Ricard. Alphonsine, Peureux, le 15 % guignolet-kirsch, 18 pour les grands jours. Claire apprend à Bogdan que ces deux soûlards aux traits secs ont tout englouti. La revente à bas prix de leur ancien taudis aux Vieilles-Habitations, a tout juste recouvré pour les Acquatinta les frais de la remise en état.
Jusqu’au jour assez proche où deux infirmiers de l’Unité Schingler surgis d’une camionnette sont revenus les empoigner sans égards. À travers les battants de la porte arrière on avait entendu Alphonsine crier où y a Evguéni y a pas de plaisir.
« Ils n’étaient pas méchants » conclut Bogdan.
Passe d’armes
- Comment va pépère aujourd’hui ? Il a fait un gros crotton le pépère ? il veut ouvrir les rideaux le pépère ?
Bogdan ne supporte pas que Claire abuse du badinage ; l’amour pour lui se définit par la pure contemplation – ni déploration de la vieillesse, ni activité sans pertinence. Ils inspectent plus tard une fois de plus les vieux Mazeyrolles au Pavillon de Grand-Maison alias Groẞhaus - « Quelle montée en grade!e - en compagnie de Johanna non moins Mazeyrolles, cadette et boiteuse. Même quand elle marche on croirait qu’elle danse.
X
Aucun projet de mariage ne semble envisagé ni d’une sœur ni de l’autre ; la plus jeune a les yeux et les cheveux noirs - nez insolent, menton fin. Bogdan ne l’a jamais vue boitant bas à ce point. Il ne l’en estime que davantage, car elle a beaucoup souffert en séquelles d’allongements. Mais c’est l’aînée qu’il aime,, cent ans à eux deux, 25 et 75 - qui pour l’instani prend des notes sur son petit carnet.
. Johanna, en retrait, les toise. Bogdan, lui aussi, ne les aura jamais autant observées, l’une et l’autre, en étrangères. Derrière les vieux Mazeyrolles revenus, repartis, réintégrés au gré des instances médicales ou sociales, ils réentassent à loisir bahuts, armoires, battants béants, reflets fêlés ; les Paternels apprennent leur second transfert en désintoxication . Les deux petites-filles adultes se sont montrées particuiièrement froides et administratives. Il ne semble pas qu’il existe d’autre prétexte que l’âge. De retour du CSAPA Centre de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie, Johanna murmure : « Les déplanter sera les tuer ».
X
...encore un peu de bouillon, Pépère ? ...Vieux-Bogdan ! On se promène tout seul dans les couloirs à huit heures trente ? Sgach chviatoua ! Extinction des feux !»
Bogdan passe à présent deux nuits par semaine dans le Groẞhaus (la Grand-Maison). Le règlement n’est plus ce qu’il était.
R. 12
Les deux sœurs Mazeyrolles possèdent près du centre ville une maison bourgeoise aux pièces profondes et fraîches. L’une d’elles est inoccupée. La ville affuble la demeure du nom de Großhaus. Ex-Kommandantur. Les jeunes femmes trouvent plaisants leurs grands-parents, voire, du bout des lèvres, « sympathiques ». Leur installation, depuis le Petit Pavillon, s’est effectuée dans la plus salubre sobriété. - « Dix-sept ans de vie, soupire Marie-Thérèse à dent bleue (Blue-Tooth). Johanna s’éloigne en dansant. C’est une grande jeune femme droite dans sa tête mais douée de mystère, suffisamment pour être aimer.
Elle boîte bas.
Bogdan admire ses petites nièces par alliance : rien que la loi puisse Interdire.
Bogdan Stavroski, né le vingt-quatre novembre, est du Sagittaire.
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Quelques semaines plus tôt Johanna et le vieux Stavroski en fond de jachère, au Petit-Pavillon. Plus éloquente cette fois, prenant soin que son visage reste impénétrable, même en riant, Johanna alterne un phrasé affermi ou confus, précipité, boulant le texte. « Les Mazeyrolles, dit-elle au retour, ont reconstitué tout leur taudis. À l’identique. Le papier peint qui s’enroule en copeaux. « Au-dessus de la télé j’ai vu tout un poulet à dégeler (rire). La planche à repasser trône toujours au milieu du salon - les reloger cent fois n’y ferait rien. Ils traîneraient sans y manquer, dans le Großhaus même – à supposer - leur coquille sale, du battant de fenêtre jusqu’à l’herbe.
Bogdan a compté sur le sol, à même la terre, 3 grille-pains oxydés, devant trois bahuts ruinés par les averses.
X
Bogdan prend bien garde de conserver son propre territoire, fragment du pavillon en fond de friche. Il en a fixé les frontières, en étroite mitoyenneté. Il a repris l’habitude de réciter sans cesse, du bout des lèvres, deux ou trois mêmes prénoms. Myriam, etc. Il vit seul, aussi bien qu’ au Großhaus, où il a ses entrées. Lorsqu’il tourne la clef, revenu sous son petit toit, son nez retrouve ce mélange de laine de verre et de souris crevée. Puis repart en ville, dans la nuit, comme un chat errant. La lune sort des nuages sur les murs. Il longe la « Maison Usher » (le surnom vient de lui) , froide et murée comme la justice. Bogdan ballotte sans avoir bu d’un trottoir à l’autre : « ...mes pièces sont à moi ; elles me les ont attribuées. L’odeur de rats et de laine de verre se décèle pourtant, au fond du jardin. Je soupçonne les Mazeyrolles d’élever – eux aussi - des rats ».
Courage petit poète de la IVe dynastie
X
LE GROßHAUS
Une cloche interne résonne en cuisine : Oncle R., fils d’Alphonsine, appelle à table. Bogdan se lève ; il parle volontiers de tout à tous avec insignifiance, passant de table en table. Rodolphe anime la salle, servant en alternance les plats qu’il vient de préparer. Claire n’est arrivée que pour les spaghettoni ou le hareng, casque auditif en tête Good bye Mary, good by Jane, - gruyère pour tous braille le fils d’Eugène qui découpe à la meule quai Dampierre.
X
Bogdan respire plus lentement. Ne s’en tire pas trop mal. Sa nouvelle extension, en fond de jardin, se révèle suffisamment vaste et sobre, il n’en veut plus connaître d’autre et n’en sort plus qu’à de longs intervalles. Myriam en souvenir de base, morte jadis au Vieillards’Home, n’évoque rien désormais qu’un lotissement blafard et négligé où plus personne ne songeait à fleurir les bacs. Désertion des tiers-et quatrième âge. Claire et Johanna, en revanche, règnent à la Grand-Maison où les chambres closes fonctionnent comme autant d’incubateurs ; puis Bogdan survient de son antre.
Il se rencontre aussi bien pieds nus dans le corridor frais de la Grand-Maison. Ces alternances forment tout le charme de son existence retirée. Quant aux nouveaux arrivants, distants à la fois mais assidus, ils gravitent à petits coups d’ambulateurs non loin de leur représentant. « Je devenais fou au Quartier des Hommes » leur dit
Bogdan. Puis il évoque en peu de mots ce qu’était le quotidien de ces vieux bâtiments du Vieillards’, rongés par les préfabriqués ; partout les vents coulis et les suintements de fuites. Neuf ou rénové c’était tout un. Ici les chiottes dernier cri même communes surpassent sans contredit les bouges où s’excrétaient les organismes. « J’y vais même lire le journal ». Entre lumière intense et lunettes soyeuses.
Et que les autres s’impatientent s’ils veulent ! Ensuite Bogdan s’aventure à mi-distance du pavillon à l’intérieur duquel une pièce ou deux sont restées à sa disposition : derrière la haie, près de la masure, passent les ombres mitoyennes des Mazeyrolles, successeurs des Lokinio-Turc : le vieux, mutique et voûté ; Marie-Thérèse. volubile autour de sa dent bleue.
Lorsque Bogdan pousse sa porte, il s’installe dans son salon au fauteuil rapporté, face aux cendres froides. Il s’entend défriper ses tympans comme au fond d’un ravin. La tête comme au bout d’un fil. Puis il repart manger à la Grand-Maison, le Großhaus. Durant tout le repas commun règne en bout de table la télévision. Bogdan cache mal sa déception ; au moins peut-il se purifier sans fin des anciens miasmes du Vieillards’Home et, le soir, contempler à loisir le profil de Claire, sa préférée, nimbée de marbrures. « Nous serons un jour débarrassées d’eux » pense-t-elle en moulant le café. « Pourquoi passez-vous, dit-il, votre vie à épier les vieux ? vous les achevez, ici comme ailleurs. »
X
Oncle R., fils d’Albertine, apporte et remporte les plats sans un mot. «Ne vous apitoyez pas, Bogdan », chuchote Claire. L’oncle approuve de la tête et repart en cuisine. Les pensionnaires de tous les pavillons se sont regroupés. Certains veulent avertir. « Nous avons brûlé toutes les armoires au centre du jardin ». C’était, pour les Mazeyrolles, un second bûcher, le premier remontant aux Vieilles Habitations - des emballages encore, et des meubles hors d’âge ; Bogdan revoyait encore, à ce premier bûcher d’antan, Myriam à la fenêtre à ses côtés déjà ; les grands-parents Mazeyrolles étaient montés alors dans l’estafette, accablés, tête basse au milieu des
fumées - ils auraient donc ainsi vécu, dix-sept années de suite, aux Vieilles Habitations, entre débris internes et déchets externes. Des voisins, là-bas, en ce temps-là aussi s’étaient attroupés. Les crépitations retentissaient sur fond de Mácia – un autre temps.
Bogdan était veuf à présent.
X
Les rapports d’oncle R. et de sa mère, Alphonsine, seraient un cas d’école ; nièce Claire et nièce Johanna, Bogdan lui-même gendre Mazeyrolles, n’en laissent rien paraitre. Alphonsine est vieille et piquante. Sa lèvre supérieure aussi. Taciturne, à la fois stricte et déjetée sur son siège, elle dépend de son fils R., escogriffe, jaune et quadragénaire. Il la soutient avec des précautions de conservateur du Louvre. Il lui ôterait jusqu’aux pierres du chemin. Jusqu’aux êtres humains. *
CONFÉRENCE
Un rassemblement regroupe Claire, Noëldieu fils autoproclamé - Stabbs, ancien amant rouquin et la jeune Johanna. Bogdan découvre ce que chacun savait avant lui : la liaison, depuis longtemps rompue, de Claire et de Stabbs le Roux; ce dernier n’était et n’est toujours qu’un petit English, frisé, maladif, sujet à des accès de vulgarité. Il parle haut, dans le nez. Détache les syllabes. Sa petite taille accroît son côté péremptoire. Il aimait Johanna, s’est rabattu sur Claire.
Johanna, belle-sœur de main gauche, contemple cet homme, échappé désormais à son emprise : brune, lèvre délicate et œil attentif, le corps souple. Stabbs, empêtré, courtise visiblement les deux sœurs à la fois ; nul n’a bien su jusqu’où sont allées leurs audaces. Johanna et lui se reflairent outrageusement, comme auparavant. Désormais présent, n’ayant connu les décès qu’au hasard des archives, Noëldieu, fils putatif de Bogdan et Myriam - se montre aujourd’hui affecté par la mort de sa mère non moins supposée, feue Myriam.
La taille dudit, dépliée, atteindrait deux bons mètres. Le nez de Noëldieu lui sort du col comme d’une braguette. Une voix de caveau. Il attire exprès les chiens dans les rues. Demande ici, chez les deux sœurs, asile et protection (suis-je le gardien de ma mère ?)
« Tu regrettes beaucoup ta mère.
Noëldieu botte en touche :
- Claire, pourquoi traînes-tu Bogdan, de gâteux en cadavres ?
- Il aime les distractions que je lui donne » ( son fonctionnement m’intéresse).
Noëldieu hoche le nez : « N’expulsez plus mon père. Ne chassez pas non plus (il le prend par les épaules) mon ami Stabbs le Roux » (qui parle de me chasser ?) - «...tout homme doit être récompensé, du fait même d’avoir vécu »
« Où irait Bogdan ? dit Claire.
- Dans une boîte à dingues » avance Johanna.
- ...avec puanteurs de cantine et de pisse…
- Brat, cakey - gâteux, morveux, traduit Noëldieu.
- Nous aimerions toujours maintenir Bogdan au pavillon d’arrière, dit Claire. Il ne dépasserait notre haie ni en hauteur, ni en largeur.
- Pourtant il encombre, insiste Johanna, ajoutant que Bogdan bénéficie déjà d’une chambre particulière au Großhaus, « une patte ici, une patte là ». Stabbs : « L’exhibition de toute décrépitude doit décidément vous être épargnée ». Noëldieu concède : « Il se contrefout autant que moi de la mort de Myriam. » Claire précise qu’elle ne l’a jamais vu manifester la moindre crainte de la mort. « Il accepterait donc l’expulsion » - partielle. Qui n’en est pas vraiment une – mais s’il était présent, ici, aujourd’hui, ses mains trembleraient. Ses jambes flageoleraient. Il se moucherait bruyamment.
« Quel désert, soupire Stabbs, qui en est un autre.
Les voici tous à ruminer : Vieux-Bogdan leur en impose. Ils se découvrent chacun « feuille au vent ». La session se tenait autour d’une table basse, dans une partie du Großhaus où Bogdan n’avait pas encore plein accès.
...Dans la salle à vivre du pavillon, sans même un tapis de sol, Bogdan vivait encore mal sa première expulsion, celle des Vieilles Habitations, celle du Vieillards’ Home. Échoué ici même, au plus près, cependant, des deux sœurs. Il importait d’autant plus à ces dernières de le rapprocher, de le contrôler de plus près, et par la même occasion, d’éloigner tant soit peu le plus qu’encombrant Noëldieu, et du revenant Stabbs, ex-ex, qui se logeraient à sa place. L’alcool s’invita : cognac, gin. Cette manie de l’éthanol murmure Johanna. Au-dessus d’eux s’étendait un réseau de grosses poutres irrégulières imprégnées de Xylophène ®
- Votons.
Claire apporte le chapeau melon d’un ancien mort.
Johanna sort du tiroir à couverts quatre enveloppes vides.
L’œil rivé sur son voisin, chacun glisse son bulletin dans le melon. Le vote dit NON - Bogdan exclu, par trois contre une, celle de Claire. Pour atténuer son incohérence elle agita ses boucles blondes sans aucun effet désormais. Défit le premier bouton de son corsage. Tira de son sac à main une lettre de Bogdan : Garde-moi chez vous. La pâleur de tes joues prouve ta divinité. Stabbs pour le coup éclate de rire : « Je n’éprouve aucun remords au déplacement de Pana Bogdana Stavroskiego.
- Il n’en sait rien encore, dit Claire, poursuivant sa lecture: Ma turne regorge d’ennui..» (« sa turne » ! - « regorge » !) - quand vous n’y venez pas ; songez que je suis veuf
- Il n’y songe plus lui-même ! dit Johanna.
- Veux-tu ou non l’épouser ? lui répond Noëldieu.
- Qui veut lui annoncer le transfert ? demande Stabbs.
- Toi-même, répond Johanna .
- ...à quel titre ?
- Nous en trouverons ».
- Certains trouveront bizarre qu’il «...s’avise de revendiquer pour lui-seul ce pavillon privé de chauffage, en fond de jardin. Nous irons à tour de rôle évoquer son déménagement à Panom Polskim En parlant de choses et d’autres.
- Il sera convaincu, dit Claire. Reste à tirer au sort l’ordre des intervenants.
Johanna demande pourquoi ce ne sont pas « les hommes qui s’y collent ».
Claire : « Les hommes, jusqu’à leur retraite, sont très occupés».
- Qu’est-ce qu’il faisait, le Stavroski ?
– Quelque chose en -ier. Pâtissier, tapissier ; menuisier.
x
Plus tard
« Que faites-vous là, Bogdan ?
-
La cuisine, pour
les
chats, et
pour
moi »
Ces derniers n’appartiennent pas à la maison ; ils sont
en
tournée
de gamelles. Bogdan tient à
la main une
râpe cylindrique. Les
chats n’aiment pas le gruyère.
Claire s’assied.
Elle
ne peut le sommer de se
retrouver
ainsi,
aussi vite :
il
introduit
la pâte dans le tambour, presse du pouce pour
la maintenir, puis
tourne rapidement
la
manivelle. Il
en sort
de
beaux
copeaux
blonds. Dans l’évier sa
vaisselle forme
deux
tas déséquilibrés
.
,nnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn
...Myriam gagnait à être connue… vieux meubles, vieux os… de son vivant… aura traîné huit ans huit jours. La tête de Bogdan a décroché (absence, bras retombé). Quand Bogdan à peu de temps d’ici s’est aperçu qu’il écrivait à Myriam en dormant, il a froissé la lettre. Les deux Sœurs étaient survenues, et l’avaient installé devant Le Prussien, téléfilm : un veuf non marié, prisonnier que les héritiers traitent avec mépris. À l’enterrement de sa compagne, ils dépassent un par un le vieux Prussien au pas traînant, qui parvient le dernier sur sa tombe, quand les apparentés, toute formalité accomplie, s’en sont retournés.
. Veux-tu devenir ma femme. Comme un renvoi de malt en fond de gorge. Un retour d’après boire. « Si tu ne deviens pas fou. Si tu ne meurs pas dès le premier deuil, tu guéris à l’instant. » Qui lui récitait donc cette comptine, en quelle langue ?
X
« Bogdan, étiez-vous amoureux de votre femme ?
- Non.
- Pourquoi voulez-vous l’aimer davantage ?
- Je me moque !» répond-il. Johanna bat des mains : elle se sent, à son tour, aimée. Pourquoi faut-il que ce soit d’un vieillard.
- Parlez-nous de Myriam, reprend Claire.
Johanna : « Nous pourrions nous détacher de vous ». Elle badine volontiers.
Ce vouvoiement indispose Claire. Celà n’entrait pas dans les conventions. Elle regrette d’avoir en partie relogé Bogdan dans l’ancien pavillon délabré.
« Quelles conventions ? demande Johanna.
- Mais nous sommes tous des Mazeyrolles. » Sur le retour de cimetière (???) après séparation du couple, Claire avait dit quel dommage pour Bogdan ! nous ne voulons pas le brusquer. Mais il faut le rapatrier, toutes pièces, au Groẞhaus. Sous notre immédiate surveillance».
Lui succédera provisoirement le Stabbs. blanc, roux, britannique, et anarchique.
Dans l’épisode en cours une goutte frappe obstinément un fond de poêle. « Vous vous êtes bien adapté, ici. - » Médiocre entrée en matière. -- C’est surtout le jardin qui me plaît » - une bande de terre entre deux rebords de ciment, coinçant un rosier, un hortensia et deux aloès tout secs. Sa voix s’est volontairement vieillie, sans parvenir à les faire sourire : « Il faudra que j’arrache les mauvaises herbes.
- Secouez les racines » - plus, un pêcher de deux mètres à dix fruits par an, tous gâtés avant d’être mûrs ; plus, deux appentis en tôle ondulée. «...Panie Bogdan, vous n’avez pas d’insectes ? - J’ai des oiseaux dans la haie, ça croustille. - Non, ça gazouille. - Croustille, Claire, croustille.
20
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X
Claire, in petto :
Bogdan si tu touches mes fesses je tiens le prétexte.
Bogdan paye son loyer.
Un chat se faufile entre deux lames de clôture. Claire déteste cette palissade.
Sous l’auvent s’ouvre un établi tout fissuré, garnis de gros bocaux pleins de vis et de boulons rouillés. Bogdan traîne des pieds. Il ne partira pas. « Votre quotidien n’est guère exaltant, Bogdan ; moi, je travaille».
- ...vous visitez les candidats à l’expulsion.
Nous y voilà.
Bogdan évoque ses rêves nocturnes : « La nuit je me suis promené dans un troisième étage : des murs blancs, des couloirs, des greniers. Des portes qui ne ferment plus
- ...Vos rêves, Bogdan, seulement vos rêves. Vous ne comptez pas un jour sortir d’ici ?
- Cadeau repris, cadeau volé.
- ... le monde extérieur ?
- Je viens toujours d’arriver, Claire. Où que je me trouve. » -
Dans ses cauchemars hôteliers, Bogdan est poursuivi ; monte quatre à quatre les étages. Entrevoit de grands lits défaits. On lui crie : Loyer ! Loyer ! «...j’arrive essoufflé » dit-il « aux Toilettes pour femmes – un labyrinthe, je vois de ma cabine
illégitime les chevilles des secoueuses de portes, les infiltrations me couvrent les pieds, je m’évade en plein cimetière… ma tombe n’a pas de nom, juste un cadre de planches à même le sable, qui s’écoule par-dessous » - Bogdan reconnaît l’entrée du haut dans le très long mur, près de la Quatre Voies ; l’entrée du bas entre ses deux piliers, dans un virage en centre ville – tandis qu’à l’heure de la Fermeture des morts, juste derrière le lourd battant de fer s’exhibe enfin l’immense sépulture des frères juifs morts tous les quatre en quatorze dix-huit dans un grand déploiement de plaques blanches alternant citations à l’honneur, étoiles de David et déclarations d’amour à la France, arrivé là je m’introduis dans une immense salle de jeu rouge et verte , bourrée de joueurs et de bandits manchots.
- ...nous venions vous parler » l’interrompt Claire « des vieux Mazeyrolles, occupant les autres pièces de Votre pavillon…
- ...du moment que je ne suis plus à l’Asile… »
- Partir pour eux serait pis que la mort, vieux Bogdan.
- Ne m’appelez plus comme ça.
- Nous avons contacté jusqu’à dix expulsables.
- Je n’entre jamais dans vos pièces privées sans y avoir été formellement convié. –
- C’est que poursuit Claire vous ne nous convenez plus. Vous n’avez pas cherché à savoir ce qui attend les Mazeyrolles, vos cousins d’alliance. Nous avions ma sœur et moi virés au préalable Eugène Lokinio et feue Alphonsine née Turc, pour ivrognerie de couple ; de leur temps déjà, l’air était irrespirable. Les Mazeyrolles ensuite se sont révélés non moins répugnants, reproduisant à l’identique leur taudis
ordurier des Vieilles Habitations. Hallucinant.
- Mais à moi rétorquait Bogdan, juste dans la puanteur de leur ordure, vous n’avez laissé que deux pièces. Nous avons obtenu eux et moi, Bogdan Stavroski, deux pièces nettement séparées dans la Grand-Maison. une pour les Mazeyrolles, et l’autre pour moi-même. Ils n’ont jamais osé s’y rendre - vos grands-parents... »
La sœur aînée, Claire, confirme en silence ces attributions boiteuses.
« Au Vieillards’ Home, reprend Bogdan, c’était Myriam chez les femmes, et moi, chez les hommes. On se donnait rendez-vous aux toilettes. Côté femmes. C’est plus propre. .
- C’était, dit Claire, vous dégoûter l’un de l’autre.
- Mais au Vieillards’Home, nous aurions souhaité retrouver notre lit au complet ». Claire se récrie.
- À deux places.
Claire se récrie davantage.
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- Vous y viendrez, Claire.
- Pourquoi pas, Bogdan… Parlez-nous des raisons de vos noces.
- On ne se marie pas pour des raisons.
Johanna demande s’il a des enfant.
- Les enfants sont la plaie du couple ! » Bogdan pense-t-il à Noëldieu ?
« Rentrez vos yeux voyons ! Paniei Stavroski ! Noëldieu !
Bogdan : « Nous avons un garçon. Jardinier, boucher -– une profession bien paisible.
- « Paisible » ?!
- Commis boucher.
- Paniei Stavroski, qu’est devenu l’autre fils ? Vous avez deux fils, Paniei Stavroski. C’est dans votre dossier.
- Professeur de littérature américaine à l’Université de Laval.
- Noëldieu ?
- Non, l’autre. Celui que j’ai reconnu.
- Ni bonjour, ni bonsoir ! Les études ! ni femmes ni bistrots ! »
m!mmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmm
Plus tard, Bogdan contre-attaque : Eugène Lokinio, leur grand-père paternel, était chef de gare, ivrogne, asthmatique. Leurs deux parents se sont enfouis dans une secte ; les cinq ou six oncles et tantes sont morts ou en retraite.
- ...ce ne sont pas des professions.
- Il ne faut pas faire d’enfants.
- Trop tard. Votre fils, Noëldieu, vient de blesser au couteau mon Stabbs...
- Ce n’est pas mon fils. Et on ne vit pas avec un Stabbs… »
Bogdan est resté boiteux, un pied dans chaque maison, le Groẞhaus, et le Pavillon.
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Au mois de septembre les deux sœurs, Claire et Johanna, ont reçu huit pêches : tavelées, ratatinées par la cloque. Trop faciles à peler, goût de bergamote blette. Claire et Johanna remercient comme il se doit. « J’en garde six autres pour moi» dit Bogdan. Il déracine des touffes d’herbes adventices en les cognant contre un tuteur.
«...une vie de feignant, murmure Claire. Bogdan : « ...de nonchalant, de nonchalant».
Plus tard, c’est le tour des noisettes à tomber : deux branches passent par-dessus la haie
Jkjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjjj
Bogdan possède le privilège, ou la contrainte, de prendre soin de sa portion de pavillon. Il s’y rend désormais trois fois par jour, ouvre et referme les volets. S’adresse aux objets, leur parle. Contemple sa platine, une « enceinte » disait-il, haute fidélité. le sommet de la technlque, the best of the the best digital speakers -
À la demande des deux sœurs, et malgré le froid qui s’installe, Bogdan laisse une fenêtre ouverte ; à travers la haie de séparation, Claire et Johanna profitent de Léo , Manset, Tenenbaum ou Symphonie C. de Stivell. Elles qui ne connaissent que la soul ou le reggae découvrent. « Il ne reçoit jamais personne. Bien calme. - Il mène une vie retirée - Ce n’est pas comme les Mazeyrolles. Qui recevaient de plus vieux qu’eux.
- Des vieillasses plus dégueulasses…
- Johanna ! voyons !”
Les Mazeyrolles se font enfin virer. Bogdan respire. Il possèdera enfin tout le pavillon. Pour l’entretenir, ce sera autre chose…
Un jour le froid bloque l’ouverture des fenêtres. Bogdan se réfugie dans la Grand-Maison. Plus facile à présent pensent les sœurs d’épier un seul vieux dans ses pattes plutôt que 3 en fond de jardin. Bogdan, resté seul, soulagé, emmerdé, s’entretient à voix basse sur le seuil de son pavillon – avec sa morte dit Claire
- Tout le monde parle à sa femme en balayant son pas de porte, dit Johanna ; elle émet l’hypothèse que le vieux vit son dernier sursis. Johanna fait des projets. Que ne faut-il pas faire quand on s’ennuie : « Quand je voudrai me promener, mon vieil époux n’exigera pas de conduire. Il se rendra où je vais. Si un genou me fait mal, il me frottera du même onguent que lui.
“Jamais de scène. car il est en deuil pour la vie. Nous irons ensemble à N.D. de Lencloître. Ou à St-Pierre- St -Paul. Je suis sûre qu’il joue de l’orgue. Et moi je chanterai. – Tu chantes comme un crapaud qu’on encule.
– Claire !…
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Claire présente à sa sœur une lettre jadis interceptée : Myriam écrivait La vie de couple n’est pas de tout repos ; Johanna de répliquer je suis plus honnête que Mère et Toi réunies.
- Nos parents démissionnaires nous auront jetés dans les pattes de ces quatre pouilleux. On les a fait boucler ici vite fait, mis sous tutelle et tout le tremblement.
- Et toi qui installes au Groẞhaus ce vieux Polak sans avoir eu le cran de l’expulser une fois pour toutes du Pavillon. Et il faut que je l’épouse. À ta place.
- Quand nous étions petites…
- Les petites chamouilles ça suffit.
- ...hier soir ?...
- ...c’était hier soir.
. - Il ne manque pas d’hommes en ville. Plus bandants l’un que l’autre. Plus rudimentaires.
- ...Je ne te le fais pas dire.
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Ce jour, Bogdan écoute seul du Jean-Sébastien Bach à vitres closes. La température s’est rafraîchie. Les quarante pas séparant la Grand-Maison du Pavillon paralysent, à l’avance, les pieds de Claire. Le vieux Bogdan, au contraire, parcourt sans gêne son sentier ombilical, d’un bâtiment l’autre, d’un pas malgré lui pesant. Un jour, Claire et lui se heurtent. Vous m’avez bien entendue Bogdan. ma sœur Johanna veut vous épouser. Il répond : « Même si c’est vous que j’aime, Claire ? » Il sourit au milieu du sentier, l’entraîne par les main vers son refuge : on ne lui laisserait pas le choix ? qui doit-il remercier pour un tel « changement de cap ? »
Rien n’entrave l’amour des vieillards. Pas même la permutation. Ce dialogue se tient passé le seuil, porte refermée : -
- Quelle que soit l’épouse, Bogdan, soyez réaliste.
- Je ne veux plus faire d’enfants. Je refuse tout don de sperme ou tout autre manustrupation de ce genre… vous ne répondez pas… j’étais à deux doigts de l’expulsion. De l’un et l’autre de mes deux refuges. Me voici suborné, obligé ?
- C’est un autre sujet - de quoi riez-vous, Bogdan ?
- Je me demandais ce qu’en penserait Myriam.
- Nous ne vous en demandons pas tant.
- Vous exigez tout mon contrôle. Et celle que j’épouse ne m’aime pas. Double tour de clé. Que me voulez-vous. Quel est votre plan. Je ne souris plus.
- Devenez à vous seul nos quatre grands-parents.
On frappe. Sans attendre, la Doublure fait son entrée. Parcourt anxieusement les pièces occupées par Bogdan, puis celles, contiguës, où presque immédiatement Stabbs vient de s’incruster - même s’il est opportunément bien absent aujourd’hui. Les deux occupants se sont côtoyés sur un pied de strict respect . Johanna referme à mesure les portes d’armoires qu’elle trouve encore ballantes, Stabbs ayant refusé de modifier quoi que soit au taudis des vieux Mazeyrolles. Johanna marque au rouge les meubles les plus disloqués. Claire et Bogdan la surveillent de près : « Nous viendrons tout débarrasser cet après-midi.
- Et Stabbs ? de quels meubles se servira-t-il ? » Bogdan se surprend lui-même de cette poussée d’altruisme. n’a pas compris la réponse. Quelques phrases plus loin : « Qu’est-ce que vous nous chantez, Bogdan ? ...on ne vous aurait interné aux « Vieillards’ » que pour tenir compagnie à Myriam ?
- Oui.
-- Je déteste les susceptibilités de veuf, réplique Johanna qui renfile son marqueur dans son sac à main - c’est vous qui avez rendu Myriam vulnérable.
- C’était un sac à larmes. Elle pleurait de pleurer.
- Avez-vous aimé votre femme ?
- Je ne m’en souviens plus. C’est Claire que j’aime.
- … mais il faudra bien que moi, Johanna, je vous suffise.
Les deux sœurs s’en vont, Bogdan hors jeu. Les aveugles de naissance, s’ils sont guéris, craignent que les objets extérieurs ne leur crèvent les yeux, tant il semblent proches, et nombreux.
Bogdan se demande s’il bandera. Il est bien temps.
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Vieux meubles, vieux os. ...Myriam gagnait à être connue… Myriam n’aura pas traîné – huit jours, huit ans… La tête du vieux Bogdan, dans son fauteuil, décroche, somnole. Tu es paresseux dirait Claire. Quand Bogdan s’aperçoit qu’il écrit, en rêve, à Myriam, il déchire la lettre. Les deux Sœurs et lui se sont installés devant Le Prussien, sur un veuf germanique impassible que les héritiers traitent comme une bûche ; à l’enterrement, comme il boite péniblement, tous le dépassent, et le compagnon parvient bon dernier sur la tombe. Veux-tu devenir ma femme. Un relent d’amour dense comme un renvoi de malt. Bogdan : « Si on ne devient pas fou dès le premier choc de la mort, on se trouve guéri à l’instant.
X
« Voyons Vieux-Bogdan, étiez-vous amoureux de votre femme ?
- Je me moque !» répond-il. Johanna bat des mains. C’est elle qui gagne.
- Parlez-nous de Myriam, reprend Claire.
Johanna : « Nous pourrions nous détacher de vous ». Ces jeunes femmes badinent volontiers.
Le vouvoiement indispose Claire. Ce n’était pas dans leurs conventions.
« Quelles conventions ? dit Johanna. Elle regrette déjà de l’avoir en partie relogé dans l’ex-pavillon Mazeyrolles. Mais nous sommes tous des Mazeyrolles. Sur le retour de cimetière (???) après séparation, Claire aurait dit dommage pour Bogdan ! Nous ne voulons pas le brusquer. Mais nous devons l’annexer, toutes pièces comprises, en Grand-Maison. Surveillance immédiate.
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FIANÇAILLES
Le repas s’est tenu peu après dans le pavillon même. Un réajustement de mobilier, au profit de Stabbs, ne lui laisse plus pour meuble qu’un buffet bancal avec des rosaces sur les portes.
Chez Bogdan, on a dressé des tréteaux.
Ce soir où Bogdan célèbre sa nouvelle occupation, les convives garnissent tout le long côté des tables ; Alphonsine et René se sont comportés sans faille et comme on s’y attend, poussant ou laissant pousser la nourriture dans leurs deux gosiers. Le fils a coupé le pain, désossé la viande, essuyé le coin des lèvres. La vieille Alphonsine s’est endormie toute droite entre deux bouchées.
Bogdan jouissait de sa toute nouvelle autonomie, libre et chez lui, recevant derrière sa haie dans sa masure, entre Claire assise à sa gauche, à droite Johanna, en profils silencieux. Plus d’autres mangeurs inconnus. Parfois les deux sœurs proposent de part et d’autre un verre, un sourire, une assiette de pâté, puis répondent aux invités qui les flanquent ou leur font face. Juste devant Bogdan, deux vieilles excursionnistes déglutissent à tour de rôle. Plus loin, Alphonsine Turc et son fils, assoupis et le nez pendant. Bogdan revient sur son plat et le vide par put désœuvrement.
Puis se relève à pas feutrés le long de la desserte, tourne l’angle des hors-d’œuvres, et revient par les quiches. Se bourre. Se meuble. Tant de passé qui reflue. Il fait, défait connaissance. Un médecin aux yeux bordés de bacon lui confirme : « L’essentiel, chez les vieux, c’est les jambes ». Bogdan achève son circuit, revient sur ses proches parents. Qui mâchonnent, paupières lasses. René manie le pain, la cuillère, la sauce - qu’y a-t-il pour votre service ?
...Avait fait son entrée Mrs Bove, seule et rajeunie, en rouge vif. Claironnante : « Mes enfants restent à la maison ». Claire estime qu’ils auraient pu profiter de ce festin, de ces fiançailles pour tous âges, « ça n’aurait vraiment pas dérangé » - Bogdan : Claire aime les enfants ? « Mrs Bove, placez-vous donc face au buffet... » - Claire en voudrait donc ? « ...vous qui appréciez les vieux meubles… » - Claire se demande in petto pourquoi diable Bogdan s’obstine à vouvoyer cette tapageuse Anglaise - « N’y pensons plus, Bogdan » lui jette Claire à mi-voix - tu n’auras plus d’autre enfant... (plus haut, dans l’oreille : « d’où sort donc ce buffet digne des Mazeyrolles ? - ...il me semble l’avoir toujours eu devant les yeux » répond Bogdan à mi-voix « dès mon enfance… »
Les souvenirs de Bogdan défient toute convenance.
- ...et si vous vous occupiez de moi ? explosait Mrs Bove. C’est moi, l’invitée… vous permettez que je téléphone ?
Claire : « ...mais comment donc !
- Claire, je suis ici chez moi, grommelle Bogdan ; c’est à moi de l’autoriser.
- Tu n’es chez toi qu’autant qu’il me plaira. Même ici, dans ce pavillon. Écoute-moi bien, Bogdan » - mezzo voce - ce sont tes fiançailles. Mais si tu t’obstines à murmurer des commentaires déplacés…
- Je ne connais personne ici. Que des profiteurs du Vieillards’.
Bove se rapproche :
« Nos enfants sont grands à présent… Nous sommes un peu à l’étroit, chez nous, au premier.
- Rue aux Juifs ?
- ...Panie Bogdan ! j’ai l’air juive ?
Johanna rattrape au vol : Il y en a de rousses.
Bogdan se sent de plus en plus confus. Un accouplement flou de trouble et de honte.
Mrs Bove : « J’ai repeint chez moi les plinthes, le bois des fenêtres ; reverni les meubles. - Ici vous auriez de quoi faire. Stabbs est parti pour quelque temps. Il a tout laissé grand ouvert. Vous aurez tout le temps d’examiner sa brocanterie… his third-hand shop – Bogdan, musique, s’il te plaît.
- Good bye stranger ?
- Exactement.
Mrs Bove rajuste sa jupe et décroche le combiné, bien en évidence sur un tabouret de bar. PENDAISON DE CRÉMAILLÈRE
« Les Mazeyrolles sont partis, dit Claire.
- Les vieux, précise Johanna . - Vous les aurez tués, dit Bogdan.
Il les avait revus monter tout courbés dans une petite ambulance, fortement désemparés. Ayant vécu là, sans que les deux sœurs en subissent le moindre préjudice. Les crépitations de leur mobilier hors d’usage, enflammé en plein air, avaient résonné sur fond de réjouissances : un bataillon égaré de noceurs ivres avait hurlé mais c’est la mort qui t’a assassinée Macia, tandis que les pensionnaires du Vieillards’s Home, désabusés, baveurs, contemplaient l’holocauste coffres vides et autres caisses hors d’usage.
À présent Bogdan occupait leur place, et ce jour-là pendait sa demi-crémaillère. Bogdan les avait tous invités. Ils confirma son occupation partielle, célébra sa nouvelle affectation, recevant dans sa propre masure Claire à sa gauche, à droite Johanna, deux profils silencieux. Bogdan dont une pièce désormais se trouve donc au sein même du Groẞhaus, cache mal cependant sa déception d’en être encore au stade intermédiaire, comme boîteux entre deux cannes.
VERIFIER LES DOUBLONS
Les mangeurs ont occupé tout le long des tables, y compris les inconnus du Vieillards’Home, par curiosité gourmande : Bogdan fait, refait, défait connaissance. Le médecin Pozzi, clignant des paupières ourlées de bacon, le lui a confirmé : « L’essentiel, chez les vieux, c’est les jambes ». Bogdan poursuit donc son circuit, Alphonsine et René se comportent sans faiblir conformément à ce que l’on attend d’eux : mère et fils poussant ou se laissant pousser la nourriture en bouche. Alphonsine, mère et grand-mère, incarne la Vieille Dame âcre et attachante, aux lèvres verticalement striées par l’âge.
Taciturne et glapissante, en alternance. Stricte sur sa chaise, un peu déjetée, elle reste inséparable de René, escogriffe jaune et quadragénaire, la voix sourde et nasale s’il daigne s’exprimer. Assistant de sa mère, qu’il traite avec des prévenances d’antiquaire. La peau parcheminée d’onction. Il écartait naguère encore les obstacles sur l’allée mal tenue et jusqu’aux cailloux. Jusqu’aux hommes s’il eût osé. Et spécialiste de la gorge. Il avait passé le pain, ôté les os de la viande, essuyé le coin des lèvres. Mère et fils avaient mâché sans un mot, les yeux bas, épiant les victuailles pain par-dessous, la cuillère et la sauce. « Qu’y a-t-il pour votre service ? ».
Soudain la vieille Alphonsine s’est écroulée d’une pièce, d’une bouchée sur l’autre.
Puis revient en surface et reprend sa gaverie.
Bogdan se découvre alors un côté desséché.
Seconde entrée
Claire s’absente en cuisine fraîchement repeinte Dieu sait par quel miracle.
S’introduisent dans l’assemblée, à l’entrée, deux masques blancs, vénitiens.
Johanna : «Des capes, et sans épée ?...
- Émouvant tout de même, dit Bove – en ce qui me concerne.
Johanna fixe les zanni : « Vous ne parlez donc pas ?
- Je suis bien sûre, affirme Bove, que vous les reconnaissez : un grand, un petit ».
Le grand masque : « Nous n’avons pas été invités »
- C’est Noëldieu. » Johanna hésite à rire. Bogdan demande ex abrupto à Mrs Bove qui a bien pu l’inviter, elle-même « Et l’autre masque » enchaîne Johanna, « ne peut-être que…
- Stabbs ! je me présente : Stabbs ! » Revenu sur les lieux.
Claire, de retour. Mrs Bove précise à Bogdan que tout bien considéré, elle n’aurait pas dû abandonner ses enfants seuls « là-bas », qu’elle s’est décidée « bien vite » à venir ajoutant à mi-voix « Claire se montre bien bizarre aujourd’hui - mais je ne sais jamais, jamais vraiment, ce qu’elle veut. » Claire s’agite en hôtesse attentive, reléguant chez lui Bogdan au second rôle. Johanna se récrie sur les dominos noirs prétendument vénitiens, les retourne sur la doublure, les ôte et les suspend. Claire essaye aussi les zanni, « ces affreuses larves de papier mâché ». « Je les confisque. Fais donc servir l’apéritif ».
Bogdan obtempère. À voix basse : « Pourquoi sont-ils venus ? même Noëldieu, soi-disant fils...
- Et l’autre ?… le British ?
- Son ami.
- Bourrés ?
- Oui, répond Bove.
Stabbs, démasqué, tend l’oreille : « Nous avons bâti de nos mains ce pavillon où vous êtes ; sans permis de construire».
Bogdan détecte dans l’accent de Stabbs de lointains relents de Louisiane. « Fausse piste » souffle Mrs Bove. Noëldieu, grand masque démasqué, fredonne froidement.
. Tout le monde se dirige vers les tréteaux. Bogdan se retrouve seul en compagnie avec Mrs Bove, cheveux roux, col écarlate. Il observe que devant lui, souvent, les femmes secouent leurs cheveux. C’est ce qu’on lit dans les Modes d’emploi des Femmes. Bove, avant de se lever, siffle son fond de Porto.
X
Bogdan songe à prendre au Vieillards’Home une chambre, indépendante cette fois, et sans morte dedans. C’est le moment où Mrs Boves à côté de lui, soupire qu’elle aimerai[t] voyager . Bogdan : C’est cela, passer d’hôtel en hôtel. L’Anglo-Saxonne manifeste son approbation.
« Que sont devenus les enfants des Noirs ? ...ceux de la Deuxième Visite ? »
- Tous mariés » grommelle Bogdan.
- Avez-vous remarqué, dit-elle, d’un sujet l’autre, comment tous nous laissent seuls ?
- Ils se soûlent.
- ...mais je n’ai pas si plaisir à rester avec vous.
- Moi non plus Mrs Bove. Je me souviens d’un bijoutier pédé…
- Mister Bogdan, vos propos sont déplacés… Kuruma s’est fait escroquer par sa femme : 800 000€ de biens immobiliers. Vous n’en aviez aucun souci, en ce temps-là ; vous n’en aviez que pour votre défunte épouse. Et vous aviez horreur de l’accent cajun. Pourquoi Claire vous a-t-elle dit cela ?
- Ce bijoutier noir se plaignait de ses déboires ; tout l’alentour en était arrosé. Même Claire apparemment, accablée de cet homme.
- Je voudrais retourner au Vieillards’ Home
Mrs Bove éclate de rire : « Où avez-vous appris votre anglais ? il faut dire Old People’s Home -
- ...Mrs Bove, s’ils nous laissent seuls, c’est pour que nous nous parlions. Pour nous marier.
- Mais c’est Johanna, votre promise.
- Vous seriez ma maîtresse.
- Vieil impuissant !… J’ai confié mes enfants à mes voisins de jardin. Ils sont bien couverts. Ils ne risquent pas le rhume. Je ne veux pas vivre avec mes trois kids – et vous - dans un trois pièces.
- Il me reste quinze ans à vivre. Il me faut tout l’espace.
Puis le couple rejoint la longue table à cocktail.
Surviennent les enfants
« John, Juanita, Soniechka, jouez dans le jardin. » (vers Bogdan : « deux de mes garçons sont des filles ») « restez de ce côté-ci de la haie ; n’arrachez rien. Ne creusez pas de trous dans la pelouse.
- Claire ! s’écrie Bogdan ; enfin ! où étiez-vous tout ce temps ?
- Maman, est-ce qu’il y a de grands jardins après la mort ?
- Seulement pour Myriam, répond Bogdan.
Claire, à Mrs Bove : « Ça lui passera ». Se tournant vers Bogdan ; « Vous ne nous facilitez pas la tâche aujourd’hui : teigneux ? résigné ? » Il répond : « Pourquoi m’abandonner si longtemps pour ces masques : mon propre fils, et ce vaurien de Stabbs, ton ancien baiseur - Stabbs - et Noëldieu, qui a failli l’assassiner? Pourquoi ces enfants lâchés dans mes pattes et dans mon jardin ? Pourquoi ne puis-je pas voir en privé, seul, en secret, Johanna ta sœur et ma fiancée ? »
Faute de mieux, Mrs Bove a ri : jamais Bogdan ne s’était exprimé avec ces vieilles crudités, que même une Anglaise mal américanisée peut ressentir.
x
...Violents coups de klaxon côté rue - Claire au pas de charge à travers le jardin, tandis que Stabbs le Roux et Noëldieu pillent les charcutailles. Hurlements, irruption par la porte-fenêtre : Claire tient tête à un couple hétéro de grand âge (Bogdan s’étant délivré s’obstine à répéter, d’une voix de crécelle à qui veut l’entendre, ses vociférations de présentoir automatique : « mortadelles ? »
- Qui va nous prendre en charge ? Crie le vieux Lokinio dans l’embrasure , tout poil en bataille. - Mais c’est Evguéni ! s’interrompt Bogdan: « Libéré ? ...ou plutôt, évadés ? »
Claire se dépêtre du vieux chef de gare et prend Bogdan à partie : « Comment peux-tu reconnaître Noëldieu ? ...le laisser ainsi s’introduire en cuisine ? ...faire le service en salle ?
- C’est lui, répond Bogdan, qui refuse de me reconnaître. À mon âge !» C’est lui, ce bateleur de charcutaille, qui s’est permis de relâcher, d’inviter à sa suite ces deux soulards, Alphonsine , Evguéni. Trop tard pour les virer » Stabbs le Roux, ex-amant, propose plaisamment de les accueillir tous deux chez lui : « Mais ce sont mes amis ! - Quels amis ? » Evguéni et Alphonsine se sont tus devant les mortadelles qu’ils mastiquent déjà comme des meurt de faim.
Claire saisit Evguéni par le bras :« Chacun chez soi ! »
Se remettre à table n’a rien résolu : rosette, amuse-gueule. Rôti refroidi. Personne ne voit plus ce qu’il ingurgite. Evguéni, Alphonsine, assis, reprennent leurs engloutissements, afin de conjurer l’asile et ses restrictions d’alcool et de mauvaise bouffe. Bogdan leur indique les beaux morceaux, admiratif et révulsé ; leur demande s’ils ont connu les Mazeyrolles. Evguéni fronce les sourcils et se tord la barbe ; Alphonsine déglutit en roulant des yeux.
« ...Voyons, vous êtes bien cousins de Myriam !
- Quelle Myriam ?
- Ma femme ! la morte ! »
- Décrivez-les, articule Evguéni en se curant les dents.
- La vieille Mazeyrolles n’a plus qu’une dent, sur le devant. On l’appelle Dent-Bleue. Elle se soigne les boucles à l’Oxygénée Vingt Volumes. Elle ne parle jamais de la mort.
- Évidemment dit Stavroski dans sa barbe. Ochtivitchè !
- Je m’en fous, braille Alphonsine (« Je l’appelle Malemorte » précise Evguéni devant elle sans le moindre égard) « Cette vieille » (accelerando) « brunette – le contraire de moi ! … pourquoi vous obstiner à parler de ces gens ?
- Ils n’étaient donc pas vos voisins ?
- Où çà ?
- À l’asile.
- ...Tu vois, Evguéni : le monsieur n’a pas peur des mots ».
x
Trois semaines plus tard.
Bogdan confie ) Claire sa belle-sœur à venir, et à sa future épouse, de quelle façon Dent-Bleue et son époux Mazeyrolles sont revenus perpétuer, dans ce vieux pavillon si disputé, leurs sales manières de taudis : (à part) « Tout mon bel entretien : foutu - (à haute voix) Tenez, les voici, ces panses à pattes… » - on les voit repasser en douce, les Mazeyrolles, renvoyés des fourneaux à leur demi-pavillon, au vu et au su de tous les convives du Groszhaus ; l’un et l’autre haillonneux, graillonneux, frottant de la main des dossiers de chaises. Claire se réjouit de ce premier rétablissement de l’ordre. Les Mazeyrolles regagnent donc leur fond de jardin, se tenant le bras et serrant de leur main libre leurs deux écuelles vacillantes garnies de rôti froid.
« Que veulent-ils ? demande étourdiment Mrs Bove, nez en l’air.
Les Mazeyrolles ont reconstitué, au Pavillon, leurs deux pièces encombrées de toutes les armoires qu’ils n’ont pu casser ; rien déplacé depuis, ni vendu. Le vieux repart en obstruant toute l’entrée. Il pèse 200 livres sous le manteau. D’une voix sourde, il répète qu’il est revenu sur les pas de sa vie : qu’il s’est réinstallé avec Dent-Bleue ; ce pavillon en fond de jardin sera toujours bien assez grand pour tous. « J’ai toujours bien acquitté mon loyer, mes charges. Je mourrai, dit-il, d’un coup de sang ».
Il fait demi-tour et rentre, comme un coucou suisse.
X
C’est le moment que Johanna choisit, à 23 ans, pour s’écrier :
« J’aimerais, moi aussi, jouer mon rôle ».
- La ferme, répond Evguéni.
Alphonsine fait observer que si tout le monde ici parle la bouche pleine, ce n’est pas une raison pour s’y mettre . Johanna répond qu’elle ne veut plus voir ici toute la vieilitude du monde : « Nous avons les moyens de vous virer tous » ( rires édentés) - «...confisquer vos logements, vous recoller tous autant que vous êtes au Vieux Lotissement » - les rires s’éteignent –ajoutant qu’elle est née pour un destin plus grand ; que tout doit remonter à Claire, sa sœur aînée. « Il n’y a donc ici, crie-t-elle, que des vieux qui se la grattent ? »
x
Le goût de rôti sec stagne dans la bouche de Bogdan : « Les autres veulent m’expulser. Je n’ai que 69 ans – eux, 85. Ils encombrent toujours mon Pavillon. Myriam, de là-haut, me les renverra tous ». Evguéni, Alphonsine, invités par eux-mêmes, poursuivent leur dévastation alimentaire : lèvres happantes, nez affolé. Evguéni redresse son bouc : « Les Mazeyrolles, illégalement, occupent une partie de notre pavillon».
Claire objecte que ces derniers sont aussi chez eux ; Bogdan, ainsi, ne jouit plus que d’une seule pièce dans ce pavillon, classé insalubre. « Nous avons connu les Mazeyrolles en ville, intervient Alphonsine qui sort de son mutisme ; nous habitions juste derrière chez eux. Aux Vieilles Habitations. »
- Ils envoyaient brouter leur chèvre entre les voies ferrées, reprend le chef de gare ; elle a failli dérailler le Calais-Bâle.
- - Ils s’introduisaient chez nous, ajoute Alphonsine. Dent-Bleue soulevait le couvercle des marmites : « Ça sent pas bon, là-dedans».
- Ils étaient jeunes en ces temps-là, les Mazeyrolles, dans les 51. Prenaient le train sans ticket. Leur fils a menacé un de mes contrôleurs avec un schlâsse.
- Ses contrôleurs : ça le reprend.
- ...cran d’arrêt. J’ai balancé le fils sur le ballast. Et le schlâsse » - tiré de sa poche - «...récupéré ».
- Pose ça Pépé.
- On ne dit pas « Pépé ».
- Ils ne vous l’ont pas confisqué, à l’asile ? intervient Mrs Bove.
- On ne dit pas « asile ».
Alphonsine apaise ses voisins de table, se ressert de vin : « Myriam non plus n’était pas une sainte ». Bogdan demande pourquoi. Alphonsine évoque une rivalité amoureuse, « dans le passé » ; Bogdan répond «pure invention » ; Evguéni lui rappelle, pontifiant, que « sous l’Occupation, parfaitement », Bogdan avait transmis à l’ennemi des réquisitions : tant de vaches ici, tant de poulets là. Tant pour le STO, Service du Travail Obligatoire.
« Tu confonds avec mon oncle. Je n’avais que 17 ans.
- À ton âge, il y avait déjà des maquisards. Des vrais.
- Je me cachais. Et les Mazeyrolles ?
- Tout ce qu’il y a de plus pétainistes, jusqu’au 30 juillet 44.
Claire : « Evguéni, Alphonsine, mauvaises langues. Vous venez tous d’un seul et même quartier, les Vieilles Habitations ; je devrais bien tous vous y refourrer.
Alphonsine nasille que les Mazeyrolles y étaient bien, eux, dans la Résistance. Bogdan demande « ce que vous pouviez bien faire, vous, les Lokinio-Turc, pendant la guerre ». Mrs Bove cependant mange. Elle est bien la seule. Johanna intervient :
«On n’entend que vous. Vos histoires de vieux combattants, rien à foutre ».
- Je paye mon loyer dans le Großhaus.
- Quel loyer, Bogdan ? vous devez trois mois.
- Je veux savoir ce qu’ils faisaient sous l’Occupation. Les convois ont bien été transportés par chemin de fer ?
- J’ai fait de la Résistance, prêche Evguéni, bouc en bataille. J’ai bloqué les départs de trains ». Tout le monde éclate de rire.
- C’est tout ce qu’on a pu faire ! proteste Alphonsine, le nez pincé à tout rompre.
- Vous nous emmerdez ! gueule Johanna. Mazeyrolles revient en navette, oscillant dans sa graisse :
« Qu’est-ce qui se passe ici ?
La salle à manger regorge. Toutes les portes intérieures sont ouvertes.
- Comptez-vous, dit le vieux Mazeyrolles, glacial.
- One ! dit Mistress Bove.
- Two ! dit Stavroski pour se payer sa gueule.
- Trois ! c’est Claire.
Johanna « Quatre », Noëldieu : « Cinq », Stabbs : « Six! » ; plus Evguéni, plus Alphonsine. Les fous sont lâchés. «À Varsovie, nous serions à notre aise ! ironise Stabbs ; il regarde en biais Bogdan, qui lui jette repartez juste après le dessert
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- Bogdan nous doit trois bons mois de loyer. Plus charges». Noëldieu : « Il peut loger chez moi ; maintenant que ma mère est morte » Applaudissements. « On ne s’ennuie pas, chez vous » dit Mrs Bove.. Stabbs, disparu en cuisine, revient bardé de desserts empilés sur le bras jusqu’aux épaules et flamboyant d’acné. Noëldieu outragé fixe Claire avec emportement : « Toi qui disais que la reproduction est le pire fléau ! »
Claire ne peut se justifier.
Johanna supplie qu’on cesse de se justifier ; personnellement, elle crève de chaud. Noëldieu tire trois balles sur STABBS qui s’affale dans les plats de crème. POURQUOI ? Alphonsine hurle au téléphone : « Police ? Police ? »
- Puisque c’est ainsi, dit Claire, je ne suis plus enceinte.
Evguéni et Mazeyrolles, costauds pour leur âge, transportent Stabbs, blessé, dans une chambre. Claire s’éclipse, indifférente.
20 août 1991: Noëldieu arrêté pour tentative de meurtre, se rend sans résistance.
20 février 1992 : déclaré irresponsable au moment des faits, transféré à l’hôpital psy de Cadillac.
« Le détenu Noëldieu fait preuve d’une volonté exemplaire. Il s’est toujours comporté avec une grande douceur, serviable et raffiné. Nous proposons à Votre Autorité de le faire bénéficier de permissions de 24h.
Cadillac, 20 mai 1992
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« Noëldieu, interné, se scrute dans la glace : « …Regarde-moi bien en face. Je te connais. Ma tête me rappellera quelque chose : la peau, les cheveux, les yeux au fond des trous… que j’expie ? ... « ni rançon, ni vengeance. »
La paix s’empare de lui comme la vague sous le noyé. Noëldieu sème la mort sans crier gare : grosses farces, gros repas. Taré - « raté » répond la glace.
X
Commence un mois de chaises musicales. Kuruma Bijou-Noir prend soin de NOËLDIEU, qui a blessé son demi-frère blanc : sitôt sorti de l’hôpital, il loge Noëldieu au Pavillon des Sœurs, habillé, nourri. Il s’est lui même rangé des voitures. Il travaille à B. dans un sous-sol d’imprimerie. Aux moindres inquiétudes, Kuruma le transfère à une autre cache. Kuruma Bijoutier dit Diamant-Noir possède un bon réseau : il pourrait repiquer aux fraudes, retaille du faux, mais s’est lui aussi mis en retrait. Noëldieu râle, cependant : son long nez le rend parfaitement remarquable. Noëldieu l’agresseur ne veut plus passer sa vie dans les couloirs d’hôpital. Au milieu de l’été cependant, il veut revoir les sœurs, Bogdan de Pologne et le Großhaus. Kuruma désire ainsi ; pour la forme, il envoie des piques à Bogdan, père de Noëldieu: « Myriam te manque. Avoue qu’elle te manque. » Bogdan répond on öldü, elle est morte, en turc ; il aime jouer les polyglotte. Un cabot.
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- Je n’aurais jamais dû me confier .
- Tu n’as pas changé. C’est bien toi, Noëldieu, qui as estropié mon demi-frère blanc ; il est à toi, tu le gardes.
- Je ne l’ai pas fait exprès.
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« C’est le vent » dit Claire.
Johanna dit « C’est Noëldieu ».
Noëldieu n’est pas venu seul. Avec Kuruma, il enjambe vers l’intérieur la fenêtre du rez-de-chaussée. Kuruma exhibe pour rire un schlasse. Les deux filles reculent c’est une blague dit Noëldieu juste une blague.
- Qui est celui-là ?
- Le demi-frère de Stabbs.
À l’évocation de son ancien amant, Claire pince les narines. Jamais elle n’admettra son demi-frère noir. « Il devait me le dire. Dès le début. » - C’est vous, Claire, comme votre nom, et votre couleur de peau, l’atteste. « Vous êtes fous. Nous sommes surveillées toutes les deux ».
- Ils n’y penseront jamais. C’est trop gros.
- ...Donnez-nous de l’argent monsieur Kuruma…
- Mon demi-frère estropié n’est pas un assassin. C’est Noëldieu. Il ne doit pas se laisser interner : pleine conscience de l’acte.
- « Fous Dangereux ». Pourquoi êtes-vous revenus ? »
STABBS, éternel convalescent, répond qu’il n’a jamais mis les pieds ici. Johanna suppose une « expédition punitive » des deux hommes.
- Je suis doux comme un agneau répond Kuruma. Noëldieu peut vous le dire. Vous nous accueillerez du mieux que vous pouvez. Ici la place ne manque pas, ni les issues ».
Noëldieu, calmé, demande à voir Bogdan. On lui répond qu’il dort, que les Vieux Mazeyrolles sont revenus dans le pavillon, derrière la haie ; qu’ils dorment, eux aussi. Qu’ Alphonsine et son Chef de gare n’ont pas voulu repartir non plus, de la chambre 13, délabrée, du Vieillards’ Home où ils se sont finalement retranchés. Kuruma ricane en se resservant de scotch. Noëldieu : « Vous ne pouvez pas vous débarrasser de vos grands-parents. À votre âge… ces ivrognes...» Claire fait observer à son ancien amant Stabbs qu’au moins ceux-là n’ont sur la conscience aucune tentative de meurtre.
Claire fait observer à sa jeune sœur qu’elle-même a veillé sa mère « jusqu’à sa mort ». Claire : « Maman nous changeait. Nous vivons ici en vase clos, en forteresse. - Claire, dis-moi qui a prévenu la police juste après l’accident ? - ...Tentative de meurtre. C’est Alphonsine. Sans elle, tout pouvait toujours s’arranger. Entre nous. Tu avais bien plus qu’un an à vivre. Johanna donne à l’agresseur ici présent trois jours pour se faire coffrer.
- Raison de plus pour agir.
Tous boivent en silence.
Il n’existe qu’un seul lit.
« Noëldieu, tu dormiras par terre. Tu es l’agresseur.
- Pas question. Nous serons allongés côte à côte, habillés, sur le même lit.
Noëldieu n’a pas retiré ses chaussures. Il est coutumier du fait. Il vaporise du désodorisant. Si on le découvre à côté de Diamant-Noir, ces deux-là du moins seront vêtus, bien écartés aux deux bords du lit, isolés l’un de l’autre par un traversin. C’est dans cette installation qu’ils se parlent l’un à l’autre, sourdement, dans le noir. Tous se couchent. Des ronflements menacent.
« Pas moyen d’allumer la veilleuse, se plaint Kuruma.
- Dors et crève.
La lueur bleue de la rue découpe leurs profils.
« Si tu es revenu, c’est que tu as un plan.
- J’ai un plan.
- Tu veux nous faire passer pour des salauds.
- Accorde-nous un certain temps, dit Kuruma. Je ne nous donne pas trois jours.
N - Nous irions nous planquer dans le pavillon du fond.
K - Archiplein.
N - Evguéni et Alphonsine vont quitter la chambre 13 du Großhaus. Se recaser sur la rue. Ça ne va pas traîner. Mon père Bogdan peut conserver sa pièce au pavillon du fond : il ne sera pas dangereux pour nous : toute la parcelle est désormais classée « asile médical ». Nous serons indélogeables. Mon plan est celui-ci : tout vendre.
K- Mais nous ne sommes pas propriétaires !
N - ...je n’ai tout de même pas fait exprès de frapper Stabbs..
N -Tu vas me faire le plaisir de subtiliser tout l’argent de mes nièces.
K - Elles n’ont pas d’argent - Stabbs me l’avait dit.
N - Les immeubles me reviennent, comme fils de Bogdan.
K - Ce qui reste à démontrer.
- Je te promets de disparaître en suite, toi et moi, ensemble.
K - Tu es sacrilège Noëldieu. Sacrilège et dingue.
N - Je me charge de Claire. Elle le fait sans arrêt ; elle et sa sœur ensemble.
K - Demande une dispense au pape ». Kuruma n’est pas convaincu. Il objecte ceci : les deux petite-filles Mazeyrolles voudront expulser jusqu’au dernier occupant. Surtout Alphonsine. Evguéni. Ivrognes irrécupérables. Ce toupet de revenir prendre part au repas, à peine sortis de désintox. Mais cette résolution ne tiendra pas. Les geôlières en ont ras la visière.
Noëldieu se juge sévèrement, mais trouve aussi que les Sœurs exagèrent. Elles empoisonneront tous leurs pensionnaires, en trempant des pièces oxydées dans leurs tisanes. Kuruma lève les sourcils ; prête l’oreille à ses remords et jérémiades. Couche dans le même lit, sans ôter plus de vêtements qu’il ne faut.
XXX
Le temps clair contrarie les visées des deux hommes. Ils se montre en compagnie de la Maison Mère au Pavillon, du Pavillon à la Maison Mère ; la police ne vient pas s’emparer d’eux. Les circonstances peu à peu cheminant, les complices méditent une collaboration mutuelle plus efficace. Les autres soupçonnent le complot, mais seul aujourd’hui l’exhibitionnisme de ces deux-là catalyse les blâmes. Le fait même qu’ils osent se montrer ; de même tout adolescent traîne avec lui bien en vue un « carnet secret, à ne pas ouvrir ».
X
41
Mrs Bove est venue s’acquitter de son loyer : la Grand-Maison accueille désormais autant de clients qu’un hôtel – enfants, animaux, restent proscrits ; Mrs Bove abandonne ou confie sa progéniture au petit personnel, à deux rues d’ici : « mes gens » : my servants. De quoi sourire en vérité.
Il règne au Großhaus ou Maison Mère une totale immunité. Les malfrats s’y verront bientôt purifiés. Ils s’en trouvent plus vulnérables encore. Mrs Bove les épie. Se se colle à leur porte, place les lèvres au niveau de la serrure, figurant une grosse lucarne à l’ancienne : elle flûte alors par le trou leurs identités successives, leurs anciens logis, et la raison qui les leur a fait quitter. Kuruma et Noëldieu sortent d’un coup ensemble et la toisent avec insolence. Mrs Bove soudain redressée déclare que le vieil Evguéni en remontrerait à deux détectives : « Votre meilleure protection est la complicité de tous. »
- Ta gueule dit Kuruma.
Elle s’éclipse. Claire et Johanna, jamais éloignées, prennent le relai : « Vous pouvez, disent-elles aux deux hommes, aller et venir à votre aise - dans le petit parc, naturellement ». Ils demandent d’une seule voix où se trouve Bogdan « mon père » ajoute Noëldieu. Devant le mutisme, les deux hommes sortent d’un pas décidé vers le Vieillards’Home. À ce moment Bogdan ressort des cuisines (croissants ! thé ! lait, café). Sa faconde sonne faux. Il assigne à chacun sa place à table, joue les bourrus, dispose les viennoiseries. Bouscule les couples assis. Se répète je suis seul et juste usufruitier. N’a jamais voulu comprendre le jeu des sœurs, ouvertement vertueuses et répartitrice de vieux. S’étant arrogé le privilège d’accueillir ou de refuser corps et âmes, d’une cellule à l’autre. Alphonsine crie et boit, Evguéni fait chorus. Bogdan passe aussi d’une chambre à l’autre, servant ceux qui ne veulent ou ne peuvent rejoindre la table commune.
« Bonjour, Pani Bogdan »
- Noëldieu ?
- Ton fils.
Bogdan, tasse et soucoupe en main, considère par-dessous les deux inséparables sans trace d’émotion co zamierzasz zrobić? ils ne comprennent rien « que venez-vous faire ? » Les complices, debout, échangent un regard. « Je ne vous attendais pas » prétend Bogdan, ressaisissant tasse et soucoupe. Kuruma l’agrippe au bras :
« Qui commande ici ?
- Je sers le café du matin… je suis le plus valide »
- Réfléchissons, dit le Noir. Ils vous ont fait larbin. Même à l’article de la mort.
- Je ne le fais pas exprès.
- C’est le mot, Papa, dit Noëldieu.
- J’ai le temps devant moi ». Il hésite un instant. « Mon fils »
- Nous ne te sauverons pas - poursuit le fils - ni moi, ni mon survivant » (montrant Kuruma impassible) - tous deux repartent épaule contre épaule, à jamais accrochés par une balle perdue. Face à Bogdan se sont à présent trouvées Claire et Johanna, sortant de leurs chambres respectives en chemise de nuit, bâillant et s’étirant. Bogdan reste là, serveur aux mains tremblantes. ¨Pourquoi me demandent-elles si j’ai vu « le vieux schnoque avec ses bêtes » ? ...Bogdan ne connaît personne qui puisse cloîtrer ses chiens dans un réduit sans fenêtre ; demain, se documenter auprès de la SPA.
Le cerveau joue des tours à Bogdan. L’humour aggrave les incohérences en croyant les arrondir. Pour la première fois la sœur aînée reproche à Johanna ses railleries. Tu ne sais plus ce que tu dis, Johanna, tu sèmes le drame. Vois comme il tremble (« Prenez place je vous prie. Thé, café »).
Kuruma le Noir est revenu, obsédant. Commande un fruit. Johanna lui demande s’il veut écouter, une fois de plus, Good Bye strangers sur les haut-parleurs de salle ; Claire intervient : Garde cet hymne pour ton futur mari Bogdan.
Noëldieu Long-Nez revient lui aussi sur ses pas : si Bogdan pouvait fuir, poser tasse et soucoupe ! ses tremblements en attestent. Noëldieu n’a jamais été incarcéré ; Kuruma, si, en tant que Noir et bijoutier véreux ; Noëldieu précise que Kuruma est en permission de sortie. « Vous ne vous êtes pas assassinés cette fois, plaisante Johanna ; quelles nouvelles ? »
Noëldieu la fixe au fond des yeux. Johanna : « Les Mazeyrolles n’ont jamais accepté leur expulsion ; ils ont été replacés à Ste-Savine de Troyes, comme autrefois.
- ..avant l’asile ?
- ..quel asIle ? ...on nous les avait renvoyés comme on rote. Nous les avons replacés chez eux, à Ste-Savine. Nous avons pensé que Bogdan aimerait à virer d’ici tous les ivrognes. Sans exception. Il avait pourtant aidé les vieux Mazeyrolles à survivre. Donc à se réfugier, une fois de plus, ici même. Et moi, je les ai revirés.
Kuruma prend la parole : « Nous vous débarrasserons de tous vos assiégeants, de tous vos parasites. Vous pourrez vendre le fond du parc – sous prétexte de remembrement cadastral.
- Je ne peux pas remettre ces gens à la rue. Mes quatre grands-parents.
- ...que des vieux.
Noëldieu intervient :
« Kuruma exagère. « Il n’est chez lui nulle part ». Kuruma commet des insolences. « Sa demi-fraternité ne l’autorise à rien » Claire dévisage Diamant- Noir : comment cet homme a-t-il pu partager quoi que ce soit avec son propre demi-frère, Stabbs ?… ., Kuruma approuve du menton Dieu sait quel plan de Noëldieu ici présent, inaccessible au remords, qui se bornerait à récidiver... Les deux hommes ne veulent pas simplement purifier, purger le Pavillon : ils le revendiquent tout entier pour eux-mêmes. Ils refouleraient également, Claire elle-même, s’ils pouvaient, elle et sa sœur, dans une haute tour, au Point du Jour, à Gayette.
À moins qu’ils ne s’exilent, fortune faite, en Nouvelle-Zélande – adieu, prétentions filiales ! de qui auraient-ils bien pu revendre les titres de propriété ? à quel prix dérisoire ? n’ont-ils pas d’autres moyens de financer leur voyage ? Formeront-ils un couple ? Ne vont-ils pas, aux antipodes, fuir sur un monde exigu ? Où n’avaient-ils pas déjà disparu ? Interpol en huit jours les aurait capturés où qu’ils fussent.
« Johanna , ça ne peut pas durer - Claire, on ne tue pas sans raison ». Si Noëldieu-Long-Nez dit vrai, s’il est vraiment le fils de Bogdan, dit Bogdan, alors c’est ton cousin noir qui aura rossé Stabbs, ton ex, un vrai mou du lit à deux places.
- Jamais je n’aurais épousé ça. Jamais cet homme. Jamais. Suce-nègres. Tentative d’assassinat sur le frère de son ami. - ...demi-frère… - Assassin ».
Le bâtiment du fond, où se succèdent les épaves, pue la mouche et le tombeau. « C’est à nous de partir dit Johanna ; nous sommes la branche héritière - vendre vite et filer – j’étouffe –
Claire n’étouffe pas.
Dès l’après-midi, le Noir et Long-Nez s’introduisent dans la masure en fond de jardin. L’odeur est forte. Les mouches aussi. Bogdan dit Bogdan s’est absenté au Centre commercial.
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« Bonjour monsieur Lokinio.
- Il ne vous entend pas. » Kuruma le secoue. Evguéni voit dans son brouillard le Bijoutier Noir à toupet roux ; lequel se redresse.
« Nous savons bien pourquoi ils sont venus », grommelle la tricoteuse. « Les jeunes, là » - montrant de l’aiguille sa fenêtre - « voulaient nous virer pour caser leurs papas-mamans. On a fini par y loger Bogdan, pour les emmerder ; cet intrigant. Il s’est mis en tête de nous apporter le petit-déjeuner. …
- ...à ne rien foutre ! grogne le Vieux Mazeyrolles
- ...qnand ils ont vu ce désastre, les Lokinio se sont dit autant revenir…
De retour :
- Nous sommes trop nombreux dans ce foutu pavillon » intervient Noëldieu. Chacun sur sa couche, et vautré, en même temps, sur celle du précédent. Nous devons nous brouiller avec l’Evguéni, le chef de gare - son haleine, les bouchons qui se dévissent dès le matin, l’immoralité… on trouvera bien…
Lokinio bien bourré balbutie qu’ « il est drôle, le Noir, avec sa houppe».
- ...une distance, un froid…
- Quel intérêt ?
- ...Comme vous êtes à l’étroit ! ...mon bon monsieur !… défendez-vous !… chassez les Mazeyrolles ! ...cette intolérable promiscuité !... »
X
Finalement ce sont les Lokinio qu’on expulse.
Après leur départ, Mazeyrolles Aîné dit à Dent-Bleue :
«Il ne faut pas penser qu’à soi.
- Vous les hommes ! jamais énergiques ! ...ce soir, je ne ferme pas leur boîte aux lettres. Je laisse grincer le portillon au bout de l’allée. Ils iront la refermer la nuit tombée...
- C’est vrai, Maïté ; d’où sortent ce Noëldieu ? ce Bogdan ? »
X
Entre les deux bâtiments, contournant la haie près des cordes à linge, se trouve un sentier interne, une allée, tncontournable : soixante centimètres où se croiser, se saluer de plus ou moins bon gré. Ce qu’on appelle, en terme de droit, une « servitude ».
On va faire son petit tour ?
- Juste revoir l’ancien jardin du bout de la rue !
Bogdan dit Bogdan n’a plus ce pas nonchalant ; plantés au milieu du chemin, les deux épais Mazeyrolles forment un magma infranchissable. Bogdan en face d’eux danse d’un pied sur l’autre. Il les engueulerait s’il pouvait, s’il était ainsi configuré. L’opinion générale est que, seuls, les plus âgés, Evguéni et Alphonsine, devraient occuper les lieux.
« Les deux sœurs n’aiment aucun de leurs grands-parents.
- D’où vient, s’éraille Bogdan, cette rage de posséder un abri ?
- Un toit, un toit ! psalmodie Dent-Bleue la Vieille en joignant les mains.
- Mon tombeau ! murmure Vieux-Mazeyrolles.
- Ta gueule, glapit Dent-Bleue. Tournée vers Bogdan : « C’est vous, Paniei Bogdan, le nouveau venu. C’est vous qui dirigez tout, paraît-il, vous l’instigateur, le commandant. Croissants au lait, salutations – vous voulez retrouver tous vos mètres carrés !
- Loin de moi…
- À d’autres !
C’est une danse macabre inversée ; chaque charogne cherche sa momification.
X X
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VIEUX MAZEYROLLES, VIEUX Bogdan
VM: Cousin Mazeyrolles…
- Monsieur Mazeyrolles...
VM: Robert. Savez-vous prier ? … à nos âges, ce serait urgent.
- Vous êtes à jeun. Seriez-vous le père de nos Demoiselles ?
VM: Leurs grands père et mère. Nous les avons élevées ; Lokinio n’est qu’un ivrogne.
- Elles se confient beaucoup ces temps-ci. Leurs parents avaient divorcé… Sont entrés chacun dans une secte différente.
VM: Nous sommes tous pécheurs…
- Maître Robert, venez donc avec moi réparer le vieux banc. Le travail est prière. Nous poserons nos culs sur des planches solides.
VM : Avant les quatre définitives.
- Six avec la tête, et les pieds joints. Je suis encore solide, les outils bien en main.
Les deux marteaux clouent très vite, en alternance.
Claire, aimée de Bogdan, dont elle ne sera jamais que la belle-sœur - porte, à l’ancienne, une maie de linge sur sa hanche. Elle se met à étendre, parle au Vieux-Mazeyrolles. Les deux hommes reposent leur marteau, Claire tient ses coincettes : Alphonsine et Evguéni séjournent en désintoxication, alternativement, ou à deux. Des administrateurs ont replacé les Mazeyrolles tout à côté d’eux, d’où leur parvenaient sans cesse leurs éclats d’ivrognes - à l’école, en dernière année, on les appelait « les Sœurs Picole ».
Ce jour-ci le respect s’efface. Robert Mazeyrolles serre ses lèvres bordées de clous. Il écoute sans répondre. Sa propre petite-fille, Claire, lui souhaite à mots couverts de crever – il saisit par le manche un marteau laissé imprudemment vertical sur le sol. Le repose en fléchissant les genoux, retirant un à un les clous de ses lèvres. Reste bras ballants, la tête haute et vague.
X
Le lendemain, Claire ajoute :
« Grand-Père Mazeyrolles, restez parmi nous. Réparez votre banc, disposez vos armoires et nettoyez tout. Votre présence nous réconforte encore. La traînasserie de vos pantoufles nous est devenue familière. Vous ne sentez jamais le vin, vous n’invoquez pas Dieu à chaque phrase, jamais non plus vous ne tournez les yeux vers nos fenêtres au passage, mais vous les baissez, humblement, sur tout le trajet de la servitude. Vous êtes en tout préférables à nos autres grands-parents Lokinio-Turc. et c’est nous, les deux sœurs, qui vous avons pour finir adoptés. Rapportez tout ce qu’il vous faut et finissez vos jours.
« Pour Bogdan, nous lui conservons sa chambre au Pavillon. Il vous apportera les croissants du matin, et se réinstallera dans les pièces libérées ».
Grand-Père Mazeyrolles rejoignit son domicile.
Evguéni Lokinio à son tour dans le sien sans prononcer un mot.
Claire étend sou linge entre les deux maisons.
X
En début d’après-midi, Johanna et Kuruma Diamant Noir se concertent. Debout sous l’auvent, ils aperçoivent, entre les lingeries au vent, la tête et les bras d’Alphonsine, tricotant assise chez elle. À chaque rang de mailles, elle boit à même une bouteille de kirch Peureux qu’elle repose en bout de table.
«Voici Alphonsine, dit Johanna . Vingt ans de guignolet : ça conserve.
- Mes parents… commence Kuruma-
- Aidez-nous à virer ceux-ci. Des ivrognes.
- Pas le moindre débri d’affection ?
Johanna expose son plan : cambrioler ensuite Evguéni et Alphonsine.
Les deux vieilles, Alphonsine et Dent bleue, se confient leurs années cinquante ; l’heure du taille-bavette va sonner. « Passez par derrière, fouillez bien partout : rubans, tiroirs, paquets. Faites beaucoup de bruit. Action. »
Kuruma approuve.
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Dent-Bleue Mazeyrolles traîne sa flemme, sa graisse et sa chaise près de la fenêtre à l’intérieur, Alphonsine en fait autant dehors. Dent-Bleue reçoit par la baie une haleine de kirschwasser. Kuruma jette sur son avant-bras deux pantalons à recoudre ; tourne à main gauche sans être vu. Prend par les arrières, côté Bogdan, qui ne s’y trouve pas pas ; mais il ne referme jamais sa porte. Diamant Noir l’entrouvre de l’extérieur et lit d’un œil exercé, les titres des volumes bien serrés sur l’étagère.
Il s’oriente alors avec aisance ; bientôt les deux vieux à leur tour, Evguéni l’ivrogne et Mazeyrolles, reviendront de leurs achats : il faut se faire surprendre, alors que les deux vieilles enchaînent leurs répliques, mordant toujours d’un mot sur l’autre à la kan ha diskan. Diamant Noir pendant ce temps furète et inspecte armoires et coffres diversement délabrées jusqu’à mi-largeur de la construction. Il trouve là tout le désordre désiré par les deux sœurs, afin de justifier l’expulsion, un jour ou l’autre : bouteilles vides au sol, portes ballantes, restes pharmaceutiques. Papiers jaunis, coussins, lainages poisseux. Sur les photos de noces on s’appliquait pour prendre la pose.
Alphonsine à jeun se manifeste enfin dans leur dos : Bijou-Kuruma sse tournant à demi reconnaît son port de tête et son nez droit. « C’est bien vous » lui dit-il (montrant du menton sur les clichés ses pommettes accentuées sépia) et de lui tendre un carnet de tiquets neufs qu’il vient de dérober. Alphonsine revient de sa surprise et ricane pas de magot ici. Kuruma revint donc bredouille et Noëldieu soupira :
- C’étaient de petites gens » - adieu projets néo-zélandais.
- Adieu l’avenir.
- Mais nous avons trouvé une bonne planque,
- J’en ai ma claque. Les vieux me flinguent avant que je meure. Les manigances de mes deux nièces me glacent le sang.
- C’est toi qui voulais revenir, Long-Nez, pour voir si Bogdan ton père te reconnaîtrait.
- Je ne sens plus ici la moindre trace de Myriam.
- C’est pour une morte que tu prends tes risques.
- Ce n’est pas moi qui t’ai envoyé fouiller.
- Johanna me l’a demandé. Elle m’accompagnait l’autre jour. Sans résultat non plus.
- Tu ne va pas s’en tirer comme ça. Tu as tué mon frère blanc.
Ils se retournent : Bogdan est entré au salon, pistolet plat en main, jouet mortel.
« Qu’est-ce que tu tiens-là, Pépé ?
- Une passoire. »
Bogdan braque le Bijoutier qui aperçoit l’obturateur
- ...Pistolet d’alarme ! ...Rien à voler ici. Fini, le fric dans la lessiveuse.
Bogdan répond qu’il ne croit pas cela, mais rentre l’arme dans sa poche.
Noëldieu : « Ça remue dehors ».
Les trois hommes s’approchent de la fenêtre : Alphonsine et Evguéni à présent se tiennent de dos au milieu du sentier et du saint-frusquin qui le borde des deux côtés ; les deux sœurs sont revenues, chargées de paquets difformes ; Evguéni se retourne et les apostrophe : « Vous nous avez reçus très incorrectement à notre sortie de désintoxication. La première fois, les Mazeyrolles nous ont remplacés : admettons. Maintenant, c’est Bogdan, qui nous prend pour des gâteux. De plus : Noëldieu et Diamant Noir. N’importe qui s’introduit chez nous, pourvu que ce ne soit pas nous.
« L’essentiel pour vous deux, c’est l’Expulsion de ceux qui vous ont nourries. Le Vieillards’ Home sera bien suffisant pour ceux que vous y entassez ».
Alphonsine à son tour : « ...des assassins chez nous, c’est votre affaire. Mais qu’ils foutent nos meubles dehors, c’est intolérable.
- Tu exagères dit Claire, Noëldieu n’a pas fait exprès d’agresser.
- On fait toujours exprès d’agresser. Ce qui reste à démontrer. Aide-nous au moins jusqu’au taxi.
- La victoire, dit Diamant, est pour Bogdan, et ces invertébrés de Mazeyrolles ». Qui jusqu’ici mâchonnent côte à côte sans la moindre expression.
X
Les premiers troubles de Bogdan sont apparus courant novembre. Voûté. Traînant ses pantoufles : « Mes jambes me portent. Il va pleuvoir. Je ne pourrai plus sortir. Tout le monde s’est croisé sur cette allée. Je ne peux plus me souvenir de Myriam puisque j’aime les sœurs.
« Les aînés Mazeyrolles sont trop vieux. Ils ne me parleront jamais de Myriam. Derrière les haies se trouve leur appartement , le mien.
X
« Claire et Johanna reçoivent des visites. Jamais tout à fait semblables. Quand elles sont seules, j’entre à volonté. Il ne me reste plus rien au frais. Elles cachent les sucreries et les fruits secs.»
Bogdan marmonne d’une pièce à l’autre dans chaque bâtiment, Groẞhaus, Pavillon, par l’allée centrale, dans la boue avant la pluie.
X
« Bogdan, dit Johanna, nous avions envie de vous tuer.
- Vous plaisantez.
- Profitons de vos bonnes dispositions pour parler à cœur ouvert.
- Ou non.
- Votre fils Noëldieu n’a jamais été poursuivi. Votre lucidité peut disparaître.
- Je n’ai pas reconnu mon fils.
- Vous connaissiez la victime ?
- STABBS
- ...je veux dire, excepté son nom… rien de lui ? ...qu’il était le Précédent de Claire ?
- Je ne sais rien de plus que vous .
- Mais rien de moins.
- En même temps, disait Claire, nous aimerions vous garder près de nous.
- Enterrez-moi près de vous.
Bogdan l’a regardée par-dessous. Tâche de comprendre qu’il devrait partir de lui-même : « Qu’est-ce qu’ils ont donc de plus que moi, ces Mazeyrolles, devant qui tout s’incline? …la Dent-Bleue !
- Nous deviendrons vieilles aussi, dit Johanna . Bogdan, remettez-vous au piano une bonne fois.
- Je dois m’en aller, une bonne fois. » Sa voix tremble.
Johanna prétend que rien ne peut s’éviter. Que chose marquée doit s’accomplir. Bogdan écoute avec dignité, mais sa tête décline. Claire propose de l’emmener à elles deux : « C’est ton rôle d’épouse… qui donc ici ne s’est pas chargé de lui ? à ton tour » - mouvement de Johanna - « il ne peut pas t’entendre » Bogdan répond Vous ne savez rien de ce que j’entends.
- Nous allons chez Mrs Bove répond Johanna .
L’accueil est chaleureux. L’Anglaise enveloppe son hôte sur un canapé rouge : « Nous nous sommes rencontrés » dit-elle « en d’autres circonstances, et plus jamais depuis. Avez-vous bien viré (fired) nos malfaiteurs ? Kuruma et son complice, I mean…
Johanna répond que les deux hommes ont osé se représenter, que les Lokinio-Turc ont plié bagage ou bien sont morts (elle ment), que seuls demeurent les Mazeyrolles, « des vieux paisibles, alliés à Bogdan aussi vrai qu’il est ici présent sur votre canapé ».
- Le vieux Mazeyrolles est cousin de Myriam, bredouille Bogdan dans son cocon de chandails. Il s’y perd. Les deux Bove, femme et conjoint tout neuf dans l’histoire, le hissent sous les épaules, et l’embarquent à sa nouvelle chambre, sur un grand lit couvert de couettes rouges.
CHEZ BOVE - Aÿ
Ils disposent sur l’étagère une collection d’ouvrages historiques dont il ne parlait plus. « Il ne me reste presque plus rien » dit Bogdan. Johanna les a suivis : « Vous avez bien des souvenirs, Paniei Bogdan . - Tu peux tutoyer ton nouveau mari, Johanna ... »
Mrs Bove s’extasie sur les titres, la splendeur des reliures. Bogdan persiste dans son mutisme. Tous prennent congé froidement. De leur voiture les deux sœurs font des V d’encouragement – Bogdan, de sa fenêtre, hilare tout à coup, répond de même.
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X X
TÉLÉPHONE
« Hello. Here’s Mrs Bove. Bogdan est insupportable. Il ne parle pas, ne lit pas. Devient tout à fait inintelligent, tout à fait très ... Il prend le livre, ouvre sur ses genoux et s’endort. Hello, Miss Claire ? …il y a tempête ici… In your street too ? Je vous entends très mal ! »
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« Monsieur Bogdan, votre père – il n’est pas votre ? ...il nous emmerde, mon mari et moi. Il yourine ! Parfaitement ! au lit ! Pourquoi vous n’avez pas prévenou ? Hello ? des couches, oui, faites venir baby diapers, garçons, yes, épaisses par devant ! ...le vent, le vent !… »
Mrs Bove ajoute qu’il appelle la nuit pour s’éviter l’incontinence. « Le temps qu’on arrive, il a déjà pissé – ne coupez pas ! » Bogdan appelle en pleine nuit où suis-je ? et qui êtes-vous ? pourquoi moi ici ? « Trois fois Police ramené ici lui égaré pleine campagne, lui s’excuser, lui recommencer, nous pas pouvoir garder, vous trouver quelque chose – hello ? hello ? »
Le vent souffle avec rage. On entend de loin Mrs Bove Ma chère, vous perdez votre français.
Bogdan transféré à Vauclère-et-Canson. parle seul en ininterrompu. Déplore d’être pris pour fou, ce qui est bien plus commode. Mais je pense savez-vous. Il y a plus atteint que moi. Il ne fait pas exprès de pisser. « De temps en temps. Quand on m’observe, je replonge – ne pas étaler mon intelligence – ma rébellion disent-elles.
« Nous faisons peur ». C’est la première fois qu’il pense au pluriel depuis la mort de Myriam , de son vivant il disait « nous ». Apprenez à dire je dit le psy. Les infirmières le renfoncent dans son lit aménagé.
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Voici un coup de téléphone :
- J’éprouve des remords. Bogdan n’est pas traité comme il faut. Tout leur semble bien pire. Nous ne pouvons pas le laisser là.
Johanna : « Après tant de mal à l’expulser ?
Noëldieu: « Je vis dans la clandestinité. Bogdan est gâteux. Mais c’est moi qui paye l’hospice. »
Johanna, future épouse de Bogdan, raccroche d’un coup.
X
Clinique, intérieur jour, intestins. Après toute une vie d’absence. Le ventre flageolant. « À treize ans », raconte Bogdan « on m’a tiré tout l’intestin, mètre à mètre. »
- Impossible. Nos intestins sont fixés par le mésentère. Une incision ici. Une autre là. Deux vieilles tranchées dans le ventre, Bogdan marche entre deux cannes anglaises. On le visite comme un monument historique. De rage, devant le personnel en cercle, Bogdan déchiquette ses bandages. Une infirmière s’exclame : Il est déchirant !
- On enlève la sonde, pépé, attention à l’oiseau !
- Voilà le curé ! - arrêtez de gigoter ou je vous exorcise !
- ...répétez après moi bénissez moi mon Dieu parce que j’ai péché…
- ...ça ne sert à rien qu’il me bénisse : c’est lui, Dieu…
Le curé se tourne sur sa chaise : « Il a toute sa tête. Seul avec Dieu.
Claire et Johanna referment prudemment la porte. Ce n’est pas avec ce celui-là que Bogdan retrouvrera la foi. « J’ai claqué une grosse blatte par terre hier soir », seule phrase qu’on puisse lui arracher. Jusque sur son lit de fin de vie, Bogdan évoque Myriam la disparue, mais nul ne l’écoute et sa langue embrouille des sons hagards.
63
X
X X
La veille du mariage, Claire et Johanna courent la campagne une bonne partie de la nuit. La brise agite leurs voiles sur leurs profils. Johanna : « Bogdan s’en est finalement bien tiré. Mais pourquoi l’avoir ramené sans me consulter ?
- Je mène ma vie comme je veux. Il ne dit que des conneries.
Claire ne trouve pas que Bogdan ne dise que des conneries.
X
L’entrée des deux robes blanches dans un troquet nocturne, entre hommes, fait sensation. Claire et Johanna poursuivent leur entretien sous les regards des buveurs incrédules. Johanna réclame sa part d’avance sur héritage. Demande l’annexion à son profit du pavillon pourri en fond de jardin. « Je ne suis pas encore morte » répond Claire. - Tu étais d’accord. - J’ai changé d’avis. - Tout le monde te tient pour une sainte.
- Je ne peux pas, dit Claire, mettre les Mazeyrolles à la porte : le vieux est cousin de la morte. Et ce sont les parents de notre mère.
- Je veux ma maison en entier ».
Les deux sœurs s’animent dans un grand envol de tulle. Depuis le seuil du bar, sous l’ampoule, les fumeurs confinés se penchent vers l’intérieur : Claire demande à haute voix pourquoi sa sœur ne peut se contenter d’une moitié. Johanna se refuse à mêler son futur mari à tous ces vieux qui hantent ces murs, y compris le Vieillard’s Home, qui périclite. « Retourne en Espagne, tu seras loin ». Johanna se révolte.
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Claire, au bar, en robe de noces : Ma vieillesse me fascine. Je te laisse le vieux Bogdan qui n’aime que moi, et qui t’épouse.
- Il y a des asiles pour ça. J’y ai replacé ton vieux Bogdan. Personne n’y reste. Ils se marient ou crèvent.
Les deux sœurs quittent le bar sans avoir pris leurs consommations. L’assistance revenue de clopes renouvelle les bières en commentant grassement. Les lumières disparaissent dans le dos des mariées. L’église les attend loin devant dans la nuit. Tout se jouera aux premières heures. Les voiles se noircissent, les robes se froissent. Johanna perd ses souliers, s’assoit sous un arbre au bord d’un talus.
Claire vante les toits, les murs du Groẞhanf partagé entre tous.
Johanna répond je ne pense qu’à moi. Insiste pour expulser les vieux Mazeyrolles, grands-parents maternels. Claire ne cède rien ; refuse une fois de plus d’épouser Bogdan à la place de sa sœur : il m’aime trop, il gâcherait tout.
Claire n’envisage que le seul dépérissement de la vie ; Johanna préfère la mort abstraite et définitive. Toutes deux se demandent, à grands pas dans la nuit vers l’éclairage de ville, par où commencera son propre flétrissement.
« Ce sera » décrète Johanna « par le milieu du corps ». Soudain : Nous sommes suivies.
Personne ne les suit plus.
L’aube s’est dégagé du ciel. Claire et sa sœur se sont contemplées. Se sont chacune massé les pieds.
« Nous n’intéressons que nous-mêmes, répète Claire. Que diront les voisins ? est-ce que nous paraîtrons dans le journal ?
- Rien ne sera correctement exposé dans l’article.
- J’aimerais, dit Claire, que tout soit développé : ce que nous avons subi, zr accompli. » Elle ajoute que le, ou la, journaliste - s’épanchera sur le pittoresque de la situation, détaillera la finition des volants. Johanna reprenant la parole s’affirme fière de ses formes, de ses impulsions, nous sommes folles dit-elle, sans bornes » – toutes deux se remettent à marchent. « Johanna je n’en peux plus. Cherche n’importe quel abri, un hôtel un trou,
L’hôtelier s’esclaffe : « Le collègue m’a téléphoné. Vous n’êtes plus très fraîches.
- C’est la rosée. Cinq kilomètres à pied. »
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Un flash lui part dans les yeux. Tandis que les paparazzi mitraillent, elles s’inquiètent de Bogdan, point de mire détrôné, l’horloge marque 5h 50, l’adjoint sert cafés et-liqueurs, des micros se tendent, Johanna répond des incohérences nous
manquons d’épaisseur dit Claire et personne ne nous porte intérêt » (un destin, une volonté : à d’autres). Claire se souvient soudain qu’elle était enceinte Ça ne se voit pas ironise un journaliste à gros sourcils. Ex abrupto : Pourquoi hébergez-vous ce fou ? Noëldieu fils de Bogdan ?
- Il ne se cache pas répliquent les deux sœurs. Nous n’avons pas connu ce Noëldieu. Sa victime Stabbs était l’ancien amant de Claire. Nous voyons à quel point cela bouleverse la presse. Nous n’avons conservé ni photos ni lettres ni cartes postales. Nous refusons toute inscription ou démonstration ».
Les flashes s’espacent. Les sœurs confirment qu’elles ont la ferme intention de se marier, chacune avec un homme et pour de bon, en fin de matinée. Qu’elles seront en retard à Ste-Savine si personne ne les amène. Que les témoins s’avancent dit Claire.
« Nous serons bientôt débarrassés d’eux » : l’une ou l’autre sœur se fera un café. - Inutile, songera Bogdan. Puis à haute voix. Tout haut. Claire, Johanna, le regardent intensément, amusées. « Pourquoi passez-vous vos journées à épier des vieux ? »
Claire écoute avant le repas Good bye stranger, Adieu filles étrangères, good bye Mary, good by Jane, dont les paroles envahiraient nos yeux de larmes.
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É p i l o g u e s
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X
Bogdan se découvre un côté desséché. C’est bien inquiétant. Il se sent incapable de grandeur. Sans doute aurait-il mieux fait d’usurper, intégralement, définitivement, ce pavillon des MAZEYROLLES, au lieu d’annexer si vite en quelque sorte un dixième du Großhaus. Claire à sa gauche à présent. À sa droite Johanna. Ne se disant rien. Les autres convives ? Il ne les connaît pas. Si peu. Il n’est pas purement chez lui. De temps à autres, les nièces s’inclinent vers lui, en même temps, proposent un verre, un four, un sourire, puis répondant de toute part aux invités qui se pressent. En face, de l‘autre côté du buffet sur tréteaux double accès, deux vieilles du Vieillards’, qui déglutissent.
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Le reste de même. Bogdan n’observe que des individus sans qualités. Lorgne sur son plat, sur les deux chevelures féminines qui s’obstinent à lui rendre hommage, alors que rien ne l’invite à festoyer. Il se lève alors, glisse au long de la table d’amuse-gueules, tourne vers les hors-d’œuvres, revient par les tourtes lorraines. La vie lui suffit. Vous écririez la même chose. On ne vous dit pas tout. Le passé reflue en masse, mort de Myriam en code « exercice ». Bogdan n’en peut plus d’observer. Fait, défait connaissance. Le toubib au teint jaune, aux yeux faux bordés de bacon - « Poutzi » – l’essentiel se dit Bogda est que je puisse marcher. L’injection mensuelle ordonnée par Poutzi passe mal.
Bogdan achève son circuit culinaire.
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Bogdan revient sur ces deux, René, Albertine, proche parentèle, mère et fils, disparus longtemps des radars. Qui mâchent sans un mot, paupières basses, le fils guettant le pain, guettant la cuillère et la sauce. «Qu’y a-t-il pour votre service, Mère ? » Premiers mots du vieux fils. Claire et Johanna disent Mon Dieu en l’entendant, ce qui ne leur ressemble pas.
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Des quartiers de lune. Il fait le tour d’un pâté de maisons, d’un second. Il reviendra bien assez tôt se recoucher dans son domicile fixe provisoire. Marmonne & pense pouvoir se passer de toutes, Claire, Johanna. Elles ont tout nettoyé, tout rangé dans sa nouvelle demeure, chez elles. Pas même reconnaissant. Tout est dû aux vieux.
Jusqu’aux anges gardiens. Il se parle en milieu de la rue, débarrassée de tous à cette heure. Personne pour le traiter de fou. Les asiles n’ont jamais été que des prisons. Il est si facile de passer pour fou. De répéter à satiété deux ou trois noms de femmes sans penser.
Ça sent le foin quand il tourne la clef. Ou le rat mort dans sa laine de verre. La lune sortie des nuages glace les murs. Sauf sur celui de la « Maison U.», murée, terrible. Bogdan titube avec bonheur d’un trottoir à l’autre sans même avoir bu. « C’est à moi. Elles me l’ont donné. Vous autres sans-abri, crevez ». Le plafond si bas qu’il s’incurve jusqu’au ras du crâne – non : juste le cul-de-lustre. Un jour le toit s’effondrera. Au-dessus de la suspension se serrent les fines lattes de pont, étroites, vernies. 75cl de cognac à petites prises juste derrière la porte en bois du buffet. Vieux meubles, vieux ennemis.
Désormais jusqu’à la mort. Soixante-dix ans de terreur. La vie enfin définitivement vaincue. Les pleins et les déliés. Il l’aime bien, brusquement, sa vie. « C’est bête... »
...Myriam gagne-t-elle vraiment a être regrettée ? cheveux ternes, retorse… ça lui revient, maintenant… partie en éclaireuse, en tête, . À compter d’un certain âge, les époux s’épiente guettent : une seule bouée pour deux… Bogdan hoche la tête. Ces renvois d’icebergs en surface. « Paresseux » dit Claire. -Tu m’espionnes ? » - ces yeux qui s’effondrent, torpeurs à bas bruit à toute heure. Il s’aperçoit qu’il écrit à Myriam, déchire la lettre Ce sont des absences dit Claire - Il ne pense plus ! » la plus jeune exagère.
Les deux sœurs et Bogdan devant la télévision. Le Prussien sur un vieux prisonnier d’Allemagne qui survit à sa vieille femme. Les héritiers s’agiteront autour de lui comme autour d’un bout de bois. Il se taira sous ses rides. À l’enterrement tous un par un le dépassent. Il arrive bon dernier sur la tombe. Claire : « À quoi pense-t-il ? » Bogdan «Voulez-vous devenir ma femme ? - Une de trop, répond Claire. Bogdan éprouve des élans du cœur. Si l’on ne devient pas fou dès le début – « Étiez-vous amoureux de Myriam ?
- Non. - Pourquoi voulez-vous l’aimer davantage ? - Je me moque dit-il d’être apprécié. » - Johanna bat des mains. - Parlez-nous de Myriam, reprend Claire. Bogdan décline.
« Nous allons vous détacher de vous. - Si c’était vrai, vous ne l’annonceriez pas « comme ça».
X
Bogdan a découvert ce que chacun sait avant lui : la liaison ressuscitée de Claire et de Stabbs, ce dernier très antipathique. Johanna pour sa part lorgnant plus souvent qu’il ne faut le Stabbs bien-aimé de sa sœur aînée. Johanna brune, bouche dessinée .Stabbs courtise les deux. Nul ne sait s’il les honore ou les déshonore. Stabbs et Johanna flirtent désormais ouvertement. S’était donc un beau jour présenté un certain Noëldieu, prétendu issu de Bogdan et Myriam. Il se trouva très affecté par la mort de Myriam. Plus affecté qu’il ne convient depuis tout ce temps. Sa taille, s’il se tient droit, fait les deux mètres. Mais il porte le nez long et la tête baissée d’un frôleur de guillotine. Sa voix sort d’une fosse. Il attire les chiens exprès dans les rues.
Demande comme eux asile et protection. N’a jamais beaucoup vécu. Avait appris le Décès au hasard des journaux. Craint l’arthrose et l’hémiplégie. Finira peut-être cloîtré comme les autres. On rencontre chez lui aussi bien la rigueur qu’un mollasson laisser-aller.
Mise en question de Bogdan Stavrowcki
Voici le dialogue : « Nous ne le jugeons pas sur ses actes... - Il ne veut rien faire. - ...ni sur ses intentions. - Bogdan regrette insuffisamment sa femme. - Noëldieu reste inconsolable. « Qu’en sais-tu » réplique Noëldieu. - Claire, pourquoi traîtes-tu Bogdan de vieux en vieux, de visite en expulsions ? - Il aimait les dérivatifs que je lui proposais. Son fonctionnement m’intéresse. Sa maladie. - Laquelle ?? » Propos et arguments se succèdent sans conclusion et Noëldieu se lève : « Ne chassez pas Bogdan ». Il agite le nez de haut en bas « ne chassez pas Bogdan». - Qui parle de le chasser ? dit Stabbs. Noëldieu reprend : « Où irait-il ? - Dans son ancienne boîte à dingues, rétorque Johanna . - ...où ça pue la cantine » ajoute Stabbs « ...la pisse, les regrets et les tremblements de mains … pour spectacle quatre grabataires à demi morveux. - Je suis son fils, reprend Noëldieu ; je me sens plein d’ardeur et d’avenir. - On le garde, dit Johanna . Il ne dépasse notre haie ni en hauteur, ni en largeur. - Cependant il dérange insiste Claire. Cette décrépitude doit nous être épargnée ».
X
Bogdan se découvre un côté sec. Incapable de grandeur. Sans doute eût-il mieux fait d’usurper la maison des MAZEYROLLES, au lieu de rejoindre si vite le Groszhaus Bunker des deux Sœurs. L’aînée à gauche. À sa droite Johanna . Elles ne disent rien. Les autres convives ? il n’est pas ici chez lui. De temps à autre les sœurs se sont inclinées vers lui, en même temps, lui ont tendu un verre, un four, un sourire, puis répondent de toute part aux invités qui s’entassent. En face, de l’autre côté du buffet à double accès, deux vieilles, tout droit sorties du Vieillards’ House, qui déglutissent à tour de rôle. Une autre vieille et son vieux fils, raides, vides et nez pendant.
Le reste ad libitum. Bogdan faute de mieux reluque la faune. C’est un défaut de débutant : ne voir autour de soi que des individus indistincts. Il lorgne sur son plat, rond de plastique aussitôt vidé que regarni, et sur les deux coiffures de femmes qui s’obstinent à lui rendre hommage. Il glisse au long de la table à chips, tourne sur les mezzé de Beyrouth, revient par les pâtes lorrains au fromage blanc. Nous sommes des milliers à écrire. Ne sont venus que des inconnus. À la section « psy » du Vieillards’ Home c’était la même chose.
On ne nous dit pas tout. Le passé reflue. «Mort de Myriam » semble un code secret. Bogdan n’en peut plus d’épier. De faire ou défaire connaissance. Un toubib jaunâtre aux yeux faux soutachés de bacon. - « Poutzi » (ou Pontzieff) – l’essentiel est qu’il marche. La souvenance a rejeté la greffe. Ses proches parents, mère et fils, éclipsés des radars.
Bogdan s’est eztiré sans précipitation. Il est parti se promener de long en large dans sa portion de verdure, derrière la haie. Pourquoi ces deux femmes l’ont-elles recueilli. Qu’est-ce qui leur a pris. Un vieux comme lui. Pourquoi la mort le frôle-t-elle sans qu’il s’en émeuve. autrement ? Quel système Dieu Créateur a-t-il entreposé derrière sa haie interne ? Quand Vieux-Bogdan est revenu s’assoir, le médecin jaune ( Poutzy, Poutzieff ?) a diagnostiqué rupture d’anévrisme. Deux infirmiers ont exporté le eorps, encore dépourvu de son trisme cadavérique. Mais certains gosiers crient encore. Olivier, fils longiligne, accompagne sa mère à sa dernière demeure, le petit cimetière hospitalier. Saura-t-il en retrouver une, qui boite aussi élégamment ? Il en sortait à son gré. Tout s’est passé si vite. * Quand l’assemblée s’est dispersée, ventre plein, cercueil plein, Bogdan pousse un soupir. Il sort de nuit, dans les rues désertes de Troyes. Par ici des pavillons blancs, qui remplacent la lune : beaux reflets de bonne carrure.
Il se couchera bien assez tôt : il possède enfin son domicile fixe et c’est bon d’avoir soixante-dix ans ». Il marmonne : « Elles ont pourtant tout briqué, rangé dans mes nouvelles pièces, chez elles». Y compris les anges gardiens ». D’éprouver sa plénitude dans le vide. « Enfin dignement logé Seul. Et ça sent le foin quand il tourne la clef : laine de verre à l’intérieur des murs - et si c’était un rat crevé, coincé ?
La lune sort des nuages sur les murs endormis. L’un de ces murs demeure nocturne, « Maison Usher », froide, murée, terrible. Vieux-Bogdan ne dormira plus Il titube avec bonheur, doucement renvoyé d’un trottoir à l’autre sans même avoir bu plus qu’il ne faut. « C’est à moi.
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X Après chaque visite, Vieux-Bogdan et Claire prennent un lait fraise et un diabolo menthe au bar de L’Entrecôte. Ils échangent leurs impressions. Vieux-Bogdan est stupéfait. Il se fait tout expliquer, répéter, rétaler. Ces Mazeyrolles l’intriguent. Il se fait désigner leur ancienne adresse sur un plan de ville. Demande combien d’armoires s’entassent dans leur pièce où l’on ne peut plus mettre un pied. S’il est bien vrai qu’ils ne possèdent plus qu’un petit écran de télévision qui fonctionne, juché sur un grand irréparable. « Je parie » dit Vieux-Bogdan « qu’ils sont devenus tout à fait sourds à s’engueuler en patois de Lodève ». - C’est exact, Vieux-Bogdan ». Claire éclate de rire, montre ses dents et secoue ses boucles jaunes. X - Comment va Pépère aujourd’hui ? Il a fait un gros crotton le Pépère ? Il vaut ouvrir les rideaux le Pépère ? - Faites chier. - Pas poli le Pépère ! - Je t’ai vouvoyée ». Vieux-Bogdan ne peut tolérer que la très lointaine cousine de sa femme, Claire Mazeyrolles. Avec elle et quel que soit le propos, tout se joue dans la sérénité. Près d’elle seule il ne se sent ni vieux ni père. Chez les vieux Mazeyrolles, ils retournent, en compagnie de Johanna. Nouvelle soignante. La jeune sœur de Claire. Portant le même nom de famille, en attendant de se marier, ce qui ne semble pas dans leurs projets. Encore qu’il ne soit plus obligatoire d’adopter le nom de son époux. Les deux sœurs ne se ressemblent pas. La plus jeune aura ici des cheveux noirs, des yeux noirs. Un menton, un nez insolents. Claire perdra-t-elle son attrait ? X Les Vieux. Les plus vieux que lui, Bogdan. Déclinent leur âge et lieu de naissance. Claire, debout, prend des notes. Johanna , en retrait, l’œil noir, les toise. Dans la pièce qu’on entrevoit derrière eux, les armoires en effet s’entassent, acquises, abandonnées et garnies au fil d’une vie. Le soleil passe entre les battants capricieusement ouverts ou pendants. Marie Thérèse M. demande : « Il faut que je trouve un nouveau logement ? Jean-Paul son mari dit à son tour : « On nous promet un rez-de-chaussée : dans la même rue ? » Au retour, hors de leur présence : « Les déplanter, ce sera les tuer » commente Johanna .
X
« Encore un peu de bouillon, Pépère ? Eh ! Pépère ! Bogdan ! On se promène tout seul dans les couloirs à huit heures et demie ? Tout le monde éteint les lumières ! Tout le monde dort ! » Bogdan se fait rabrouer. Le règlement n’est plus ce qu’il était. Dieu merci. Il n’a pas connu ce temps-là. Il quittera ces lieux, devenus idylliques : « Où c’que j’vais-t-y donc ben m’loger à c’t’hure ? » Le ton ce soir est à l’humour. Mais le cœur n’y est pas. X
Les deux sœurs Mazeyrolles, Claire, et Johanna -la-Boiteuse, habitent une vaste demeure en ville, aux chambres profondes et fraîches. L’une d’elles est inoccupée, en raison de l’absence d’un frère. Et voilà un problème résolu. Les deux sœurs le trouvent « amusant », « sympathique ». Le déménagement se fait sinon dans l’austérité, du moins dans la sobriété. Johanna visite Vieux-Bogdan, elle boîte bas, le vieux ne l’avait jamais remarqué à ce point. « Cela me vexe, tout de même. J’aurais pu le voir plus tôt ». Mais il ne l’en aime que davantage. C’est une grande jeune femme droite dans sa tête mais suffisamment de mystère pour se faire aimer. Elle s’assoit chez lui et ne dit pas grand-chose : bouche grande, bouche close. Ce pourrait être un proverbe. - Cela fait dix-sept ans que nous vivons ici,disait Marie-Thérèse Mazeyrolles. Johanna s’éloigne. Elle boîte. Vieux-Bogdan ne s’en était pas aperçu. « Même quand elle marche, on dirait qu’elle danse ». Il avait appris cette phrase. Il a oublié qu’elle est de Baudelaire. Les deux sœurs soignantes et le vieux couple portent le même nom de famille. Leur lien de parenté reste faible. Vieux-Bogdan éclaircira ce point plus tard. Ou ne l’éclaircira pas. Tout dépend de l’écrivain. Bogdan admire ces jeunes femmes. Il les aime. Laquelle des deux susciterait en lui plus d’amour, ou plus d’admiration ? Il faut se résoudre à ne pas se résoudre. Il aimerait désirer l’une, ou l’autre. Il tient jusqu’ici la balance libre en son cœur – Libra, la Balance - né le 24 novembre, Sagittaire. Le lendemain Johanna revient, le voici dans la place. Elle est plus éloquente. Quand elle rit, son visage reste lisse. Son débit s’affermit, ou bien se précipite sans raison. « Les Mazeyrolles, dit-elle, se sont refait un nouveau dans leur taudis. Comme avant leur papier peint se détache en copeaux. Comme avant sur la télévision j’ai vu un poulet cuit à dégeler.
La planche à repasser au milieu du salon. « Leur déplacement n’a servi de rien. Ils ont transporté leur taudis sur leurs dos. - Vous êtes jeune, répond-il, et pourtant, vous aimez l’ordre. - Les deux ne sont pas incompatibles. » Johanna poursuit : « Leur jardin sert de dépotoir. J’y ai compté quatre grille-pain rouillés sur l’herbe, d’autres armoires en plein air croulant sous la pluie. - Ce sont des cousins de Myriam. » Il n’en dit pas plus. Myriam. , ces gens-là et ses deux gardiennes sont apparentées. Mme de La Fayette en eût pondu vingt pages, gloire au taciturne Bogdan « Nous sommes tous cousins » reprenait Johanna . - L’âge les a bien frappés, disait Bogdan : « Jean-Paul et Marie-Thérèse ». La mode était aux prénoms doubles. La vieille avait ici redoublé de laideur. Johanna répondait que Bogdan s’en était « bien tiré » : très peu de rides. À quoi Bogdan répliquait « j’ai une vraie tête de porc ». Le jeune femme se met à rire, sans plus exposer sa pensée. Claire, dit-elle, ne songe pas à expulser les Mazeyrolles. « Mais ils sont vraiment trop laids ! - Ils ne payent pas non plus leur loyer. - Qu’en savez-vous ? - Ne faites pas l’étonné, dit-elle. Jetez juste un œil derrière la haie : ils habitent juste en bordure de notre propriété. Nous aimerions racheter le terrain. - Qui mettrez-vous à la place ? - Vous, Bogdan. » Il ne dit lâchement ni oui, ni non. Johanna se tait et sa sœur aînée ne vient toujours pas.
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« Nous serons bientôt débarrassés d’eux » : l’une ou l’autre sœur se fait un café. - Inutile, songe-t-il. Tout haut. Claire, JohJohanna , le regardent intensément, amusées. « Pourquoi passe-vous vos journées à voir, dit-il, des personnes de mon âge ? »
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Claire écoute avant le repas Good bye stranger, Adieu fille étrangère ; il s’agit de jeunes femmes étrangères, good bye Mary, good by Jane, lancinantes mélopées dont la plupart de nous ne comprenons pas les paroles, qui nous rempliraient de larmes. Pendant le repas sévit la TV. Bogdan dont la chambre désormais se trouve au sein même du logis des sœurs Bogdan cache mal sa déception. Au moins peut-il au soir contempler à loisir les profils de Johanna , de Claire délaissée nimbés de marbrures lactées.
Un soir, après la bière : « Les Mazeyrolles sont partis, dit Claire. - Les vieux, précise Johanna . - Vous les tuez, dit Bogdan. Il les a vus ce matin-là monter dans une minuscule ambulance, mornes, courbés. Ils auront vécu là sans que les deux sœurs en subissent le moindre dérangement. L’oncle René apporte et remporte les plats sans rien dire : c’est de famille. Mais les crépitations de meubles puant de souvenirs passés retentissent sur fond lointain de réjouissances : plus loin dans le quartier, un chœur de noceurs imbibés hurle Mais c’est la Mort qui t’a assassinée Macia.
D’autres vieux, renouvelés sans trêve, contemplent du fond des âges la crémation des cercueils. Bogdan est revenu dans ses pièces indépendantes ; on n’a brûlé pour finir que des meubles hors d’usage.
X X X
Bogdan se découvrit incapable de grandeur. Sans doute eût-il mieux fait d’usurper la maison des MAZEYROLLES, au lieu de rejoindre si vite la Grand-Maison, le Bunker des deux Sœurs. Claire à sa gauche. À sa droite Johanna . Elles ne disent rien. Les autres convives ? il ne les connaît pas. Il ne se sent pas chez lui ici. Nulle part. Parfois elles s’inclinent vers lui de côté, en même temps, lui tendent un verre, un four, un sourire, puis se redressent pour échanger des phrases avec tous. En face de lui, de l‘autre côté du buffet à double accès, deux vieilles droit sorties du Vieillards’ Home presque à l’abandon, qui déglutissent. Une mère et son vieux fils, tous deux raides, vides et le nez pendant. Le reste à l’avenant.
Bogdan épie la faune. C’est un défaut de débutant de ne voir autour de soi que des individus sans qualités. Il lorgne tantôt sur son plat, aussitôt revidé que garni, tantôt sur les deux chevelures de femmes qui s’obstinent à lui rendre hommage, alors que rien ne le convie à festoyer. Il les quitte, glisse au long de la table à chips, tourne sur les mezzés, revient par les gâteaux messins au fromage. La vie lui suffit. Vous êtes des milliers à m’écrire la même chose. Ne sont venus que des inconnus. . On ne nous dit pas tout. Le passé reflue en masse. «Mort de Myriam » semble un code d’exercice. Bogdan n’en peut plus d’observer. Tout est si instantané. Un toubib au teint jaune aux yeux faux bordés de bacon - Poutzi ? Pontzieff ? – l’injection ne prend pas, Vieux-Bogdan a repris son circuit. Il revient sur ces deux-là, ses proches parents, mère et fils disparus des radars. Ils mâchaient sèchement, paupières basses, le fils guettant le pain, la cuillère, la sauce. « Qu’y a-t-il pour votre service, Mère ? » Premiers mots du vieux fils. Claire et Johanna murmurent Mon Dieu ce qui ne leur ressemble pas.
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Doublon suit.
Soudain Alphonsine Turc pique dans le plat tête la première. Morte. Le vieux fils a « sauté sur ses pieds », tourné la vieille, torché la sauce - la tablée gicle en tous sens. René surgit, serre dans ses bras son frère, Olivier ! Olivier ! étreint Bogdan au passage et court au récepteur. Tous observent les convulsions répertoriées d’une mort à table : ceux qui dévorent, ceux qui se dressent, ceux qui gerbent. Tous de commenter : « les fils ne vivaient plus que pour elle ! », « ils n’en retrouveront plus qui présente aussi bien ! » « ça s’est passé si vite ! ».
Ils se dispersent en désordre, la panse plus ou moins comblée, Bogdan gagne à grands pas son carré de verdure, après la haie, pour y marcher de long en large ; pourquoi les deux sœurs l’ont-elles recueilli, lui Bogdan. si lointain. Si pièce rapportée. Ce qui leur a pris. Quand il revient s’assoir le médecin bilieux (Poutzi, Poutzeff ?) assène le diagnostic : « Anévrisme » - voix nasillarde – le fait-il exprès ? s’exerce-t-il chez lui, casque retour aux oreilles ? Deux infirmiers ôtent le corps avant qu’il ne pue.
Bogdan agité ressort, cette fois, dans ces rues nocturnes entre pavillons bourgeois le temps que son logis se purifie. C’est à moi. Elles me l’ont donné : le dehors, le dedans. son domicile fixe, et honorable Répète deux ou trois prénoms de femmes. Seul si je veux. Se passer de Claire, de Johanna. Personne pour le traiter de fou. Les asiles n’ont jamais été autre chose que des geôles. la lune blanchit les murs et plus loin le pan coupé de la rue Bernolle : « Maison Usher ». Bâtiment froid. Muré, terrible. Bogdan vacille avec bonheur, doucement ballotté d’un d’un rebord à l’autre. Tout est dû aux vieux. Humer seul ce parfum de foin en tournant la clé de son antre - laine de verre ou rat crevé - se retrouve chez soi, seul enfin, sous son plafond convexe en fines lattes vernies façon cabine, la navigation moins le roulis, wódka Wyborowa d’importation sous le bar, qu’ils n’ont pas découverte.
La table en vrac mais enfin déserte. Vieux meubles, vieux ossements. Tout à lui jusqu’à sa mort, à lui seul. La vie enfin derrière soi, vécue, vaincue. Les pleins et les déliés. Myriam a-t-elle vocation à être regrettée. Y aurait-elle gagné. Les époux s’épient à qui crèvera - Myriam n’aura pas traîné – huit jours, et quarante ans. Bogdan hoche la tête. Le cerveau qui décroche. Ces blocs de sommeil qui surgissent à la surface.
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« Tu es paresseux » dit Claire Tu m’espionnes ? répond-il. - Pas la peine. Bogdan. Pourquoi tes oreilles, ses yeux qui s’effondrent soudain dans la phrase, la ligne… quelle que soit l’heure, ces torpeurs… Il s’aperçoit soudain qu’il écrit à Myriam - déchire la lettre il a des absences dit Claire comme les vieux dit Johanna : « Il pense à sa femme - Penses-tu ! dit Claire - Il ne pense plus. - Tu exagères, Johanna . * Les deux sœurs et Bogdan regardent Le Prussien. C’est l’histoire d’un vieux prisonnier de guerre, qui survit à la mort de sa femme et gardienne. Les héritiers le traitent comme un morceau de bois. Lui se tait, dédaigneux sous ses rides. Le jour de l’enterrement, comme il marche lentement, tous les autres le dépassent. Il arrive bon dernier sur la tombe. « Qui sait ce qu’il pense ? dit Claire. - Voulez-vous devenir ma femme ? dit Bogdan. - C’est une de trop, répond Claire. - Pour moi c’est autre chose aussi, reprend-il ; des élans très subtils et très forts comme à 15 ans. » Il ajoute : « Si tu ne deviens pas complètement dingue, szalony - od początku, dès le début, dès le premier choc – tu te guéris. Dans l’instant. - Voyons Bogdan, dit Claire – étiez-vous amoureux de votre femme ? - Non. - Pourquoi voulez-vous l’aimer davantage ? Il dit : - Je me moque d’être apprécié. » Johanna bat des mains. - Parlez-nous de Myriam, dit Claire.
Bogdan décline. Johanna : « C’est dommage ». Il aurait pu en pondre deux chapitres. « Nous allons nous détacher de vous. - Premièrement : si c’était vrai, vous ne l’annonceriez pas de cette façon. Deuxièmement, tous ces PAGE 27 DU MANUSCRIT MANQUE, CHERCHER DANS D’AUTRES DOCUMENTS (POUPI?) ….la disparition de la page 27 prive le lecteur d’un nombre incalculable d’informations. Les rapports des personnages s’en trouveront affectés. EN PARTICULIER, … Bogdan Starovski découvre ce que chacun sait : la liaison, déjà bien antérieure, de Claire et de Stabbs, ce dernier d’emblée antipathique ; en effet, la tête du vieux Bogdan tombe en avant quand il marche, et d’autres vont tomber.
Johanna , belle-sœur de main gauche, fine, brune délicate et paupières fendues, dévisage Stabbs plus longtemps qu’il ne faut ; souplesse et propos fantasques. Stabbs courtise alternativement les deux sœurs. Nul ne sait cependant s’il entend les honorer toutes deux, les déshonorer, ou de quelle façon. « Qu’attendons-nous ? » (Stabbs). « Qu’est-ce qu’on attend ? » Johanna et Stabbs flirtent ouvertement. Survient un certain Noëldieu, qui se prétend fils de Bogdan et de Myriam. Très affecté par la mort de Myriam. Tête baissée dépassant du veston. Voix sépulcrale dans le nez. Ne lui manque plus qu’un chien. Il les attire exprès, dans les rues. Il demande comme eux asile et protection, ce qui indispose. « Suis-je le gardien de ma mère ? » Il n’a jamais beaucoup vécu. Apprend le décès par les journaux troyens. Craint l’ankylose et la paralysie, peut-être finira-t-il cloîtré comme les autres.« Nous ne jugerons pas Bogdan sur ses actes... - Il ne veut rien faire. - ...ni sur ses intentions. - Il regrette insuffisamment sa femme. – Noëldieu fils est inconsolable. - Qu’en sais-tu ? répond-il. - Claire, pourquoi l’as-tu traîné, de vieux en vieux, d’expulsé en expulsé ? - Il aimait les épisodes. Son fonctionnement me correspond. Sa maladie. - Quelle maladie ? ». Noëldieu se lève : « Ne chassez pas Bogdan ». Il agite son nez de haut en bas. « Ne chassez pas Stabbs ». - Qui parle de me chasser ? dit Stabbs.
Noëldieu poursuit sans répondre : « Ils n’ont fait que leur devoir de vivre. Tout homme devrait se faire décorer ». Stabbs : ‘Où irait-il ?...Bogdan... - Dans sa boîte à dingues ... - Johanna ..dans les puanteurs de cantine ! … de pisse… » … Guettant les premiers tremblements de mains… essentiels ou parkinsoniens… Pour tout spectacle des grabats. Peuplés de gâteux. De redevenus morveux. « Je suis son fils. Je me sens éveillé, beau, plein d’avenir. - On le garde, dit Johanna . Il ne dépassera pas la haie, ni en hauteur, ni en largeur. - Cependant il dérange, dit Claire. Les deux sœurs à présent fument à fronts renversés, ou intervertis. Stabbs à son tour inverse la vapeur, pour plaire à tout Claire : « Le spectacle de sa décrépitude doit nous être épargné ».
Noëldieu :: « Il se fout de la mort de Myriam (se reprend) de ma mère. » - Jamais la moindre crainte de la mort » dit Claire. - Il se fout de tout ! enchérit Johanna . - Il acceptera donc l’expulsion, dit Claire (ses mains tremblent ; ses mollets flageolent ; il se mouche bruyamment) ‘ » (« Sa femme devait porter culotte ! » « Il se murmure qu’il se faisait battre » - cocufier, possible) « Il ne mérite plus de vivre ». « S’il était là, dit Claire, nous serions tous à ses pieds ». Ce débris d’homme leur en impose. La scène se tient autour d’une table basse, dans une partie du Großhaus où Bogdan n’a pas accès, bien qu’il soit désormais plus près des deux gouvernantes que jamais.
Leurs ambiguïtés à son égard se sont renforcées. Il leur importe plus encore d’être définitivement débarrassées de cette sangsue. Prélude à toutes les autres. Cette salle de séjour est dépourvue de tapis. Elle comprend sur un de ses côtés un manteau de cheminée froide. Une bouteille de cognac, une autre de gin. Au-dessus se dispose un réseau de poutres torses et parallèles, comme un reflet sombre « Votons ». Claire apporte le chapeau melon d’un homme mort. Non moins gauchement, Johanna tire d’un tiroir [sic] deux paires d’enveloppes. Chacun vote en se dissimulant, l’œil espion rivé sur le voisin. Verdict : Bogdan est réexpulsable par trois voix contre une : celle de Claire. Pour atténuer ses incohérences, elle a secoué ses boucles blondes, sans obtenir aucun effet sur Stabbs, son ex-amant. Elle défait le premier bouton de son corsage. Rien. Tire de son sac à main une lettre de Bogdan : Gardez-moi avec vous. « La pâleur de vos joues est gage de divinité ». Stabbs éclate de rire : « Je n’éprouve aucun remords » dit-il « Mon châtiment viendra ».
- Il ne savait rien encore, dit Claire. - « Ma cahute regorge d’ennui... » - « sa cahute » !… - « regorge » !… - poursuivant sa lecture : « Songez que je suis veuf »… - Veux-tu l’épouser ? demande Noëldieu. - Qui veut lui annoncer la nouvelle ? demande Stabbs. - Toi-même, dit Johanna . - ...à quel titre ? - Certains, fait Noëldieu, pourront trouver un peu fort qu’un Stabbs se permette après tant d’autres d’occuper en partie un pavillon sans chauffage au fond du jardin. - Qu’est-ce qu’il faisait ? - Un truc en -ier – pâtissier, tapissier, menuisier… Les hommes, jusqu’à leur retraite, sont très occupés, Johanna . - - - Il sera vite convaincu, dit Claire.
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« Que faites-vous là, Bogdan ? - La cuisine. Pour moi, et pour les chats. » Ces derniers n’appartiennent pas à la maison ; errants,ils trouvent des gamelles prêtes bien disposées. Bogdan tient une râpe cylindrique. Claire s’assoit sur une chaise : elle ne peut le sommer de partir, alors qu’il se livre à une activité si saine. Il introduit la pâte dans le tambour, la maintient au-dessus par un petit levier, puis tourne la manivelle : il sort des copeaux blonds, Claire se lisse les cheveux, qu’elle a plus foncés. Dans l’évier la vaisselle forme deux tas : le propre qui sèche, le sale, anarchique, sur la gauche. Une goutte dégouline sur un fond de poêle « Vous vous êtes bien adapté, ici.
- Oui ! (voix volontairement sénile) - c’est surtout le jardin qui me plaît. » Une bande de terre entre deux bords de ciment, enserrant un rosier rabougri, l’hortensia rose et ses deux aloès. « Il faudra que j’arrache les mauvaises herbes.
- Secouez les racines.- « Rien à foutre », dit-il en polonais. Un jardin, avec deux appentis de tôle. « Vous n’avez pas d’insectes ? - J’ai des oiseaux dans la haie, ça croustille. - Non, ça gazouille. - Croustille, Claire, croustille, ce sont des charbonnières. Bogdan si tu touches à mes fesses, quel beau prétexte ! ...mais il paye son loyer. À ce moment passe un chat sans nom. Il se faufile entre des lattes verticales. Claire n’aime pas cette cloison de bois . elle projette de la démonter avec Stabbs, son ancien… « Vous visitez les Vieux-Expulsés ». Nous y voilà. Bogdan évoque ses rêves : « Le quotidien de jour est morne; le nocturne peut tout de même passionner. Par exemple : je me trouve dans un vaste établissement aux murs tout blancs. Je passe dans de longs couloirs, des greniers. De portes qui ferment mal. - ...Vous ne comptez pas un jour sortir d’ici ? - « Cadeau repris, cadeau volé ! » - Et le monde extérieur ? - Un sucre ou deux ? » Bogdan rêve de poursuites Monte à la course les escaliers. Entrevoit des chambres défaites. On lui crie : Loyer ! Loyer ! Loyer ! «...bon. J’arrive aux toilettes pour femmes – excusez-moi mademoiselle Claire : on me secoue les portes. Les toilettes sont un labyrinthe, les cloisons vicieuses, on voit les pieds, chevilles, talons, pointes, partout des fuites d’eau - Dans un cimetière je trouve ma propre tombe. Juste un cadre de planches, le sable, coule par-dessous » Bogdan reconnait dans son rêve en abyme l’entrée d’en haut, donnant sur la quatre voies ; l’entrée d-celle en bas, dans un virage entre deux gros piliers. Arrivé là je ne suis plus poursuivi. - Du moment que je ne suis plus à l’Asile… - C’est pire que de mourir, Vieux-Bogdan. - Arrêtez de m’appeler comme ça. - Nous avons visité presque dix expulsés. Vous êtes un privilégié. - Je ne viens jamais chez vous sans y avoir été invité. Je ne vous coûte rien.
- Vous ne nous convenez plus. - C’est trop brusque. - Vous n’avez pas cherché à savoir ce que sont devenus les Vieux-Mazeyrolles, vos proches parents. Si peu de temps. - Ils étaient dégoûtants. Vous m’aviez mis à leur place. - - Et Myriam ? Elle était dégoûtante, Myriam ? rue Gergois ? - ...Vous changez de sujet. - C’est votre dureté qui est en cause. - Myriam et moi ne nous aimions plus. Au Vieillards’Home nous avions cessé toute relation ». Claire est là. Elle n’a rien dit mais pouffe
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Les trente pas qui séparent le Großhaus du pavillon entravent les jambes de Claire. Elle n’a que 23 ans. Elle ne sait souvent que faire de ces hommes qui tournent et collent, et dont le corps pèse si lourd au bas du ventre. « Johanna veut vous épouser. - Mais c’est Claire que j’aime. Pourquoi pas avec vous. » Il lui prend les mains : « On ne me laisse plus le choix ? - Quelle que soit la femme, Bogdan, soyez réaliste. - Il y a trois mois j’étais expulsable. - C’est d’une autre manière - pourquoi souriez-vous ? - Que penserait Myriam ? Qui frappe ? » C’est Johanna. Le sourire de Bogdan s’accentue. Johanna parcourt les pièces, celle que Bogdan conserve au Vieux-Pavillon, de bonne acoustique, et les traces récentes de l’installation de Stabbs.
Les deux pensionnaires cohabitent sur un pied de froideur. Johanna referme les battants d’armoires. Marque au feutre rouge les plus délabrées d’entre elles, qui ne se referment plus, pour les transférer chez Stabbs.
Claire et Bogdan se sont interrompus pour la suivre, guettant ses faits et gestes, anticipant son installation. « Nous viendrons tout débarrasser cet après-midi. - Et Stabbs ? » Claire : « Qu’il aille se faire foutre ». « Qu’est-ce que vous jactez, Bogdan ? ...on ne vous aurait interné que pour accompagner votre femme ? - Oui, oui… - J’ai horreur des sensibleries chez un époux dit Johanna ; c’est peut-être votre présence, justement, qui a rendu votre femme vulnérable. - Peut-être, peut-être, może » Myriam était devenue un tas de larmes. D’être vieille, de pleurer. - « C’est Claire que j’aime. - Il faudra que je vous suffise » .
Elle lui plante un baiser sur le front et détale.
Bogdan se demande s’il a bandé, ou non.
ant les yeux, coupe Bogdan précipitamment, en retard - « dès mon enfance.
- Ta vue baisse ! - Et si vous vous occupiez de moi ? dit Bove. C’est moi, l’invitée… vous permettez que je téléphone… - Mais comment donc ! - Claire, je suis chez moi, c’est à moi ??? - ...tu n’es chez moi qu’autant qu’il me plaît : ton pavillon est au fond du jardin… - ...de la friche… - Allô ? Géraldine, Abder ? n’arrosez pas la glycine, ne cuisez pas le petit chat, ne touchez pas au petit frère ! Et ne vous fardez pas !! Bogdan blâme en grommelant la facilité d’accès au téléphone d’une parfaite inconnue.
« Écoute-moi bien : ce sont tes fiançailles. Si tu t’obstines à faire des commentaires désobligeants… - ...je ne suis pas désobligeant… - ...ou déplacés sur nos amis… - Ce ne sont pas mes amis… Bove raccroche et commente : « C’est plus facile, dit-elle. Nos enfants sont grands à présent… Nous sommes un peu à l’étroit, au premier. - Rue aux Juifs ? lance Bogdan. - ...Quelle intuition ! C’est cela, monsieur Bogdan. Ai-je l’air d’une Juive ? « Vous n’avez pas le type juif », (« qu’est-ce que le type juif », et autres bribes obligées).
Nous aimerions savoir ce que Bogdan veut savoir. Mrs Bove détourne la conversation, dont elle prend le dé : elle a repeint elle-même les plinthes, le bois des fenêtres ; reverni les meubles. « Les meubles ! s’exclame Claire. - Je vois, dit Bogdan, sombrement. - Toi, lui dit Johanna , mets ta musique s’il te plaît. - Good bye stranger ? - Exactly. - Mais que se passe-t-il dans cette maison ? dit Bove en s’asseyant. Elle en rajustant sa jupe. Seconde entrée « Johanna , c’est à toi – Claire s’absente aux cuisines, fraîchement retapées. Surviennent deux masques blancs, couvrant tout le visage, comme en portent tous ceux qui veulent « faire Venise ». « Eh bien c’est raté », dit la maîtresse de maison, en quelque sorte intérimaire. « Vous portez des capes ? Nul, nul… Pas même une épée ?…
- C’est émouvant tout de même, tempère la Bove. Moi, je suis émue. - Vous n’avez jamais rien vu, répond Johanna . S’adressant aux deux masques « Installez-vous, je vous prie – aux miouwifpivotant sur son siège, vous les reconnaîtriez tout de suite. - Nous n’avions pas été invités, dit le grand qui se démasque. - Noëldieu, mon fils ! - Mistress Bove, qui vous a invitée vous-même ? - ...et l’autre ne peut être que… - Stabbs ! J’me présente : Stabbs.
Ma tentation est grande à vrai dire d’envoyer mes personnages se faire foutre, car les auteurs qui parlent de leurs œuvres comme autant de merveilles jusque sur les plateaux de télévision me cassent les couilles.



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